‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 376 sur 453 · RIM · texte numérisé non relu

RIM

ne timoDt pas ensemble; mais front et affront riment bien. Un mot peut rimer avec lui-inèroe lorsqu'il a deux sensdtlTurents. Ainsi pas, que l'on f;iit en uwreiMinl , riuie av«c pas, mol nceatif.

l.a rime n'étant que pour l'orertle, et non jtas pour les yeux, on doit en juçer plutôt par le son que par l'orlhuïraphe. Ainsi, quoiiiuc les syllabes finafes de deux mots s'oi-rivenl différemment, il suffit ordinairement qu'elles |)rodiiisent le même son pour (luelies riment cnscmMe, comme repos et maux. Par la morne raison, si les syllabes finales de deux mois s'écrivent de la même maivi-Tc et qu'elles se pi-ononcent différemment , elles ne peuvent rimer ensemble, comme je reconnais avec à la fois. Le p non suivi d'un * ne rime bien qu'avec lui-même. Ainsi camp ne rime point avec imposant, coup avec tout. Deux l mouillés ne riment bien qu'avec eux-mêmes. Ainsi émaillé ne rime pas a\'ec rappelé.

La rime se divise en rime masiuliiie et rime féminine. La rime féminine est celle cjui se termine [wr des sons muets tinissanl par un e muet, comme ouvrage, outrage; ou pir un e muet suivi d'un s comme célestes, tu détestes; ou enfin par un e muet suivi de ut, ils ouvrent, ils découvrent, ils péiilleni, ils fourmillent.

La rime masculine est celle qui est terminée par tout autre son que par un son muet, comme beautés ei côtés , vanité et infirmité, innocents et encens, etc.

On ne considère presque jamais que le son de la dernière syllabe des mots pour la rime masculine. Ainsi vérité rime avec piété, malheur avec douleur, succès avec procès. Mais le son de la dernière syllabe des mots ne suffit pas pour la rime féminine, parce que la prononciation sourde et obscure de l'e muet empêche d'y apercevoir une convenance sensible. Ainsi, quoique la dcrniè-.e syllabe de monde soit send)lable a celle de demande, CCS deux mots ne riment point enscmMe. Pour la rime féminine, il faut qu'il y ait convenance entre les pénultièmes des mots. Ainsi monde rime avec profonde , demande avec offrande, scandale avec morale.

La rime, tant masculine que féminine, est d'autant plus parfaite, qu'il y a plus de ressemblances dans les sons qui la forment. Ainsi , quoique plaùir rime bien avec soupir, et prudence avec récompense, cependant plaisir rime encore mieux ave<; désir, et prudence avec providence; parce que, outre la confonnilé des sons ir et eiice, essentielle à l'une et à l'autre rime, les consonnes s t\.d qui les précédent sont nussi les mêmes, ce qui ajoute un degré de perfection à la rime.

Quand les syllabes qui forment la rime, c'està-dire la dernière pour la rime masculine, et la pénultième pour la rime féminine, commencent par une voyelle, il est nécessaire, si elles ne sont pas les premières du mot, qu'elles soient précédées d'ime autre voyelle, comme dans U-en, nation, preci-eux , arlifici-elle , vertu-euse , science, etc. Or il faut, pour la plus grande perfection de la rime de ces syllabes, que non-seulement elles soient précédées des mêmes syllui)es, mais encore que. les consonnes qui précèdent ces voyelles soient les mêmes, ou aient le même son. Aitisi lien, qui rime avec gardien, rime encore mieuxavec italien; nation, qui rime avec union, rime encore mieux ave^: ambition ; précieux, qui rime avec curieux, rime encore mieux avec audacieux ; artificielle, qui rime avec

citadelle, rime encore mieux avec essentiele, etc.

On apiielle rime riche ou heureuse, celle qui est formée par la |)Ius grande conformité de soils; eirime suffisante ou commune, celle qui n'a rien de plus que les sons esseniicls. On appelle rime pleine . celle oij non-seulement le son , mais l'articulation est la même, comme vertu et abattu, étude et solitude. — Quand la rime qu'on emploie est très-abondante, comme celle des mots en anl, on regarde comme une négligence la rime qui n'est que dans le son et qui n'e^t pas dans la consonne ; aussi voit-on peu d'exemples dans les bons poètes du temps de Boileau et de Racine, de rimes aussi négligées que celle iVamant et de constant. Si toutefois il y a deux consonnes qui précèdent la voyelle, comme dans la finale de surprend, c'est assez pour l'oreille que la seconde de ces con.-onnes soit la même. Ainsi surprend rimera très bien avec grand. — La rime est double lors^iue nou-seulemeni la finale sonore, mais la pénultième, a le même son, comme attirer, re.tpirer. La rime est sunple lorsi|u'clle n'est que dans la finale, comme diff^érer, respirer. LUe est en même temps pleine et douille lorsque l'articulation et le son d«6 deux syllabes sont les mêmes, comme préférer, diffirer.

(Juand les riiues masculines sont bonnes ou suffisantes, elles sont eiicoie meiUeuri'S eu devenant féminines par l'addiiioii de \e luuei; parce qu'outre la nouvelle conformité de son que \'e muet y ajoute, il oblige encore d'appuyer davantage sur la pénultième, et en rend par la le son plus plein qu'il n'était aupa'avaiit. Par exem.ple, si consacré et révéré, soupir et désir, sujet et indiscret, interdit et petit, riment bien; cnusacrée et révérée , soupire et désire, sujette et discrette , interdite el petite, riment encore mieux; mais de ce que les rimes féminines sont bonnes, comme puissante et chancelante, il ne s'ensuit pas (pie les rimes semblables masculines le soient aussi : car puissant ne rime pas avec ch'incelant, ni heureux avec furieux.

