TRA
Italiens traposay les Anglois trop , les Allemands trappan.
Attraper , prendre a la trape , est une figure très-naturellement tirée de cette racine.
Trapelle , en italien ^ trapola , signifie une souricière, parce que cet instrument est fermé avec une petite tt^ape. €( Les stoïciens , dit Monte taigne , croyent que Tame d'un homme accablé « sous une ruine traîne et ahanne long-temps à (c sortir^ ne se pouvant démêler de la charge , « comme une souris prise à la trapelle. »
Trapu se dit d'un homme court, et en quelque sorte comprimé , comme si une forte percussion Tavoit mis dans l'impossibilité d'acquérir ses proportions naturelles.
Trapusse s'est dit pour amorce , ou pour tromperie , comme en ce passage de la satyre Menippée : « Si est-ce que le jeu ne s'en fist sans son « entremise, pour en avoir l'approbation du roi « d'Espagne , et l'approbation du Pape , touchant ce le mariage qui^ervît de leurre et de trapu.9se aux « huguenots. »
TRAQUER. Surprendre le gibier en le cernanty extension figurée du nom de la trape ou du tracj c'est-k-dire du bruit naturel de l'instrument qu'on emploie ordinairement au même usage.
Thàg a été le nom de cet instroment , eomme il avoit été celui de son bruit.
TuACB a dû désigner les vestiges du passage de l'animal attendu ou poursuivi au trac.
Détraques, à signifié manquer le ttac, et il est en effet négatif de traquer» Gomme il s'est étendâ depuis k des acceptions très-^étrangères , et qui se ràp|>ortent k l'idée de brisement ^ bous nous croyons obligé k citer au moins des. usurpations du même genre dans la langue de la chassa : aller sur des brisées j et rompre des voies.
Traquenard est le nom d'un genre de trac.
C'est évidemment une contraction du trac de n> nard. Il a été pris dans quelques sens figurés qui s'expliquent d'eux-mêmes.
TraqueT) nom d'une petite soupape qui soulève et ferme l'ouverture de la trémie , pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.
Traquet, est aussi le nom d'un petit oiseau , autrement appelé tarier, et qui a du son nom imîtatif au cri habituel et au clappement infatigable de sa voix , s'il ne lui est venu du mouvement de ses ailes toujours agitées comme le claquet d'un moulin.
TRICTRAC. Jeu doiit le nom vient du bruit que font les dames et les dés dont on se sert en
jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime admirablement dans ces vers :
JTentends ce jeu bruyant où , le cornet en main, L*adroit joueur calcule un hasard incertain.
Chacun sur le damier fixe '* d'un oeil avide Les Cftsesy les couleurs, et le plein et le vide.
* Le mot fixer n'est point firançois dans le sens de regarder fixement, d'attacher un regard ^xe sur une personne ou sur une chose ; mais c'est une de ces expressions que l'usage devroit avoir consacrées. Ce verbe offre une des figures les plus énergiques , une des hyperboles les plus éloquentes de la langue ; c'est non^seulement saisir l'objet sur lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrêter^ le rendre immobile, nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards, habere in oculis, disoient tout aussi hardiment les Latins.
Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont fréquemment employé. M. de Châteaubriant^ tout en le condamnant dans un autre, l'avoit laissé échapper deux fois dpns la première édition du Génie du ChrtS" tianisme; et les terems qu'il y a substitués depuis, sont bien loin de racheter le sacrifice que cet écrivain a cru devoir en faire à la correction. Il lui appartenoit , il appartient à quelques hommes qui doivent à leurs talents le privilège de donner aux mots le droit de cité, d'accueillir celuî-ci dont rien ne nous offire l'équivalent : je te recommande eux lexicographes.
n n'est guère possible , au reste , de parler de la formation des mots dans les langues premières, sans être obligé de s'arrj^ter un moment à ce qu'on appelle la néologie ou crcatioii des mots nouveaux. Cette néologie est une de»
Les disques noirs et blancs volent da blanc an noir ; Leur pile croit, décroit, ftr la oainte et Tespoir»
choses dont on a parlé le plus diversement , et dont on peut effectiveiment porter les jugements les plus opposés. Elle est à la fols le génie protecteur et le fléau des langues ; elle les enrichit et les dénature. Par elle, tout se dégrade, tout se confond; et, sans elle, l'imagination asservie se traîne impatiemment dans ses lisières.
