‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 442 sur 453 · TRU · texte numérisé non relu

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cas, il faut iVwn, une flittc de vingt misseavs. La raison de cet usage est sensible. Les voiles représentent non-seulement les vaisseaux, mais elles les représentent encore eu mouvement; car elles sonllinslrument qui les lait mouvoir. Toutes les fois donc que l'on dit, vingt voiles sortirent du port, et prirent la route, etc., ce trope fait une image qui se lie avec l'action de la chose; mais lorsqu'il s'agit d'un comt)at, les voiles ne sont plus l'instrument, et l'image devient confuse, parce qu''>lle n'a pas assez de rajjport avec l'action. — On peut dire cependant à son choix, 710US avions une flotte de vingt voiles, ou de vingt vaisseaux; on donnera même la préférence au trope, parce qu'on le peut toutes les fois que l'image ne contrarie point la liaison des idées. — Lorsque voile est pris dans sa signification primitive, il ne désigne qu'une partie du vaisseau; mais lorsqu'on le substitue au \no[ vaisseau, il s'approprie une nouvelle idée, et il y ajoute pour accessoire l'image des vents qui soufflent dans les voiles déployées. C'est ainsi qu'un mot, en passant du propre au figuré, change de signification. La première idée n'est plus (pie l'accessoire, et la nouvelle devient principale.

On dit d'un peintre : C'est nn graîid pinceau; et d'un écrivain : C'est une belle plume. Mais on ne dit pas la vie de ce grand pinceau , de cette belle plume. La raison en est sensible; c'est que les idées de plume et de pinceau n'ont pas de rapport avec les actions d'un peintre et d'un écrivain; elles n'en ont qu'avec leurs ouvrages. Ces exemples font déjà connaître comment on doit employer les tropes.

Vous juriex autrefois qne ce fleuve rebelle Se ferait vers su source une rente nouTelle, Pliilùt qu'on ne verrait voire cœur dégage. Vnvcz couler ces eaux dans celle vaste plaine; C'est le même pencliant qui toujours les entraîne : Leur cours ne change point, et vous avei changé.

Ces vers sont beaux, mais on y ajoutera une image, si on substitue cette onde à ce fleuve, et ces flots à ces eaux. On dira donc avec Quinault, [Isis, act. I, se. m, 14) ;

Vous jiiriei autrefois que celte onde rebelle Se ferait vers sa source une roule nouvelle. Plutôt qu'on ne verrait votre cœur dégagé. Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine; C'est le même penchant qui toujours les entraîne : Leur cours ne change point, et vous avez changé.

Ces tropes établis s'accordent parfaitement avec le tableau que le poëtc met sous nos yeux; et, en les retranchant, on fait comme un peintre qui, voulant représenter \q cours d'une rivière, éviterait de peindre les ondes et les flots.

r>es tropes qui font image ont souvent l'avantage de la précision : La haine publique se cache d'ordi7iairc sous l'adulation. Il faudrait un long discours pour rendre celte pensée sans figures. Il en est de même de ce vers où Despréaux peint un joueur qui

Voit sa vie ou sa mort sortir de sc.i cornet.

[Sat. IV, 76.)

(^uand même l'expression figurée serait plu allongée, elle doit être i)référée si l'image est liclie : Que ? nus dites bien sur la mort Je M. de La Rochefoucauld, et de tous las autres, nn serre les (fies, et il n'y paraît plus. {Madame deS'vigné.) — U eût élé plus court de dire on so console; mais le trope embellit une pensée commune.

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Il y a des mois qui sont de vrais iropes, et qui ne paraissent plus l'être. Tel est inspirer, qui signifie proprement souffler dedans. Mais, comme il a perdu celle signification, il ne présente plus aucune image. 11 faut donc, si l'on veut peindre, substituer une autre figure. C'est ce qu'a fait Despréaux {Luirin, II, J21) :

0 nait, que m'as-lu ditî quel démon sur la terre Souffle dans tous les cœurs la fatigue et la guerre?

Ce poëte pouvait dire inspire à tous les cœurs; c'etit été encore une image ; mais elle eût été à peine aperçue.

On est si fort accoutumé de dire que tout a plusieurs f;ices, qu'on ne remarque pas que cette expression est figurée. Madame de Sévigné dit : Tout est à facettes, et donne par là plus de corps à celte pensée.

