‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 292 sur 453 · MOR · texte numérisé non relu

MOR

MoQCER. V. pronom, delà J"conj. Féraud blâme les auteurs qui lont employé au passif. Au lieu de dire la crainte d'être mvqué, il veut qu'on dise la crainte qu'on ne .te moque de moi, de nous, de vous, etc. ; et c'est en faveur de l'opposiiioïKiu'il passe celle phrase de J.-J. Rousseau, Les esprits forts qui s'étaient moqurs de la fée, furent moqués à leur tour. ( Heine fantasque, t. XIII, 30y.) Il ne faut pas en croire Féraud sur cet article. Tout le monde emploie ce verbe au passif; et outre le pioverî» qui dit les moqueurs sont souvent moqués^ l'Académie donne pour exemple // fut moqué de tout le monde, el dil expres.^cmenl (jue ce verbe s'emploie au participe avec le verbe ^/rt.

Moqueur, .Moqueuse. Adj. qui se prend substantivement. Il ne se met qu'après son subsl. : Un homme moqueur, une femme moqueuse ; un ris moqueur, un air moqueur.

Moral, Moiiale. Adj. Il ne se met qu'après son subsl. : Discours moral, théologie viorale, préceptes moraux , réflexions morales ; vertus morales, certitude morale.

MoRALi:. Subsl. f. Il n'a point de pluriel. C'est abusivement (}uo quelijues personnes disent faire des morales à quelqu'un.

Moralement. Adv. On peut le mettre entre lauxiliaire el le participe ; Il vit moralement bien; il a moralement bien vécu. — Cela est prouvé 7niiralement, cela est moralement prouvé. — On dit moralement parlant, et on le met comme inci.se, au commencement ou a la lin d'une proposition : Moralement parlant, cela est impossible ; cela est impossible, moralemejit parlant.

Moraliser. V. n. de la d"^* conj. Tout événement moralise, a dil La Molle. Expression neuve et i)hilosophi(iue,dit Mercier.— En 1835, l'Académie l'acimei.

Moralité. Subsl. f. Depuis la révolution, on a dit co mol pour désigner le caractère moral dune fxjrsonne, ses manirs, ses principes. Plusieui-s grammairiens se sont élevés contre celle nouvelle acception; mais elle a été et elle est encore em})loyée partout. On demande des renseignements stir 1(1 moralité d'une personne à qui l'on veut confier un emploi; on exisa des certificats de moralité. Il est présumable que 1 usage maintiendra celle expression, malgré les grammairiens.— On la trouve dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie.

Moralité. Terme de littérature. Toute |)Oésie un peu sérieuse «ioil avoir son objet d'utililé. son bul moral; cl la vérité de senlimeni ou de réflexion (]ui en résulte, l'imiiression salutaire de crainte, de pitié, d'admiralion, de mépris, de haine ou d'amour quelle fait sur l'ànie, est ce qu'on nomme moralité. (Marinonlel.) Dans l'a- ])ologuo, on appelle moralité la vérité qui résulte du récit allégorique.

Mor.DAisT, Mordante. A<lj. On le met avant son subsl., lorsque l'analogie et 1 harmonie le permettent: Esprit mordant, style mordant, traits mordants. Une épigramme mordante, celte mordante épi'/ramme; une humeur mordante, cette mordante humeur; une satire mordante, cette mordante satire; des censures mordantes , de mordantes censures.

Voyez adjectif.

MoRDiCAKT, MoRnicANTF.. Adj. Au figuré, el au féminin, on i»eut le meltre avant son subsl., lorsque l'analogie et l'harmonie le permetlenl : Une humeur mordicante, cette mordicante humeur^

MOK

MOT

MoRGCE, MonciER. L'ii n'esl dans ces mois qAu- pour doiiuer au p un son fort, qu'il n'a pas devant l'e. Sans cet m, on prononcerait ynorje, mnrjer.

MOKT, Morte. Adj. Dans les expressions suivantes, il a un sens oifférent, selon qu'il est i)lacc »v;int ou après le subst. Du mort-bois est du liois de |)eii de valeur qui n'esl propre à aucun ouvrage; du Imis mort, est du bois séché sur pied. — Morte-eau se dit des marées (juand elles sont au point le plus bas; eau morte se dit de l'eau qui ne coule pas, comme l'eau des 'langs, des mares, etc.

Mortel, Mortelle. Adj. On peut le mettre avant son snb^t., en consultant l'oreille et l'analogie. Dans le sens de, qui donne la mon, ou qui parait devoir la causer, on dit une moludie mortelle, un coup mortel, vne b/essvre mortelle, vn poison m >r tel ; ai Von |)eut dire cette mortelle blessure. — Dans le sens de grand , extrême, excessif, haine Tnortelle, inimitié mor^ telle, un déplaisir mortel, un vioriel déplaisir ; c'est son ennemi mortel, c'est son viortel ennemi, n y a trois mortelles lieues d'ici là, cl non pas trois lieues mortelles. On dit un effroi viortel, et inortel effroi. Féraud [)rélend que, quand il signifie (pii est sujet a la mort, il ne peut se mettre qu'après son subst.; et en conséquence il blâme ce vers de Racine dans Esther (aci. III, se. vu, 52) :

Le succès est certain Si le snccès dépend A' Tine mortelle main.

Je ne pense pas que la critique soit juste. On peut quelquefois mettre cet adjectif avant son subst., dans le sens indiqué par férauil.

Mortellement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il nous a offensés mortellement, ou il nous a mortellement offensés.

Mort-gage. Subst. m. Ce mot étant composé d'un substantif cl d'un adjectif, lun et l'autre doit prendre la marque du pluriel; ainsi l'on doit écrire au pluriel des iwirts-gages.

