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sujet. C'est ainsi que l'on nie que le monde soit l'ouvrase du hasiird. Ils apitellent privulion l'absence d'un allribul qui non-seulcmciit peut se trouver, mais se trouve même oïdinairemenl dans le sujet, parce qu'il est compatible avec la nature du sujet, et qu'il en est un accompagnement ordinaire. C'est ainsi qu'un aveugle est privé de la vue.
Les grammairiens sont moins circonspects, parce (|uc celte distinction est inutile aux vues de la parole. L'absence de tout allribul est pour eux négation. Mais ils donnent pariiculiércmcnt cenom aux mois destinés a désigner celle absence, comme non, ne. Sur quoi il est important d'observer que la ncgation désigne l'absence d'un attribut, non comme conçu par celui qui parle, mais connue im mode propre à sa pensée actuelle. En un mol, la négation ne présente point à l'esprit l'idée de celte absence comme pouvant êlre sujet dequclciues allribuls; c'est l'absence elle-même qu'elle indique immédiatement comme l'un des caractères propres au jugement actuellement énoncé. Si je dis, par exemple, la négation est contradictdire à l'affirmatioii, le nom négatwi en désigne l'idce connue sujet de l'atlribui contradictoire, mais ce nom n'est point la négation elle-même; la voici dans cette phr.ise, Dieu ne peut être injuste, parce que ne désigne l'absence du pouvoir d'être injuste, qui ne saurait se trouver dans le sujet qui est Dieu.
La dislinclion philosophique entre np^nfion et privation n'est pourtant pas tout à fait perdue pour la grammaire, et l'on y distingue des mots négatifs et des mois privatifs.
Les mois négatifs sont ceux qui ajoutent à l'idée caractéristique de leur espèce, et à l'idée propre qui les individualise, l'idée particulière de la négation grammaticale. Les mois personne , rien, aucun, ni, etc., sont des mots négatifs.
Les mots privatifs sont ceux qui expriment directement l'absence de l'idée individuelle qui en consiiiue la signification propre, ce qui se fait communément par une particule composante mise à la lèle du mot positif. Les Grecs se servaient pour cela de Valpha, que les grammairiens nomment par celte raison a privatif. La particule in était souvent privative en latin. Dignvs, mol positif; indignus, mol [Hivalif. Quelquefois le n de in se change en / ou en r, quand le mot positif commence [lar une de ces liquides; et d'autres fois en m, si le mot commence par les labiales b, p et m. Legitimns, de là illegitimus ; regularis , de là irregularis., elc.
Nous avons transporté dans notre langue les mots privatifs grecs et latins, avec les particules de ces langues; nous disons anomal, abîme, indigne, indécent, insensé, inviolable, infortune, illégitime, irrégulier, etc Mais si nous introduisons (luelques mots privatifs nouveaux, nous suivons la méthode latine, et nous nous servons de in.
Ainsi la principale différence entre les mots négatifs et les mots /);iro/i/s, c'est que la négation, renfermée dans la signification des premiers, tombe sur la proposition entière dont ils font partie et la rendent négative, au lieu que celle qui constitue les mots privatifs lombe sur l'idée individuelle de leur signification, sans influer sur la nature de la proposition.
Qu'il me soit i)ermis de faire quelques observations sur cet article, que j'ai emprunté de M. Beauzée, l'un de nos plus habiles gram-
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mairiens, et de développer ici l'idée nouvelle que j'ai avancée sur celle matière a l'article in
Je ne comprends pas Imp celle distinction entre la négation des mois négatifs, qui tombr sur la phrase enlicre et la rend négative, et la négation des mois privatifs, qui tombe sur l'idée individuelle de leur signification , sans influer sur la nature de la proposition.
M. Beauzée convient qu'il y a également négation dans les mots négatifs et dans les mots privatifs. S'il en est ainsi" l'expression doit être négative pour les uns cl pour les autres, et la négation des mots privatifs ne doit point avoir la force de rendre la phrase affirmative; car il n'y a rien de plus opposé que la négation et l'affnmitim, et il est impossible qu'une négation produise une affirmation.
