‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 346 sur 453 · SS · texte numérisé non relu

SS

c'est que la cruauté, la vengeance, la cidérc, IKjursuivent en effet l'objet de leur ressentiment, et cet objet est regardé comme leur proie ; mais des hauteurs ne poursuivent jjersonne, des hauteurs n'ont point de proie. {Dict. philosophique, au mot yers.)

PiiojETER. V. a. de la l" conj. On double le t toutes les fois iju'il est suivi d'un e muet : Je pri jette, tu projettes, nous projetons, etc.

Pkolepse. Sul)si. f. Terme de rhétorique. Figure par laquelle on prévient les objections de ses adversaires. Celle figun; produit un bon effet dans les plaidoyers, particulièrement dansl'exorde, où c'est une espèce de précaution et de justification que l'orateur juge utile à sa cause.

PiiOLixE. Adj. des deux genres qui suit ordinairement son subsl. : Un discours prolixe, un komme prolixe. — On pourrait dire, dans certains cas, ce prolixe discours.

Pr.oLixEMENT. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a rapporté prolixement le fait, ou il a prolixement rapporté le fait.

Prolixité. Subst. f. C'est le défaut d'un discours qui entre dans des détails minutieux, ou (jui est long et circonstancié jusqu'à l'ennui. La prolixité est un vice du style opposé a la brièveté et au laconisme. Si la jirolixité rend la prose traînante, elle doit cire bannie des vers avec encore |)lus de sévérité. Là, selon Despréaux {A.P.,\,Q\):

Tout ce qu'on dit de trop est fade et rekulant, L'esprit rassasié le rejette à l'instant.

(Extrait de \' Encyclopédie.')

PROLOGnE. Subst. m. Terme de littérature. On appelle ainsi, dans la poésie dramaliciue, un discours qui précède la pièce, cl dans le(]uel on introduit tantôt un seul acteur, et tantôt plusieurs inlorloculeurs. L'objet du prologue chez les anciens était d'apprendre aux spectateurs le sujet de la pièce qu'on allait représenter, et de les préparer à entrer plus aisément dans l'action et â en suivre le fil; quelquefois aussi il contenait l'apologie du poêle, et une réponse *»ux critiques qu'on avait faites des pièces i)réc(.rlenles. Les Français ont presque entièrement banni le |)rologue de leurs pièces de théâtre, à l'exception des opéras. On a cependant quelques comédies avec des prologues.

Le sujet du prologue des opéras est presque toujours détaché de la pièce ; souvent il n'a pas avec elle la moindre ombre de liaison. La plupart des prologues des opéras de Quinaull sont à h" louange de Louis XIV. On regarde ccpendanr. comme les meilleurs prologues ceux qui ont du rapport à la pièce qu'ils précèdent, quoiqu'ils n'aient pas le même sujet. (Extrait de \ Encyclopédie.)

Pr.oLONGKR. V. a. delà 1" conj. Dans ce verbe, le g doit toujours se prononcer comme j ; et pour lui conserver celle prononciation lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un 0, on met un e muet avant cetrt ou cet 0: Je prolongeai, prolongeons, et non pas je prolongai, prolongnns.

Promenade. Subst. f. Promenoir. Subst. m Le jn-cmier mot s'est maintemi pour signifier un lieu où l'on se promène, et le second a vieil. On aurait dû le conserver parce qu'il enrichissait noire langue, et que du temps de Louis XIV on meltaït une différence entre ces dsux mots. Promenade désignait quelque choss di» plus naturel , promenoir tenait plus de l'ar*

PRO

De belles promenades étaient, par exemple, des plaines ou «les prairies; de hcvtn\ promeimirs étaient des lieux plantés selon les alignements de l'art. Le cours la Heine s'apjielait un beau promenoir, et la plaine de Grenelle une helle promenade.

Promener. V. delà V" conj. Ce verbe, dans le sens de niarrhcr, d'aller soit à pied, suit achevai, s'emploieloiijoiirsavec le pronom personnel. Voy. Pronominal. Ainsi on ne doit pas dire allons profnener, il est aile promener ; il faut dire, allons nous promener, il est a.Hè se promener. H est vrai iju'on dil.j'f l'enverrai promener, je l'aienvoyê prowiewe/; mais ce sont des phrases familières et consacrées qui n'ont aucun rapport avec la promenade.

Si promener était pris dans la signification de conduire, faire marcher, soit un homme, soit une hcte, alors on emploierait ce verbe activement, et l'on dirait : Il a bien promené ces étrangers par la ville. Il estbon de promener un cheval écha^iffé, avant de le mettre à l écurie. On dit aussi au ligure, promener son esprit sur divers objets, il promène ici près sa rêverie.

Promenoir. Subst. m. Voyez Promenade.

Promettre. V. a., n. et irrégulier de la 4"' conj. Il se conjugue comme mettre. Voyez ce ynnt : Promettre quelque chose à guelqiiuîi. — J'ai promis a 7/10/1 frère de revenir demain. Je vous promets qu'tV s'en souviendra. — Ils se sont promis une fidélité à toute épreuve. Ils s'étaient promis de profiter des troubles civils. Je n'ose me promettre que vous me ferez cet honneur.

Promoteur. Subst. m. L'Académie ne dit pas comment il faut dire en parlant d'une femme. De Wailly dit promotrice, et il me semble qu'on peut le dire.

PROMonvoiR. V. a., irrégulier et défectueux de la 3« conj. Il ne se dit qu'à l'infinitif et aux temps composés : Promouvoir; on l'a promu, nous l'avons promu, il a été promu ; ttre promu à lin grade, a une dignité.

Prompt, Prompte. AdJ. On ne prononce pas le second p. On ne prononce le t final du masculin (jue devant une voyelle ou un h non aspiré. Prononcez prow.

Il régit quelquefois la préposition à : Un homme prompt à servir ses amis. La jeunesse estprompteà s'enflammer. (Fénelon, Ttlémaque.) — féiaud ne lui donne ce régime (ju'en parlant des personnes. Voici un exemple du contraire :

Cet orageux torrent, prompt à se déborder, Dans son choc tcncibreux allait tout inonder.

(Volt., lUnr., Vf, 53.)

On peut quelquefois mettre cet adj. avant son subst. : Un homme prompt, une femme prompte, un esprit prompt, une conception prompte; un rapport prompt, vn prompt rapport; une réponse prompte, une prompte réponse

Promptement. Adv. On ne prononce point le second p. Prononcez prontement. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il est revenu promptement, il est promptement i-evenu .

Promptitude Subst. f. Prononcez prontitude.

Pronom. Subst. m. Tout jugement a pour objet une chose. Ainsi toute proposition étant un jugement exprimé par des paroles, doit avoir un nom qui rappelle l'idée de cette chose, et ce nom s'appelle le sujet de la proposition. Dans Pierre est raisonnable, Pierre est le sujet de la proposition.