Morte-saiso:m. Subst. f. (^e mot étant composé d'un substantif cl d'un adjectif, l'un cl l'autre doit prendre la inar(]ue du pluriel. Il faut donc écrire au pluriel de* mortc.'i-sai.^ons.

Mortifiant, Mortifiante. Adj. verbal lire du V. mortifier. On peut (pielquefois le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et i analogie : Une chose -mortifiante. Une injure mortifiante, vue mrrtifiaiite injure ; des humiliatûms rnortifutntes ; de mortifumtes humiliatiojis. Un refus mortifiant, un mortifiant refus.

Mort-ivre. Adj L'.\cad(Mnie dit ivre-mort. On dit l'un et l'autre. Nous pensons que mortivre se dit d'un homme, et qu'en parlant d'une femme, on doit dire ivre-mcrte. pour distinguer par la ]trononciaiion le féminin du masculin; car il n'y aunit aucune différence pour la prononciation entre mort-ivre et morte-ivre. — On dira de même au pluriel, morts-irres au masculin, et ivres-mortes au féminin. Ce féminin pluriel sera analogue au singulier; et l'on évitera la prononciation dure de mortes-irres.

MoRT-NÉ. Adj. L'Académie écrit au pluriel deux enfants mort-nés. Il nous semble (ju'on doit écrire morts-nés. Un enfant mort-né est un enfant né mort ; des enfants morts-nés sont des enfants nés morts.

Mortuaire. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Un drap mortuaire.

un registre martuaire, un extrait mortuaire

Morvecx, Morvedse. Adj. qui ne se met qu'a|)rés son subst. : Enfant mm-vevx , nez morreux.

Mot. Subst. m. Le t final ne se prononce que devant une voyelle. Mut, dit l'Acadéuiie, se dit d'une ou plusieurs syllabes réunies (pii expriment une idée. Les granuiiairiens divisent les mots en substantif, article^ adjectif, pronom, verbe, préposition, adi^erbe, conjonction et ititerjection. Voyez ces mots.

11 faut distinguer dans ces mots la signification objective et la signification formelle ; la signification objective, c'est l'idée fondamentale (pii est l'objet de la signification du mot, et qui l)cul être désignée par des mois de différentes espèces. La sigiiificalH>n formelle, c'est la manière particulière dont le mot présente à l'esprit l'objet dont il est le signe , laquelle est commune à tous les mots de la même espèce, et ne peut convenir à ceux des autres espèces.

Le même objet pouvant donc être signifié par des mots de différentes es|)éces, cm peut dire que tous ces mots ont une mêiiis signification objective, [larce qu'ils représentent tous la même idée fondameruale ; mais chaque espèce ayanl sa manière propre de prê£3nter l'objet dont il est le signe, la signification formelle est nécessairement diflérenie dans les mots de diverses espèces, quoiqu'ils puissent avoir une même signification objective. Communément ils ont, dans ce cas, une ra<"ine générative commune, ijui est le type matériel de l'idée fondamentale qu'ils représentent tous; mais celle racine est accompagnée d'inflexions et de terminaisons qui, en désignant la diversité des e.spéc(!s, caractérisent en même temps la signification formelle. Ainsi la racine commune um dans aimer, amitié, ami, amical, amicalement, est le type de la signification objective commune a tous ces mots, dont l'idée londaincntale est celle de ce sentiment affectueux qui lie les hommes par la bienveillance; mais les diverses iiillexioiis ajoutées a cette racine désignent tout à la fois la diversité des espèces, et les différentes significations formelles (jui y sont attachées.

11 faut encore distinguer, dans la signification objective des mots, l'idée ]irincipale et les idées accessoires. Lorsque plusieurs mots de la même espèce re|)résenlent une même idée objective, variée seulement de l'une à l'autre par des nuances différentes qui naissent de la diversité des idées ajoutées à la première, l'Clie qui est commune a tous les mots est l'idée principale; et celles qui y sont .ajoutées, et qui différencient les signes, sont les idées accessoires. Par exemple, amour el amitié sont des noms cpii [irésenlent également à l'esprit l'idée de ce sentiment de Vàmf qui porte les hommes à se réunir; c'est l'idée pniicii)ale de la signification objective de ces deux mots. Mais le n)in amour ajoute à cette idée principale l'idée accessoire de l'inclination d'un sexe pour l'autre; et le nomawi'^tt; y ajoute l'idée accessoire d'un juste fondement, sans distinction de sexe. On trouvera, dans les mêmes accessoires, la différence des substantifs amam et ami, des adjectifs amoureux et amical, des adverbes avwvrev sèment cl amicalement.

Quand on ne considère dans les mois de la même espèce qui désignent une même idée objective principale, (jue celte seule idée principale, ils sont synonymes ; mais ils cessent de l'èlrc quand on fait attention aux idées accès-

MOT

soires (lui les différeiicieiil. A'uycz Si/ituiujntcs. Dans bien des eus, on peul les eiii|)loyor iiidislincieincnt cl sans choix ; c'esl surinui luisijn'on ne veut et qu'on ne doit préseiiler d;iMS le discours (juc l'idée pi iiicipidc, el qu'il n'y a dans la lani;ue aucun mol (|ui lexpriniC seule, avec abslraclion de toute idée acicssoirc. Alors les circonstances font assez connaître (|uc l'on l'ait abstraction des idées accessoires, que l'on désignerait par le nicmc mol en d'autres occurrences. Mais, s'il y avait dans la langue un mol qui signifiât ridée i)rincipale seule, el abslraile de toute autre idée accessoire , ce serait, en ci-tle occasion, une faute contre la jusiesse,de ne pas s en servir plutôt t|ue d'un autre auquel l'usa^'c aurait attaché la signilication de la même idée, modiliée par d'autres idées accessoires.

