‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 40 sur 453 · AUG · texte numérisé non relu

AUG

faculté d'employer le pluriel. MM. Rrschcrelle remarquent avec raison que, dans le iiassagecilé. Racine eut facilement pu mettre le singulier; mais qu'ici le pluriel indique plusieurs monstres dom|v tés par Thésée. Si la pcnsOo est différente, les deux locutions doivent éire admises. » (A. I.emaire, Grammaire des Grammaires, p /il9.)

Féraud prétend qu'aucun peut s'cuqiloycr substantivement, et qu'alors il signifie aucune personne. C'est une erreur. 11 apporte pour exemple : Aucun n'est innocent devant Dieu. Mais cette phrase, prise isolément, n'est pas fran(;aise. Elle ne peut l'êlre qu'autant qu'elle serait liée à une phrase précédente où l'on aurait exprimé un substantif auquel aucun pourrait se rapporter, et alors aucun serait toujours adjectif.

Aucun se met quelquefois sans négation dans les phrases d'interrogation ou de doute, et alors il peut se rendre par quelque, quelqu'un : De tous mes amis, y en a-t-il aucun qui ait pu dire cela? Je doute qu'il y ait aucun auteur sans défaut

On dit aucun de nous, aucu7i d'eux. Aucun de vous r^ peut se plaindre de moi.

Aucun, suivi d'un des adjectifs conjonctifs, qui, que, dont, etc., régit le subjonctif: // n'y a aucun de ses sujets qui ne hasardât sa propre vie pour conserver celle d'un 5t ic?i rut. (FéaeL, Télém., liv. VllI, p. 27/j.)

Corneille a dit dans Rodogune (act. II, se. ii, 37):

Je te dirai bien plus sans violence aucune

Cet aucune ii la fin d'un vers, dit Voltaire, n'est toléré que dans la comédie. {Remarques sur Corneille.)

Adconement, Adv. L'Académie a oublié de diro qu'il n'est plus usité.

Audace. Subst. L L'audace n'est pas, comme le dit l'Académie, une hardiesse excessive. Ces', un mouvement violent de l'àme, (pii porte à des entreprises ou à des actions extraordinaires, au mépris des obstacles les plus imposants, des barrières les plus respectables et les plus sacrées, des suites les plus dangereuses. La hardiesse marque du courage et dp. l'assurance; l'audace, de la hauteur et de la témérité.

AUD.ACIEUSEMENT. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe: Il a parlé au dacieusement ; il a audacieusement répondu que. , .

Audacieux, Audacieuse. Adj. II se prend en mauvaise part lorsque ni le substantif auquel il est joint, ni les circonstances n'indiquent le contraire : (/« homme audacieux, un air audacieux. Mais lorsiju'en parlant d'un poêle lyrique, on dit son vol audacieux, les circonstances indiquent qu'il doit être pris en bonne part :

N'est-ce pas l'homme enfin, dont l'art auducieux Dans le tour d'un compas a mesuré les cieux ?

(BoiL., «at. VIII, 165.)

Ici le substantif et les circonstances indiquent qu'audacieux doit être pris en bonne part.

Quand cet adjectif est pris substantivement, il se dit toujours en mauvaise part: C'est un audacieux, un jeune audacieux.

Il f)eut se mettre avant son subst.: Cet audacieux jeune homme.

AuGJiENTATiF, AuGMENTATivE. Adj. Terme de grammaire qui se dit de certaines particules ou de certaines terminaisons qui servent à augmenter le sens des noms et des verbes: Savantasse . lourdaud, sont des noms augmentatifs, parce que

AUP

les terminaisons asse et aud augincntcnl le sons des mois sacant v\. lourd, l'rès cl fjft sont tics pailiculcs ;iii'menlalives ; elles aiigmcntcnl lo sens tlc^ adjetlifs ou «les verbes auMiucls on 1rs joint. On du aussi terminaison uiigmentutive.

AUGLIiAI,, AtGURALK. AlJj. 11 SUÏl tOUJOUl'S SOU

subsl. : Bcton avgvrul.

Auguste. Ailj. des doux irenres. Il fient se mettre avant son sulisl. lorstjuc l'iiarmonie et les circonsiances le i)eiinctlent : Une auçiitsle assemblée. Ses augustes parents. Son auguste mère.

ADJOuiiD'iiui. Adv. Girard veut que l'on écrive aujourd'hui SM\^ apostrophe; mais personne n'a adopté relie ortliou'raidie, et l'on érrii aujiurd'hui avec une apostrophe entre le d el le h.

On demande s'il faut {i'uc jusqu'à aujourd'hui, ou jusqu'aujourd'hui.

Le dernier a iirévaiu, parce (pie la préposition à est déjà renfermée dans le mol anjourd'lini ; car c'est auiant fine s'il y avait à le jur de hui. On doit donc dire jusqu'aujourd'hui sans préposition, (]uoi(|u'on ilise J!/S7m'« demain avec la préposition. Far la même raison, il ne faut pas dire je suis assigne à aujourd'hui, i]noi(]u'on dise QXGWJe suis assigné à demain; il faut dire je suis assigné pour aujourd'hui, c'esl-à-dire, pour comparaître aujourd'hui

Cependant l'Académie, dans son édition de JS35, donne l'exemple suivant : J'ai différé jusqu'à aujourd'hui ou jusqu'aujourd'hui à vous donner de mes nouvelles.

Aumône. Subst. f. Féraud observe avec raison que ce mot ne doit èlre employé qu'en matière de religion. L'aumône est une libéralité faite par des chrétiens en vue de reliçion. Dans les autres cas, on se sert du mol largesse, secours, bienfait.

AupAn.wANT. Adv. Il y a des personnes qui le confondent avec la préposition aidant, cl lui donnent un régime connue à celle préposition. Elles disent auparavant moi au lieu de avant moi, auparavant de faire, au lieu d'avant de faire. Le mot auparavant n'est jamais suivi d'un régime, el se dit toujours al)solumenl.

AupRt:s. Préposition de lieu. Elle régit la préposition de: Sa maison est auprès Aq la mienne. <)uc\quefoison la l'ail précéder de fow^, adverbe, pour y donner un sens pins étroit: f^oyan/ que j'étais tout auprès de lui. (FéncL, Télém., liv. V, l. I, p. 192.1

On a 'disputé longlemps et on aisputc encore pour savoir si, dans des phrases où l'on établit une comparaison entre deux objets, il faut dire auprès de ou au prix de. Par exemple, Vintérct n'est rien auprès du devoir, ou au prix du devoir. Quelques graunnairiens prétendent qu'il faut toujours A'wc au prix, d'aulres qu'on peut employer indifféremment l'une ou l'autre expression.

Il me semble tpjc la (juestion serait bientôt décidée si l'on voulait observer {\nauprcs cl au prtjr sont deux expressions différentes (|ui marquent chacune une vue particulière de l'esiirit. Quand je dis qu'une chose n'est rien auprès dune aw/rc, j'entends par là que l'on remarquerait une différence énorme entre l'exlérienr de chacune de ces choses, si l'on pouvait les considérer l'une ar/prw de l'aulre. Mais je n'enlends comparer ni le mérite intrinsèque de ces deux choses, ni l'inlércl qu'on peut prendre à l'une ou a l'antre, ni rai)i)lication qu'on peut en faire, ni les avantages qu'on peut en retirer. Mais quand je dis qu'une chose n'est rien au prix d'ime autre, je veux parler du réel de chacune de ces choses, des avantages qu'elles peuvent procurer,

Page 1