Le sujet de la proposition peut être ou la per-

PRO

sonne qui parle, ou la personne à qui l'on parle, ou bien la personne ou la chose dont on parle.

Quand la personne qui [arle est elle-même le sujet de la proposition, elle ne se nomme pas, car alors son nom et la répétition de ce nom formeraient des équivoiiucs et des embarras continuels dans l'expression. Par exemple, si, voulant jiarlerde moi, je disais Charles dîne; et. après dîner, Charles ira se promener ; puis Charles viendra se coucher. Le mot Charles formerait autant d'étjuivoques qu'il serait énoncé de fois. Car rien n'indique si c'est moi Charles gui dîne, qui irai, qui viendrai, etc. ; ou si j'entends parler d'un autre Charles que moi. Les deux verbes ira et viendra indiqueraient même que je veux parler d'un autre Charles.

Pour éviter ces équivoques et ces répétitions, on a inventé un mot qui se met à la place de la personne qui parle, et en rappelle toujours Pidce sous le rapport de la parole. Ce mot est je. Ainsi au lieu de dire Charles dîne, Charles ira, Charles vie iidra, je ûh je dîne, j'irai, je viendrai; et ce mot je rapiielle toujours mon nom sous le rapport de l'acte de la parole que j'exerce actuellement.

Lorsque la personne à laquelle j'adresse la parole est elle-même le sujet de la proposition, je ne la nomme pas non plus, par la même raison et pour éviter les mêmes inconvénients. Si, par exemple, parlant à une personne qui se nomme Pierre, je lui disais, Pierre joue, Pierre marche, rien dans le mot Pierre n'indiquerait que ce nom désigne la personne à qui je parle; car elle pourrait aussi bien en désigner une autre du même nom. On a inventé le mot tu, pour le mettre à la place du nom de la personne à qui l'on [larle, et pour représenter toujours ce nom sous le rapport de !a parole adressée à cette personne. Ainsi au lieu de Pierre joue, Pierre marche, on dit tu joues, tu marches.

Quand la personne ou la chose dont je parle est le sujet de la proposition, et qu'elle est assez connue de celui ou de ceux à qui je parle, soi', parce que je l'ai déjà nommée, soit parce qu'elle est présente et que je l'indique comme telle, je ne la nomme pas non plus toutes les fois qu'il est nécessaire d'en rappeler l'idée, mais je ine sers des inotsz7 ou elle, inventés pour la représenter sous le rapport de la parole. Ainsi je ne dirai pas, Pierre Ut bien, mais Pierre écrit mal; Louise a de l'esprit, mais Louise s'exprhne mal; cette maison est belle, mais cette maison n'est pas bonne. Je dirai Pierrelitbien,inais Wécrit mal; Louise a de l'esprit, mais elle s'exprime mal; cette maison est belle, mais elle n'est pas bonne; OÙ Ton voit qu'après avoir désigné une fois par son nom la personne ou la chose dont je parle, j'en rappelle ensuite l'idée par le mol il si elle est du genre masculin, et par le mot eZ/e si elle est du féminin.

On appelle la personne qui parle la première persoime; celle à qui l'on parle la seconde personne ; et celle de qui l'on parle la troisième personne.

Les mots qui se mettent à la place des noms pour les représenter et en rappeler l'idée se nomment pronoms ; et les grammairiens (]ui ilistinguent plusieurs sortes de pronoms, appelleol pronoms personnels ceux (pii servent à représenter les personnes ou les choses sous le rapport de l'acte do b parole.

Pour rai^jclcr les noms qui sont sujets d'une proposition, la première personne n'a que deux

PRO

jjionoins, /e pour le singulier, et nous pour le pluriel : Je mange, nous mangeons. La seeoiule personne en a deux pour le singulier, ta et vous, et celui-ci est le mcinc pour les deux nombres : Tti dors ou vous dormez.

Sans doute, dit Condillac, on a, dans les commenccinenis, dit lu à tout le monde, quel que fût le rang de celui à (pii l'on parlait. Dans la suite, nos pores barbares et scrvilcs imaginèrent de parler au pluriel à une seule personne, lorstprelle se faisait respecter ou craindre; et vous devint le langage d'un esclave devant son maître. 11 arriva de là (]ue lu ne peut plus se dire (]u'eu parlant à ses esclaves, à ses valets ou à un liomme fort inférieur. La familiarité qu'on prenait avec ses inférieurs, on crut souvent la pouvoir prendre avec ses égaux, et l'usage introduisit le tu. d'égal à égal, surtout entre les amis. Cependant, parce qu'il est difficile de concilier la familiarité avec la politesse, deux personnes qui se tutoient dans le tétc-à-léte ne croiront pas, par égard pour le j)ublic, devoir se luioycr devant le monde. Les poètes ont conservé le tu; et en vers, celte licence a de la noblesse.

Les pronoms de la troisième personne sont différents, suivant les genres. On dit il au masculin, elle au féminin, ils ou elles au pluriel.

Mais les noms de la première, de la seconde et de la troisième personne, sont souvent aussi régimes des verbes, ou compléments des [)répositions; et il y a des pronoms pour en ra[)pelcr l'idée dans ces cas. Ces pronoms sont, pour la première personne, 7iie pour le singulier, et 7ious pour le pluriel, et ils se mettent également pour le régime direct et le régime indirect : Il me frappe, il me donne de l'argent. Le premier est le régime direct, et revient au cas que les Latins appellent accusatif; le second est le régime indirect, et revient au datif ; c'est comme s'il y avait il donne de l'argent a moi; ils nous calomnient, ils nous ont donné de l'argent. Ces pronoms sont, pour la seconde personne, te au singulier, vous au singulier et au pluriel ; Il te contredit, il vous hait, cet homme ï^ous a donné de l'argent.

Ceux de la troisième personne sont le pour le régime direct singulier masculin, la jjour le régime direct féminin singulier, /es pour le régime direct pluriel des deux genres, iwj pour le régime indirect singulier des deux genres, leur pour le régime indirect pluriel des deux genres : ./e le vois, je la console, je les aime, je lui ai donné ma cfi/ifiance, je leur donnerai un bon avis.

Les pronoms qui servent de coinplémenl aux prépositions sont , pour la première personne, moi au singulier, avec moi; nous au pluriel, arec 7ious; pour la seconde, toi ou vous, j'ai fait cela pour toi ou pour vous. Ils se disent également pour le masculin et pour le féminin. Puur la troisième personne, on dit lui au masculin singulier, avuut lui; elle au féminin singulier, derrière elle ; eux au masculin pluriel, c'est pour eux ; elles au féminin pluriel, à cause d'elles. Voyez ces pronoms.

