‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 443 sur 453 · ULT · texte numérisé non relu

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faite, ce n'est pas dire qu'on trouve cette chose bonne ou mauvaise en elle-nièmc , c'est dire qu'on trouve bien ou mal ce qui a été fait, ce qui a été dit.

Mais on dira très-bien , j'ai trouvé bonne et bien placée la réprimande que vous avez fuite. J'ai trouvé bonne Vaclioii que vous trouves mauvaise; parce que dans ces phrases, bonne, mauvaise, sont là pour qualifier le subslantif : c'est réellement la ré|)rimandc, l'action, qu'on trouve bonne ou mauvaise en olle-mome. ( Lemarc.) — « Il nous semble que celle dernière tournure est la seule admissible dans les phrases indiquées, et que dans aucun cas on ne peut dire fai trouvé bon la réprimande, etc. Cela évidemment choque l'oreille. Aussi rAcadémie ne donnc-l-elle aucun exemple de ce genre. Partout elle lait suivre les locutions absolues t)-ouverbon, trouver mauvais de la conjonction çi/e .- Je trouve bon que vous allies le voir; je trouve mauvais que vous ayez fait cette démarche. Il faut donc (|ue les mots bon, mauvais s'accordent, lomme adjectifs, avec le régime du verbe trouver, ou, s'ils sont adverbe^, il faut les faire suivre de la conjonction que. Et dans le premier cas, l'adjectif très-souvent se sépare du verbe : Je trouve ces vers mauvais; je trouve cette démarche bonne. « (A. Lemaire, Grammaire des Grammaires, p. 597.)

To. Pronom de la seconde personne du singul.cr, des deux genres. Il ne se dit que des personnes ou des choses personnifiées, et est toujours sujet d'une proposition : Tti aimes, tu danses. Voyez Pronom..

Tddesque. Adj. des deux genres. On peut quelquefois le mettre devant sonsubst. : Uji langage tudesque, ce tudesquelangage.

TcEH. V. a. de la l^e conj. Il se conjugue comme Suer. Voyez ce mot.

TcF. Subst. m. On prononce le f.

Tdmdlte. Subsi. m. L'Académie dit le tumulte des passions. Voltaire a dit le tumulte du cœur :

De mon cœur étonné vous voyez le tumulte.

[Oreste, acl. I, se. y, 7t.)

UN

TuMCLTUAiRE. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst. lors(]uc l'analogie et l'harmonie le permettent : Cette assemblée tumulluaire, ce/<e lumultuaire assemblée ; résolution tumultuaire , délibération tumultuaire Voyez Adjectif.

TuMULTUAir.KMENT. Adv. Il ne se met guère (ju'après le verbe : On a procédé tumulluaire- Mienl à cette élection.

TuMULTuEOSEMENT. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Ils se sont assemblés tumultueusement, ou ils se sont tumultueusement assemblés.

TuMCLTCEDx, Tdmdltuecse. Adj. On peut le mettre après son subst., en consultant l'oreille et l'analogie : Une assemblée tumultueuse, cette tumultueuse assemblée ; des cris tumultueux, un bruit tumultueux.

TunBULEMMENT. Adv. Il ne se met guère qu'après le verbe : Il a agi turbulemment.

Turbulent, Tukbli.e^te. Adj. Il ne se met guère qu'après son subst. : Un hornme turbulent, un esprit turbulent.

Turc. Subst. m. On prononce le c.

ToTÉLAiRE. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst. en consultant l'oreille et l'analogie : Bonté tutélaire, celte tutélaire bonté.

Tyran. Subst. m. L'Académie ne le dit au figuré que de l'usage qui est le tyran des langues. Il a, dans ce sens, une signification plus étendue :

Ainsi, lorsque les vents, fougueux tyrans des eaux. De la Seine ou du Rhône ont soulevé les flots.

(Volt., Ilenr., IV, ôSb.)

TïRANNiQUE. Adj. des deux genres. On peut le mettre devant son subst. lorsque l'analogie ei Ihaimonie le permettent : Pouvoir tyrannique, ce tyrannique pouvoir ; une loi tyrannique, ces tyvanniques lois. Voyez Adjectif.

