NAV
trouver plus d'art dans l'un, et moins dans 1 autre D'après ccKc attente, dont je ne me rends pas compte, je juge qu'ds ont écrit tous deux naturellement; et, en me servant du même mot, je porte deux jugements (jui diffèrent autant que le style d'une lettre diffère de celui d'une tragédie.
Pour achever de déterminer nos idées sur ce que nous nommons naturel, il faut considérer ijuc nous devons à l'art tout ce que nous avons acquis, et que proprement il n'y a <le naturel en nous que ce que nous tenons de la nature. Or, la nature ne nous fait pas avec telle ou telle habitude; elle nous y préparc seulement, et nous sommes, au sortir de ses mains, comme une argile qui, n'ayant par elle-même aucune forme "arrêtée, reçoit toutes celles que l'art lui donne. Mais parce qu'on ne sait pas démêler ce que ces deux principes sont, chacun séparément, on attribue au premier jibis qu'il ne fait, et on croit naturel ce que le second produit. Cependant l'art nous prend au berceau, cl nos études commencent avec le premier exercice de nos organes. Nous en serions convaincus si nous jugions des choses que nous avons apprises dans notre enfance, par les choses que nous sommes obligés d'apprendre aujourd'hui, ou par celles que nous nous souvenons d'avoir étudiées. -ouand nous admirons, par exemple, dans un danseur le naturel des mouvements et des attitudes, nous ne pensons pas sans doute qu'il se soit formé sans art; nous jugeons seulement que l'art est en lui une habitude, et qu'il n'a plus besoin d'étude pour danser, comme nous n'en avons plus besoin pour marcher.
Le naturel consiste donc dans la facilité de faire une chose, lorsqu'aprcs s'être étudié [>our y réussir, on y réussit enfin sans s'étudier davantage; c'est l'art tourné en habitude. Le |)octc et le danseur sont également naturels, lorsqu'ils sont parvenus l'un et l'autre à ce degré de perfection qui ne permet plus de remarquer en eux aucun effort pour observer les règles qu'ils se sont faites. (Extrait de ['Encyclopédie.)
,NATur,ELLEMENT. Adv. Il sc uict aprés le veroe : Ecrire naturellement, cela se faitnaturcllevient, il a parlé naturellement. — On dit quelquefois par forme d'incise, naturellement parlant.
N.vuFnACÉ, Naufragée. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : f^aisscavx naufrages, effets naufragés.
Nautique. Adj. des deux genres, qui ne se met (ju'après son subst. : Cartes nautiques. Astronomie nautique.
Naval, Navale. Adj. L'Académie dit qu'il n'a pas de pluriel au masculin; mais je pense que, puisqu'on dit un combat naval, on pourrait bien dire aussi des combats navals. Cet adj. ne se met qu'après son subst. : Bataille navale, armée navale, forces navales.
Navigable. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Mer navigable, rivière navigable, canal navigable.
Navigateur. Subst. m. Qui a fait do grands voyages sur mer. Comme jusqu'à présent il n'y a aucune femme qui ait entrepris de grands voyagea sur mer, par des vues particulières, on ne dit point navigatrice.
Naviguer. V. n. de la 1" conj. L'm est là pour donner au g le son de gue, ([u'il n'a pas devant \'e. On disait autrefois naviger.
Navire. Subst. m. Ce mot était autrefois fémiain, et dans la haute poésie, on disait plus
Kouvent la navire que le navire. La Gra.-ivnaire des Grammaires prétend que le féminin s'est conservé en parlant du vaisseau des Aigon;iutcs, et qu'on dit lu navire Argn. On ne fait plus celle l'Xceplion aujourd'hui, cl l'on dit également le navire Argn, suit en parlant de ce vaisseau, soit on parlant de la constellation.
Navrant, Navrante. Adj. verbal tiré du v. navrer. Il ne se met qu'après son subst. : Un ypectacle narrant.
Ne. Le inol ne, que nous joignons au verbe d'une proposition pour la rendre négative, est appelé ncf/alion par quelques grammairiens, et négative par d'autres. Il est ordinairement suivi de joa* ou de point; quelquefois aussi il n'en est pas suivi. \o)cz Pas cl Point.
