LE ROSSIGNOL
Viens icy> doux Rossignol, viens -y pour accroistre les charmes du repos de la nuict. Car, en* tre les Oyseaux mélodieux, il n'y en a pas un seul qui te ressemble. Tu peux représenter mille voix différentes. Tu sçais mille tons divers y que tu peux exprimer admirablement. Et certes, bien que les autres Oyseaux essayent de faire des accords, il ny en a point qui puissent égaler les tiens. D'ailleurs, le propre de tous tant qu'ils sont , est bien de gazouiller en plein jour ; mais, toy seule , nompareille Philomelle , tu es capable de chanter nuict et jour.. Et quoy que la Méaange tintine toute la nuict , si est»ce que sa voix ne peut estre agréable à qui que ce soit. LaPalare, on l'appelle aussi Drosta , fait ouïr à la vérité un son assez doux : mais y dès que le jour s'abbaisse, elle garde le silence , et se tient en repos. Le Merleaccorde aussi sa voix à l'air de quelques chansons.
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jolies : mais aussi tost que.la nuict approche, il ne
sçauroit exprimer un seul couplet. Quand le Printemps commence k escliauffer la terre , la Fauvette
compose bien des chansons nouvelles ; mais ce n'est qu'au matin qu'elle fredonne. Tandis que la Grive gringotte, TEstourneau pisote de son bec; mais ils ont oublié le soir ce qu'ils ont chanté le matin. Alors la Perdrix caquate , s'il faut ainsi parler, comme les Grecs l'ont appris aux Latins , l'Oye malicieuse gratonne^ et la chaste Tourterelle gémit avec la Colombe. Le Ramier élève davantage sa voix sur les branches des arbres , il plausonne , comme on dit : Et la Cane, nageant sur les eaux , pousse un ton fort enroué. La Grue gruine , et les Cygnes, assemblez par troupes le long des eaux, font un bruit comme le vent qui donne dans les toiles d'un vaisseau. L'Epei*vier piaille fort haut , aussi-bien que l'Autour : Le Milan lippe en l'air, aspirant toujours à quelque lippée sur la terre.
Le Coq a jour et Duict son haut coqueliquais : Gocodaste à la Poule , et le Paon poupegais : L'Irondelle trinsote : et de Fàigre trompette 'L'Aigle kttite le son, quand Je YaiiUour pulpelie. Le noir Corbeau croasse : et le Geai gris et vei*t Fripgulote au Printemps, en Automne, en Hyver. Le Passereau pipie en pleurant sa couvée.
Du sommet d'une Tour la Cigongne élevée Pousse d'un bee fort long sa glotlorante voix.
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Dans ces sortes de mots nous n^avons pas le choix
Ils sont peu dans Tusage, il est vrai; mais où prendre,
D^autres termes plus beaux ? Il n'en faut point attendre.
Ils sont tous limitez par le chant, le caquet
De chaque Oyseau de Tair : mais j*oy le Perroquet »
Qui de l'homme a la voix ; il forme sa parole,
Il dit, bonjour César : on Fadmire, il s'envole.
D'autre costé, laPie jasarde exprime des voix diverses de son gosier, et dit fort plaisamment tout ce qu elle entend. Mais non pas sans faire beaucoup de bruit. Les Coucous s'appellent euxmesmes de leur propre nom. 11 semble que la Cigale frissonne, quand elle se faitoûir. L'Abeille bourdonne, quand elle amasse les présents de son Miel. Le Hibou étourdit d'un ton lequel ne porte aux hommes que des présages de mal-lieur. La Chouette, qui ne se feit entendre que de nuict , et la Chauve-Souris, ont de petits cris aigus qui ressemblent aux grincemensdes dents. La Chevêche, qui fuit la lumière, imite dans les ténèbres le bruit du Coucou redoublé en battant des ailes. Pour les Orfraies, ils hurlent en quelque sorte, et chantent d'une voix lugubre : Le Butor bouffe dans les eaux marescageuses. Le Roytelet, le Guespier et la Linotte , dont l'estomac est rouge , sçavent tous gazouiller sur un mesme modelle.
Le Rossignol m'a obligé de décrire la voix des Oyseaux, lui qui surpasse tous les autres par la
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douceur de son chant. Mais maintenanl je diray, sans que personne m'y contraigne , la différence qui se trouve dans la voix des Animaux à quatre pieds. Les Tygres indomptez rongnonnent, les Lions rugissent , la Panthère en amour pousse rudement un ton fort aigu, le Léopard miaule comme les Chats sauvages, entr*ouvrant sa gueule. Les Onces frémissent tirant une voix rude du fond de leur estomac. L'Ours farouche grommelle : mais le Loup hurle d'ordinaire, et le Sanglier roume : un Eléphan barronne, les Cerfs réent, et les Asnes sauvages brament. Pour le Taureau, il mugit, et le prompt Cheval hannit. Un Verrat crie d'un ton fort aigre, l'Asne pesant rudit^ et quand l'Asne ordinaire se veut faire ouïr, il se metàbraire. Le Bélier blattère , dit-on, et c'est la Brebis proprement qui béele. Pour laTruye, eUe grongne dans les champs où elle fouille : mais toy , Bouc impatient , tu as accoutumé de moûetre parmy la Chèvre. Cest proprement du Chien qu'on dit abboyer, le Renard trompeur gannit, le petit Chien glapit, et les Lièvres ont quelque chose du cry des petits enfants , le Rat ravit en ratonnant les choses qu'il appète, la prompte Bellette bellote entre ses dents je ne sais quel petit bruit : Le Grillet grillotte, et la Souris chicotte. Mais voyez un peu le Serpent venimeux qui siffle en rampant , et quant k la GrenoûiHe jaseuse , elle coaxe sous l'eau boiu*beust. Enfin j'ai décrit les voix des Oy seaux et des
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Bestes k quatre pieds , cpe la Nature, Mère commune de tous, leur a données libéralement. Mais, comme personne n a jamais remarqué toutes les espèces d'Animaux, qui seroit aussi capable d*en dire tous les sons? Tous néanmoiiis en donnent des louanges au Seigneur, soit qu'ils gardent toujours le silence , spit qu'ils fassent du bruit , ou qu'ils se fassent oûir.