TïRANNiQUEMENT. Adv. Ou pcul Ic mcHre entre l'auxiliaire el le participe : Il s'est emparé tyranniquement de tous les pouvoirs ; il a régné tyranniquement.

U. Subst. m. La cinquième des voyelles. Sa prononciation naturelle est comme dans utile. U suivi d'un i, fait diphthongue avec celte lettre, comme dans lui, cuit, viuid, etc. Quelquefois on emploie u sans le prononcer après la consonne g, tjuand on veut donner à celte consonne un son guttural, comme dans prodigue, qui se prononce autrement queprodige, par la seule raison de Vu, qui du reste est absolument muet. U est muet, ou ne se prononce presque pas, dans toutes les syllabes où il est après q : Quelque, que, quand. Dans quelques mots qui nous viennent du latin, u est le signe du son (]uc nous représentons ailleurs par ou, comme dans équateur, aquatique, quadrature, quadragésime, que l'on prononce ékouateur, ukouatique, kouadruture, kouadragésiine. Cependant lorsque la voyelle i vient après qu, \'u reprend sa valeur naturelle dans les mois de pareille origine, et nous disons, par exemple, fuiinkouagésime pour quinquagésime.

Ultérieur, ULTÉRiEur.E. Adj. Il ne se met

qu'après son subst. : La Calabre ultérieure. — Demandes ultérieures.

Un, Une. Adj. Devant une consonne ou un h aspiré, vn a le son nasal au masculin : Un cavalier, un héros. Devant une voyelle ou un h muet, l'w de un conserve sa i)rononciation nasale, et se joint à la voyelle qui suit par un n euphoniiiue; un air, un effort, un homme, prononcez mw nair, lui neffort, un nhomine.

U conserve le son cjui lui est propre dans le féminin une. On prononce u-ne femvie, et non pas eune fcviuie.

Un grammairien prétend qu'il faut prononcer de même u nemployé, u nimbécile, u nhérétique, el non pas un nemployé, un nimbécile, un nhérétique ; celle prononciation serait vicieuse. Quand on prononce u ne femme, la prononciation de Vu seul annonce un subst. fém.; et quand on prononce un nhovnne, la prononciation nasale annonce un subslantif masculin; si l'on prononçait u nhomme, celte prononciation annoncerai:

UN

UD subslantif féminin, ce qui serait une fausse indicaiiciii.

Oïdinairemcnl le 71 linal ne se fait point sentir dans w« lorsqu'il n'est imintsuivi d'un substantif. CPl)endant on prononce iin navtre homme, un missejt grand nombre, etc. : quoique dans ces phrases vu ne soit pas suivi d'un substantif. Mais il faut observer qu'il y a ici une faible invereion qt^i ne rompt point la liaison de l'adjectif vn avec le substantif /lomwe ou avec le substantif nombre. C'est comme s'il y avait, un humme autre que celui dont on vient de parler, un nombre assez grand.

Ce n'est pas, comme le prétendent quelques grammairiens, parce qu'on regarde V%t d'une comme aspiré que l'on prononce vers les une heure, et non pas vers les aune heure; c'est parce que le mot les, (pii marque un pluriel, loin d'appeler grammaticalement le mot %ine, le repousse au contraire, et ne peut souffrir aucune liaison grammaticale avec ce mot ; c'est parce que, dans cette phrase, le substantif i"îuricl tiu'appelle les est sous-eutcndu par ellipse, et que c'est comme s'il y avait, dans les moments qui précèdent ou qui suivent immcdi;ilcinent une heure. On laisse subsister l'article pluriel, quoique le substantif qu'il appelle ne soit p;is exprimé. Mais il faut pmnoncer l'un et l'avtrc, et non pas l'un net l'autre ; l'un est d'un avis et l'autre de l'autre, et non pas l'un nest d'un avis et l'autre d'un autre ; l'un aime le vin et l'autre le jeu, et non pas l'un nui/ne le vin et l'autre le jeu ; parce que , dans ces trois phrases, l'un n'appelle grammaticalement ni la conjonction et, ni le verbe est, ni le verbe aimer. Voyez f^oyelles nasales.