Lorsque le duc d'Anjou, Tliilippe V, monta sur le trône, Louis XIV pouvait dire : L Espagne et la France ne seront plus divisées; mais celte expression eût à peine paru figurée. Il pouvait dire encore : -U n'y a plus de barrière entre la France et l'Espagne, el la figure eût été plus sensible. Il fît mieux, et il dit : Il n'y a plus de Pyrénées; raot d'autant plus heureux, qu'il ne convient qu'aux deux royaumes. On voit, par cet exemple, comment les iropcs doivent être accommodés au sujet.

Dans le choix des Iropes, il faut avoir égard aux sentiments que nous éprouvons. Je cours, dit "Télémaque à Calypso, avec les mêmes dangers qu'Ulysse, pour apprendre oit il est. Mais, que dis-j'e? peut-être qu'il est viainienant enseveli dans les profonds abîmes de lamcr. [ïÀv. 1, 1. 1, p. 6S.) — Si Télémaquc parlait de quelqu'un à qui il prît peu d'intérêt, il dirait simplement: Peut-être qu'il a péri dans un naufrage ; car rien alors ne serait si déplacé que cette figure : Il est enseveli dans les profonds abîmes de la mer. Mais il parle d'un père qu'il aime : son intérêt est vif, sa frayeur est grande ; il voit ce qu'il craint, il point ce qu'il voit, et tout, dans son langage, esl lié aux sentiments d'amour et de crainte qui l'agitent. Ce no sont pas les sentiments de Calypso. Aussi emploie-l-elle d'autres images lorsqu'elle veut faire croire a Télémaque qu'Ulysse a péri : // voulut vie quitter, dit-elle; il partit, el je fus vengée par la tempête. Son vaisseau, après avoir été longtemps le jouet des vents, fut enseveli dans les ondes. (Liv. I, 1. 1, p. 75.) — Si Ulysse n'avait pas échappé au naufrage, elle pourrait s'arrêter sur l'image d'enseveli, et la colère lui ferait tenir le même langage que l'amour et la crainte font tenir à Télémaque. Elle jouirait de sa vengeance en se représentant Ulysse enseveli dans les profonds abîmes de la mer. Mais elle sait qu'il vil encore, el elle ne fait entendre le conlrairc que dans l'espérance de retenir Télémaque. Cependant la tempête et le vaisseau qui a péri, après avoir été le jouet des vents, sont des images chères à sa colore, parce qu'elles lui retracent les dangers cju' Ulysse a courus. Aussi elle s'y arrête avec complaisance, et elle se peint jusqu'arx ondes. Pour sentir encore mieux cette différence, mêlions dans la bouche de Télémaque les parules de Calypso : Je cours avec les mêmes dangers qu'Ulysse, pour apprendre où il est. Mais, que dis-jef peut-être qu'après avoir été longtemps le jouet des vents, il est enseveli dans les ondes. On senl qw'après avoir été le jouet des vents, esl une image qui ne

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doit pas s'offrir à Télémaque; son amour et sa crainte ne le perm~otlenl pas ; il ne peut voir que le naufrage. 11 serait aussi déplacé do faire tenir à Calypso lé langage de Télémaque : // voulait me quitter, il partit, et je fus vengée par la tempête; si,n vaisseau fut enseveli dans les profonds abîmes de la mer. Il n'est pas nnturel que l'œil de Calypso suive jtis«iue dans ces abîmes un vaisseau où elle sait qu'Ulysse n'était plus; les dangers que ce Grec a courus sont les seules images qu'elle peut se retracer avec plaisir.

Arrêtons-nous un instant sur deux Iropes qui sont plus connus qtm les autres. L'un est la métaphore. Ce trope esl l'expression abiégée d'une comparaison. Quand on dil, par exemple : Donner un frein à ses passions, c'est en quelque sorte arrêter ses i)assions comme on arrête un cheval avec un frein. On voit que l;i comparaison esl dans l'esprit, el que le langage n'en donne que le résultat. Ce que nous avonsdit des comparaisons doit s'appliquer aux métaphores. 11 faut souioment remarquer, qu'a consulter l'étymologie, tous les Iropes sont dos nnHaphorcs; car méiuphorc signifie proprement un mot transporté d'une signification à ime autre.

L'autre Irope est Vhyperbole. Ce mot signifie excès. Celte figure est chère à tous ceux qui, no voyant pas avec précision, n'imaginent pas qu'on puisse jamais dire trop. L'usage en a introduit (}ueli]ues-unes r Plus vite que le vent, répandre des ruisseaux de larmes. On peut les em])loycr, j)arce que l'esprit s'étanl fait une haijilude d'en retrancher l'excès, elles rentrent dans l'ordre des figures qui se conforment à la liaison des idées. L'hyperbole esl propre à peindre le désordre d'un esprit à qui une grande passion exagère tout. Voilà les seuls cas où l'on doit se permettre celle figure. Voyez Hyperbole, Symbole.

