‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 294 sur 453 · MUT · texte numérisé non relu

MUT

employé par .T.-J. Rousseau (Confessions , Ile part., liv. viii) : Nous musicàmes tout le jour.

Mutin, Mutine. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un enfant mutin , un esprit mutin.

Mutiner (se). V. pronom, delà U' conj. Corneille a dit dans Cinna (act. IV, se. i, 13) :

Cinna seul dans sa rage s'obstin»;, Et contre vos bontés d'autant plus se mutine.

Voltaire a dit au sujet de ce vers. Se mutiner contre des bontés est une expression bourgeoise. On ne l'emploie qu'en parlant des cnfanls. Ce n'est pas que le mot mutiné, cini>loyé avec art, no puisse faire un très-bel effet. Racine a dit [Phèdre, act. II, se. i, 85) :

Enchaîner un captif de ses fers étonné. Contre un joug qui lui plaît vainement mutiW.

B'atitajit plus exige un que ; c'est une phrase qui n'est pas achevée. [Rernarques sur Cor neille.)

Mutinerie. Subst. f. Corneille a dit dans Héraclius (act. V, se. vu, 11) :

Son ordre excitait seul cette mutinerie.

Ce mot, dit Voltaire, est trop familier. Révolte, sédition, tumulte, sont les termes usilcs dans le style noble. {Remarques sur Corneille.)

Mutuel, Mutuelle. Adj. Suivant Vaugelas, on dit réciproque de deux, et mutuel d'un plus grand nombre : Le ?nari et la femme dnjvent s'' aimer d'un amour réciproque ; les chrf tiens doivent s^aimer d'un amour inutuel. — L'usage ne confirme pas celte décision , car on dit que deux personnes se sont fait un don mutuel, et non pas un don réciproque. Thomas Corneille prétond qu'il n'y a que peu de difl'éreiice entre ces termes, et même qu'on peut les prendre indifféremment l'un pour l'autre. L'Académie semble être de cet avis; elle définit mutuel ^at réciproque, et réciproque par mutuel, et dit ce dernier de deux personnes comme d'un plus grand nombre.

Il est certain cependant que ces deux mots ne peuvent pas s'employer indjifércmment l'un pour l'an Ire, et nous pensons que Roubaud a bien établi leur différence. Mutuel, dit-il, désigne l'écliange ; réciproque , le retour. Le premier exprime l'action de donner et de recevoir de part et d'autre; ie second, l'if-îion de rendre selon ([u'on reçoit. L'échange est libre et volontaire; on donne en échange, et cette action est mutuelle. Le retour est dû ou exigé; on paie de retour, et celte action est réciproque. On dit que l'affection est mutuelle, pour signifier qu'on s'aime l'un l'autre; on dû qu'elle est réciproque, pour marquer qu'on se rend sentiment pour sentiment. Le don qu'on se fait l'im à l'autre est mutuel, le don qu'on se rend l'un pour l'autre est réciproque. Mais le don est surtout mutuel quand il est le même ou du même genre de part et d'autre; il n'est que réciproque s'il s'agit d'objets différents cédés en compensation. Un mari et une femme s'engagent mutuellement leur foi, et ils s'engagent réciproquement à des devoirs différents.

L'adjpctif mutuel peut se mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Amour mutuel, leur mutuel amour,

Haine viutueUe. Des devoirs mutuels, de mutuels decuirs. La Justice et la Puix se dtrnneraient un mutuel baiser. (l)u Gucl.)

Mutuellement. Adv, On peut le mellrc enlre 'auxiliaire el le [larlicipe : Ils se sont promis nutuellemciit, ou ils se sotit mutuellement pro- Viw de... Voyez Mutvel.

MïSTfcr.r. Subsl. m. Ce mot est admis, dans i style noble, au propre et au figure :

Sur ces murs fcnébreux des linces sont rangées ; Dans des vases de smi: leurs pointes sont plongées, Appareil menaçaul de leur myttire affreux.

(Volt., Ihnr., V, 229.)

Qui sait si le roi votre père Vent que de son absence on sache le tnys(er« ?

{Ràc, Phèd., act. I, se. i, 17.)

Mystérieusement. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire el le participe : //

NÂI

s'est conduit mystérieusement, ou il s'est myê' tcrieuscment conduit dans cette affaire.

Mystérieux, mystérieuse. Adj. : Caractèree mystérieux, paroles mystérieuses, sens mystérieux. — Un homme mysténeux, une fevirtw mystérieuse. En parlant des ciinses, on peut le mettre avant son subst. , lorsque l'analogie et l'harmonie le perinellenl : Ces mystérieux caractères, CCS 7nysléricuses paroles.

Mystique. Adj. des deux ucnrcs. 11 ne se dit que par rapport aux choses de la religion: Le sens mystique de l'Ecriture sainte. — Auteur mystique, livre mystique. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Ce mystique auteur, cette mystique explication.