Un, une, (juand il n'exprime pas l'unité numérique, est un prépositif qui exclut l'article : Un homme d'honneur ne doit jamais manquer à sa parole. — Il prend l'article (juand il est joint à autre : L'un et Vautre, de l'un et de l'autre, à l'un et à l'autre. Quand il est suivi de la préposition de, le nom qui suit prend l'article : Un des devoirs de l'homme.

Quand le mot un ou une, joint au mot de ou des, exclut toute idée de pluralité, il doit régir le verbe au singulier : Une des misères des gens riches est d'être trompés en tout. (J.-J. Rouss., Emile, liv. I, t. vi, p. /j6.) Ici, le mot une exclut toute idée de pluralité; il indique la misère dont il est question, comme la seule misère des gens riches (jui convienne à être trompés en tout; ou plutôt celte misère est individualisée par ces mots; car le véritable sens est, être trompé en i'iut est une des misères des gens riches.

Mais quand un, une, n'a rien d'exclusif, ni par lui-même, ni par les mots qui l'accompagnent, il faut faire usagedu pluriel. Ainsi il faut dire, votre ami est un de ceux qui manquèrent de périr dans la sédition, et non pas qui manqua, parce ipie le M/i avec les mots qui l'arcompagnent indique plusieurs personnes ijui ont jKirtagé le même danger; il est donc énuméralif, et non exclusif. Un de ceux qui manqua serait une phrase barbare ; qui ne peut se rapporter qu'à ceux; sans (juoi ceux n'aurait pas de complément, cl il doit en avoir un. \'oyez Accord.

Un de Ci l'un de signilient l'un et l'autre une unité extraite de plusieurs unités; mais un de présente une idée déterminée d'une manière incooaplète, au lieu (jue l'un de exprime une idée complètement déterminée, ou, pour mieux dire, doublement déterminée, savoir : par un nom ou

LNA

un fironom qui précède, et par un nombre qui suit. On dira donc, Henri If^ est un de nos plus grands rois; ])arce que un, déterminé par le substantif Henri, ne l'est pas par plus granA, rois, (jui n'exprime pas un nombre précis. On dit un des quarante de l'.lcadémie française a ité de mon avis. 11 y a ici nombre précis, mais un ne se rapporte à aucun substantif ou jironom qui précède. Mais on dira, Ducis, Tun des quarante de V Académie française, vient d'ibtenirun nouveau triomphe sur la scène; parce que, dans ce cas, la détermination est complète; î'uniié est doublement déterminée; il y a tout à la fois et un substantif qui précède {Ducis), et un nombre précis (77/ara/i/e) qui suit.

Il y a donc une faute dans les vers suivants:

Vos jolis vers remplis de grâce Enchaînent nos esprits avec des nœuds de Qeuri; Votre couTCnt est le Parnasse ; Vous élcs une des neuf sœurs.

Il faut dire l'une des neuf. sœurs. Domergue)

— M. Marie a traité cette question dans le Journal Grammatical. Nous croyons devoir extraire de son article les règles suivantes, qui serviront à corriger ce que les assertions de Domorgue peuvent avoir de trop absolu. — 1» L'un de s'emploie de préférence au commencement d'une proposition incidente : Plusieurs auteurs, et entre autres Stésichorus, l'un des plus anciens poètes lyriques, ont écrit, etc. (Racine.) Shaftesbury, l'un des héros du parti philosophique. (Voltaire.) Celle locution s'applique surtout comme apposition. Si l'on exprimait le sujet et le verbe, un de vaudrait mieux, et l'on écrirait : qui était un des héros, etc. — 2" L'un de doit encore avoir la préférence quand le substantif destiné à le suivre est sous-entendu : L'Arabe charge ses chameaux de butin. Monté sur l'un des plus légers, etc. (Buffon.) — 3° L'article est presque toujours nécessaire lorsque le mot «jui suit est un pronom :

L'un d'eux, en blasphémant, vient àt nous faire entendre

Qu'Abner est dans les fers

(lUc, Ath., act. IV, se. v, 8.)