Dans d'autres cas, la justesse de rcxprcs>ion exige (pie l'on choisisse scrupuleusement entre les synonymes, parce <iu'il n'est pas toujours indifférent de présenter l'idée principale sous un aspect ou sous un autre.

Aux mots synonymes, caractérisés par l'identité du sens principal, maigre les différences maléric'llcs, on peut opposer les mois homonymes, caraclcriscs au contraire par la diversité des sens princijjaux, malgré l'idealitc ou la ressemblance dans le matériel.

Remaripiez qu'il ne faut pas s'en rapporter uniquement au matériel d'un mol, pour juger de quelle es[)cce il est. On trouve des homonymes qui sont tantôt d'une espèce et tantôt d'une autre, selon les différentes significations dont ils se revêtent dans les diverses occurrences. Par exemple , .si est conjonction quand on dit si vous voulez ; il est adverbe quand on dit vous parles si bien;i\ est nom lorsiiu'en termes de musique on dit un si cadence. En est quelquefois préposition, jD<i?Ver en maître; d'autres fois il est pronom, nous en arrivons. Tout est nom dans celle phrase : Lo lout est plus grand que sa partie; il est adjectif dans celle-ci : Tout lioinme. est menteur; il est adverbe dans cette troisième : Je suis Uml surpris.

C'esl donc surtout dans leur signification qu'il faut examiner les mots pour en bien juger; et l'on ne doit en fixer les espèces ipie par les différences spécifiipies qui en délerminent les services réels. Si l'on doit, dans ce cas, quel»iue attention au matériel des mots, c'est pour en observer les diffcrenies métamorphoses, (]ui ne sont toutes que sa nature sous diverses formes; car plus un objet montre de faces différentes, plus il est accessible a nos lumières.

L'nc chose essentielle pour penser juste et pour exprimer neliement ses pensées, c'est d'attacher toujours aux mots des idées claires et précises. Il n'est que trop fréquent, et l'expérience nous inontH! tous les jours, ipie l'on est dans l'habitude d'employer des mots sans y joindre des idées précises, ou même aucune idée ; de les eini>loyer taniôl dans un sens, tantôt dans un autre : ou de les lier à d'autres qui en rendent la signification indéterminée, el de su[)poser toujours que les mots excitent chez les autres les mêmes idées que nous y avons aitachécs. Le meilleur conseil <jue l'on puisse donner contre cet abus, c'esl de s'apjiliiiuer à n'avoir que des idées bien nettes et bien déterminées, de n'employer jamais, ou du moins que le plus raremciil possible, des mots qui ne nous donnent pas une idée claire; de lâcher de fixer la signification de ces mots; de suivre en cela l'usage

MOT

commun, auianl qu'on le pourra ; et enfin d'éviler de prendre le même mol en deux sens différents. Si celle règle générale, il idée |)ar le bon sens, élait suivie el observée dans tous les détails avec quelque soin, les mots, bien loin d'être un obstacle, deviendraient un aide cl un secours.

Tout mol peul avoir un sens propre el un sens figure. Un mot est au propre cpiand il signifie ce pounpioi il a clé premiércmeni établi, l.e mot lion a été d'abord destine à signifier cel animal qu'on a|ipelle lion : Je viens de lu ménagerie, j'y ai vu lin beau lion; lion est pris là dans le sens propre. Mais si, en i)arlant d un homme em- I>orié, je dis c'est un lion, lion est alors ilans le sens figuré. — tjuand, par comparaison ou par analogie, un mot se prend ilans tiuelque autre sens que celui de sa deslinalion, cet accident peul êlre appelé l'acception du mot.

11 y a des mois primitifs el des mots dérivés. Un mol est |irimilif lorsqu il n'est tiré d'aucun autre mot de la langue dans laquelle il est en usage. Ciel, roi, bon, sont des mois primitifs. Un mol est dérivé lorsqu'il esl tiré de quehjue autre mol comme .'■^ «a source. Ainsi céleste, royal, royaume, royauté, rryalcment, bonté, bonnement, soiil des iMOls dérivés.

Un mot peul êlre simple ou composé. Juste, justice, sont des mots simples; injuste, injustice, sont des mois composés.

On connaît en fran(;ais les rapports respectifs des mois entre eux par l'ai rangeinenl dans lequel on les place; voyez Construction ; \)'at les prépositions qui mettent les noms en rapport, comme par, pour, sur, dans, en, à, (/<?, etc. Les prénoms ou prépositifs , ainsi nommés parce qu'on les place devant les subslanlifs, servent aussi à faire connaître si l'on doit prendre les noms dans un sens général, ou dans uu sens singulier, ou dans un sens indéfini, ou dans un sens individuel. Enfin , après que toute une phrase a été lue ou énoncée, l'esprit, accoutume à la langue, se prêle à considérer les mois dans l'arrangement convenable au sens total, cl même à suppléer, par analogie, des mots qui sont quelquefois Sous-entendus. Kien de plus commun aujourd'hui que de créer des mois nouveaux sans nécessité. J.-J. Kousseau a indi<]ué, dans le passage suivant, les conditions au.xquelles on peul se ])ermellre celle création. « Quand j'ai hasardé, dit-il, le mol investigation, j'ai voulu rendre un service à la langue, en y introduisant un terme doux el harmonieux, dont le sens est déjà connu, el qui n'a point de synonyme en français. C'esl, je crois, toutes les conditions qu'on exige pour autoriser celle lilK-rté salutaire, n ( JNote 3'^ de la lettre de J.-J. sur une nouvelle réfutation de son discours par un académicien de Dijon.) \ oyez Ncolngie.

