‹ Dictionnaire raisonné des onomatopées françoisesChapitre 123 sur 169 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

ce C'est de ce mot (jne les Latins firent égalemen t « celui defides y qui désigna les instruments a corff des , et quij^rma Je dmùniiûtfidicula y petit în- « strument a ipordes; tandis qu en le prononçant en « t; ^ ils en firent 1^ Kitula, la déesse ^e la joie ; « ^ en l,atîn barbare, cet instrument dont nous «c avons altéré le nom en celui de vielle^

« Ils en firent encore

« i^ittt/an^ se réjouir, folâtrer,

« Viteltianœ , tablettes sur lesquelles on ëcri^ ft voit des choses gaies. »

Cette dernière esteosion me parôît avoir été bien plus probablement fournie a la langue latine par quelque nom propre , et tout le reste , je le répété , pourroit être un peu hasardé.

VITE, VITESSE. Le mot vite est peut-être Timitation du s'ouffle , accéléré par la promptitu^ delà marche.

Les Latins n en ajuroient-ils pas (aAifestinare, se hâter 7 En anglo-saxon , hwato signifie alerte ^ prompt, et hwetan^ exciter, animer; en anglois, wte^e dit swijii

WHIP-POUR-WILL. Oiseau de la femille des engoulevents , qui est propre à la Virginie. « Je « conserve, dit Bufïbn, le nom que les Virginiens Si. ont donné à cette espèce , paroe qu'ils le lui ont « donné d'après son cri , et que par cela seul il « doit être adopté dans toutes les langues. »

Pour nous , ce nom n'est qu'une de ces onomatopées factices que nous avons eu si souvent l'occasion de remarquer. Chez les Anglois , par une singulière rencontre , le même concours de sons produit un sens complet. JVhip poor JVill ^ signifie fouette ou frappe le pauure Guillaume. Il n'est pas possible de voir dans cette coïncidence autre chose qu'un simple effet du hasard , et cela ne vaudroît guère la peine d'être dit , si ce rapprochement verbal ne se lioit pas à une curieuse tradition . « Les sauvages de la Virginie , dit un

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« peu plus loin Tadmirable écrivain que je citois « tout à rbeure , sont persuadés que les âmes de « leurs ancêtres , massacrés autrefois par les Ance gloisy ont passé dans le corps de ces oiseaux y et « pour preuve, ils ajoutent qu'avant cette époque « on ne les avoit jamais vus dans le pays \ mais « cela prouve seulement que de nouveaux habi- « tànts apportent de nouvelles cultures , et que et de nouvelles cultures attirent des espèces nou- « velles. » L'opinion de M. de BufFon est fort juste, et je doute cependant qu'elle détruise dans l'esprit du lecteur l'effiet qu'a dû produire sur lui l'histoire de cette touchante superstition. Quel phénomène pour le sauvage que l'apparition mystérieuse d'une volée d'oiseaux inconnus qui se répandent un à un dans les lieux déserts , et de préférence aux environs des tombeaux ; ne se laissent entrevoir qu'aux lueurs mourantes des derniers crépuscules , à l'heure où. commencent les terreurs nocturnes, et qui, d'une voix lugubre et cassée comme celle des fantômes , hurlent le cri de mort des assassins !

Je ne dois pas omettre ici que le mot weep, qui se prononce en anglois comme whip , signifie pleurer, probablement aussi par imitation , car il présente l'onomatopée assez exacte du sanglot d'une personne suffoquée par les larmes, et qu'il ne se rapporte pas moins, quant au sens, à la tradition des pauvres Virginiens; mais l'ortho-

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graphe angloisc de Gatesby ne nous permettoit pas d'admettre cette leçon.

Notre engoulevent européen se distingue , comme le whip-pour-will, par un cri très-remar* quable qui consiste en un son plaintif répété trois ou quatre fois de suite ; mais cet animal a été Tobjet de tant de superstitions étranges ^ q^'il n'est pas étonnant que depuis un temps immémorial on ne le désigne plus par l'onomatopée. Les sensations les plus immédiates et les plus naïves du peuple finissent toujours par disparoitre devant ses illusions. Il ne connoit plus guère aujourd'hui l'engoulevent que sous le nom de tête-cheure , crapaud yfolant ou chauche-crapaud.

WHIST, espèce de jeu. On dit et on écrit quelquefois whisky mais peut-être mal à propos. TVJiist est la mimologie d'une espèce de sifflement qui a pourobjet de réclamerle silence, comme notre cAm^ et notre st^ et qui a le même sens en anglois. C'est une onomatopée , et par conséquent un mot universel. Au reste, whisk est aussi une onomatopée angloise. Il se dit de l'action de passer rapidement les vergettes sur un drap ferme et sonore, et il pourroit avoir été usurpé, en sa dernière signification , comme propre h exprimer le bruit .des cartes qui glissent et crient les unes contre les autres*

TUTU. Perdrix du Pérou que de savants lexicographes croient ainsi nommée k Timitation de son chant. Je ne placerois pas au nombre des onomatopées françaises ce mot qui n'a pas Tautorité de deux Dictionnaires ^ si celui qui me le fournit , le Dictionnaire de Trévoux, n'étoit classique dans notre langue. Le caquet de la perdrix a dû donner beaucoup d'autres onomatopées aux ornithologistes, aux voyageurs et aux compilateurs de relations ; il nous sufSra de citer en ce genre le kakelic de Bucharie , et le cajolcos du Mexique. Mais au-delà des limites que je me suis tracées, p. 38, art. AGOUTI, mon travail n'auroit offert qu'une profusion barbare de mots sauvages. Puissé-je ne les avoir pas déjà franchies trop souvent !

ZESTE. C'est une zone très-mince qu'on enlève de la peau d'une orange , en glissant rivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le petit bruit qui en résulte a motivé cette dénomi* nation qu'on a étendue depuis à d'autres acceptions, tant propres que figurées.

Le son typique et radical de cette onomatopée est même resté k la langue sous la double forme d'interjection et de substantif.

Zest , interjection quisert à exprimer une action très-soudaine : Zest , il n'y étoit plus ; ou a marquer l'indifférence et le mépris : Zest^jeue m'en soucie guère.

Zest , substantif qui ne se prend que dans cette acception proverbiale : Entre le zist et le zest, et qui se dit d'une chose qui n'est ni bonne ni mauvaise , et qui ne mérite aucune considération.

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