M. Beauzée répondrait sans doute que dans les mots privatifs, la négation ne tombant pas sur la proposition eniiêre, mais seulement sur l'idée individuelle de leur signification, celle négation ne produit point l'affirmation. Mais puisqu'on suppose une négation dans l'expression privative, et une neya<wM dans l'expression négative, ils'ensuii que dans ces deux phrases, cet homme n est pas constant, et cet homme est inconstant, l'absence, la privation, la négation de constance est également exprimée, quoiiiu'ellene le soit pas d'une manière semblable. Or, si dans la première phrase je dois employer une exprcssinn négative, et dans la seconde une expression affirmaUve, il est bien clair ([ue la négation que l'on appelle privation influe sur la nature de la phrase, puisqu'elle la rend afllrmalive, de négative qu'elle devait êlre naturellement. Cependant il doit y avoir une différence entre ces deux manières de s'exprimer, d'autant jilus qu'elles sont énoncées dans des formes opposées et contradictoires.
Je crois pouvoir avancer qu'il n'y a point de négation dans ces prétendues expressions privatives. En effet, s'il y en avait une, le mot inconstant signifierait, pfl5 constant; et la phrase cet homme est inconstant, voudrait dire, cet homme est pas constant, ce qui revient à n'est pas constant, et ramène à l'expression négative. Il serait donc inutile de distinguer cet homme 7i'est pas constant, et cet homme est inconstant, puisque ces deux phrases signifieraient exactement la même chose.
Il me seinble que la dénomination de privatifs, que l'on a appliquée à ces mots, ne leur convient nullement; et qu'ils désicnenl toujours quelque chose de positif. La preuve que j'en donne, c'est qu'ils sont toujours accompagnésd'une expression positive qui annonce, non une privation, mais l'existence d'une chose réelle ou idéale. Quand 07! est, on est quelque chose, et l'on n'est ni une négation ni une privation.
L'absence, le défaut, la privation d'une qualité, ne sont pas lellemenl absolus ([u'il n'en résuite souvent une (jualité contraire, qui a une existence réelle, (jui a ses modifications et ses effets. Par exemj)le, quand je dis cet hovnue n'est pas courti'^an, il ne résulte pas de l'absence de la qualité de courtisan une qualité contraire, appréciable, qui ait ses modifications et seseffels. Voilà pour- (]uoi je ne puis i)as dire, cet homme est incourtisan. Il en est de mènie des mots amusant, contrariant, blessé, aimable, aimé, etc. Mais quand je dis cet homme est inconstant, on sent (jue je veux désigner par celte expression une qualité réelle et positive, qui a ses modifications et ses effets, et qui résulte de l'absence de la constance.
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On peut distinguer dans l'nbscnce de la constance deux points de vue différents : d° l'absence absolue de la constance, sans aucun rapport à la mauvaise tiualiié qm résulte de cette absence; et on dit en ce sens, cet linmnio n'est pus constant; 2" on peut regarder l'absence de la constance comme une mauvaise qualité positive, qui a ses modilications et ses effets, et alors l'exjjrcssion doit être affirmative, cet homme est inconstant. Cette explication rend sensible la différence des deux expressions.
Or, je pense quel'on a imaginé ces mots, que l'on nomme abusivement privatifs, pour désigner ces (lualités réelles qui résultent de l'absence d'une (jualité; et ce qui me confirme dans cette oiiiiiioii, c'est ([ue l'absence sinqile des qualités, qui ne produit pas une qu'alité contraire, n'est pas susceptible (l'être désignée par ces sortes de mots. On dit cet homme est incapable, est injuste, est insouciant, etc. ; mais on ne peut i)as dire cet homme est inspiritucl, inaimable, insouffrant, etc. ; il faut se borner à dire n'est pas spirituel, n'est pas aimable, n'est pas souffrant.
Concluons de là qu'il faudrait un autre mot pour désigner les mots que l'on a appelés jusqu'à présent /3r»cai//;s-. Je laisse le soin de le chercher a des personnes plus habiles que moi, qui auront trouvé quelque justesse dans mes observations.
