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Le musée d'artillerie de Paris possède une salade de joule qui se rapporte exactement à l'exemple précédent (fig. 0). Celte salade est forgée d'un seul morceau. La vue est percée sur la partie formant visière ; elle est divisée en deux ouvertures longues avec relief audessus et au-dessous, pour empêcher le rochet de s'arrêter dans la fente. Un nerf saillant renforce longitudinalemenl le sommet de la bombe. Cette salade s'attachait, par une forte courroie, sous le menton, et l'on peut reconnaître facilement qu'elle n'oftrait aucune prise au fer de la lance *.
' Celte pièce iiUéiessante étail peiiile.
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La ligure 7 va nous permettre de rendre un compte détaillé de cet habillement. L'écu est suspendu autour du cou par la guige * ou guiche et maintenu dans la position voulue par le bras gauche. La partie supérieure de cet écu, qui est droite, atteint le niveau du bord antérieur de la salade, de manière à ne laisser sur ce point aucune prise au rochet. L'échancrure du haut obligeait le jouleur à tenir la lance au niveau de Taisselle droite, et derrière la main le
fautre ou l'aucre devait soutenir le bois. Le torse est couvert d'un haubergoon ou d'une cotte de peau ou d'étoiïo juste à la (aille et forl»?ment rembourrée. Mais, si la lance d(i l'adversaire touchait Trcu à son bord inférieur, le bras gauche ne pouvait avoir assez de puissance pour l'empêcher de s'infléchir;- alors le rochet frappait le cavalier à la hauteur du ventre : aussi cette partie du corps est-elle défendue par une braconnière composée de trois lames d'acier articulées. Si le coup de lance était bien donné en plein écu, nor-
1 Voyez, dans la partie des Armbs^ le mot Écu.
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malement, force était au cavalier de se renverser en arrière ; lorsqu'il était arc-bouté au trousscquin de la selle comme dans l'exemple fig. 4, le choc pouvait lui briser les reins ou faire fléchir le cheval sur son train de derrière et renverser Thomme et la bète. Pour éviter ces accidents, il fallait amortir la puissance du coup là où son effet se faisait particulièrement sentir, c'est-à-dire à la chute des reins. Les jouteurs placèrent donc, au-dessous de la braconnière, une ceinture rembourrée, en manière de bourrelet, et le troussequin de la selle fut renversé à sa partie supérieure. Alors, au moment du choc, ce bourrelet amortissait partie du coup, et le cavalier, ramenant les élriers verticalement, se trouvait assis sur cette partie renversée et pouvait incliner le corps autant que besoin était, sans risquer de se briser les reins. Noire figure 7 explique la possibilité de cette gynmaslique. On observera que dans ces deux derniers exemples, comme dans ceux qui vont suivre, le haut du corps du jouteur est très-chargé ; la salade, l'écu, le corselet ou haubergeon, la lance, les garde-bras, donnaient un poids considérable. La position du jouteur, lorsqu'il abaissait le bois, était de porter le haut du corps en avant, tout d'une pièce, en inclinant la tête, de s'arc-bouler sur le haut du troussequin de la selle et de se dresser sur ses étriers
Le poids de la partie supérieure du cavalier ajoutait ainsi beaucoup à la puissance du choc qu'il donnait, et amortissait d'autant celle du choc qu'il recevait. C'est là une question de mécanique, et nous allons voir comme l'expérience ne fit que développer le résultat de cette observation. La selle de notre jouteur est munie à l'arçon d'une garde avec bourrelets devant les cuisses.
A la fin du xiv'' siècle, cet habillement de joule subit encore des modifications assez importantes. La salade ne présentait pas une fixité suffisante, et pouvait, si le rochet rencontrait la vue, venir frapper le bas du visage en brisant le nez et la mâchoire du cavalier. L'échancrure faite dans la partie supérieure de l'écu était trop haule et forçait le jouteur à lever beaucoup le coude, ce qui lui ôtait de sa force. Les coups de lance, étant toujours adressés à la hauteur de la partie supérieure de l'écu, dérangeaient au moins la salade, s'ils ne l'atteignaient pas. Toute l'attention des hommes d'armes se porta donc vers le perfectionnement des défenses supérieures; on pensa à mettre absolument la tête à l'abri de toute atteinte et à augmenter encore le poids du haut du corps.