Le verbe de la proposition se met entre ne et pas, je ne sais pas. Dans les temps composés, l'auxiliaire se uicl entre ne cl pas, je ?iui pas su. Si le verbe est à l'infinitif, on place ordinairement ne pas avant cet infinitif, 71e pas savoir. On dit aussi ne savoir pas; mais le premier a un sen^lus négatif que le second.
Lorsque ne n'est suivi ni de pas, ni de point, ni d'aucun autre mot équivalent, le sons de la proposition est moins négatif. Je ne sais marque une ignorance moins absolue que je ne sais pas.
Les mois pas Gi point que l'on joint à la négation, peuvent donc en être regardés comme des complémenls, puisqu'ils rendent le sens plus négatif. Les mots goutte, brin, mot, mie, rien, etc", servent aussi à compléter la négation; et quand on les emploie à cet usage, on supprime pa^et point. Mais alors il faut que ces mots ne soient point précédés de l'article. On ne dit pas, je n'en dirai le mot, mais, je n'en dirai mot.
Dans les phrases comparatives, quelquefois 0:1 met la njgative ne après qiœ, et quelquefois 0!i la supprime : Elle n'est pas si belle que vous le pensez; elle est moins belle, plus belle que vous De croyez.
Pour comprendre les régies que nous allons donner sur celle matière, il faut distinguer, avec BeauzcQ, des comparatifs d'égalité, comme tout, autant, aussi, si, et des comparatifs d'inégalité , comme autre , autrement, plus, moins, mieux, meilleur, pis, pire, et observer que les comparaisons ont toujours deux membres, liés ordinairement par la conjonction conductive que. Voici maintenant les règles que donnent les grammairiens pour l'emploi ou la suppression de ne dans ces sortes de phrases.
1" Après les comparatifs d'égalité, le que qui réunit les deux membres de la comparaison n'est jamais suivi de ne : Je n'ai pas tant de crédit que ro«j /'imaginez; il n'a pas tant d'ennemis i.u'W le croit; il vit aussi bien qu'il le peut; il n'est pas si sage qu'on le dit.
On supprime le ?ie, parce que le second membre énonce alfirmalivement le terme auquel on compare le premier, pour affirmer on nier l'égMliié du inemier avec le second, en rendant simplement le premier positif ou négatif : Je fis, ou je ne fis pas, autant de réponses victorieuses qu'on me Ut d'objections, c'est-à-dire, on me fit des olijeciions, et c'est le terme auquel je compare uies réponses victorieuses; j'en fis, ou je n'en fis pas un nombre égal.
2" Après les comparatifs d'inégalité, marqués par plus ou par moins, explicitement ou implicitement, énoncés, on bien par au/re, autrement, ou quelque autre terme équivalent; si le premier
NE
membre est affirmatif, le second, qui vient apré? que, doit être négatif, et prendre 71e: H est plus riche qu'il n'était; vous écrirez mieux que vcus ne parlez; il pense autrement aujourd'hui, qu'il ne pensait hier; j.^ conçois vos raisons mieux que vous ne pensez ; il est moins malheuretueque je ne le suis.
On emploie la négative dans la seconde proposition, pour faire sentir la différence qu'il y a entre ce qui est exprimé dans la première proposition, et ce qui est exprimé dans la seconde. Il est plus riche qu'il n'était, exprime que h richesse qu'il possède présentement n'esl i)as égale à celle qu'il possédait autrefois. Il jiossède pltis, et il n'avait pas ce plus. La négaiivc est donc nécessaire dans la seconde proposition, pour faire sentir cette différence. Sans cette négative, cett?; différence, qui est essentielle à l'idée, ne serait pas exprimée; il est plus riche qu'il était. Matr on ne complète pas la négation par les mots pas^ point, etc., parce (ju'on ne nie pas l'existence de la richesse, mais seulement l'existence d'une richesse plus grande. I.c sens négatif ne se porte pas uniquement sur il est 7-iche, mais sur il est plus riche.
3^ Après les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre est négatif, le second, qui vient après que, est affirmaûf, et ne prend point 7ie : Il n'est pas plus riche qu'il était, fous n'écrivez pas mieux que vous parlez; vous ne peiisespas autrement que vous dites.