— 4° Enfin, après et ou si on met par euphonie l'un de préférence : Si l'un de vos amis a besoin de vous, etc.— « Un est quel(iuefois emphatique : Un f^irgile, un Turenne, un f^oltaire. Je crois que les dictionnaires ne l'ont jamais remarqué dans cet emploi. C'est encore un mot à acceptions extrêmes :

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Othon, Othon dont les hauts faits soutiennent le grand nom. Daigne d'un Vinius se réduire à la fille.

(CoBN., Olhon, act. I, se. i, 7.)

Remarquons, à propos do ces vers, que celte de/ niére hyperbale, se réduire à la fille, ne serait plus admissible eu français. » (Gh. iSodier, Exavien crit. des Dict.)

Quebpiefois un se supprime élégamment : on dira très-bien, il se trouva grand nombre de sénateurs, de chevaliers, lorsqu'on délibéra sur celte affaire; mais cette suppression n'a lieu ([u'avec le mol nombre. Il ne faut pas dire, trois aunes et quart; fionsieur tel, madame telle; il faut absolument à\vc, trois aunes et un quart monsieur vn tel, madame une telle.

Unanime. Adj. des deux genres qui semettou-

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jours après son subst. : Un consentement unanime, une résolution ■unanime.

UNAN1MEME^T. Adv. On peut le meltre entre l'auxiliaire et le participe : Ils ont résolu, unanimement, ou ils ont unanimement résolu.

Uni, Ume. Adj. qui suit toujours son subst. : Un habit uni, du linge uni. — Une conduite ■unie, des manières nu les.

Umforme. Adj. des deux genres. Il ne se met guère qu'ajuès son subst. : Mouvement uniforme, croyance xiniforme, conduite uniforme, style uniforme.

Uniforsiémem. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Ils ont opiné uniformément ; ils ont écrit uniformément.

Ummëm. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Celte toile est travaillée uniment; Ua toujours vécu uniment.

Union. Subst. f. : L'union de deux choses; l'union d'une chose avec n7>e autre.

Uniqde. Adj. des deux genres. Cet adj., place avant son subst., signifie seul en nombre; pbicc après, il signifie seul en son genre : C'est mon unique espoir, mon unique ressource, vion unique consolation ; unique héritier, — C'est un tableau unique, c'est un honnme uniqxte.

Je verrai mon amant, mon plus unique bien.

(CoBN., Hor., act. I, se. iil, 7.)

Voltaire dit, au sujet de ce vers : Plus unique ne peut se dire ; unique n'admet ni de plus, ni de moins. {Reinarques sur Corneille.)

Corneille a dit dans le Menteur (act. Il, se. 1, 24) :

Je cherche à l' arrêter, parce qu'i7 m'est uniijue.

Voltaire a iit, au sujet de ce vers : On ne dit pas il vi'est unique, couiine il m'est cher, il m'est agréable, parce qw' unique n'est pas un adjectif, une qualité susceptible de régime. Unique est absolu. (^Remarques sur Corneille.) Voyez Aimable.

Uniquement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : // s'est appliqué uniquement à la poésie, o\x il s'est uniquement appliqué à la poésie.

II-MK. V. a. de la 2° conj. : Unir deux choses, unir une chose à tine autre.

Universel, Universelle. Adj. 11 ne se met guère qu'après son subst. : Un bien universel, un mal universel, le déluge universel. — Esprit universel, science universelle; remède universel. Voyez Général. — Universel est substanlif en termes de logique, et se dit de ce qu'il y a de commun dans les individus d'un même genre, d'une même espèce. En ce sens, son pluriel est Universuux. (Acad.)

Universellement. Adv. On peut le mettre entre 1 auxiliaire et le participe : Il est regretté universellement, OU ■ù est universellemeiit regretté. Voyez Général.

Univoqoe. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Terme univoque.

Urgent, Urgente. Adj. On le met quelquefois avant son subst. ; Un besoin urgent, un urgent besoin; une nécessité urgente, une urgente nécessité.

Us.iGE. Subst. mr Terme de grammaire. Tout est usage dans une langue; le matériel et la signification des mots, l'analogie et l'anomalie des terminaisons, la servitude ou la liberté desconstruc-

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tiens, le purisme ou le barbarisme des ensembles; de sorte qu'une langue n'est autre cbosc que la totalité des usages proi)res à une nation pour exprimer les pensées par la voix.