Il me semble que si le principe que je propose était adopté, il mettrait une iKirrière à cette fureur néologique qui s'efl'orce d'introduire dans la langue une foule d'ex])ressions de cette espèce, qui clioiiucnt autant le bon sens que les ureilles; et qu'on aurait une règle sure pour connaître celles que l'on peut adopter, ou qu'il faut rejeter. Voyez In.
Négation. Subst. f. Les grammairiens entendent par ce mot l'absence de tout attribut; mais ils donnent particulièrement ce nom aux mots destinés à désigner cette absence, comme no)i, ne.
La langue française a l'avantage de pouvoir exprimer différents degrés de négation, soit en employant simplement la négative ne, soit en cooijjlétant le sens de cette négative par les mots pas et point. Ne exprime le degré le plus faible de négation, je ne puis, je ne sais; ne pas exprime un degré plus élevé, je ne puis pas, je ne sais pas; ne point exjjrime la négation avec plus d'énergie encore, je ne puis point, je ne sais point. Voy. Négatif, Ne, Non, Pas, Point.
Négativement. Adv. 11 se met après le verbe : // a répondu négativement.
NÉCLiGEsiMKNT. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Elle était négligemment vêtue.
Négligence. Subst. f. On appelle en général néglir/ciice de style, toutcequi, dans le discours écrit, choque l'oreille sans choquer les règles de la grammaire.
11 y a des négligences aimables, qui donnent de l'agrément aux pensées, et que par celle raison l'on ne saurait blâmer. Elles ne sont guère admises que dans les lettres familières, et dans les poésies légères. Les lettres de madame de Sévigné et les fables de La Foniarne offrent un grand nombre d'exemples de ces sortes de négligences.
^■ÉGL1GE^T, NÉGLIGENTE. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un homme négligent, une femme négligente. — Je ne vois nulle part qu'il se dise des choses; mais je lis dans Voltaire, mon amitié n'est point du tout négligente
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{Correspondance); et il me semble que cela est bien dit.
NÉGLiGEn. V. a. de la l''''conj. Dans ce verbe, le g doit toujours se prononcer comme j ; et pour lui conserver cette ijrononciaiion lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o : Je négligeais, négligeons, et non pas je négligais, négligons.
Négociateur. Subst. m. En parlant d'une femme, on dit négociatrice.
Neigeux, Neigeuse. Adj. qui ne se met guère qu'après son subst. : Temps neigeux, saison neigeuse. Volney a dit : Au. nord, pur delà une mer irrégulière et lo7iguement étroite, sont les campagnes de l'Europe, riches en prairies et en champs cultivés; à sa droite, depuis la mer Caspienne, s'étendent les plaines neigeuses ot nues de la Turtarie [Les liuines, ch. IV); et Delille a employé ce mot de la même manière dans les vers suivants {Enéide, VU, ySS) :
Deux Centaures alticrs, tiers enfants des nuages. De lears sommets neigeux descendent à grands pas.
Néographe. Adj. i)ris substantivement. On appelle ainsi celui cpii affecte une manière d'écrire nouvelle et contraire à l'orthographe reçue. L'orthographe ordinaire nous faisait écrire françois, j'étais, ils aimeraient ; Voltaire a écrit français, j'étais, ils aimeraient, en mettant ai pour oi dans ces exemples, et partout où Voi est le signe d'un e ouvert. Nous emjjloyons des lettres majuscules à la tète de chaque phrase qui commence après un point, à la tète de chaiiue nom propre, etc. ; Voltaire avait supprimé toutes ces ca|)italcs dans la première édition de son Siècle de Louis XI f^. Dumarsais a supprimé sans exception toutes les lettres doubles qui ne se prononcent point et qui ne sont point autorisées par l'étymologie; il a écrit home, came, arèter, doner, anciène, condâner. Duclos n'a pas même égard à celles que l'étymologie ou l'analogie semblent autoriser; il supprime toutes les lettres muettes, il écrit diférentes, l êtres, èle, téâtre, etc.; il change ph en /', ortografe, filusofique, etc. Ainsi Voltaire, Dumarsais, Duclos , sont des néographes modernes.