Après avoir montré avec quel discernement on doit se servir des Iropes, nous allons examiner quelles sont les fautes où l'on peut tomber en les employant.

Premièrement, on ne doit pas rapprocher des figures dont les accessoires se conlrarienl : Ce prince abusa moins du despotisme que ses prédécesseurs ; il diminua les chaînes de ses sujets, et rendit le pug plus léger. — Le joug el les chaînes se conlrarienl. On ne met pas un joug à ceux qu'on enchaîne; on n'enchaîne pas ceux à q\ii on met un joug. I.es chaînes ôlenl la liberté d'agir, le joug règle l'action. Madame de Sévigné rapproche des figures qui ne peuvent s'associer, lors(ju'ellc donne un moule à l'esprit el au cœur, qu'elle en fait des métaux et de la vieille roche : Il n'y a point d'esprit ni de cœur sur ce moule, ce so7it de ces sortes de métaux qui 07it été altéréspar lu corruption du temps; enfin, il n'y a plus de cette vieille roche.

En second lieu, il faut éviter les iropes lorsque les acccs-soires qui les accompagnent n'ont pas do rapport avec la chose dont nous parlons. En pareil cas, Ils sont extrêmement froids : Le père Bourdaloue a prêché ce matin au delà de tous les plus beaux sermons qu'il ait jamais faits. (Sévigné. 6 ?ii,arsl6ûli.)

En deçà el au delà n'ont aucune analogie avec la perfection des choses. On serait plus fondé à regarder comme mal en soi tout ce qui est en deçà et au delà du bien. — Que vous dirai-je de l'intérêt que je prends à vous, à vingt lieu es à la ronde? (Sévigné.) Ce tour est encore bien froid.— Les métaphores so7it des voiles transparents qui laissent voir ce qu'ils couvrent, ou des habits de

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7nasque, sous lesquels on reconnaît la personne qui est masquie (Boiil)Oiirs.) — Les bonnes méia[)liores ne voilent ni no masquent ; elles préseiiienl au cunlraire les choses par les côtés qui les caraclcrisenl, et elles les mettent dans li'ur vr.ii jour. Desprcaux a dit la hauteur de l'art des icrs {A. P , I, 2 , exprossion que la rime lui a dictée et qu'il n'a pu faire passer. Bouhours dit «l'.i'clle no peut être blâmée que par de méchants '•ritiiiucs ; mais ceriainement les bons écrivains ne la répéteront i)as.

En iroisiéiiie lieu, les figures sont encore bien froides (juaud les rapports sont vagues : J'ai accoutume de lui dire que son style n'est qu'or et azur, et que ses paroles sont toutes d'ov et de soie ; mais je puis dire encore avec plus de vérité que ce ne sont que perles et que pierreries. iVaugelas.) Celte symétrie de figures froides qui vont deux à deux est glaçante.

El) quatrième lieu, on doit prendre garde de ne pas joindre à des figures reçues, des accessoires tout à fait étrangers : Alexandre fut heureux toute sa vie, parce qu'elle devait être de courte durée. Si su carrière eût été de plus longue étendue, il eût trouvé au bout les épines des roses dont la fortune l'avait couronné. [ Saint-Evremont. ) — Alexandre couronné de ruscs par la fortune est une image contraire à toutes les idées reçues ; mais Saint-Evremonl avait besoin d épines, et les lauriers n'en ont pas.

Et, le fer à la maiu, briguer le priTÏlége De mourir en héros.

(J.-B. RODSS., liv. IV, Ode iv, 27.)

Briguer a des accessoires qui ne conviennent pas à la pensée de Rousseau, car on ne brigue pas avec le fer, mais avec des soins, des promesses, des dons, etc.