On ne cherche pas une si grande conformité de sons quand on fait rimer un monosyllabe avec un autre monosyllabe, ou avec un mot de plusieurs syllabes. Il suffit (juc le son essentiel à la rime s'y trouve. Ainsi, loi rimera avec fn et avec effroi; pas avec bas ct avec états; paix avec/'nj*' et avec jamais, etc.

Comme il n'y a qu'un petit nombre de mots où les sons essentiels à la rime soient précédés dos mêmes consonnes ou des mêmes voyelles, cette rareté autorise à se contenter des rimes suffisantes. Ainsi, parce qu'il n'y a que très-peu de mots terminés en vir, on fait rimer soupir avci désir, et l'on fait rimer trahir nvcc obéir, à cause du petit nombre de mots où ir est précédé des mêmes voyelles. Cette licence ne peut regarder qu'un très-petit nombre de mots terminés en «, us, is, it, ir; encore faut-il en user avec beaucoup de modération, et quand on y est absolument forcé par la disette de la rime. — i>lais, à réi,'ard des mois terminés en é fermé seul, ov sufvis des lettres n, z, r, et i, seul, le nombre e est si CTand, qu'on ne doit jamais se dispense de les faire rimer par les consonnes ou les voyelles qui précèdent \e ou Xi. — La terimnaison en ai des passés simples de l'indicatif de 1;> première conjugaison, des futurs de tous les verbes, et du présent de l'indicatif du verbe avoir, ayant le son de Te fermé, on peut fort bieu la faire rimer avec

niM

un mot lcriniii<i en c fciiiu', comme consumé et j'alluiiKii :

Ue rcgrclf consume, Brùlù (lo plus (le rcii\ (|iio je n'en allumai,

(lUc, Àndrom., act. I, se. ir, Gl.)

— L;i rimo friiiiiiiiie de l't; ferme ne doit p;is être moins parfait!! «inc la masculine, et doit suivre les inômcs roules. Aimce ne rimera bien qu'avec^ un mol terminé en mue; confièo, qu'avec un mot terminée en ù'c.

Il n'en est pas de môme des rimes féminines en i> et en ve ; on les emnloie queiqucfois sans qu'elles soient |)récédées des mêmes consonnes, comme dans ces vers de Racine :

0 ciel ! pourquoi faut-il que la secrète envie Ferme h de tels héros le chemin de \'À$ie ?

I, [Iphig., act. I, se. II, 49.)

Polynice, soigneur, demande une entrevue ; C'est ce que d'un horaut nous apprend la venue.

[Préret ennemis, act. III, se. T, I.)

Les mots terminés en ui, nie, uis, uit, doivent toujours rimer avec des mots qui aient la même terminaison ; et le son de la diplitliongiie ni étant assez plein de lui-même, il n'est pas nécessaire (ju'ellesoil préccdée des mêmes consonnes.

Quoiiiue nous ayons dit plus haut qu'il n'est pas nécessaire pour la rime (pie les dernières syllabes des mots s'ccrivont avec les mêmes lettres, et qu'il sufdt qu'elles jHoduiseut le même son, il est cep(>ndant des cas où l'orthographe doit s'accorder avec la rime. — Un mot terminé par un s, un X, ou un z, ne rimerait pas avec un mot (|ui ne serait pas terminé par l'une de ces trois lettres. Ainsi, uimuble ne rime pas avec fablts, discours avec jour, rcrité avec vaitilt's ou viiiis méritez, gcnnu avec vous ou courroux, ni cheveu avec heureux, etc. Mais il n'est pas nécessaire ipic les mots dont la rime est terminée par l'une de ces trois lettres soient du nombre pluriel, ni que ce soit la môme lettre (jui les leriniiie. Ainsi, le ilixcours rime avec les jours, célestes avec tu délestes, le nez avec vous donnez, vanités avec vous méritez , vous avec courroux, paix avec jamais, etc.

Quoique le ;• ne se prononce pas à la fin des infinitifs terminés en er, cependant ils ne doivent rimer tiu'avcc îles mots terminés en r, encourager, danger.

On ne fait guère rimer une personne de verbe terminée en ais ou «j/, ayant le son de Ve ouvert, avec un mot ipii a le mémo son, mais ijui s'écrit differeninieul , (dniuie manquait avec bani/uct. Il faut ordinairement reo-virir à une semblable personne d'un autre verbe.

Les troisièmes personnes du pluriel des verbes terminées en ent ou aient, ne doivent rimer qu'avec d'autres troisièmes personnes cpii aient les mêmes terminaisons. Ainsi, ils disent ne rime ^as avec viarchandises, ni fassent avec sur- ^Itcc ; mais disent rime avec lisent, et fassent wvee effacent.

Les mots terminés par anc ou ang ne riment ordinairement (]u'avec des mots «jui ont l'une ou l'isulrc terminaison. Sttnç; rime avec flanc.

nuand un m«t est termine par un /, il ne peut rimer ([u'avcc un mot qui soit aussi tern nié par un t ou par un d. Ainsi, hasard rime avec di'.part, verd avec couvert, nid avec finit, accord aveo fort, sourd avec court, etc.

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