NÉoGRAPuisME. Subst. m. Manière d'écrire nouvelle, et contraire à l'orthographe reçue. Le fondement et le prétexte du néographisme, c'est que les lettres étant instituées pour représenter les éléments de la voix, l'écriture doit se conformer à la prononciation. Mais il est aisé d'abuser de ce principe. Les lettres, il est vrai, sont établies pour représenter les éléments de la voix ; mais comme elles n'en sont pas les signes naturels, elles ne peuvent les signifier qu'en vertu de la convention la plus unanime, qui ne peut jamais se reconnaître que par l'usage le plus général de la plus grande partie des gens de lettres. Il y aura, si vous voulez, plusieurs articles de cette convention qui auraient pu être plus généraux, plus conséquents, plus faciles à saisir; mais enliii ils ne le sont pas, et il faut s'en tenir aux termes de la convention. Toutes les langues ont, dans leur orthographe, des irrégularités semblables à celles que fou reproche a la nôtre; et on bouleverserait tout si l'on voulait les faire disparaître, et peut-être même ne pourraiton y parvenir enticrcincnl.
J'avoue que de siècle en siècle il s'établit de nouvelles manières d'écrire certains mots, et que
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:iolre orlhograplie actuelle est bien iJifférenlc, à i)|iisienrs csanis, de celle du seizième siècle. iMais la plui)art de ces chançcmenls sont une suite de ceux qui ont eu lieu dans la pronon- '•ialion; ils ne peuvent se faire que peu à peu, et ne doivent passer pmir rcL-le <iue lorsque l'usage général les a adoi)lés. Certainement un n'écrira pas aujoud'hui M/wrfe, au Wcu d' é (nd e, ■ sçavnir. au lieu de savoir, comme écrivait Montaigne, parce que l'usage d'écrire étude et sat^oir est généralement adopté. Mais comme plusieurs gens de lettres se sont élevés contre le néographisme de \'oliaire, de Dumarsais, de Duclos, de. ; (jue l'usage est partagé sur quelques-unes de ces nouvelles manières d'écrire, et qu'il a cntièremr-nt repoussé les autres ; les règles que ces écrivains ont données sur cette matière ne peuvent passer que pour des systèmes, et ne doivent point litre rangées parmi les principes de notre grammaire. Le Dictionnaire de l'Académie française pourrait être d'une gramle utilité à cet égard, si ses éditions successives indiquaient exactement les changements que l'usage a généralement adoptés. Il servirait do régulateur dans cette partie, épargnerait l'embarras de se décider pour tel ou Ici système, et emiK'cherait la propagation des innovations contraires à la raison et aux vrais principes. C'est ce qu'il a fait pour le néographisme des écrivains dont nous venons de parler. Mais que d'irrégularités n'offre-t-il pas d'ailleuis dans un grand nombre de mois!
ZNÉOLOGTE. Sulist. f. Invention, usage, emploi de termes nouveaux. Noire langue, comme toutes les autres, s'est formée pcîu à peu. Pauvre dans les commencements, el bornée à un petit nombre de mois, elle s'est successivement accrue et enriciiie d'un grand nombre d'expressions devenues nécessaires, par les changements de gouvernements, de mœurs, d'usages, de relation , par la naissance et l'accroissement des sciences, des arts, du commerce, et par une multitude d'autres cattSes nées de ces circonstances. La néologie est donc le principe de raccroissemont, de la richesse et de la perfection de la langue. C'est surtout à l'époque oij la langue française a pris imc forme régulière, qu'on a vu i)araitre un grand nombre de mois nouveaux, et les illustres solitaires de Port-Royal, qui ont tant contribué à lui donner celte forme, ont élé les pères de la néologie française. En vain le jésuite Bouhours a voulu s'op|)oser à ces innovations; les expressions nouvelles conformes à la raison et à l'analogie ont [irévalu sur ses critiques, et sont généralement adoptées. 11 en a été de même du Dicii nnaire vénldgiqve du fameux abbé Desfontaines; et si l'usage eût rejeté tous les mots réprouvés par ce critique, nous n'aurions i)as aujourd'hui dans notre langue plusieurs expressions qui contribuent à en faire l'ornement et la richesse.