Lorsque le sujet de la proposition est aussi le régime du verbe, on se sert de se au masculin et au féminin, au singulier et au pluriel, pour marquer le régime direct ou indirect ; Il s'aime, elle s'aime, ils s'aiment, elles s'aiment; il se donne des louanges, etc. Dans ce cas, on se seit de soi, pour complément des prépositions: Chacun est pour soi. Les grammairiens appellent ce pronom, pronom réfléchi.

¥ et en sont aussi des pronoms de la troisième

PRO

|)ersonne. On les emploie à la place d'un noui précédé d'une préposition : Allez-vous àParis'i J'y vais; y est pour à Paris. Acez-vous de l'argent '.' J'en ai; en est pour de l'argent.

Les grammairiens mettent aussi au nombre des pronoms personnels de la troisième personne qui sont sujets des propositions, on ou l'on, et ils l'appellent ;)?v)wo7« indéfini, parce que, disont-ils, il maniue indélinimenl une (lu plusieurs personnes : On dit, l'on assure. Mais ce mot n'est pas un pronom, puisiiu'il ne se met jamais à la place d'un nom. On vient par corruption d'homme; et l'on, de l'homme. Kn allemand, le même mot (pii répond à notre on, signifie/iowme,mansugt, homme dit, ou on dit. Ce mut est un vrai substantif, il n'est mis à la j*lace d'aucun nom, il ne se rapporte même à aucun, et il ne laisse rien à suppléer. En effet dans on Joue, on est le iKim d'une idée qui existe dans l'esprit, comme celle de tout autre substantif; seulement cette idée est vague, et si l'on dit on, c'est qu'on ne veut déterminer ni (pielles sont les personnes qui jouent, ni (juel en est le nombre.

On voit, par ce que nous venons de dire, que les pronoms sont employés, ou à la place des nomsqiie les circonstances du discours indiquent, JG parle, tu joues; ou à la place des noms qui ont été énoncés auparavant, J'ai acheté une maison, elle m'a coûté cher.

On pi'ut iijoulcr que le pronom est une expression abrégée qui équivaut quelquefois à une phrase entière; car il tient la place d'un nom (jii'on ne veut pas répéter, et de tous les accessoires dont on l'a modifié: Je fais beaucoup de cas de l'homme dont vous me parlez et que vous aimez, je le verrai incessamment. Le est un pronom qui est employé pour éviter la répétition de l'homme dont vous me parlez et que vous aimez. Le pronom rappelle un nom avec toutes les modifications qui lui ont été données : Avezvous vu la belle maison de campagne qui vient d'être vendue"^ Je \'ai vue; la, c'est-à-dire la belle maison de campagne qui vient d'être rendue. Cette phrase, (jui est déterminée par le pronom la, n'est qu'une seule idée, comme elle n'en serait (ju'une si elle était exprimée par un seul mot.

Souvent les pronoms rappellent plutôt les idées ([u'on a dans l'esprit, que les mots (ju'on a l)rononcés : Voulez-vous que j'aille vous voir? Je le veux. Le signifie que vous veniez me voir.

JS'ous avons parlé a l'article Adjectif ilcs pronoms que les grammairiens appellent communément démonstratifs , possessifs , et relatifs. Voyez Adjectif.

<Juant aux pronoms que l'on appelle communément indéfinis, ce sont ou des noms, ou des adjectifs, ou des adverbes, qui ne s'emplDiciit point à la place des noms, et qui par conséquent ne doivent point être appelés pronoms. On les trouvera chacun à son article, ainsi que les véritables pronoms.

Pronominal. Adj. m. Terme de grammaire.

Il ne se met qu'après son subst., et fait au pluriel projiominaux : f^erbe pronominal, verbes pronominaux

On appelle, en grammaire, verbes pronominaux ceux qui se conjuguent avec deux pronoms de la même personne : Je me, tu te, il so ; nous nous, vous vous, ils se. Je me-promène, je m'arroge.

Sous \q nom de verbes pronominaux, on comprend et les verbes réfléchis et les verûes rec»-

PRO

nroques. ^■oycz ces mois. Ces verbes n'onl point de conjiiiïaison qui leur soit |)arliculiére. Dans les temps' simples, ils se conjnçueiil comme la conjuïMison à laquelle ils apparûcnneni, et clans les ipinps composés, iispreiment l'auxiliaiie être; mais alors le verbe é/îccst employé pour avoiV. Je vie suis flatlê est i>o\lT j'ai flatté moi.

Modèle.

Indicatif. — Présent. Je me promène, lu te promènes, il se promène ; nous nous promenons, vous vous i)romenez, ils se jjromèncnt. — Imparfiiit. Je me promenais, etc. — Temps composés. Je nie suis promené , je m'étais promené.

Conditionnel. — Je me promènerais, je me serais promené.

Impératif. — Promène-toi, promenons-nous.

Subjonctif. — Présent. Que je me promène, que tu te promènes, qu'il se promène, etc. — Imparfait. Que je me promenasse, que lu te promenasses, qu'il se promenât, etc. — Que je me sois i)romené, que je me fusse promené.

Inlinitif. —Se promener.

Pailicipe. — Présent. Se promenant. — Passé. Promené ou promenée ;s'élant promené ou s'étant promenée.

Prononciation. Subst. f. La prononciation, en grammaire, est l'art d'articuler les lettres et les syllabes des mois d'une manière coni'orme à l'usage. 11 y a en français doux prononciations différentes, l'une pour les vers et le discours soutenu, l'autre pour la prose commune et le discours ordinaire. Dans la première, on prononce la plui)arl des consuimes qui sont à la fin des mois, quand les mots suivants commencent par une voyelle ou un h non aspiré. Dans la seconde, ce serait une affectation ridicule de vouloir prononcer touics les consonnes finales, lorsque les deux mots n'ont pas une liaison nécessaire entre eux. Nous avons exposé ces difficultés do la prononciation a chaque article qui nous a paru en offrir (pielques-unes , et particulièrement à l'article de chaque lettre.