Nous avons dit, au mol Monosyllabe, ce <|u'il faut penser des vers qui ne sont composés que de ces sortes de mots. La Har|)e nous donne un anire conseil sur les mois composés de cinq syllabes. Voltaire a dit dans V Orphelin de la Chine (act. I, se. 1, 1) :

Se peut-il qu'en ce lemps de désolation f

En général, dit La Harpe, il faut êlre fort sobre de ces sortes de mois de cimi syllabes, difficiles à bien placer dans nos vers, el particulièrement ceux qui finissent en ion. Ils sont très-rares dans Racine; mais surtout ils ne sont pas faits pour le commencement d'une pièce, qui doit loujourj

MOT

eire soigné, et prévenir favorablement l'oreille du spectateur. (Cours de littérature.) A ces ots. Expression adverbiale. Quand il , eut dit cela. 11 se met à la tète delà phrase; .4 ces mots, Idoménée embrassa Téit'maque. (ïùnelon, Télém., liv. IX, t. i, |). 310.)

Mot à mot. Phrase adverbiale. Sans aucun cbangemciil, ni dans les mots ni dans leur ordre : .flpprendre un discours mot à mot.

Mot pour mot. Expression adverbiale. En rendant le sens de chaiiue mot, traduire un discours mot pour mot.

Mot signifie aussi sentence, apoplilhcgme, dit notable, jiarole remarquable, ingénieuse, plaisante, agréable. — On appelle mot heureux, un mot heureu.sement trouvé; beau mot, un mot plein de sens ei de raison : Ce beau mot est d'un philosophe grec. On dit le mot pour rire, en parlant des plaisanteries que l'on dit pour égayer une compagnie : Ce vieillard a toujour.i le luot pour rire. En parhint d'une chose sérieuse et importante qui ne saurait être tournée en i)Iaisanterie, on dit il n'y a pas le mot pour rire. — Mot profond sc dit d'un mot (|ui, sous l'apparence d'un sens ordinaire, renferme un sens plus unporlant. On appelle mot fin, une expression qui, sous une apparence de simplicité, offre iine idée délicaie et spirituelle. On appelle familièrement le fin mot d'une affaire, l'intention secrète de ceux qui la proposent ou qui la font marcher.

Mot consacré. On appelle mots consacrés , certains mots particuliers (|ui ne sont bons qu'en certaines occasions, et on leur a peut-être d ^nné ce nom, parce que ces mots ont commencé par la religion, dont les mystères n'ont pu être exprimés que par des mots faits exprès. Trinité, incarnation, nativité, transfiguration , annonciation , Visitation , assomption fils de perdition , portes de l'enfer, vase d'élection, homme de péché, etc., sont des mois consacrés aussi bien que cène, cénacle, fraction de pain, acte des apôtres, etc.

De la religion, on a étendu ce mot de consacré aux sciences et aux arts, de sorte que les mots propres des sciences et des arts s'ap|)cllent consacrés. Tels sont gravitation, raréfaction, condensation, et un grand nombre d'autres ei! matière de physique; allegro, adagio, ana, arpeggio, en musique, etc.

Il faut se servir sans difficulté des mots consacrés dans les matières de religion, de sciences et d'ans. Celui qui voudrait dire, par exemple, la fête de la naissance de Notre-Seigneur, lu fête de la visite de lu F'ierge, parlerait très-mal. L'usage veut qu'on dise, en parlant de ces deux mystères, la nativité et la Visitation. Ce n'est pas qu'on ne puisse dire la naissance de Noire- Seigneur, cl la visite de laTiarge. Par exemple la naissa?ice de Notre-Seigneur est bien différente de celle des princes; la visite que rendit la vierge à sa cousine, ne ressemblait point aux visites profanes du mojide. L'usage veut qu'on dise aussi la cène et le cénacle; et ceux qui diraient une chambre haute pour le cénacle, et le souper \mut la cène, s'exprimeraient

B,n mot. On appelle ainsi un sentiment vivement et finement exprimé. Il faut que le bon mot naisse naturellemeni ei sui-ie-champ; qu'il soit ingénieux, plaisant, agréable, enfin qu'il ne renlerme point de raillerie grossière, injurieuse et piquante. La plupart des bons mots consistent

MOU

dans des tours d'expi-ession qui offrent à l'esprit deux sens également vrais, m.iis dont le premier, (lui saute d'abord aux yeux, n'a rien (jue d'innocent ; au heu (pie l'autre, qui est le i)lus caché, renferme souvent une malice ingénieuse. Le bon mot est i)bUol ima^'iné (pic pensé- ii prévient la inédil:iiion et le "raisonnement, 'et c'est en partie pouniuoi tous les bons mots ne sont pas capables de soutenir l'impression. La plui)ait perdent hur grâce dés ([u'on les rapporte détachés des circonstances qui les ont fait naitre, circonstances (ju'il n'est jias aisé de faire sentir à ceux qui n'en ont pas été les témoins. Voyez Jeu de mots. (Extrait en grande partie de ÏÉncyclopédie.) A'oyez Accident.

Mot, pris adverbialement, exclut pas on point: Il n'a dit mot.

MoTEnn. Subst. m. L'Académie n'indique pas de quel mot il faut se servir en parlant d'une femme, mais elle dit qm l'adjectif moteur fait au leininin motrice: f^ertu, faculté, puissance motrice. Féraud {iréiend qu'en parlant d'une femme qui aurait donné le brunie à une affaire, on iiouirait et on devrait dire qu'elle a été le moteur, et non pas la motrice de cette affaire. — Comme Féraud n'appuie son opinion ni sur des raisons ni sur des exemples, je pense (ju'on peut se dispenser de l'adopter; puisque l'Académie dit motrice dans la signification adjcctive, on ne voit pas pourquoi on ne le dirait pas substantivement; et, puisqu'on dit eZ/e a été V instigatrice de cet événement, disons aussi elle a été la motrice de cet événement.