Il est certain que tous les mots ayant été formés ponr exprimer la pensée prise sous certain aspect, ou l'être pris dans certaine qualité , et que rien n'étant plus mobile que les aspects de la pensée et plus varié que les qualités de l'être , il n'y a pas un seul homme qui n'ait souvent be* soin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser ime expression qui la peigne. Otez cette ressource k l'écrit, et vous détruisez tout ce qui reste de poésie dans vos langués. Vous condamnez Racine à parier le patois de Jodelle, et , à quelqu'époque même que la langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves à la pensée, car les idées se succèdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rap* ports. Si j'ai vu ce qui n'a point été aperçu jusqu'à moi, SI j'ai découvert entre des choses counues un rapport frappant et cependant nouveau, ce qui est le propre d'une organisation poétique , le tour et le mot dont j'ai besoin n'ont pas pu être prévus. Il faut donc que j'imite l'homme primitif dans ses essais, et que je crée un signe pour ma perception; ou bien, si vous me forcez à n'employer que des signes déjà convenus, il faut que je délaie une idée forte et ingénieuse dans une périphrase languissante.
D'un autre côté, la néologie sera d'un grand secours à ces écrivains sans talents , qui , incapables de saisir des efifets nouveaux , parviennent cependant à faire croire au vulgaire qu'ils y ont réussi, en revêtant d'un tour au-
Battu, classé, itpris , de sft prison» tonore Le dez avec fracas part, rentre, part encore. Il court, ronle , s*abat.
Dumarsais croit que ee jera s'ei^t appelé autrefois tictac y et il est encore désigné de cette mamère par les Alleniands et les An^ lois.
dacîeux et d*une expression inusitée des idées communes et souvent triviales et populaîh^s. De là c«s locutions bai"bares^ ces mots bizarrement composés, ces néologismes intoiérables qui frappent l'esprit sans rinstroire , et que fa manie des nouveautés perpétue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.
Il y a donc beaùôotrp de choses à observer datfs l^admisiioA des mots nouveaux : qu'ils soient indîspens^bleft^ 'que leur construction ne soit point étrangère à l'esprit der)a langue; qu'elte rappelle distinctement leur racine ;,*qup des écrivains estimés en aient fait usage.
Au resté , je f egarderois un T)ictionnaire des mots à admettre dans la langue comme une eptreprise peu philosophique et mal mesurée.. Les mot^, interprètes de la pensée , doivent s'élancer avec elle , et c'est dans la chaleur d'une coïiception rapide qu*ùn néologisme heureux se fait pardonner. L'invention ne procède ppint par ordre alphabétique ; mais ce seroit peut-être un livre asse^ curieax que celui q^ii réuniroit les expressipns vives, caràc* téristiques et originales qui sont propres â un seul écrivain, qui n'ont point été mises en œuvre depuis lui , ou qui l'ont été rarement ^ et qui ne se sont point conservées dans les vo^eabolaires. On en cireroit beaucoup de. ce genre des écrits de Cicéron, de Sénèque , de Rabelais, de Montaigne, de tascal , de Molière , de La Fontaine , de Diderot , de Beaumarchais, de Sterne, de Mikon , de Scliillér, du Dante, d'Alfieri, etc.
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TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se £iit avec i^n bruit dont le mol'trinçuer ' est formé par onomatopée.
Les Allemands s* en sont servi , en lui donnant quelque extension , pour représenter* l'action de boire elle-même : iU disent trincken ^ les Flamands drinckerij les Italiens trincare, les Anglois drink. "Lè^topplcj le toppe, le quoff'de'ces derr niers n*est pa^ moins imitatif.
TROMPE , TROMPETTE. Dans la basse latinité trumpa , en italien tromha et tronibettd, en anglais trumpetj en allemand trompeté.
Il étoit inutile de ehercber Tétymologie du mot trompette dans ces différentes langues , comme l'a fait Ménage, ou il falloit remonter du moins jusqu'au bruit naturcj«qui l'a jproduit^ ainsi que ses analogues, «i
fc TrifmpCy dît le père Labbe , tromper^ trom-^ iipette, <ro7il;?etteJff^ viennent du son qui se&it « ordinairement dans le cor de cbasse y trom^ c< trom^ trorriy et non pas de tuha^ ni du taratan" <c tara du bon Ennius, qu'il avoit formé sur le son « clair et gaillard des clairons et de la douciùe. »
Trombe , suivant les anciens physiciens, désign<û|^ une espèce de siphon élémentaire , qui marcboit avec une impétuosité terrible^ et Un bruit semblable à celui du tx>nnerre , ^dopt ce mot est l'onomatopée.