Prononciation. On appelle ainsi, en littérature, l'action de la voix dans un orateur ou dans un lecteur, quand il déclame ou lit quelque ouvrage. — La prononciation doit être correcte et claire. Correcte, c'est-à-dire exempte de défauts ; en sorte que le son de la voix ait quelque chose d'aisé, de naturel, d'agréable, et soit accompagné d'une certaine délicatesse (juc les anciens nommaient urbanité, cl qui consiste à en ccarler tout son étranger et rustique. La prononciation doit élre claire, et deux choses contribuent à cette clarté. La i)remière, c'est de bien articuler tomes les syllabes; la seconde de savoir soutenir et suspendri^ sa vuix par différents repos et différentes pauses dans les divers membres qui composent une iwriodc. La cadence, l'oreille, la respiration même, demandent ces repos qui jellent beaucoup d'agrément dans la prononciation.— On a|ipelle;)/'o/jo/(c/o/jo/io;'/ifie, celle qui est secondée d'un heureux organe, d'une voix aisée, grande, flexible, ferme, durable, claire, sonore, douce et entraînante; car il y a une voix faite pour l'oreille, non pas laui par son étendue que par sa flexibilité, suscepliiile de tous les sons, depuis le plus fort jusqu'au plus doux, depuis le plus haut jusqu'au plus bas. Ce n'est jias par de violents efforts, ni \Y,\y de grands éclats, qu'on vient à bout de se faire eniendrc, mais par une prononciation nette, distincte et soutenue. L'ha-

PRO

bilelé consiste à savoir ménager adroitement les différents ports de vuiK ; à commencer d'un ton qui puisse hausser et l)aisser sans peine et sans contrainte ; à conduire tellement sa voix, qu'elle puisse se déployer tout entière dans les endroits où le discours demande beaucoup de force et de véhémence, et principalement a bien étudier cl suivre en tout la nature.

L'union de deux qualités opposées en apparence fait toute la beauté de la prononciation : l'égalité et la variété. Par la première, l'orateur soutient sa voix, et en règle l'élévation et l'abaissement sur des lois fixes qui l'empcchent d'aller haut et bascomme au hasard, sans garder d'ordre ni de proportion. Par la seconde, il évite un des plus considérables défauts (ju'il y ait en matière de prononciation, la monotonie. Il y a encore un autre défaut non moins considérable que celui-ci, et qui en tient beaucoup; c'est de chanter en prononçant, et surtout des vers. Ce chant consiste à baisser ou à élever sur le même ton plusieurs membres d'une période, ou plusieurs périodes de suite, en soile que les mêmes inflexions de voix reviennent fréquemment, et presque toujours de la même sorte.

Enfin la prononciation doit être proportionnée aux sujets que l'on traite, ce qui parait surtout dans les [)assions, qui ont toutes un ton particulier. La voix, qui est l'inierprùle de nos sentiments, reçoit toutes les impressions, tous les changements dont l'âme elle-même est susceptible. Ainsi, dans la joie, elle est pleine, claire, coulante; dans la tristesse, au contraire, elle est traînante et basse ; la colère la rend impétueuse, entrecoupée; quand il s'agit de confesser une faute, de faire satisfaction, de supplier, elle devient douce, timide, soumise. Les exordes demandent un ton grave et modéré ; les preuves un ton un peu plus élevé; les récits, un ton simple, uni, tran(piille, et semblable à peu près à ce' ai de la conversation. (Rollin, Traité des études.)

La prononciation est une suite des mouvements variés (pie l'organe exécute ; et du passage pénible ou facile de l'un à l'autre, dépend le sentiment de dureté ou de douceur dont l'oreille est affectée. 11 faut donc examiner avec soin quelles sont les articulations sympalhi(pies et antipathiques dans les mois déjà composés, afin d'en rechercher et d'en éviter la rencontre dans le passage d'un mot à un autre. On sait, par c'ccmple" qu'il est plus facile de doubler une consonne en l'appuyant, que de changer d'articulation. Si l'on est libre do choisir, on préférera donc pour initiale d'un mot la finale du mot qui précède : Les Grecs sont 7ios modèles ; le soc qui fend lu terre.

L'iiymen n'est pas lonjours entouré de Qambeani. (Rac, Piiéd., ad. V, se. i, 63.)

11 avait de plant vif fermé cette avenue.

(La Foktaikb.)

Si La Fontaine avait mis bordé au lieu de fermé, l'arliculaiion serait i)lus pénible.

On sait que doux différentes labiales de suite sont pénibles à articuler; on ne dira donc point, Jlep fait le commerça de l'Inde, etc.

Propagateur. Subst. m. L'Académie ne nous apprend [)oint comment il faut dire en parlant d'une femme. Il nous semble qu'on peut dire prcipagairice.

PRO

Propager. V. a. delà 1" conj. Dans ce verbe, le^ doit loujours se prononcer coininey,-et pour lui conserver celle itrononciation lors(]uMI est suivi d'un a ou d'un p, on met un e muet avant cet a ou cçl o : Je propageais, propageons, et non [Mi'^je propaqai, pi-opar/nns.

PnoPHÉTiQiE. Àdj. des deux genres. On peut le meltre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Discours prophétique, esprit prophétique, style prophétique. — Ce prophétique discours, ces prophétiques paroles. Voyez Ad-

Ainsi de l'antre saint la prophétique htrreur Trouble sui- son trépied la prêtresse en fureur.

IUelii.., Enéide, YI, 154.)

Proi'hétiqiement. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Il a parlé prophétiquement, et non pas il a prophétiquement parlé.

Propice. Adj. des deux genres. Il ne se met guère qu'après son subst. : Temps propice, occasion propice, saison propice.

Le moment est propice, il en faut pro iter.

(Volt., Tancr., act. I, se. i, 27.^

Quelquefois il régit la préposition à : Que Dieu soit propice à nos vœux.

Et je bénis le ciel propice à nos desseins.

(Volt., Zaïre, act. II, se. i, 133.)

Propitiatoire. Adj. des deux genres. Cet adjectif ne se met qu'après son subst. : Sacin/ice propitiatoire, offrande propitiatoire.

Propoktionnément. Adv. Comme ceJ adverbe régit à avec un complément, on ne doit pas le placer entre l'auxiliaire et le participe; il les séparerait tiop l'un de l'autre : Il leur a parlé proportion II ément à leur capacité.

Propos. Subst. m. On ne ])rononce le s que devant une voyelle ou un /( non aspiré.

Proposable. Adj. des deux genres, qui suit toujours son subst. : Une affaire proposable, une question proposable. — On l'emploie le plus souvent avec la néiialion.

Proposer. V. a. délai" conj. On dit, on lui a proposé d'examiner cette question, el on lui a proposé cette question à examiner, jjiU'ce que dans la première phrase, il ne s'agit tiue d'une détermination que l'on propose de prendre; et dans la seconde d'une chose que l'on propose comme un but.

PnoposiTios. Terme de grammaire. Une proposition est l'expression d'un jugement. Un jugement est la perception de l'existence d'un être, sous une relation à quelque modification ou manière d'elle.

Une proposition est composée de deux parties intégrantes, le sujet et l'attribut. Le sujet est la partie de la proposition qui exprime létic dont l'esprit a|;erçoit l'existence sous telle ou telle relation à quelque modilication ou manière d'être. L'attribut est la partie de la proposition qui exprime l'exislencc intellecluellf du sujet, sous cette relation à quelque manière d'être.