Il y a deux sortes d'usages, un bon et un mauvais. Le mauvais usage se compose des habitudes du plus grand nombre, qui, presque en toutes choses, ne sont pas les meilleures; et le bon usage, au contraire, consiste, non dans les habitudes de la multitude, mais dans les habitudes des gens les mieux élevés et les plus instruits, dans celles des écrivains généralement reconnus pour les meilleurs du temps.

Le bon usage peut être déclaré, ou douteux. Il est douteux, quand on ignore quelle doit être la pratique de ceux dont l'autorité, en ce cas, serait prépondérante. Il est déclaré, quand on connaît avec évidence la pratique de ceux dont l'auloritc, en ce cas, doit être prépondérante. — L'usage ayant et devant avoir une égale inlluence sur la manière de parler et sur celle d'écrire, précisément par les mêmes raisons, de là viennent plusieurs causes «iiii peuvent le rendre douteux. — Lorsque la prononciation d'un mol est douteuse, et ciu'ainsi on ne sait comment on doit le prononcer, il faut nécessairement que la façon dont on doit l'écrire le soit aussi. — La seconde cause du doute de l'usage, c'est la rareté de l'usage. Par exemple, il y a de certains mots dont on "use rarement, et à cause de cela on n'est pas bien éclairci de leur genre, on r.o sait s'ils sont masculins ou féminins; de sorte que, comme on ne sait pas bien de quelle façon on les lit; on ne sait pas bien non plus de quelle façon il faut les écrire. — Si le doute où l'on est sur l'usage procède de la prononciation qui est équivoque, il faut consulter l'orthographe des bons auteurs, (lui, par leur manière d'écrire, indiqueront celle dont on doit prononcer. Si ce moyen de consulter manque, à cause de la rareté des témoignages, ou même à cause de celle de l'usage, il faut recourir alors à l'analogie, pour décider les cas douteux par comparaison; car l'analogie n'est aulre chose que l'extension de l'usage à tous les cas semblables à ceux qu'il a décidés par le fait. On dit, par excini)le, je vous prends tous à partie, et non ù parties; donc, par l'analogie, il faut dire je vous prends tous ù témoin, et non ù témoins; parce que témoin, dans ce second exemple, est un nom abslractif, comme partie dans le premier; et la preuve qu'il est abslractif quelquefois, et équivalent à témoignage, c'est que l'on dit en témoin de quoi j'ai signé, etc., c'est-à-dire en témoignage de quoi, ou, comme on dit encore, en foi de quoi, etc.

La même analogie qui doit éclairer l'usage dans les cas douteux, doit le maintenir aussi contre les entreprises du néographisme. On écrit, par exetnple, temporel, temporiser, où la lelire p est nécessaire; c'est une raison pressante pour la conserver dans le mot temps, plutôt que d'écrire tems, du moins jusqu'à ce (pic l'usage soit devenu général sur ce dernier ariicle.

L'usage déclaré est général ou partagé; général, lorsque tous ceux dont l'autorité fait poids parlent ou écrivent unanimement de la même manière; partagé, lorsqu'il y a deux manières de parler ou d'écrire également autorisées par des personnes instruites, et par des auteurs distingués dans le temps.

A l'égard de l'usage général, il ne faut pas s'imaginer qu'il le soit au point que chacun de ceux qui parlent ou qui écrivent le mieu.x, parlent ou

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(écrivent en tout comme tous lesaulres. « Mais, dit le père Bu Hier, si qucliju'un s'écarte eu ilcs points iiaitiouliers, ou Je tous, ou presqvic tle tous les autres, alors il lioil être censé ne p.is bien parler en ce point-là même. Du reste, il n'est homme si versé dans une langue à qui cela n'arrive. » Mais on ne doit jamais se permettre volontairement soit de parler, soil d'écrire d'une manière contraire à l'usage déclaré; autrement on s'expose ou à la pitié qu'excite l'ignorance, ou au l)làme cl au ridicule que mérite le néologisme.