Motus. Interjection. On prononce le s. Il est fjimilier.

Mon, Molle. Adj. Il fait au pluriel rnous et non pas 7noux. Le masculin se met toujours après le subst.: Un lit mou, un clieval mou, un général mou. Le féminin peut quelquefois se mettre avant son subst. On dit une molle oisiveté, et l'on ne peut pas dire une oisiveté molle.

J'aime mieux un ruisseau qui sur la molls arène Dans an pré plein de fleurs lentement se promène. (BoiL., A. P., I, 167.)

Mais on dit de la cire molle, des chairs molles, des poires mol/es.

Mouchard. Subst. m. On ne fait point sentir le d.

Moucher. V. a. delà !'« conj. : Moucher un enfant, se moucher. Il y a des gens qui disent et des auteurs qui ont écrit moucher dans un sens neutre, comme tousser., cracher; c'est une faute qu'il faut éviter. Moucher doil toujours avoir un régime. Je me mouche souvent, et non pas je mouche souvent. — I.'Académie, dans la dernière édition de son Dictionnaire, dit (jue le verbe moucher s'emploie quelquefois absolument, dans le même sens (jue s'il était accompagné du pronom : Il ne mouche presque point, le tabac fait moucher. Elle permet aussi de dire 7/ioucher du sang

MoucHETTi:s. Subst. f. [)lur Ce mot n'a point de singulier. On dit les mouchettes, et non pas la mouchettiL

MouDUE. f . a. et irrég. de la 4' conj. Il se conjugue ainsi qu'il suit :

Indicatif. — Présent. Je mouds, tu mouds, il moud; nous moulons, vous moulez, ils moulent. — Imparfait. Je moulais, lu moulais, ii moulait; nous moulions, vous mouliez, ils moulaient. — Passé simple. Je moulus, tu moulus, il moulut;

MOU

nous inoulùiiios, vous moulûles, ils moulurent. — Futur. Je moudrai, lu moudras, il moudra; nous moudrons, vous moudrez, ils moudront.

Conditionnel. — Présent. Je moudrais, tu moudrais, il moudrait; nous moudrions, vous moudriez, ils moudraient.

Impcratil" — fn'sent. Mouds, qu'il moule; moulons, moulez, qu'ils moulent.

Subjonctif. — l'rcsent. Que je moule, que lu moules, qu'il moule; «jue nou.s moulions, que vous mouliez , (ju'ils moulent. — Imparfait. Que je moulusse, que tu moulusses, qu'il luoulût; (jue nous moulussio/;s, (jue vous moulussiez, qu'ils moulussent.

Participe. — Présent. Moulant. — Passé.

Moulu, moulue.

Il prend l'auxiliaire avoir dans ses temps composés.

Mouiller. V. a. de la l'" conj. En terme de grammaire, on dit mouiller les l, pour dire les prononcer, non loul à l'ait selon leur son naturel, comme dans Achille, ville, mais avec une sorte de mollesse, comme dans fille, grille. Alors les deux l sont presijue toujours précédés d'un i, et quand celle voyelle y est ^eule, elle se fait sentir comme à l'ordinaire, fille, grille; mais ([uand il s'y trouve d'autres voyelles ou quelque diplitbongue,riest presque muet, n'étant mis là que pour faire mouiller les deux l : Bataille, bouteille, cueille. (Acad.) Voyez L. On dil aussi qu'on mouille les deux lettrés ^n, pour dire qu'on l"s pronc r.ce comme dans agneau, et non pas a\\;c un se n dur comme dans agnat, que l'on prononce aguenat.

MoDRANT, .Mourante. Adj. verbal tiré du verbe mourir, hc masculinsuit toujours le subsl : Un hcvime mourant, les yeux movrants. Le féminin peut quelquefois le précéder : Sa voix mourante, ou sa mouranie voix; cet adjectif est admis dans le style noble :

Et la triste Italie eneor toule fumante

Uti feux qu'a rallumés ^a liberté mourante.

(Rac, mthrid., act. III, se. I, 61.)

Son père à ses côtés sous mille coups mourant.

(Volt., Henr., ii, 519.)

Je la yois cette lettre à jamais effrayante

Que, prête à se glace<r, traça sa main mourante.

(Volt., Sémir., act. I, se. m, 21 .)

Mourir. V. n. et irrégulicrde la 2* conj. On le conjugue ainsi qu'il suit :

Indicatif. — Présent. Je meurs, tu meurs, il meurt; nous mourons, vous mourez, ils meurent.

— Imparfait. Je mourais, tu mourais, il mourait ; nous mourions, vous mouriez, ils mouraient.

— Passé simple. Je mourus, lu mourus, il mourut; nous mourûmes, vous mourûtes, ils moururent. — Futur. Je mourrai, tu mourras, il mourra ; nous mourrons, vous mourrez, ils mourront.

Conditionnel. — Présent. Je mourrais, lu mourrais, il mourrait; nous mourrions, vous mourriez, ils mourraient.

Impératif. — Présent. Meurs, qu'il meure; mourons, mourez, qu'ils meurent.

Subjonctif. — Présent.. Que je meure, que tu meures, qu'il meure; que nous mourions, que vous mouriez, qu'ils meurent. — Imparfait. Que je mourusse, que tu mourusses, qu'il mourût ; que nous mourussions, que vous mourussiez, qu'ils moarusscnt.

MOU

Participe. — Présent. .Mourant, — P^naé Mort, morte.

Ce verbe prend l'auxiliaire être dans ses temps comiwsés.

Faire iiuurir ne se dil pomt au passif. Quoique Yaugelas ait condamné il y a longtemps les expressions il a été fait mourir, il fut fait mourir, le peuple ne laisse pas de s'en servir encore, et surtout à Taris.