Ainsi, quand on dit Dieu est juste, c'est une proposition qui renferme un sujet. Dieu; et un attribut, est juste. Dieu exprime l'être dont l'esprit aperçoit l'existence sous la relation de convenance avec la justice; est juste en exprime l'exislencc sous cette relation ; est, en parliculiei-, exprime l'existence du sujet; juste en

PRO

exprime le rapport de convenance à la justice. Si la relation du sujet a la manière d'être de disconvenance, on met avant le verbe une négalion pour indiiiuer le contraire de la convenance : Dieu n'est pas nienlcur.

Quelques graunuairiens n'a])pellenl attribut que le mot (jui exprime la modification, et regardent le verbe être comme une simple liaison entre le sujet et l'aitribut. Mais ces dilférentes manières de voir importent fort peu a la grammaire. Il suflit d'avoir une idée netle de la proposition et des parties (jui la coiuposeni.

Le sujet et l'attribut peuvent élre : d» sim pies ou com|)usés; 2" incomplexes ou comi)lexes.

Le sujet est simple quand il présente à l'esprit un élre détermine par une idée uniiiuc. Tels sont tous les sujets des propositions suivantes: Dieu est éternel; les hommes sont mortels; la gloire qui vient de la vertu a un éclat immortel ; les preuves dont on appuie la vérité de la reliqiim chrétienne sont invincibles ; craindre Dieu est le commencement de la sapesse. En effet. Dieu exprime un sujet détcrMiiné par l'idée unique de la nature individuelle de l'être suprême; les hommes, un sujet déterminé par la seule nature spérifKjue conunune a lous les individus de celle espèce ; la gloire qui vient de la vertu, un sujet déterminé par l'idée uni(]ue de la nature générale de la gloire restreinte par l'idée de la vertu envisagée comme un fondement parliculier; les preuves dont on appuie la vérité de la religion chrétienne, un sujet déterminé par l'idée unique de la nature des preuves restreintes par l'idée d'appliration d la vérité de la religion chrétienne ; enfin ces mots, craindre Dieu, présenlent encore à l'esprit un sujet déterminé par l'idée unique d'une crainte actuelle restreinte par l'idée d'un objet particulier qui est Dieu.

Le sujet, au contraire, est composé, quand il comprend plusieurs sujets délerminés par des idées différentes. Ainsi , quand on dit, la foi, Vespérance et la charité, sont trois vertus théologales, le sujet total est composé, jiarce qu'il comprend trois sujets délerminés chacun par l'idée caractéristique de sa nature propre et individuelle. Voici une autre proposition dont le sujet total est composé en apparence, quoique au fond il soit simple : Croire à l'Évangile, et virre en païen, est une extravagance inconcevable. H sendjle que croire à l'Evangile soit un premier sujet parlicl, et que vivi-e en païen en soit un second ; mais l'ailribut ne peut pas convenir si'parément à chacun de ces deux i)rélendtis sujets, puisqu'on ne peut pas dire que croire à l'Évangile est une extravagance inconcevable. Ainsi il faut convenir que le véritable sujet est l'idée unique de la réunion de ces deux idées particulières, et par conséquent que c'est un sujet simple.

L'attribut peut élre également simple ou com- [K)sé. L'attribut est simple quand il n'exprime qu'une manière d'être du sujet, soit qu'il le fasse en un seul mol, soit qu'il en comprenne plusieurs. Ainsi, quand on dit Dieu est éternel; Dieu gouverne toutes les parties de l'univers; vn homme avare recherche avec avidité des biens dont il ignore le véritable usage ; être sage avec excès, c'est être fou;\es attributs de toutes ces propositions sont simples , parce que chacun n'expi ime qu'une seule manière d'êlre du sujet : est éternel, gouverne toutes les parties de l'univers, sont deux attributs qui expriment cha-

cuu une inanicrc d'élrc de Dieu: l'un dans le prcniicr exeiii|ilc> l'autre dans le second. Recherche avec ucidilé des liens dont il innore le véritable usage, c'est une manière d'être d'un homme avare; être fou, c'est une manière d'être de ce qu'on appelle être sage avec excès.

L'attribut est cuniposé quand il exprime plusieurs miinières d'être du sujet. Ainsi, quand on dit Dieu est juste et toul~puissaiit, l'attribut total est composé, parce qu'il comprend leux manières d'être de Dieu : la justice et la .oule-puissance.

Les propositions sont pareillement simples ou composées, selon la nature de leur sujet et de leur attribut. — Une i)ro[)osition simple est celle dont le sujet et l'attribut sont également simples, c'csi-a-dirc également déterminés par une simple idée totale. Evemplis : La sagesse est précieuse ; la puissance législative est le premier droit de la souveraineté; la considéralioti qu'on accorde à la vertu est préférable à celle qu'on rend à lu naissance. Une proposition composée est celle dont le sujet ou l'attribut, ou même ces deux parties, sont composées, c'est-à-dire déterminées par différentes idées totales. Exemples : L'Écriture et la tradition sont les appuis de la sainte théologie; il y a ici deux sujets, l'Ecriture et la tradition. La plupart des hommes sont aveugles et injustes; il y a ici deux attributs, sont aceui/les et sent injustes. Les savants et les ignorants sr.nt sujets éi se tromper, proinpls à se décider, et lents à se rétracter ; il y a ici deux sujets simples, les savants, les ignorants; et trois attributs simples, sont sujets à se tromper, sont prompts à se décider, sont lents à se rétracter.

Le sujet est incomplexe quand il n'est exprimé que par un nom, un pronom ou un infinitif, qui sont les seules espèces de mots qui puissent présenter à l'esprit un sujet déterminé. Tels sont les sujets des propositions suivantes : Dieu est éternel; les hommes sont mortels; nous nais- ■ sons pour mourir ; dormir est «n temps perdu.

Le sujet est complexe quand le nom, le pronom ou l'infinitif est accompagné de quelque addition qui en est un complément explicatif ou délerminatif. Tels sont les sujets des propositions suivantes: Les livres utiles sont en petit nombre; les principes de la viarale méritent attention; vous qui connaissez ma conduite, jugez-moi; craindre Dieu est le commencement de la sagesse; où Ion voit le nom livres modifié par l'addition de l'adjectif utiles, qui en restreint l'étendue; le nom principes modifié par l'addition de ces mots de la morale, qui en est un complément dùierminatif; le prononr vous, inoilifié par l'addition «le la proposition incidente, q.ui conntifssez ma cimduite, laiiuelle en est explicative; et l'infinitif crut/;dre, déterminé par l'addition du complément Dieu.-

L'aLtribm peut être également incomplexe ou complexe. — L'attribut est incomplexe quand la relation du sujet à la manière d'être dont il s'agit y est exprimée en un seul mot, soit que ce mol exprime en même temps l'existence intelloctuclle du sujet, soit que cette existence se trouve énoncée séparément. Ainsi, «juandon dit je lis, je suis attentif, les attributs de ces deux propositions sont incomplexes, parce que dans chacun on exprime en un seul mol la relation du sujet à la manière d'être qui lui est attribuée ; je lis énonce tout à la fois cette relation et l'existence du sujet, et il équivaut a

pnn

suis lisant; attentif iVrno\u-c que la relation de convenance du sujet à l'attribut.