Dans les comparaisons d'inégalité, il y a toujours une proposition négative; de sorte que, si la première proposition est positive, la seconde doit être négative; et, si la première est négative, la seconde doit être positive; car, au moyen d'une simple conversion, on peut toujours ramener la phrase, dont le iircmier membre est négatif, à la forme simple; cl pour cela, il suffit de"mettre le second membre à la place du premier : Personne 7ie peut être plus persuadé que je le suis, se convertit en, je suis plus persuade que personne 7ie peut l'être.
Au reste, ces deux dernières règles ne sont applicables que cpiand on veut réellement exprimer l'inégalité dans la comparaison ; car il est des cas où l'on prend le môme tour pour marquer régalité réelle, au moyen d'une proposition négative, <]ui nie l'inégalité. Pierre n'est pas moins riche que Paul, est un tour que 1 on prend quelquefois pour faire entendre que l'un est aussi riche ([ue l'autre. Cependant l'inégalilé pouvant être en plus ou en moins, la négation simple de l'une n'emporte pas la négation de l'autre, et conséquemment il peut rester du doute, parce qu'il y a équivoque; mais on peut, en prenant le même tour, et selon le sens qu'on voudra donner à la phrase, éviter cette équivoque, au moyen de îie mis ou supprime après le que. Ainsi, i)6ur exprimer qu'on est persuadé, et que personne ne peut l'être davanUige, on dira : On ne peut pas être plus persuadé que je le suis; et pour dire qu'on n'est point persuadé, et que personne ne peut l'être davantage, on dira : On ne peut être plus persuadé que je ne le suis. (Beauzée.)
Lorsque les deux membres d'une comparaison sont négatifs, comme dans le dernier exemple que nous avons cilé, ce n'est pas une comparaison d'inégalité qui est exprimée, mais réellement une comparaison d'égalité sous la forme d'ime comparaison d'inégalité. Dans on ne peut être plus persuadé que je 71e le suis, il n'y a pofnt comparaison d'mégahtè, mais comparaison d'cga-
NE
Hlé. Ma non persxtasioii est égale ù toute autre non persuasion. D'Alembcrl a (lit, l'existence de Scipion ne scm pas plus Jouteuse dans dix siècles qu'elle ne l'est aujourd'hui. On voit dans celte |)liraso que l'existence n'est pas douteuse aujourd'hui, et qu'elle no le sera pas dans dix siècles. 11 y a égalité de non doutcou de corlilude. L'existence de" Scipion sera aussi certaine dans dix siècles qu'elle l'est aujourd'hui. Ainsi la négation, dans les deux membres d'une coini)alaison, est \me manière de former une comparaison d'égalité. Dans cette phrase de madame de Séyiïnè, cependant vous m'aviez fait une réponse, ci on ne peut avoir été mieux perdue qu'elle ne Va été., il l'aut supprimer le ne du second membre, car madame de Sévigné lail entendre (luc la réponse a été mieux perdue qu'aucune autre ne l'a été. Ce n'est pas une comiiaraison d'égalité.
L'iniciTogation produit dans une phrase le même effet'que la négation. On supprime donc le îie dans le second nïembre de la comparaison, ionsque le premier est interrogatif, à moins que ce ne soit une comparaison d'égalité, sous la forme d'une comparaison d'inégalité : Croyezvous qu un homme puisse être plus heureux que vous X'ti^s depuis trois 7iiois? (J.-J. Rousseau.)
Si le premier membre est négatif et interrogatif en même temps, il faut mettre ne dans le second : Ne vous ai-jc pas mieux servi que je ne puis servir aucun maître^
Enfin, si le tour interrogatif se trouve dans une comparaison d'égalité, sous la forme négative, il faut mellre 7ic. dans le second membre. D'Alcmbert aurait pu dire, l'existence de Scipion sera-telh plus douteuse dans dix siècles, qu'elle ne l'est aujourd'hui'^
A moins nue précédant un verbe employé à un mode personnel est toujours suivi de «e / A moinsqu'il ve s'ahseriie ; je 7}e sors pas, à moins qu'il ne fusse beau ; et moins que vous ne lui parliez. Cependant Corneille a dit :
A moins que pour régner le destin les sépare ;
et Molière {Dépit amoureux, act. I, se. i, 72) :
A moins qne la suivante en /Visse autant pour moi.
Mais ce sont des licences qui ne prouvent rien contre la règle. Voyez Moins.