« Les témoins les plus sûrs de l'usage déclaré, dit encore le père Buflicr, sont les livres des auteurs qui i)assenl communcuient pour Lien écrire, et particulièiement ceux où l'on fait des recherches sur la langue, comme les remarques, les grammaires et les dictionnaires qui sont les plus répandus, surtout parmi les gens de lettres ; car, plus ils sont recherchés, plus c'est une marque ijuc le public adopte et approuve leur téraoignase. »

Lorsque l'usage est partagé, le père Buffier pense qne chacun doit s'en rapporter à son goût. Mais qu'est-ce que le goùl, sinon un jugement déterminé sur quelque raison prépondérante? Et où faut-il cliercher des raisons prépondérantes, (piand lauturité do l'usage se trouve également partagée? L'analogie est presque toujours un moyen sûr de décider la préférence en pareil cas; mais il faut cire sûr de la bien reconnaître, et ne pas se faire illusion. Il est sage, dans ce cas, de comparer les raisonnements contraires des grammairiens, pour en tirer la connaissance delà véritable analogie, et en faire son guide.

Par exemple, si l'un veut se déterminer pour je vais ou je vas, dont l'usage est partage, il faut comparer les raisons que l'on apporte pour ou contre l'une ou l'autre de ces expressions. Ménage donnait la préférence à je vais, p?r la raison que les verbes taire et faire font/e tais cl je fais. Mais il est évident que c'est ici une fausse analogie, et que, comme l'observe Thomas Corneille, faire et taire ne tirent point à conséquence pour le verbe aller, parce qu'ils ne sont pas de la même conjugaison, de la même classe analogique. — L'abbé Girard penche pour /e ras, par une autre raison analogique. « L'analogie générale de la conjugaison veut, dit-il, que la première personne des présents de tous les verbes soit sembrable a la troisième, quand la terminaison en est féminine; et semblable 6 la seconde tutoyante, quand la terminaison en est masculine. Je crie, il crie; j'adore, il adore; je sors, tu sors; je fois, tu vois, etc. » 11 est évident que ce raisonnement est mieux fondé que le précédent. Ici l'analogie est yraimeni commune à tous les verbes de notre langue ; et il est plus raisonnable, en cas de partage dans l'autorité , de se décider pour l'expression analogique, <iue pour celle qui est anomale; parce que l'analogie facilite le langage, et qu'on ne saurait mettre trop de facilité dans le commerce ([U'exigc la sociabilité. Voyez ^//er. 11 faut remarquer qu'on ne peut autoriser les raisonnements analogiques que dans deux circonstances : savoir, quand l'usage est douteux, et (juand il est partagé. Hors de là, c'est pécher contre le fondement de toutes les langues, que d'opposer à 1 usage général les raisonnements même les plus vraisemblables et les plus plausibles; parce qu'une langue est en effet la totalité des usages projjres a une nation pour exprimer la pensée par la parole, et non pas le résultat des

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conventions réfléchies et syméirisées des philo, sophes ou dos raisonneurs de la nation.

Mais cet usage dont l'autorité est si absolue sur les langues, contre lequel un ne permet pas même à la raison de réclamer, cl dont on vante l'excellence, surtout quand il est universel, n'a jamais en sa faveur qu'une universalité momentanée, sujette à des changements cunlinuels; il n'est plus tehpi'il était du temps de nos pères, qui avaient altéré celui de nos aïeux, comme nos enfants altéreront celui (pic nous leur avons transmis, jwur y en substituer un autre qui essuiera les mêmes révolutions. Quel est celui de tous ces usages, qui se succèdent sans fin comme les eaux d'un même fleuve, qui doit dominer sur le langage national?

La réponse à celle question est assez simple. On ne parle que pour être entendu, et pour l'être iirincipalemcnt de ceux avec qui l'on vit. Nous n'avons aucim besoin de nous expliquer avec notre postérité; c'est à eiio à étudier noire langage, si elle vont pénétrer dans nos pensées pour eu tirer des luudères, comme n(»us étudions le langage des anciens, pour tourner au profil de notre expérience leurs découvertes et leurs pensées, cachées pour nous sous le voile de l'ancien langage. C'est donc l'usage du temps où nous vivons (pii doit nous servir de règle, et c'est pour cela ([ue l'on doit faire entrer dans la notion du bon usage l'autorité des auteurs estimés du temps.