Racine a Ai\.{Frères ennemis, act. A', se. v, ^) :

Et du même poignard dont est morte la reine. Celte Gère princesse a percé son beau sein.

On dit bien viourir de faim, de chagrin, de douleur, mourir de ses blessicres, mais on ne dit pas mourir d'un poignard, d'une épée, d'un boulet de canon. Il faut dire ?nourir d'un coup de poignard, d'un coup d'épée, etc.

On ne dit pas Je meurs d'aller, je meuts de savoir; mais je meurs d'envie d'aller, de savcir, et cela ne se dit (juc dans la conversation familière. (Voltaire, Remarques sur Corneille.)

MODSQCET. Subsl. m. On ne prononce pointle t.

MorssE. J.-J. Rousseau a employé ce mol adjectivement, et lui a fait signifier le contraire d'aiguisé ; Ma ; ' nctration est naturellement très-mousse, mais elle s'est aiguisée à force de s'exercer dans les ténèbres.

MoLssEux, Mousseuse. Adj. Qui mousse. I! ne se met qu'après son subst. : Du vin mousseux.

— Bose mousseuse se dil abusivement, pour rose moussue, d'une rose dont le calice et la tige sont garnis d'une espèce de mousse. (Acad.)

MonssD, MousscE. Adj. Qui est couvert de mousse. Il ne se met qu après son subsl. : Un arbre moussu, une pierre moussue. Voyez Mousseux.

MonvA?iT, Mouvante. Adj. verbal tiré du v. mouvoir. Il ne se met qu'après son subsl. : Force mouvante, sable mouvant, terre mourante. — Tableau mouvant.

Mouvoir. V. a. et irrégulier de la 3' conj. Voici comme il se conjugue :

Indicatif. — Présent. Je meus, lu neus, il meut; nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent.

— Imparfait. Je mouvais, tu mouvais, il mouvait; nous mouvions, vous mouviez, ils mouvaient. — Passé simple. Je mus, lu mus, il mut; nous mûmes, vous mûtes, ils murent. — Futur. Je mouvrai, tu mouvras, il inouvra; nous mouvrons, vous mouvrez, ils uiouvronl.

Conditionnel. — Présent. Je mouvrais, tu mouvrais, il mouvrait; nous mouvrions, vous mouvriez, ils mouvraient.

Impératif. Présent. Meus, qu'il meuve ; mouvons, mouvez, qu'ils meuvent.

Subjonctif. — Présent. Que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve; que nous mouvions, que vous mouviez, qu'ils meuvent. — Imparfait. Que je musse, que lu musses, qu'il mût; qua nous mussions, que vous mussiez, qu'ils mussent.

Participe. — Présent. Mouvant. — Passé.

Mu, Mue.

Les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.

Plusieurs de ces temps ne sont usités que dans le style didactique. (>n ne peut concevoir comment l'âme peut mouvoir le coi'ps. Dans le discours ordinaire, il y a plusieurs temps de ce verbe qui rebutent l'oreille, et qui par conséquent ne sont point usités. On n'aime pas à lire dans Bossuel : Les premières affaires qui S9

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murent dunsl'É[ili.ie; mais on dit fort bien un corps qui se meut.

Moyen, .Moyenne. Adj. Il se met souvent avant son subst. : Une taille moyenne, une moyenne taille: une grandeur moyenne, une moyenne grandeur. — Temps moyi n. Voyez Mjeclif.

MuABLE. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : f^entviuahJe, volonté muulle.

Mci:t, Muette. Adj. Il se dit, 1° de celui qui ne peut parler à cause de (jucliiue empêchement naturel ou par (juclque accident: Un homme muet, une femme muette, un enfant muet; 2''des personnes qui ne s'expliiiucnl point dans (juelque circonstance, par ciaintc, par élonuement, etc. : Il demeura nmet d'étnnncment. Croyes-vous qu'il reste muet dans cette affaire?

Avei-vons prétendu que, muet el tranquille, Co hnros, qu'armera l'amour et la raison, Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom ? (lUc, Iphig., act. I, se. l, 98.)

Muet se dit aussi des choses. On dit un jeu muet, une scène muette.

J'entendrai des regards que vous croirez muets.

(lÎAC, Britan., act. II, se. m, 156.)

Cet adj., appliqué aux personnes, se met toujours après son subst. Appliqué aux choses, il peut le précéder, loi-sque l'analogie el l'harmonie le permettent : Une muette horreur.

Voyez là-haut ces bois dont la muetta horreur Aujourd'hui même encore inspire l'épouTante.

(DBLii,.,Bnrftd., TUI, 463.)

Et sur ces sombres lieux, muettet régions, Oii le trépas conduit ses paies légion».

(Gresset, Éijl. VI, 71.)

Muet, Muette. Terme de grammaire. Cette qualification a été donnée aux lettres, par les grammairiens, en deux sens dilïérenls ; dans le premier sens, elle n'est attribuée qu'à certaines consonnes dont on a prétendu caractériser la nature ; dans le second sens, elle désigne toute lettre, voyelle ou consonne, qui est employée dans l'orthographe, sans élre rendue en aucune manière dans la prononciation.

Il est démoniré qu'aucune consonne n'a de valeur qu avec la voyelle, ou, si l'on veut, que toute articulaàon doit précéder un son. Ainsi, on ce sens, toutes les consonnes sont muettes par leur nature, puisqu'elles ne rendent aucun son, mais qu'elles modifient seulement les sons.

Quant aux lettres muettes dans l'orthographe, nous n'avons rien de mieux à '."aire qu2 de transcrire les observations de M. liarduin , que Beauzée a fait insérer dans V Encyclopédie.