Toute proposition, soit affimiativc, soit négative, qui suit les mots sans que, ne peut renfermer la négative ne : Ce n'est pas à nous à penser aux règles, c'est à elles à nous conduire SuDS que nous y pensions. (Condillac.) Les puissances établies par le coTnmerce s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive. (Montesquieu, Grand, et décad. des Rom., ch. IV.)
Je reçus et je vois le jour qne je respire, Sans que mère ni père ait daigné me sourire
(IU&, Iphig., act. II, se. i, 31.)
.a proposition subordonnée à avajit que ne prend point la négative ne, lorsque le verbe qui suit avant que exprime une action sur l'existence de laquelle il n'y a point de doute : N'avonsnous pas vu les satellites de Pompée environner Milan avant qu'il (ù\.ju(/é? Il n'y a aucun doute surle jugement de Milon, puisque ce jugement avait existé. Mais quand l'action exprimée [lar le verbe qui suit avant que exprime une action sur l'existence de laquelle il y a du doute, il
NÉG
faut mettre la négative ne, qui marque ce doute. On dirait, tirez ce lièvre du gite arant qu'il ne parte, et non pas avant qu'û parte. A'oyez Avant. Nous finirons cet article par une icmarque de Voltaire sur deux vers de Corneille.
Si j'ai besoin de vous, do peur qu'on me controiffne. (A'iconi., act. I, se. I, 83.)
Il faudrait, pour que la phrase fut régulière, le négation ne, qu'on ne me contraigne. En général, voici la règle. Quand les Latins emploient le ne, nous l'employons aussi : rereor ne cudat, je crains qu'il ne tombe. Quand les Latins se servent d'M^, utrum, nous supprimons ce ne: Diibito utrum eas , je doute que vous alliez; opto ut vivas, je souhaite que vous viviez. Quand je doute est accompagné d'une négation, je ne doute pas, on la redouble pour exprimer la chose: Je ne doute pas que vous ne l'aimiez. La suppression du ne dans le cas où il est d'usage, est une licence qui n'est permise que quand la force de l'expression la fait pardonner.
Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoule. (.Yicom., act. I, se. Il, 58.)
C'est ici une expression de doute, et la négation ne est nécessaire : Je crains qu'un Romain ne vous écoute. Mais en poésie on peut se dispenser de cette règle. {Remarques sur Corneille.) Voyez Nier, Désespérer, Disconvenir, Douter. Empêcher, Défendre, Craindre, Trembler, appréhender. Falloir.
NF.ANMoirss. Adv. Le s se prononce devant une voyelle ou un h non aspiré. On le met ou au commencement de la phrase : Néanmoins je lui parlerai; ou après une conjonction : Et néanmoins, si néanmoins ; ou au milieu d'une phrase : Je ne laisserai pas néanmoins de l'aller voir.
Néant. Subst. m. Le t final ne se prononce pas.
Nébuleux, Nébuleuse. Adj. Il ne se met qu apiès son subst. : Temps nébuleux, cielnébuleux. Si l'on voulait l'employer au ligure, on pourrait k mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie. Voyez Adjectif.
Nécessaire. Adj. des deux genres qut ne se met qu'après son subst. : Chose nécessaire, mal nécessaire. Cet adjectif s'emploie tantôt absolument, tantôt avecles prépositions à, de et pour.- La respiration est nécessaire à la vie; la foi est nécessaire pour le salut; il est nécessaire de manger pour vivre.
Nécessairement. Adv. Il se met après le verbe: Il faut nécessairement manger pour vivi-e.
NÉCESSITEUX, Nécessiteuse. Adj. qui ne se met qu'après sonsubst. On l'emploie substantivement: Les nécessiteux. L'Académie ne l'indique point. — Marmonlel a dit une langue nécessiteuse, et je pense qu'il a bien dit. La langue écHte ne laisse pas d'être nécessiteuse, parce que ses besoins s'étendent au dehors. L'élégance de la langue française a trop pris sur sa vigueur; ses polis.'seurs l'ont affaiblie.
Nef. Subst. f. On prononce le /'final.
■ Négatif, Négative. Adj. qui ne se metquaprès son subst. : Proposition négative, particule négative, terme 7iégatif. Voyez Disoon-
V6 TlQ-Tt CG t
Los métaphysiciens distinguent entre négatior et privation. Ils appellent «f^ya^ioyi l'absence d^i. attribut qui ne saurait se trouver dans le sujet, parce qu'il est incompatible avec la nature du