‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 114 sur 165 · SW · texte numérisé non relu

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VIËLE, s. f. {viièle^ rielle, viole). De tous les instruments à cordes et à archet du moyen âge, la vièle était le plus noble, celui qui exigeait la plus grande liabileté de la part de Texécutant. Jérôme de Moravie, dominicain vivant au xin' siècle, a donné une description

détaillée de la vièle de son temps* , qui était montée de cinq cordes. Mais, avant cette époque, on trouve des représentations de cet instrument qui ne lui donnent que quatre cordes ; c'est aussi ce que lemarque M. Fétis*. Gerhert prétend que le nombre des cordes de la vièle était facultatif de trois à cinq, du xT au xiii*' siècle, époque où le nombre de cinq cordes fut fixé. Nous verrons tout à Tlieure que

> Manuscr. de la Bibiioth. impér., fonds de la Sorbonne. '^ Origine et irons f. fies t'uslruments ù arcfict. 1850.

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Tobservation de cet auteur n est pas rigoureuse. Sur l'un des chapiteaux de la tribune du porche de Téglise abbatiale de Vézelay *, on voit un ménétrier portant à son côté une vièle à quatre cordes disposées deux par deux (fig. 1). En A, nous présentons un détail de cet instrument. Les quatre cordes sont fixées à un cordier qui semble accompagné d'un chevalet; elles entrent dans un cheviller recouverl et auquel est attachée la courroie qui sert à suspendre la vièle. En B, est l'archet, en partie masqué par le corps de Tinstrument. La table d'harmonie est percée de deux grandes ouïes et de deux autres très-petites au droit du cordier. Sur le portail occidental de la catliédralede Chartres (1140 environ), est sculpté un personnage qui joue de la vièle à cinq cordes, lesquelles ne paraissent pas porter sur un chevalet (lîg. 2). Ce dernier instrument est très-étroit et long, et sa table d'harmonie est percée de deux ouïes. Enfin voici (fig. 3) le viéleur sculpté de grandeur naturelle sur la façade de la maison des Musiciens à Reims'. Cet instrument est monté de trois cordes seulement, reposant sur un chevalet peu saillant : le corps de Tinstrument n'étant pas écliancrè, il étaitdifficile de frotter une des cordes sans toucher les deux autres ; mais cependant on observera que le ménestrel fait courir l'archet très-près du manche, de manière à dégager, La forme de l'archet, qui est ancien, est intéressante^ ; c'est un progrès sur les formes adoptées au xii' siècle. Gerbert se trompe donc en prétendant que la vièle, à dater du xiii' siècle, est toujours montée de cinq cordes. Voici ce que dit Jérôme de Moravie sur cet instrument : c La vièle, quoiqu'elle monte plus haut que la « rubèbe, ne monte plus ou moins que selon les différentes ma- « nières dont elle est accordée par les ménétriers ; car la vièle peut « être accordée de trois manières. Elle a et doit avoir cinq cordes. • Mais, de la description de Jérôme de Moravie, on pourrait conclure qu'il entend parler du croutli * plutôt que de la vièle, puisqu'il mentionne deux cordes à l'unisson pouvant être touchées à vide avec le pouce. Cependant il admet que dans la deuxième manière d'accorder la vièle, les cinq cordes sont attachées au corps solide y et qu'il n'en est aucune fixée sur le côté. L'instrument qu'il entend décrire pouvait donc être tantôt crouth, tantôt vièle, suivant la manière de fixer les cordes. Les représentations de vièle à quatre cordes

* Premières années du xii* siècle.

'^ Milieu du xiii® siècle.

5 Cet archet est de fer.

* Voyez rarlicle Crouth.

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sans chevalel sonl assez fréquentes pendant les xiii* et xiv' siècles.

Ces vièles, ainsi que celle que donne la ligure 3, sont munies de

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manches courts et la forme du corps sonore est ovale. Souvent le cordier est très-long, de telle sorte qu'il ne restait pour la vibration

des cordes, entre la touche et le cordier, qu'un espace assez court,ainsi que le montre l'exemple ligure 4 ' . Ces instruments ne pouvaient

I Manuscr. de Y Apocalypse, vignette des vingt* qualre vieillards^ anc. collect. B. Delessert (xui« siècle, seconde moitié).

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avoir beaucoup de sonorité. Vers le milieu du xiv* siècle, le corps sonore des vièles se rapproche, par la forme, de celui de la guitare moderne, c'est-à-dire qu'il se rétrécit quelque peu vers le milieu,

probablement pour dégager Tarchet ((ig. 5*). Cette viéle n'a pas de cordier, mais possède un chevalet ; son cheviller est renversé comme celui de la rubèbe, et les trois cordes dont elle est montée paraissent être doubles.

C'est au XV* siècle qu'on voit apparaître les grandes violes, basses de viole ou violes de gambe^ qu'on ne pouvait jouer qu'en plaçant le corps sonore entre les jambes. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale, intitulé les Échecs amoureux* ^ nous montre une femme jouant de la basse de viole à quatre cordes; mais, vers la fin de ce siècle, cet instrument prit sept cordes. Il a été remplacé par

> Manuscr. de la Biblioih. impér., n^ 7378 A (xiv« siècle). ' IV* siècle.

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le violoncelle, qui en possède quatre, dont deux de boyau et deux de soie recouvertes d'un fil de métal.

M. le docteur Fau possède, dans la curieuse collection souvent citée par nous, une très-belle basse de viole de la lin du xv* siècle ou des premières années duxvi* (planche LU), montée de sept cordes, avec cheviller de bois dur, sillet d'ivoire, cordier libre attaché par un boulon et chevalet très-élevé. La forme de ce bel instrument est des

plus élégantes. Les louches sont mobiles, c'est-à-dire qu'elles ne consistent qu'en des freltes de corde à boyau qui peuvent être déplacées sur le manche. En A, est tracé le chevalet, et en Runc des chevilles. Les édisses sont sculptées délicatement d'enroulements plats dans le style du x\^ siècle, avec fdets incrustés de bois noir. Le dos (fig'. (!) est également sculpté et incrusté. On observera, dans la face latérale (voy. la planche LU), comme le manche est heureusement attaché au corps sonore,. et comme le cheviller est gracieusement recourbé * .

* Voyez aussi, dans la collection du Conservatoire de musique, des instruments analo{;ue8, mais d'une époque un peu plus récente.

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