‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 214 sur 453 · HER · texte numérisé non relu

HER

fois, lorsque le chant était joint à la poésie, selon | sa première institution. On pourrait parmi nous | introduire dans le chant cette mesure, qui approche de la saphique :

L'amour est an dieu — <j\ie la teirt adore, Il fait nos tourments, — il sait les guérir. Dans un doux repos — heureux qui l'ignore. Plus heureux cent fois — qui peut le servir.

Mais ces vers ne pourraient être tolérés dans des ouvrages de longue haleine, à cause de la cadence uniforme. Les vers de dix syllabes ordinaires sont d'une autre mesure; la césure sans hémistiche est presque toujours à la fin du second pied, de sorte que le vers est souvent en deux mesures, l'une de quatre, l'autre de six syllabes. Maison lui donne aussi souvent une autre place, tant la variété est nécessaire :

Linguissant, faible, et eonrbé sous les maux. J'ai consumé mes jours dans les travaux. Quel fut le prix de tant de soins? l'envie. Son souffle impur empoisonna ma vie.

Au premier vers, la césure est après le mot faible; au second, aprésjoMrî; au troisième, elle est encore plus loin, après soins; au quatrième, elle est nprès impur.

Dans les vers de huit syllabes, il n'y a ni hémistiche, ni césure :

Loin de nons ce discours Tulgairei

(^ue la nature dégénère,

Que tout passe et que tout finit.

La nature est inépuisable,

F.t le travail infatigable

Est un dien qui la rajeunit.

(Ces vers .sont les derniers d'une ode que Voltaire composa en 1786. Mais Voltaire ici ne se cite pas plus exactement que de coutume. Note de M. Beuchnt.)

Au premier vers, s'il y avait tine césure, elle serait à la sixième syllabe. Au troisième, elle serait à la troisième syllabe, passe, ou i)lutôt à la quatrième, se, qui est confondue avec la troisième, pus; mais, en effet, il n'y a point là de césure. L'harmonie des vers de cette mesure consiste dans le choix heureux des mots, et dans les rimes croisées, faible mérite sans les pensées et les images. (Volt., Dict. philos.)

Hendécas-ïllabe. Adj. des deux genres. Le s se prononce comme s'il était double. Cet adj. ne se met qu'après son subst. : rers hendécasyllahe.

HENMn. V . n . (le la 2'" conj . On prononce hanir.

Hennissement. Subst. m. On prononce Aa/iwsement.

Henri. Subst. m. Nom d'homme. Le A s'aspire dans le discoui-s soutenu; il ne s'aspire pas dans le discours familier.

Hekrh;tti.. Siilisl. f. Nom propre de femme, où le h n'est jamais aspiré : L'âge d'Henriette, et non pas l'ûge de Henriette.

* Herbagedx, Hekbageuse. Adj. Mot nouveau, que quelques auteurs ont employé Voliiey a dit Tandis qve je tenais les yeux fixés svr l'Asie, soudain du côté du nord, des tourbillons de fumée et de flamme attirèrent mon atlentioti. Ils coururent le hmy du lac fajigexix d'Azof, et furent se perdre dans les plaines herbageuses du Kouban. {Les Ruines, ch. xii, p. 68.) VoyCî Herbeux.

Hi.EBEcx, Herbecse. Adj II se dit des lieux où il croit de l'herbe. La différence entre herbageux et herbeux est la même qu'entre herbage et hcrhs.

HÉR

Hébéditaire. Adj. des deux genres, il ne se met qu'après son subst. : Bnyaume héréditaire, couronne héréditaire. — Charge héréditaire. — Maladie héréditaire . Haine héréditaire.

Héréditairement. Adv. Il ne se met point entre l'auxiliaire et le participe.

Hérésif.. Subst. f. Ce mot, qui se prend à présent en très-mauvaise part, et qui signifie une erreur upiniàire, fondamentale, contre la religion, ne désignait dans son origine qu'un simple choix, une secte bonne ou mauvaise; c'est le sens du mot grec dont il est dérivé, et qui signifie choisir. On disait hérésie péripatéticienne , hérésie stoïcienne, et Vhérésie chrétienne était la secte de Jésus-Christ. Voyez Hérétique.

Hérétique. Adj. des deux genres. H ne se met qu'après son subst. : Proposition hérétique, dogme hérétique.

11 se prend aussi substantivement : Un hérétique, une hérétique. Ce mot, dans le sens propre, signifie un homme qui fait choix d'une opinion, d'une secte bonne ou mauvaise. Dans le sens ordinaire, il désigne toute personne qui croit ou soutient opiniâtrement un senlinient erroné sur un ou sur plusieurs dogmes de la religion chrétienne.

Ce mot et celui d'hérésie , pris dans le sens usité de nos jours, devraient être bannis du dictionnaire d'une religion d'amour <t d'une nation civilisée. En effet, ces deux mots supposent dans ceuxcjuien font usage, un amour-propre brutal et insolent par lequel ils affectent de déclarer orgueilleusement à leurs semblables qu'eux seuls sont en possession de la vérité, dans des choses qui sont depuis plusieui's siècles des sujets de dispute et de contestations interminables; et que tous ceux qui ne pensent pas comme eux doivent être des objets d'horreur et de mépris. Cette note d'infamie peut être renvoyée par toutes les sectes à ceux qui la leur imposent; et par la les chrétiens, qui devraient s'aimer et se tolérer les uns les autres, sont divises en une mulliludc de sociétés qui s'abhorrent, et ne respirent les unes contre les autres qu'une liainc deslruciive et implacable. Heureusement, la philosoi)hie repousse ces dénominations odieuses, qui ont si souvent inondé la terre de sang liumain; et elles ne sont plus guère usitées que parmi un petit nombre de fanatiques incorrigibles.

Hérisser. V. a. ci n. de la l" conj. Delille a dit à l'actif {Énéid., VIII, 461) :

Enfin s'offre à leurs yeux la roche Tarpéienne, Ce futur Capilole où la grandeur romaine Étalera son marbre et ses colonnes d'or: Des ronces, des buissons le hérissent encor.

Féraud, d'après l'Année littéraire, veut bien qu'on dise l'hiver hérissé de glaonns ; mais il ne veut pas qu'en prose on donne ce régime au verbe. Cependant Delille a dit en prose : Jupiter obligea l'homme ci cultiver la terre, en la Itérissant do plantes inutiles ov nuisibles, et nous pensons qu'il a bien dit. — Dans la dernière édilion de son dictionnaire , l'Académie dit hérisser de pieux un bastion, hérisser son style de pointes, d'antithèses, de nédlogismes.

Héritage. Subst. m. L'Académie dit que ce mot se piend dans un sens étendu pour signifier les immeubles réels, comme terres, maisons : Fendre . acheter vu hcrituge. Nous pensons, comme Féraud, qu'il se dit, en ce sens, des terres, des biens de campagne ; mais qu'il ne se dit

Page 1