Au surplus, entre tous ces usages successifs, il peut s'en trouver un qui devienne la règle universelle pour tous les temps, du moins à bien (les égards. « Quand une langue, dit Vaugelas [Prcfucc de ses remarques , art. X, § 2), a nombre et cadence en ses périodes, comme la française l'a maintenant, elle est en sa perfection; et, étant venue à ce point, on en peut donner des régies certaines qui dureront toujours. Les règles que Cicéron a observées, et toutes les dictions et toutes les phrases dont il s'est servi, étaient aussi bonnes cl aussi estimées du temps de Scnéque, que quatre-vingts ou cent ans aupaiavant , quoique du temps de Sénèque on ne parlât plus comme au siècle de Cicéron, el que la langue fût extrêmement déchue. »

On peut ajouter à cette observation, qu'il subsiste toujours deux sources inépuisables de changement par rapport aux langues, qui ne changent en effet que la superficie du bon usage une fois constaté, sans en altérer les principes fondamentaux et analogiques : ce sont la cupidité et la curiosité. La curiosité fait naître ou combine .sans fin de nouvelles idées, qui tiennent nécessairement à de nouveaux mois; la cupidité combine, en mille manières différentes, les passions et les idées des objets qui les irritent; ce qui donne perpétuellement lieu à de nouvelles combinai sons de mots, à de nouvelles phrases. jNIais h création de ces mots cl de ces pluases est en core assujettie aux lois de l'analogie, qui n'est comme nous l'avons dit plus haut, qu'une exten sion de l'usage à tous les cas semblables à ceux qu'il a déjà décidés. ■\''oycz Néologie.

Si un mol nouveau ou une phrase insolite stprésentent sans l'attache de l'analogie, sans avoir, pour ainsi dire, le sceau de l'usage acluel, on les rejette avec dédain. Si, nonobstant ce défaut d'analogie, il arrive, par quelque lias;ird, qu'une phrase nouvelle ou un mol nouveau fassent une fortune suffisante pour être enfin reconnus dans la langue, on peut assurer, ou (lu'insensiblemenl

VAl

ib prendront une forme analoL'ique, ou que leur forme aruicllc les mènera petit a petit à un sens tout autre que celui de leur institution primitive, et plus analogue à leur forme; ou qu'ils n'auront, fait qu'une fortune momentanoe, pour rentrer bientôt dans le néant. [Encyclopédie.)

User. V. n. de lai" conj. : User de quelque chose. En vser, on en use ainsi dans ce pays.

l'siTÉ, Usitée. Adj. (jui se met toujours après son subst. : Cda est usité, terme usité, façon de parle?' u-iitée.

Ustensile. Le genre de ce mol a varié; aujourd'liui on ne le fait que masculin. Voyez Meuble.

Usuel, Usuelle. Adj. qui suit toujours son subsl. : Tenue usuel., plantes usuelles.

VAl

UsDR.tir.E. Adj. qui suit toujours son subst. : Contrat iisuniirc, intérêt ii.<tiirairc.

UsDRPATEUR. Subsl. lu. Eii pariant d'une femme, on dit usurpatrice.

Utile. Adj. des deux genres. On peut le mettre avant son subst., en consultant l'oieille cl l'analogie : Un ouvrage utile, cet ulile ouvrage ; cette remarque ulile, celte ulile remarque.

Utilement. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaiie cl le participe : Il a employé ulilemeut son temps, ou il a utilement employé son temps.

Utiliser. V. a. delà l"' conj. Rendre utile ce qui ne l'était pas auparavant. Mot nouveau qui commence à prendre faveur. — En 1835, l'Académie l'admet.

V. Subst. C'est la vingt-deuxième lettre de l'alpliabet, et la dix-septième des consonnes. On prononce ve.

Le son propre de v est comme dans valeur, vélin, ville, volonté, vulgaire. 11 ne varie jamais.

f^. Expression abrégée du mot Voyez. — V, en musique, indique les parties de violons. — Dans le commerce, F° signifie verso. — A^est la marque des moniiaies frappées à Troyes.

Vac.\nt, VACA^TE. Adj. verbal tiré du v. vaquer. 11 se met toujours après son subst. : Emploi vacant, maison vacante, lit vacant.