Prclendrc qu'on ne doit point créer de mots nouveaux, c'est donc s'opposer aux progrès et à la perfection de la langue : c'est meltre des bornes à l'avam-ouient des sciences, des arts et de la philosophie; c'.;st entraver le génie. La France ne posséderait pas aujourd'hui les ouvrages immortels qui font les délices de la nation et radmi''alion de l'Europe entière, si, dès les commencements, on ciit interdit au génie toutes les expressions nouvelles, lous les tours nouveaux; notre langue serait encore celle des Velches.
Je dis les tmirs nnuvenvx, car c'est .inssi en
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cela que consiste la néologie; et c'est surtout dans le sens figuré qu'on pcui <[uel(iuefois introduire avec succès, dans le langage, un tour extraordinaire ou une association de termes dont on n'a pas encore fait usage. Pourquoi m'empêchcriezvous de créer un mot nouveau, si j'ai une idée nouvelle à exprimer ; un tour nouveau, s'il rend mieux ma pensée que le tour ordinaire'?
Mais si la néologie est permise, le nénlnglsme, qui en est l'abus, est dangereux et répréliensible. On peut employer un terme noiivcnii. mais il faut qu'il soit nécessaire; il faut (ju il n'y ait pas dans la langue un autre mot qui rende la même idée, ou qui l'exprime avec la même force, avec la même énergie. Il faut enfin que ce mot soit intelligible, et qu'il prenne sa source dans l'analogie, qui n'est cpi'une extension de l'usage. Tout mot qui se présente sans l'attache de l'analogie, «pii lui donne pour ainsi dire le sceau de l'usage actuel, est rejeti- avec dédain.
Il en est de même des tours extraordinaires el des figures inusitées ; ils sont rejetés s'ils ne font pas jaillir une lumière extraordinaire, s'ils ne peignent pas l'objet d'une manière plus vive qu'il n'a été peint jusqu'alors, s'ils n'expriment pas le sentiment d'une manière plus énergique ipie ne l'a fait jusqu'alors aucun autre tour, aucune autre figure.
Mais dans l'u'sage de la néologie, il faut beaucoup de circonspection et de retenue. Les mots nouveaux, les tours nouveaux, doivent être employés rarement et sans affectation. Rien n'est jilus ridicule qu'un ouvrage où l'auteur affecte d'en mettre dans presque" toutes ses phrases. Alors ce n'est plus la langue française, c'cït un jargon; ce n'est plus la néologie, v'G^i le néf>hgisrne. Nous avons vu naguère paraître quelques ouvrages de cette espèce. Ils ont imposé d'abord à quelques fanatiques dont ils flattaient les visions, à quelques jeunes gens dont l'imagination n'était pas encore réglée par la raison; mais enfin le bon goût en a fait justice, et ils ne sont plus aujourd'hui (ju'un objet de risée. Voyez Mot, Néologisme,
Néologiqde. Adj. des deux genres qui ne se met qu'ajirès son subsl. : Expression néologiqiic, dictionnairo néologiqve.
iNÉOLOGisMf;. Subsl. m. On entend par ce mol l'affectation de certaines personnes a se servir d'expressions nouvelles et éloignées de celles que l'usage autorise. C'est l'abus de la néologie. "Voy. ce mol.
Le rtéologisme ne consiste pas seulement à introduire dans le langage des mots nouveaux qui y sont inutiles; c'est le tour affecté des phrases, c'est la liizarrerie des signes, qui caractérise surtout le néologisme. Un auteur qui conmît les droits et les décisions de l'usage, ne se sert que des mots reçus, ou ne se résout à en introduire de nouveaux (]ue (piand H y est forcé par une disette .disolue el un besoin indispensable. Simple et sans affectation dans ses tours, il ne rejette point les expressions figurées qui s'adaptent naturellement à son sujet; mais il ne les recherche point, et n'a garde de se laisser éblouir par le faux éclat de cerlains traits plus hardis que solides, et par les tournures bizarres que lui présente vme imagination échauffée.
C'esi, dit Voltaire, l'envie de briller et de dire d'une manière nouvelle ce que les auires ont dit, qui est la source des ex[)ressions nouvelles, comme des [jcnsées recherchées. ()ui ne peut briller par une pensée veut se faire" remarquer