Il y a bien des manières de se tromper sur le chiix des expressions figurées. Cependant il ne faudrait pas être scrupuleux jusqu'à les condamner, uniquement parce qu'on aurait quelque répugnance a les employer. Il faut voir si cette répugnance est l'ondée. Quelques exemples vont expliquer celte pensée. — F'omir des injures est une métaphore qui, dans sa nouveauté, déplut aux femmes, parce que, dit Vaugelas, l'idée en est désagréable. C'est une fausse tiélicatesse. Il y aurait bien peu de jugement à vouloir, en pareil cas, emiiloyer de plus belles couleurs. Celte figure est bonne par la raison même qui l'a fait Condamner; aussi l'usage l'a-l-il adoptée. — Nicole a dit : L'orgueil est une enflure du cœur. L'expression est juste, parce tiua le cœur est regardé comme le siège de l'orgueil, et qu'une enflure n'a que l'apparence de l'embonpoint. Madame de Sévignc fut d'abord choquée de celte méiaphore. [Lettre du 19 août 1671.) A la vérité, elle s'y accoutuma dans la suite, et clic la l; • uva bonne. {Lettre du 2Zsept. 1071.) Je conjtv;ture qiie son dégoût venait du r>q)p(,rl qu'a Vejiûure du cœur avec avoir le cœur gros, expressiin populaire qui signifie être prêt à répandre des larmes. Il ne faut pas être arrête par de jiareils scTupules. Racine a dit, et fort bien {Phèdre., act. 111, se. m, ly) :

Le cœur gros de soupirs qo'il n'a. point écon.**.

Les rhéteurs averiissenl continuellement de ne pas tirer les figures de tro|) loin; mais ils ne savent guère ce qu'ils veulent dire par là. Il est < ertain que, tout étant d'ailleurs éeal, elles ne sont

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jamais plus belles que lorsqu'elles lapprochent des idées plus éloignées; tout consi.ste dans la manière de les employer.

Il y a des per.sonnes qui trouvent de la hardiesse à se servn- d'un nouveau tour; elles blâment tout ce qui n'a pas été dit. Fontenelle a été crilii|ué pour avoir osé dire Ces vérités se raiiiifient presquW Viitfini. Donner des scènes au public a paru recherché au |)ôre Bouhours; et il n'a pas tenu aux grammairiens que notre langue ait été privée de quantité d'expressions qui font une pariie de sa richesse. Il faut consulter uniquement le principe de la liaison des idées; et, sans s'occuper de ce qui a élé dit ou de ce qui ne l'a |)as élé, songer uniquement à ce qui peut se dire. (Extrait des Tropes de Dumarsais et de ['Art d'écrire de CondiUac, ch. ^I.) Voyez Clarté, Figure.

Trot. Subst. m. Le t final ne se prononce pas.

Trouble. Adj. des deux genres qui suit toujours son subst. : f^in trouliïe, eau trouble, vue trouble.

Tbouble-fête. Subst. m. Il ne prend point de s au pluriel, parce que l'idée du nombre tombe sur le mot personne qui est sous-enieadu, et non sur trouble qui est un verbe, ni sur fête qui ne participe point au nombre. Des trouole-fète. Cependant Voltaire a dit {Enfant prodigue, act. I, se. V, 33 ) :

Je Tfiux un peu voir nos deux trouble-fétes.

Mais il avait besoin du s pour la rime.

Troubler. V. a. de la 1"^^ conj. L'Académie dit qu'un homme a été troublé dans la possession de cette terre, mais elle n'indique pas s'il faut dire être troublé par quelque chose, et être troublé de quelque chose. Féraud ne veut que pir lorsqu'il est question des choses. La Bussie était troublée par des divisions. — On dit troublé par. lorsque la chose dont il est question cause réellement et activement le trouble. Ce pays a été longtemps troublé par des guerres civiles. On dit troublé de lorsipie le trouble résulte de l'impression que fait la chose. C'est un sens i)assif.

Nous vous Terrions troublé de celle affreuse image. (Rac, Jphig., act. I, se. m, 49.,

Trousser. V. a. de lai" conj. On dit familièrement, dit l'Académie, qu'une maladie violente a troussé w« homme en deux jours, ^'oltai^e a employé celle expression sans rapport à une maladie {Épîlre LXXV, 41) :

Dieu se joue à scn gré de la race mortelle; Il fait vivre cent ans le normand Fontenelle, Et trousse à trente-neuf mon dévot de Pascal.

* Trodyable. Adj. des deux genres qui ne se met qu'après son subst. : Trouver une forme de gouvernement qui mette la loi au-dessus de l'homme ; si cette forme est trou vable, cherchonsla, et tâchons de l'établir. (J.-J. Rousseau.)

Trouver. V. a. de la i^^ conj. : Trouver bon. trouver mauvais. Lorsque ces expressions peuvent se résoudre par trouver Vieil, trouver mal, bon et mauvais sont pris adverbialement, et répondent au benè probare, malè probare, des Latins : .J'ai trouvé bon l<i réprimande que vous avez faite à ma fille; j'ai trouvé bon ou mauvais la liberté que vous avez prise. En effet, trouver bon ou mauvais qu'une chose ait été

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