‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 375 sur 453 · RIM · texte numérisé non relu

RIM

l'auxiliaire et le participe : On l'a traité rigoureusement, ou on ta rigoureusement traité.

Rigoureux, RiGoiREi'SE. Adj On peut le mettre avant son subtl., en consultant l'oreille el l'analogie : Un homme rigoureux, un wagistrut rigoureux, une sentence rigoureuse, celle rigovreu.se sentence, une pénitence rigoureuse, vne rigoureuse pénitence .

Ri.ME. Subst. f. Terme de poésie. C'est en général l'unifonnilé de son dans la lerminaison de deux mots. En poésie, c'est la consomiance des finales des vers. La rime est unagrcineiil dans les vers français, mais cet agrémeiÙ n'est pas comparable ri celui que produisent le nombre cl l'harmonie. Une syllabe terminée par un ceriain son n'est point une beauté par elle-incme; la beauté de la rime n'est qu'une beauté de rapport, qui consiste dans une conformité de désinence entre le dernier mol d'un vers et le dernier mol du vers réciproque. On u'cnlrevoil donc cette beauté, qui passe si vile, qu'au bout de deux vers, et après avoir entendu le dernier mol du second vers qui rime au premier. On ne sent même l'agrément de la rime qu'au bout de trois ou de (jualre vers, lorsque les rimes masculines cl féminines sont entrelacées de manière que la première et la quatrième soient masculines, et la seconde et la troisième féminines, mélange fort en usage dans plusieurs espèces de poésies.

Le rhylhmeel l'hannonie sont une lumière qui luit toujours, et la rime n'est qu'un éclair (|ui disparaît après avoir jeté quelque lueur; aussi la rime la plus riche ne fait-elle qu'un effet bien passager ; c'est la règle de la poésie dont l'observation coûte le plus, el qui jette le moins de beautés dans les vers. Pour une pensée heureuse que l'ardeur de rimer richement peut faire rencontrer par hasard, elle en fait certainement employer tous les jours cent autres dont on aurait dédaigne de se servir sans la richesse ou la nouveauté de la rime que ces pensées amènent. A n'estimer le mérite des vers que par les diflicullés qu'il faut surmonter pour les faire, il est moins difficile, sans comp;u'aison, de rimer richement que de composer des vers nombreux et remijlis d'harmonie. Rien n'aide un pocle français à vaincre celte difficulté que son génie, son oreille et sa persévérance. Aucune méthode réduite en art ne vicnl à son secours. Les diflicullés ne se présentent pas si souvent quand on ne veut que rimer riclieinent; el l'on s'aide encore, pour les surmonter, d'un dictionnnaire de rimes.

Mais la rime est absolument nécessaire à la poésie française. Chaque langue a son génie particulier; celui de la nôtre est la clarté, la précision cl la délicatesse. Nous permettons rarement des licences a notre poésie; elle doit marcher, comme noire prose, dans l'ordre timide de nos conslruclions. Nous avons donc un besoin essentiel du retour des mêmes so.is, pour que notre poésie ne soit pas confondue avec la prose.

Nous allons exposer les règles que l'on a données sur l'emploi des rimes.

On n'admet point pour la rime une seule lettre, quoiqu'elle fasse une syllabe. Ainsi les mois joué et lié ne riment point ensemble. Il y a des mots qui, finissant jiar différentes lettres, peuvent faire une bonne rime lorsijue ces lettres rendent le même son, comme dans les mois sang et flanc, nous et doux.

On a proscrit la rime du simple avec son composé, lorsque l'un el l'antre sont eniploy(-s dans leur signiCcation naturelle; aiusiordreel désordre

Page 1