« Qu'on ait autrefois prononcé des lettres qui ne se prononcent plus aujourd'hui, cela semble prouvé par les usages qui se sont perpétués dans plus d'une province, et par la comparaison de quelques mots analogues entre eux, dans l'un desquels on fait sonner une lettre qui demeure oiseuse dans l'autre. C'est ainsi que a- et p ont gardé leui' prononciation dans veste, espioîi, bastonnade, hospitalier, septembre, septuagénaire, quoiqu'ils l'aient perdue dansres<iV, expier, laston, hospitiil, haptesme, sept, etc. (On supprime même ces lettres dans l'orthographe moderne de plusieurs de ces mots, et l'on écrit, vêtir, épier, bâton, hàpital.)

<■■■ Mon intention n'est cependant pas de soute-

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nir que toutes les consonnes mutiles qu'on emploie ou (pi'on employait il n'y a jias longtemna au milieu de nos mots, se prononçassent originairement. Il est au contraire fort vraisemblable •lue les savants se sont plu à introduire des lettres muettes dans un grand nombre de mots, afin qu'on sentit mieux la relation de ces mots avec la langue latine. » Beauzée ajoute , ou même par un motif moins louable, mais plus naturel, parce i|ue, comme le remarque l'abbé Girard, on mettait sa gloire à montrer dans l'écriture française qu'on savait le latin. « Du moins est-il constant que les manuscrits anciens, antérieurs à l'imprimerie, offrent beaucoup de mots écrits avec une simplicité (pii montre qu'on les prononçait alors comme à présent, quoiqu'ils se trouvent écrits moins simplement dans des livres bien plus modernes. J'ai eu la curiosité de parcourir quelques ouvrages du quatorzième siècle, oia j'ai vu les mots suivants avec l'orthographe que je leur donne ici : droit, saint, traité, dette, devoir, doute, avenir, autre, moût, recevoir, votre ; ce qui n'a pas empêché d'écrire longtemps après : droict, sainct, traicté, dehte, dcbvoir, double, advenir, auLtre, moult, recepvoir , vostre, pour marquer le rapport de ces mots avec les noms latins : dircctus, sanctus, tractatus, dehitum, debere, dubitatio, advenire, aller, multum, recipere, vester. On remarque même en plusieurs endroits de s manuscrits dont je parle une orthographe encore plus simple, et plus conforme à la prononciation acluelle que l'orthographe dont nous nous servons aujourd'hui. Au lieu d'écrire science, corps, temps, compte, mœurs, on écrivait dans les siècles éloignés, sience, cors, tems, conte, meurs. »

M. Beauzée observe ici qu'on a bien fait de ramener science, à cause de l'étymologic; corps et temps, tant à cause de l'étyinologie qu'à cause de l'analogie qu'il est utile de conserver sensiblement entre ces mots et leurs dérivés, corporel, corporifier , corpulence , to-ntporel, temporalité, temporiser, temporisation, et pour les distinguer par rorthcgrai)hc des mois homogènes, cors de cerf, ou cors des pieds; tant, adverbe, pour le distinguerdeia/t pour les tanneurs, et de tend, verbe, rareillcment, compte, en conservant les traces de son urigine, computum, se trouve différencié par làdeco/w/e, seigneur d'un comté, et de conte, narration fabuleuse.

« Outre la raison des etymolugies latines ou grecques, nos aïeux insérèrent et conservèrent des lettres muettes pour rendre plus sensible l'analogie de certains mots avec d'autres mots français. Ainsi, commcjnajiicment, étemuement, dévouement, je lierai, je tuerai, j' avouerai, sont lormés de manier, éternuer, dévouer, lier, tuer, avouer, on crut devoir mettre ou laisser à la pénultième syllabe de ces premiers mots un e qu'on n'y prononçait pas. On en usa de même dans beau, nouveau, oiseau, damoiseau, chasteau, et autres mots semblables, [)arcc que la terminaison eau y a succédé à el. JNous disons encore unbel huvime, un nouvel ouvrage; et l'on disait jadis, oisel, dumoisel, chaslel.

« Les écrivains modernes, plus entreprenants que leurs devanciers, rapprochent de jour çsa jour rorthogra|)he de la prononciation. On n'a guère réussi" à la vèrilé, dans les tentatives qu'on a laites jusqu'ici pour rendre les lettres qui se pn lionceiit plus conformes aux sons et aux articulations quelles représentent ; et ceux qui ont voulu faire écrire ampereur, acsion, ati lieu

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d'empereur, action, n'ont point trouvé il'imilateurs M;iis on a été plus heureux dans la sup-

Pression d'une quantité de lettres inuellcs, (juc on a entièrement proscrites, sans considérer si nos aïeux les prononçai» nt ou non, cl sans même avoir trop d'égards pour celles que des raisons d'étymologie ou d'analogie avaient maintenues si longtemps. On est donc parvenu à écriie doute, parfaite, honnête, arrêt, ajouter, omettre, au lieu de dnubte, parfaicte, Jwnneste, arrest, adj'outer, obmettre ; Cl la consonne oiseuse a été remplacée dans plusieurs mots par un accent circonflexo, maïqué sur la voyelle précédente, lequel a souvent la double propriété irindi(]uer le retranchement d'une lettre et la longueur de la syllabe. On commence aussi a ôicr Ve muet de gaiement, remerciement, ctcrnuement, dévouement, etc.

