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Bien que le clievalet présente un bord courbé pour asseoir les cordes, et que la table d'harmonie soit échancrée, il était difficile à Texécutant de ne frotter à la fois qu'une seule des cordes intermédiaires; aussi l'archet en faisait il vibrer plusieurs à la fois. « Il y « eut évidemment, dit M. Fétis*, une grande variété dans la construc- « tion des violes au moment où la musique véritable commença « à se former et lorsque l'harmonie s'épura. Cette transformation « s'opéra, vers la lin du xiV siècle, par les efforts heureux de trois € musiciens supérieurs à leur temps, qui furent Dufay, Binchois et < Dunstable. Alors l'art tout entier fut considéré dans l'harmonie € que formaient les voix d'espèces différentes par leur réunion. Ce « qui avait lieu pour les voix, on voulut le faire pour les instru- « ments, et, comme il y a des voix aiguës appelées soprano; moins « élevées, qu'on désigne sous le nom de cow/ra//o;, moyennes, qui « sont les ténors; et graves, appelées basses, on imagina de faire « danschaque genre d'instruments des familles complètes quirepréc sentaient ces quatre espèces de voix. Les violes, les hautbois, les « llûtes, les cornets, etc., eurent leur soprano, leur alto, leur ténor t et leur basse, quelquefois même leur contre basse. Cette division, « qui s'établit au xv' siècle, se maintint pendant lesxvi" et xvii% ou « plutôt n'a pas cessé jusqu'à ce jour, au moins pour les instruc ments à archet. » Pour nos instruments de musique comme pour bien d'autres choses, il faut donc signaler les premières tentatives de perfectionnements auxquels nous avons atteint, dans ce moyen Age chercheur, industrieux et actif, qui peu à peu, par une suite d'efforts que notre temps ferait sagement d'imiter, sut se dégager de la barbarie^.
* Orif/ine et Iransf, des inalrumenls à archet, 185().
2 A ce propos, dans un ouvrage réccmmenl publié sur la MusùjuCy ics Muaidem et les instrumenta de musique^ à la suite de l'Exposition universelle de 1867, par M. Ogcar ComcUant^ on lit ce passage inspiré par les travaux de M. Félix Ciémcnt sur le plainchant et la musique religieuse au niorjen ôyc : « On ne se refait pas, et je suis né avec « rborreurdes massacres^ de l'intolérance, du despotisme, de l'ignorance, du fanatisme, o des oubliettes, de la justice rendue par les épreuves du duel, de l'eau bouillante, (c du fer et de la croix, des enlèvements à main armée, de l'inégalilé devant la loi^ a des privilèges immoraux^ du brigandage, des momeries et de la malpropreté^ qui ca- « ractérùfent à un si haut degré cette période assez longue qu'on appelle le moyen tf âge. » Parbleu ! qui de nous n'est point né avec l'horreur de ces passe-temps que, d'ailleurs, le moyen âge seul ne s'est pas donnés ? La question est de savoir si tout cet attirail de mélodrame, attirail un peu défraîchi, caractérise la période qu'on appelle le moyen âge, et si à côté des oubliettes, de V épreuve de Veau bouillante^ du fer et de la croix y il y a ou il n'y a pas un art qui suit sa voie et nous pave péniblement celle que
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Les bons viéleurs étaient fort estimés pendant le moyen âge : les seigneurs en tenaient toujours auprès d'eux pour faire danser, pour les accompagner pendant les promenades et fêles.
(( A une feste del baron Saint-Riquier, « La gentis dams estoit en son vergier <c 0 mainte dame por son cors déporter ; « Si se fesoit devant soi vieler, (( Une cbançon et dire et chanter i. »
Et plus loin :
<( La roine ert desor un suen solier ^ (( 0 d'autres dames por son cors déporter, f( Si se fesoit devant soi vieler « Kt se fesoit baler et caroler ^. »
Dans le poëme de Gilles de Chin, Gérard Malfilastre se rend à un tournoi avec six compagnons :
f( Et s'ot 0 lui II videurs
« 1 son d'amors cantent entre'eurs^
« I dieinence par matin^
« Cevauçoient tôt lor cemin
nous parcourons aujourd'hui dans de bons véhicules. II n'est malheureusement pas certain que les arts marchent de pair avec les bonnes institutions politiques. On voit tous les jours des gens se prétendant très- attachés aux principes libéraux^ qui n*ont sur le^ choses d'art que des idées étroites, et qui peuvent passer pour des barbares. Cependant Néron était artiste et amateur éclairé des bcnux«arts. Ne mêlons donc pas les arts à la politique^ à Tesprit de parti ; sachons les voir où ils se développent , fût-ce à l'abri des monastères, ou sous la protection d'un tyran. Nous pouvons apprécier ce qu'il y a de bon et de beau dans les arts du moyen âge, sans pour cela faire notre cour aux inquisiteurs et aux seigneurs féodaux, d'autant qu'ils ne sont plus là pour nous prendre au mot. A l'horreur pour les abus des temps passés, pour les massacres et les oublîeftes^ il serait bon d'ajouter l'aversion pour les préjugés, les partis pris, l'injustice et les banalités. Puisque M. Oscar Gomettant publiait un livre, d'ailleurs plein d'intérêt et de renseignements précieux sur la musique, à propos de l'Exposition universelle, nous eussions désiré trouver, dans la partie qui traite des anciens instruments, des renseignements plus précis et plus étendus, renseignements dont nous aurions été très-heureux de profiter.
L'occasion était bonne pour se livrer à une pareille élude, pendant Texposition rétrospective, où l'on n'avait à craindre d'ailleurs ni massacres^ ni oubHettes, ni enlèvements à main armée ^ et où les commissaires eux-mêmes ne cherchaient pas i exercer, que nous sachions, des privilèges immoraux.
> Macaire, chanson de geste du xiii« siècle, vers 57 et suiv. (voy. Ane, poètes franc., publ. par M. GuessardJ.
^ Chambre, appartement.
3 Vers 444 et suiv.
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« Tont droit le premier jor de iiiay, « Qu'herbe est vers et florissent glay. « Que lote riens (rail en verdour, « Li vieleur I son d'amour « A haute vois^ moult clerc cantoient, 0 Et o lez vielez s'acordoient i. »
Dans un autre passage, pendant que les seigneurs devisent en se reposant :
« Cil vieleur vielent lais,
« Cançonnetez et estampiez ^. »
Dans quelques campagnes est encore conservé l'usage de faire précéder les noces par un ménétrier.
* Vers 449 et suiv.
2 Vers 1147.