Vacillant, ^'AC1LLANTE. Adj. verbal tiré du v. vaciller. On prononce les deux l sans les mouiller. 11 ne se met qu'après son subst. : Démarche vacillante, pied vacillant ; — esprit vacillant.

Vacillation. Subst. f. On prononce les deux l snns les mouiller.

Vaciller. V. a. de la 1" conj. On prononce les deux l sans les mouiller.

Vagabond, Vagabonde. Adj. 11 ne se met guère qu'après son subst. : Un homme vagabond, une femvie vagabonde ; — une imagination vagabonde, une course varjabojide.

Vagce. Adj. des deux genres. Vu est muet. Il n'est mis là que poitr donner au g un son fort, qu'il n'a pas devant Ve. On peut quebiuefois le mettre avant son subst., en consultant l'oreille et l'analogie ; Lieux vagues, espace vague ; — terres vagues; — esprit vague, pensée vague, ces vagues pensées ; discours vagues, ces vagues discours; promesses vagues, ces vagues promesses. Voyez Adjectif.

Vague, Subst. f. Voyez pour la prononciation l'article précédent.

Vaguement. Adv. Voyez pour la prononciation au mol Vague. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : lien a parlé vaguement, ou il en a vaguement parlé. Il ne SC dit ([u'au (iguré.

Vaguer. V. n. de la 1^^ conj. Voyez pour la prononciation au mol Vague.

Vaillamment. Adv. On mouille les l, et on ne prononce qu'un in.Ow peui quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le iiarticipe : Il a combattu vaillamment, o\\ il a vaillamment combattu.

\ aillant, Vaillante. Adj. Il se met quelquefois avant son subst. : Un peuple vaillant, un vaillant capitaine.

Vain, \ aine. Adi. 11 se met souvent avant

son subst. ; Vains efforts, espérance vaine, vaine espérance, vaine gloire, vains projets.

Jusle ciel! c'est ainsi qu'assurant la vengeance. Tu romps tous les re.-sorts de ma vaine prudence. (Rac, Iphig., ad. I, se. v, 1.)

Vain, (en) Expression adverbiale. On la met ou au commencement de la phrase, e7i vain travaillr-t-il a s'avancer; ou après le verbe, il travaille en vain à s'avancer ; ou entre 1 auxiliaire et le participe, il a en vain travaillé à...

Vaincre. V. a. et irrégulicr de la 4* conj. Voici comment il se conjugue :

Indicatif. —i'cescw^. Je vaincs, lu vaincs, il vainc; nous vaimiuons, vous vainquez, ils vainquent. — Imparfait, ie vainquais, tu vainquais, il vainquait; nous vainquions, vous vainquiez, ils vainquaient. — Passé simple. Je vainquis, lu vainquis, il vainquit; nous vainquîmes, vous vainquîtes, ils vainquirent. — Futur. Je vain- <:rai, lu vaincras, il vaincra; nous vaincrons, vous vaincrez, ils vaincront.

Conditionnel. — Présent. Je vaincrais, tu vaincrais, il vaincrait; nous vaincrions, vous vaincriez, ils vaincraient.

Impératif. — Présent. Vaincs, qu'il vainque; vainquons, vainquez, qu'ils vaimiuenl.

Subjonctif. — Présent. Que je vainque, que tu vainques, qu'il vaimiuc; que nous vainquions, que vous vainipiicz, (ju'ils vaincpient. — iz/^par- /fuV. Que je vainquisse, qm; tu vainquisses, qu'il vainquit ; que nous vainquissions, quevous vainquissiez, qu'ils vainquissent.

Participe. — Présent. Vainquant. — Passé Vaincu, vaincue.

Les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.

Le présent cl l'imparfait de l'indicatif ne sont guère usités, et le présenldu sul)jonctif s'emploie rarement au singulier.

Thomas Corneille a dit dans Ariane (act. IV, se. IV, 2) :

De l'amour aisément on ne vainc pas les charmes.

Le mol vainc, dit Voltaire au sujet de ce vers, ne doit jamais entrer dans les vers, ni même dans la prose. On doit éviter tous les mots dont le son est désagréable , et qui ne sont qu'un reste de l'ancienne barbarie.

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