« INIais, malgré les changements considérables que noire orthographe a reçus depuis un siècle, il s'en faut encore de beaucoup qu'on ait abandonné tuus les caractères muets. 11 semble qu'en ser déterminant à écrire sûr, mûr, au lieu de sevr, vieur, on aurait dû prendre aussi le parti d'écrire huu, chapau, et cuf, hevf, au lieu lïœvf, bœuf, quoique ces derniers mots viennent d'ovum, bovis; mais l'innovation ne s'est pas étendue jusque-la ; et comme les hommes sont rarement uniformes dans leur conduite , on a même épargné dans certains mois lelle leltrequi n'avait pas plus le droit de s'y maintenir ([u'en plusieurs autres de la même classe d'où elle a été retranchée. Le ff, par exemple, esl resté dans poing, après avoir été banni de soing, loing, témoing. Que dirai-je des consonnes redoublées qui sont demeurées dans une foule de mois où nous ne prononçons qu'une consonne simple?

« Quelques progrés que fasse à l'avenir la nouvelle orthographe, nous avons des lettres mueltes qu'elle ne pourrait supprimer sans défigurer la langue, et sans en détruire l'économie. Telles sont celles qui servent à désigner la nature elle sens des mots; comme n dans ils aiment, ils aimèrent, ils aimassent; et en dans les temps où les troisièmes personnes plurielles se terminent en aient ou en oient, ils aimaient, ils aimeraient, ils soient. Car à l'égard du t de ces mots, et de beaucoup d'autres consonnes qui sont ordinairement muettes, personne n'ignore qu'il faut les prononcer quelquefois en conversation, et plus souvent encore dans la lecture ou dans le discours soutenu , surtout lorsque le mot suivant commence par une voyelle.

« Il y a des lettres mueltes d'une autre espèce, qui probablement ne disparaîtront jamais de l'écriture. De ce nombre est I'm servile (ju'on met toujulirs après la con'^onne q, à moins qu'elle ne soit tinale; pratique singulière (jui avait lieu dansr la hnguc latine aussi constamment que dans la française. Il est vrai que cet v se prononce en queiilUCS mots, quadrature, équestre, quinquagt'simc; mais il est muet dans la t^\\\pixi, quant iite, querelle, quotidien, quinze.

u J'ai peine à croire que l'on bannisse jamais P« et Ye qui sont presque toujours muets entre un ^ et une voyelle. Cotte consonne g répond à deux sortes d'ariiculations bien différentes. Devant a, o, u, elle doit se prononcer durement; mais quand elle précède un e ou un i, la prononciation en est plus douce, et ressemble entièrement à celle du j. Or, pour apporter des exceptions à ces deux règles, et pour donner au g. en ceriains cas, une valeur contraire à sa

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position actuelle, il fallait des signes qui fissent connaitre les cas exceptés. On aura donc pu imaginer l'expédient de mettre un « après le g, pour en rendre l'articulation dure devant un e ou un i, connne dans guérir, collègue, orgueil, guitare, guimpe ; et d'ajbuter un e à cette consonne, pour la faire prononcer mollement devant a, 0, V, comme dans geai, George, gageure. L'm muet semble pareillement n'a\oir été inséré dans cercueil, accueA,écueil, (pie pour y affermir le c, qu'on prononcerait conmie s s'il était immédiatement suivi de Ve.

« Il n'est pas démontré néanmoins que ces voyelles mueltes l'aient toujours été ; il est possible, absolument parlant, qu'on ait autrefois prononcé Vu et l'e dans écueil, guider, George, comme on les prononce dans écuelle. Guise, ville, et dans géomètre. Mais une remarque tirée de la conjugaison des verbes, jointe à l'usage où l'on est depuis longtemps de rendre ces lettres muettes, donne lieu de conjecturer en effet qu'elles ont été placées après le g et le c, non pour y être prononcées, mais seulement pour prêter à des consonnes une valeur contraire à celle que devrait leur donner leur situation devant lelle ou lelle voyelle.

n U est de ijrincipe dans les verbes de la première conjugaison, comme flatter. Je flatte, blâmer, je blâme, que la première personne plurielle du présent de l'indicatif se forme du participe présent en changeant ant en ons, et que l'imparfait de l'indicatif se forme par le changement du même ant en ais ; flattant, nous flattons, je flattais; blâmant, nous blâmons, je blâmais. (Voyez Formatvi/i.)Suivsiïil ces exemples, on devrait écrire, je mange, nousmangons, je ma?igais, etc. ; mais comme le g doux de mange serait devenu un g dur dans les autres mots, par la rencontre de Vo cl de l'a, il est presque évident que ce fut tout exprès pour conserver le g doux dans nous mangeons, je mangeais, que l'on y introduisit un e sans vouloir qu'il fût prononcé. Par là on crut trouver le moyen de marquer tout à la fois dans la prononciation et dans l'orthographe l'analogie de ces deux mots avec je mange, dont ils dérivent. La même chose peut se dire de nouscommenceons,je cotnnie?iceais, qu'on n'écrivait sans doute ainsi avant l'invention de la cédille, que pour laisser au c la prononciation douce qu'il a dans je commence.

« Cette cédille, inventée si à propos, aurait dû faire imaginer d'autres marques pour distinguer les cas où le c doit se prononcer comme un k devant la voyelle e, et pour faire connaître ceux où l'e doit être articulé d'une façon opposée aux règles ordinaires. Ces signes particuliers vaudraient beaucoup mieux que l'interposition d'une ou d'un V, qui est d'autant moins satisfaisante (ju'elle induit .à prononcer écuelle, comraGécxuil, aiguille comme anguille, et même géographe et aiguë comme George et figue.

« Quoi qu'il en soit de mon idée de réforme, dont il n'y a point d'apparence qu'on voie jamais l'exèculion, on doit envisager la voyelle e dans beau tout autrement ijue dans il mangeait. Elle ne fournit par elle-même aucun son dans le premier de ces mots; mais elle est censée tenir aux deux autres voyelles, et on la regarde en (]uel(iue sorte comme faisant partie des caractères employés à représenter lo son o; au lieu que dans il mofigeait, Ve ne concourt en rien à la représentation du son; il n'a nulle espèce de

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