L'ailriiiut est complexe (piand le mut principalement destiné à énoncer la relation du sujet il la manière d'être qu'on lui attribue est accompagné d'autres mots qui en modifient la signification. Ainsi, «piand un dit je lis avec soin les meilleurs grammairiens, et je suis attentif d leurs procédés, les attributs de ces deux iiroposilions sont complexes, parce que dans chacun le mot principal est accompagné d'autres mots éjui en modifient la signification. Lis, dans le premier exemple, est suivi de ces mots, avec soin, <]ui 'présentent l'action de lire comme modifiée i)ar un caractère particulier; et ensuite de ceux-ci, les meilleurs grammairiens, qui déterminent la même action de lire par l'applicalion de celle action à un olijet spécial. Attentif, dans le second exemple, est accompagné (le ces mots, ù leurs procédés, qui restreignent l'idée générale d'attention par l'idée spéciale d'un objet déterminé.

Les propositions sont également incomplexes ou complexes, selon la forme de renonciation de leur sujet et de leur attribut. — Une proposition incomplexe est celle dont le sujet et l'attribut sont également incomplexes , comme dans la sagesse est précieuse ; vous parviendrez ; mentir est une lâcheté. — Une proposition complexe est celle dont le sujet ou l'attribut, ou même ces deux parties sont complexes, comme dans la puissance législative est respectable ; les preuves dont on appuie la vérité de la religion chrétienne sont invincibles. Ces propositions sont complexes par le sujet. — Diou gouvem* toutes les parties de l'univers; César fut le tyran d'une république dont il devait être le défenseur. Ces propositions sont complexes par l'attribut. — La gloire qui vient de la vertu est plus solide que celle qui vient de la naissance ; être sage avec excès est une véritable folie. Ces propositions sont complexes par le sujet et parrattribul.

La forme grammaticale de la proposition consiste dans les inflexions particulières, et dans l'arrangement respectif dos différentes parties dont elle est composée. Voyez Construction.

On peut envisager la forme des propositions sous trois principaux aspects : l" par rapport à la totalité îles parties principales et subalternes qui doivent entrer dans la composition analytique de la proposition; 2" par rapport a l'ordre successif que l'analyse assigne a ciiacune de ces parties; 3" jiar rapport au sens particulier qui peut dépendre de telle ou telle disposition.

1° Par rapport à la totalité des parties principales et subalternes qui doivent entrer dans la composition analytique de la proposition, elle peut être pleine ou elliptique. — Une proposition est pleine lorsqu'elle comprend explicitement tous les mots nécessaires à l'expression analytique de la pensée. — Une proposition est elliptique lorsqu'elle ne renferme pas tous les mots nécessaires à l'expression analytique de la pensée.

Il faut observer ici que, comme l'un et l'autre de ces accidents tombent moins sur les choses que sur la manière de les dire, «m dit plutôt que la phrase est pleine, ou ellipti'/ue, qu'on ne le dit de la proposition. \oye/. Ellipse.

2" Par rapport à l'ordre successif que l'analyse assigne àcliacune des parties i!e la proposition, la phrase est directe ou inverse.. — La phrase est directe lorsque tous les mots en sont disposés

PRO

selon l'ordre et la nature des rapports successiTs qui fondent leur liaison. Quand je dis j'ai imites les fureurs de l'amour, la phnise est direclo; quand je dis :

De l'amour j'ai toutes les fureurs.

(Rac, Phèdre, act. I, se. m, 107.)

la phrase est inverse. Voyez Inversion.

3° Enfin, par rapport au sens particulier qui peut dépendre de l;i disposition dos parties de la proposition, elle peut être ou simplement exposilive, ou inlcrrogativc. — La proposition est simplement exi)osiliveipiaiid elle est l'expression propre du jugement actuel de celui qui la prononce : Dieu a créé le ciel et la terre ; Dieu, ne veut point la mort du pécheur. — La proposition est inlcrrogative quand elle est l'expression •l'un jugement sur le(|uol est incertain celui qui la prononce, soit (]u'il doute sur le sujet ou sur l'attribut, soit qu'd soit incertain sur la nature de la relation du snjet à l'allribut : Quia créé le ciel et la terre7 interrogation sur le sujet. (Quelle est la doctrine de l'Eglise sur le culte des saints? interrogation sur l'attribut. Dieu veut-il la mort du pécheur'? interrogation sur la relation du sujet à l'attribut.

Tout ce qu'enseigne la grammaire est finalement relatif à la proposition expositive, dont elle envisage surtout la composition. S'il y a quelques remarques particulières sur la proposition interrogative, on les trouvera au mot Interrogatif. I Extrait de l'article Proposition , par Beauzée, dans l'Encyclopédie.) Voyez Absolu, Relatif, Accord, Attribut, Construction, Incident.

PnopRr. Adj. des deux genres. Quand propre signifie qui ap[iartienl à quelqu'un, il se met ordinaircmei.t avant son sulist. : Son propre fils, mon propre frère ; écrire de sa propre main. — On dit cependant, donner, remettre en main propre. — Amour-pi'opre .

Dans le sens de même, il précède aussi son subst. : Il a dit cela en propres terines; ce furent ses propres paroles. — Dans le sens de convenable, il se met après sou subst., et régit la préposition à: Cela n'est pas propre à toutes sortes de gens. Dans le sens de qui peut servir, qui est d'usage à certaines choses, il se inet aussi après son subst., et régit la préposition à: Du bois propre a bâtir, une herbe propre à guérir les pluies. On dit en ce sens, propre à et propre pour, avec cette différence que la première de ces locutions désigne plutôt un pouvoir éloigné, et la seconde un pouvoir prochain. L'hotnme propre à une chose, a des talents relatifs à la chose; l'homme propre pour la chose, a le talent même de la chose. Un homme propre à tout, n'est pas également propre pour tout. Un objet est propre ponr faire, cl pnpre à devenir.

Dans le sens de net, propre se met après son subst. : Un habit propre, un appartement prop''e, un homme propre, une femme propre.

(juv'lquefois il change de sens, suivant qu'il est placé avant ou après son subst. : Les propres termes, ce sont les mots, sans y rien changer; les termes propres, ce sont les mots qui expriment bien, conformément à l'usage de la langue.