Mystiquement. Adv. Il se met après le verbe : Il a explique viystiquement ce passage.

Mythologique. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Discours viythologique, livre mythologique.

N. Subst. m. On prononce ?ie. La quatorzième j lettre de l'alphabet et la onzième des consonnes. ! Le son propre de celte lettre est comme dans ■nager, négoce, nippe, novice, nuage.

Celle Icilre, lorsqu'elle est suivie d'une voyelle, ! conserve toujours le son qui lui esl [)roprc au ' commencement et au milieu des mois, comme dans nourrice, anodin, cabatie. On eu excepte enivrer el ses dérivés, et enorgueillir, qui se prononcent comme s'il y avait deux n; le premier wasal, lesecond articulé: an-nivrer, annorgueillir.

N, suivi d'une aiilre consonne, perd le son qui lui esl propre, el prend le son nasal, comme dans aîicre, engraver, ingrédient.

NliiKil se fait sentir dans aiio7KC«,a.'«e?), Eden, gramen, hymen, et dans tous les mots où il se lie naturelleiiient avec le mot suivant, commençant par une voyelle ou un h non aspiré.

Il faut remarquer à ce sujet qu'on ne doit jamais faire sentir la terminaison nasale , à moins que le mot où elle se trouve n'appelle, par sa nature grammaticale, le mot (jui le suit, et n'ait avec lui une liaison nécessaire. Voyez f^oyelle, En.

Dans bien et rien, suivis immédialcmenl de i'ndjeclif, de l'adverbe ou du verbe qu'ils moilificnl, on fait sentir le n, lorsque cet adjectif, cet adverbe ou ce verbe commencer.l par une voyelle ou un A non aspiré : Bien honorable, bien utilement, bien écrire; prononcez bien-nlwnorable , bien-nutilement , bien-nécrire . Mais si les mots bieniii rien sont suivis d'un tout autre mol que d'un adjectif, d'un adverbe ou d'un verbe, le n ne se fait pas sentir : Il parlait bien et à propos; il ne voyait rien et n entendait pas un mot. Il en est de même de bien el rien employés substantivement : Ce bien est à moi, c'est un bien à souhaiter; ce rien a des attraits pour moi.

Quand n est redoublé, il ne donne jamais à la vovelle prccédenle le son nasal, si ce n'est dans ennobli, ennui, et leurs dérivés. Ainsi deux nn ne servent qu'à rendre la syllabe précédenle brève, et anneau, année, innocence , innombrable, se prononcent aneau, anée , inocencc, inombrable. Dans annales, annexe, inné, innové, innominé, on fait senlir les deux nn.

En termes de marine ou de googi'aphie, N. esl l'expression abrégée du mot 7iord. — N. est souvent employé pour signifier 7iotrc. — IS.-S. veut A\rc Noire-Seignexir. — Dans le commerce, K. C. signifie noire cmnpie, N" numéro. — Sur les monnaies, N indique la ville de Montpellier.

Nacelle. Subsl. f. L'Académie prétend qu'on (iil figurémenl la nacelle de saint Pierre, pour dire T'Eglisc catholique romaine. Nous ne conseillons à personne de se servir de cette expression.

Nage. Subsl. f. On dit être tout en 7iage, pour dire avoir irès-chaud. Le mot 7uige est ici une corruption du vieux mot âge, qui signifiait eau. On devrait donc dire être tout en âge ; mais l'usage a prévalu. (Roquefort, Glossaire de la langue romane.)

Nageu. V. u. de la i" conj. L'Académie ne donne point d'exemple des acceptions suivantes :

Le bûcher, par mes mains détruit et renversé. Dans la sang des bourreaux nagera dispersé.

(lUc, /phii?., act. V, se. ii, 91.)

Nagear.t dans le reflux des contrariétés.

(Volt,, JUahom., act. IV, se. m. 49.)

Naguère ou Naguèses. Adv. Oji dit l'un ou l'autre indifféremmen:. On ne s'en sert guère dans la conversation; mais on remploie souvent dans la poésie el dans le slyle soutenu : Elle ne laissait pas d'avoir la douleur diins Vâme en voyant qu'on la chercherait vainement des yeux dans ces fêtes où naguère elle s'était vue adorée. (Marmontcl, Contes moraux. Le bon mari, t. II, p. 9-7.)

N'avez-vous pas naguère entendu sans terreur Des rochers de Scjlla la bruyante fureur?

(Dblil., Bneid., I. 283.)

On peut le mettre avant ou après le verbe, ou entre l'au-xiliaire et le participe.

Nai'f, Naïve. Adj. Naturel, sans fard, sans artifice. Dans tous les sens, on peut le mettre avant son subst., en coiisuliant rorcillc et l'anaiogic : Une beauté naive, une 7mive beauté ; une description naïve, U7ie 7iaïve description ; une

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