Propre est aussi un terme de grammaire. On appelle nom propre un nom qui ne désigne pas une espèce, une classe d'éires. mais un seul individu. Pierre, Alexandre, sont des noms pro-

PRO

près. Le nom propre est opposé au nom appellatif. On appelle mot propre, ter ute propre, expression propre, le mot, le terme, l'expression qui convient exclusivement pour signifier la chose (jue l'on veut exprimer et la rendre de la manlèie (pi'on a intention de l'exprimer. — Propre est aussi (pielquefois opposé ix figuré. On dit le s<?/i,ç propre et le sens figuré. En ce sens une expression propre se dit d'une expression dont le mot ou If's mots sont pris dans leur acception primitive et naturelle, par opposition aux expressions figurées où ils sont pris dans une acception détournée. Voyez Mot, Propriété.

Propre. Subst. m. Il se dit d'un attribut nécessairement lié à l'essence d'une chose, et régit la préposition c?e .• C'est le propre de l'homme de raisonner. Le propre des oiseaux est de voler, le propre du chien est d'aboyer.

Proprement. Adv.Dans lesensde termepropre, d'expression propre, on peut le mettre avant ou après le verbe (pi'il modifie : C'est proprement ce que signifie ce mot, ce mot signifie proprement cela. — Dans le sens opposé cà figuréiiicut, il ne se met qu'après le verbe : Dans celle phrase, ce mot est employé propi-ement, et non pas est proprement employé. — Quand un même mot s'élend à plusieurs choses et convient encore particulièrement à inie seule, on se sert du mot proprement pour désigner cette signification particulière. Ainsi on dit, ta Grèce proprement dite, pour désigner l'Achaïe, le Péloiwnèse, etc., à la différence des autres pays que l'on comprend aussi sous le nom de Grèce, quand on le prend dans une signification plus éiendue. (Acad.)

Dans le sens do nel, on jieut (pielquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // a accommodé proprement ce dîner, ou il a proprement accommodé ce dîner.

Proprement signifie aussi avec adresse, d'une manière agréable et convenable, avec facilité, avec grâce. Dans ce sens, on peut aussi le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Cela est fait proprement, ou cela est proprement fait. Il a chanté proprement cette ariette, ou il a proprement chanté cette ariette. — Eu 1835, l'Académie remarque que chanter proprement, danser proprement, %o\\\. des phrases qui ont vieilli.

Propret, Proprette. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Une personne proprette, un vieillard propret. Il est familier.

Propriété. Subst. f. Ce mol est employé en terme de grammaire. On dit la pnpriété du style, lu propriété des termes. — La propriété du style renferme d'abord la propriété des termes, c'est-à-dire l'assortiment des termes aux idées. Elles doivent être rendues dans leur signification précise, suivant les acceptions reçues, selon leurs mudifications diverses, avec leurs nuances caractéristiques, par leurs signes équivalents : simples, par des termes simples ; complexes, par des termes conqdexes ; mêlées d'une perception et d'un sentiment, par dos termes représentatifs d'un sentiment et d'une perception; mêlées d'un sentiment et d'une image, par des termes représenta tifs d'une image et d'tni sentiment ; nobles, dans toute leur noblesse ; énergiques, dans toute leur énergie. Les termes sont le portrait décidées; un terme propre rend l'idée tout entière; un terme peu propre ne la rend <]u'à demi; un terme impropre la rend moins qu'il ne la défigure. Dans le premier ras. on saisit l'idée; dans le second, on la cherche; dans le troisième, on la méconnaît.

PRO

La propriclé du slylc renferme ensuite la propriété du Ion, c'csl-à-iliiv l'assorlimcnt du slylc ;iii genre; la propriété du tour, c'c>l-a-dirc l'assurlinienl du stylo au sujet; la propriété du coloris, c'ost-a-diiê l'assoriiineat du sîyle à la obose particulière qu'on doit peindre ; la propriété des sons, c'est-à-dire l'assortiuicnt du style au mouvement qu'on di'crit; la propriété des traits, c'est-à-dire l'assurtinioiit ihi style à la passion qu'on exprime; cnlin la propriété de la manière, cest-à-dire l'assorlunenl du slylu au aèuie de l'auteur. Lorsque ces divers mérites se trouvent loiinis, la représentation é(iuivaut à la réalité; alors la distraction cesse, ratlenlioii croit, le style a toutes les qualités nécess;iires pour|ilairc cl pour attaclier. (F.xlrail de \' Encyclopédie.) ^'oyez Genre, Huriiionie, Style.

Prorata. Mot latin que l'on n'emploie en français que dans cette phrase adverbiale, au prorata, jjour si|:nifier à proportion. 11 est familier et récit la préposition de : Les héritiers doivent payer au prorata de leurs parts et portions.

Proroger. V. a. de la l'^ conj. Dans ce verbe, le 5' doit toujours se prononcer commej; et pour lui conserver cette prononciation lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet (t ou cet o ; Je prorogeai, prorogeons, et non pas je pmrogai, prorogons.

Prosaïque Adj. des deux genres. Il ne se dit qu'en mauvaise part, et suit toujours son subst. : Style prosaïque, expression prosaïque.

Prosaïsek. V. n. de la 1" conj. C'est un mot forgé par J.-B. Rousseau, en imitation du style de Marot. Faire de la prose :

Maître Vincent, le grand fjisear de lettres. Si bien que vous n'eût su prosdiser.

Il est peu usité.

Prosaïsme. Subst. m. Manière d'écrire en vers conforme à celle dont on écrit en prose.

Prosateur. Subst. m. écrivain en prose. Ce mot, inventé par Ménage, n'a pas pris dans le temps. Aujourd'hui, il est généralemenl usité : Presque partout la hardiesse du poète a effurouclié la timidité du prosateur. (Delille. ] — Pourquoi ne dirait-on pas prosairice, si l'occasion s'en présentait?

Proscriptedr. Subst. m. Mot nouveau trèsnécessaire; il signifie celui qui proscrit: Les auteurs des proscriptions soutiennrnt que, dans lu rie politique des Etats, il y a des circonstances malheureusi's qui exigent nécessairement le sacrifice de quelques tètes ; mais ce que ces hotmétes gens n'osent pas dire, et ce qu'ils pensent profimdémcnt, c^e.rt que ces crimes envers les proscrits sont infiniment utiles aux proscripteurs. (Raynal.)

Pr.oscRiRF. V. a. et irrégulier delà 4' conj. Il se conjugue comme écrire. Voyez ce mot.

Prose. Subst. f. C'est le langage ordinaire des hommes, qui n'est point gôné par les mesures et les rimes que demande la poésie. Quoique la prose ait les liaisons (jui la suutienncnt, et une structure \m la rend noadireuse, elle doit jiarailre fort libre, et n'avoir rien qui sente la gène. L'éloquence et la poésie ont chacune leur harmonie, mais si opposée, que ce (fui embellit l'une déffgure l'autre. L'oreille est choquée de la mesure des vers, quand elle se trouve dans la '"«■ose.

PRO

et tout vers prosaïque déplaît dans la poésie. La prose emploie à la vérité les mêmes ligures et les mêmes images que la jioésie; mais le style est différent, et la cadence est toute contraire. Dans la iioi'sie même, chaque esiiéce a sa cadence propre. Autre est le ton de l'épopée, autre est celui de la tragédie; le genre lyriijue n'est ni épi(pie ni dramatique, ;iiiisi des" autres; et la ])rose, dont la marche est uniforme, ne pourrait pas diversifier ses accords pour s'adapter à ces divers genres. Voyez Style.

Prosodie. Subst. f. Terme de grammaire.

C'est la prononciation régulière des mots, conformément à l'accent et à la quantité. C'est en vain que quelques lexicograplies ont voulu , d'après l'abbé d'Olivet, donner des règles certaines sur cette matière ; leurs efforts n'ont point eu de succès, et le traité de l'abbé d'Olivet offre tant de règles démenties par l'usage, et de principes contradictoires, qu'on ne saurait le proposer comme un guide sur. Sans duiile, dit Bcauzée, l'art de la prosodie existe par rapjwrl à notre langue, puisiiue nous en admirons les effets dans un nombre de grands écrivains dont la lecture nous fait toujours un nouveau plaisir; mais les principes n'en sont pas encore rédigés en système; il n'y en a <iue quelques-uns épars çà et là; et c'est peut-être une affaire de génie de les mettre en corps. \o]'GI Accent, Quantité.

Prosodique. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Accent prosodique. — C'est par cette épithéte que Ion dislingue l'espèce d'accent qui est du ressort de la prosodie, des autres modulations que l'on nomme aussi accents. Ainsi, l'on dit l'accent prosodique, ^accent oratoire, l'accent musical, l'accent national, etc. "\'oyez Accent.

*Prosopographie. Subst. f. Terme d'art oratoire, c'est-à-dire image, portrait, description, peinture. Tantôt on appelle cette figure iiypotypose, et tantôt éthopée. L'éthopée est ce qu'on nomme dans le langage ordinaire portrait ou caractère. Voyez Portrait, Hypotypose.

Prosopopée. Subst. f. Figure de rhétorique. Celle figure du siyle élevé est une des plus brillantes parures de l'éloquence. On l'appelle /)j-o*opopée, parce qu'elle représente des choses qui ne sont pas; elle ouvre les tombeaux, en invoque les mânes, ressuscite les morts, fait parler les dieux, le ciel, la terre, le peuple, les villes; en un mot, tous les êtres réels, abstraits, imaginaires. Fléchier, pour assurer ses audileurs,que l'adulation n'aura point de pari dans son Eloge du duc de Montausier, parle de cette manière (p 304) : « Ce tombeau s'ouvrirait, ces ossements se rejoindraient pour vie dire : Pourquoi viens-tu mentir pour moi, moi qui ne 7nentis jamais pour personne'^ Laisse-moi reposer dans le sein de la vérité, et ne trouble point ma paix par la flatterie, que j'ai toujours haïe. «

Dans d'autres cas, l'art oratoire emploie la proso|)opée pour metlrc sous un nom emprunté les reproches les plus vifs, et les rcprélienslons les'

S lus auiéres. Enfin, les |)oëles usent de cettel gure avec un merveilleux succès, pour donner plus de mouvement à leurs fictions. (Extrait de V Encyclopédie.) Prospectus. Subst. m On prononce les deux j. PaospioRE. Adj. des deux genres. H ne se met qu'après son subst. : Destins prospères, fortune prospère. — L'abbé i'Olivel lemanpie qu'il ne se ! dit presque plus en prose, mais qu'il est tou-

PRO

jours beau en vers. Racine l'a employé plusieurs fois.

Ces Juifs

Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs pères, Ont vu bénir le coors de leurs deslins proipires. (Rac, E«(h., act. V, «c. 1, ôO.)

Dans le cours triomphant de ses destins prospère» Il fui assassine jiar des mains étrangères.

(Volt., OEd., act. IV, se. i, 105.)

Protasf.. Siibst. f. On appolail ainsi, dans l'ancienne poésin ilramalique, la première parlieil'une piùtc de thoâlrc, qui servait à f.iire coiinaitrc le caractère des principaux personnages , et à exposer le sujet sur lequel roulait toute la pièce. Ce que les anciens entendaient par piotase, nous l'appelions exposition du sujet. — Molière plaisante ainsi, dans la Critique de l'École des femmes (se. Vil) ceux qui se servent de ces grands mois dans la conversation : Humanisez rolre discours, et parlez pour Sire entendu. Pensez-vous qu'un nom grec donne plus do poids à vos raisons? Et ne irouveriez-vous pas qu'il fût aussi beau de dire l'exposition du sujet, qi/e la prutase ; le nœud, que /'èpitase; e/ le dénoûment , que la péripétie? Voyez Exposition.

Pr.OTECTEDR. Subst. lu. En parlant d'une femme, on dit protectrice. 11 se prend aussi adjectivement : Les lois protectrices, une amitié protectrice.

Protéger. V. a. lie la l''^ conj. Dans ce verbe, le g doit toujotirs se prononcer comme j ; et pour lui conserver cette prononciation lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o .• Je protégeai, protégeons, et non pas, je protégai, prolégnns.

Protkstek. V. a. de la \"' conj. Ce verbe suivi d'un autre verbe exige que. On à\l,il lui protesta qu'i7 ne l'abandonnerait jamais ; et non comme l'Académie, il lui protesta de ne l'abandonner jamais. La raisuu en est que protester omiiorte dans l'idée de celui qui emploie celti- exjjrcssion quelque chose d'assuré, diinmaïupiable, qui bannit tout doute, toute incertilmle ; et la préliusitiou de, qui marque doute, incertitude, contiiigcncc, répugne à cette idée. C'est par la même raison que l'on dit, il m'a assuré qu'(7 viendrait me voir, et non pas il m'a assuré de venir me voir. — On dit il m'a promis de venir me roir, et il m'a promis qu'U viendrait me voir. Dans la première phrase, la promesse a quelque chose de vague, d'incertain; dans la seconde, la promesse est plus positive.

Provena.m, Piiove>anti.. Adj. verbal tiré du v. provenir. 11 se met après son subst., et régit la préposition de : Des deniers provenants d'une vérité; des sommes provenantes d'une succession.

Proverbe. Subst. m. Espèce de sentence exprimée en peu de mots, et devenue commune cl vulgaire. Les [iroverbes et les expres'^ions proverbiales ne sont bons (]ue dans le style familier. Il ne faut pas trop les prodiguer, et ou doit avoir soin de les appliquer avec justesse et avec goût. 11 ne faut pas perdre de vue que les proverbes sont des expressions consacrées qu'on ne doit pas changer, et auxquelles on ne doit pas substituer des synonymes et des équivalents. Voyez Cor.

Proverbmi,, PROVERBiAtE. Adj. qui ne se mot

Page 1