Au xiii'^' siècle, on joutait avec le heaume en tête. Vers le milieu du XIV' siècle, on mit en usage le bacinet, puis la salade ; vers 1 390,
on revint au heaume, mais en lui donnant une forme spéciale (fig. 8). Ce jouteur est présenté au repos, avant le moment où il va mettre la lance sur fautre. Son heaume est houclé devant et der-
rière au plastron et à la dossiére. La targe est échancrée sur le côté droit pour passer le bois de la lance maintenue par le fautre*. A la colle d'armes sont attachées de larges et longues manches bar-
* Faucre aujourirhni.
belées. Le troussequin de la selle est rétjibli vertical. Outre sa rondelle destinée à cacher réchaiicriinî de la large, la lance est garnio en arriére de la prise de la main et à la partie qui porte sur l'arrêl du faulre, de la grappe^ c'est-à-dire de plusieurs rangs de billettes de fer en pointe de diamant qui empêchent le bois de glisser sur cet arrêt au moment du choc. Le cheval est housse avec écussons aux armes du chevalior.
La figure 9 montre le jouteur chargeant. L'inclinaison du corps et de la tête lui permet de voir son adversaire jusqu'à la soUe; la position de la large force les coups de lance à glisser latéralement. Le cavalier, bien arc-bouté sur le troussequin de la selle, porte tout le poids du corps en avant, les élrivières élant presque verticales. Ces sortes de heaumes étaient d'un poids considérable, très-épais à la ventaille et au timbre, et plus minces à la partie postérieure. La figure 10 donne le détail de ces heaumes de joute*. Celui-ci est forgé de trois pièces, le timbre, le couvre-nuque et la ventaille*. Le timbre est fortement rivé au couvre-nuque, qui est légèrement côtelé. Trois rivets, de chaque coté, altachent de même la ventaille
' Musée de Pierrefonds (dernières années du xiv® siècle). Ce heaume pèse 9kil.,800. ^ On dit aujourd'hui le vent ai/ ; mais jusqu'au xiv^ siècle cette partie du casque qui couvrait le bas du visage était appelée ia ventaii/e.
au couvre-nuque. Au devant de la ventaille, trés-épaisse, est rivée
une patte tenant à pivot un fort moraillon percé de trois trous carrés. Ces trois trous entraient dans trois cramponnets à loiirniquel fixés sur le plastron, afin d'empêcher le devers du heaume sous le choc. Par derrière, le couvre-nuque était attaché à la dossière par une courroie bouclée. En A, est figuré le heaume latéralement, en B par derrière, et en C par-dessus; en D, le détail du moraillon. Les quatre trous pratiqués au haut du couvre-nuque, garnis d'œilleU de cuivre, donnaient de l'air; trois trous, de même garnis de cuivre, percés latéralement de chaque côté, permettaient d'entendre. Le cavalier ne pouvait voir son adversaire qu'à la condition d'incliner le corps en avant ; car pour incliner le heaume fixé au coi'selet d'une manière invariable, il fallait nécessairement pencher tout le torse.
Il suffit d'examiner les deux figures 9 et 10 pour reconnaître que toutes les pièces de cet habillement de joute étaient disposées de façon à faire glisser le rochet latéralement, suivant des plans horizontaux, et à éviter les ricochets de bas en haut ou de haut en bas. Le jouteur visait le point a de la targe (voyez figure 9), ou l'arête de la ventaille en 6. Si le rochet prenait bien exactement cette arête entre ses mamelons, il pouvait désarçonner le cavalier. Mais on remarquera (fig. 10) que cette arête est très-obtuse et mousse; il y avait donc beaucoup de chances pour que le rochet glissât à droite ou à gauche et passât par-dessus les épaules. Il y avait plus d'avantage à frapper la targe au point a ; aussi les jouteurs cherchèrent-ils à faire fabriquer ces targes de manière qu'elles ne pussent offrir au rochet aucune prise. Le fer ou l'acier eussent été ou trop flexibles, ou trop lourds, si l'on eût donné à l'écu une épaisseur égale à celle de la ventaille ; on fit donc des targes de bois légers (tilleul ou poirier), nervés intérieurement et extérieurement, et revêtus d'une marqueterie de couronne de cerf en manière d'échiquier. Cette surface polie, extrêmement dure, résistait aux coups de la lance. Cet écu était attaché au cou au moyen de la guige, comme nous l'avons dit, et maintenu dans le plan convenable avec le bras gauche qui tenait les rênes. Plus tard l'écu fut atl(Lché par des tresses de chanvre qui passaient à travers son milieu.
Un manuscrit daté de 1446, 1448, dont une copie existe à la Bibliothèque impériale ', décrit l'habillement du jouteur à celle époque. M. R. de Belleval ' a reproduit ce curieux document tout au long. Il résulte de ce texte, écrit par un homme de guerre, que
1 Français, ii° 1997, altribué à Antoine de la Saie. M. R. de Belleval possède une seconde copie de ce môme manuscrit.
* Du costumn militaire des Frant;nis en 1446, par René «le Belleval. Aubry, 1866.
le harnais de joule avail alors subi quelques changements. Le heaume est à peu près celui que donne notre figure 10. Cependant la vue du côté gauche est un peu plus ouverte que du côté droit, afin de faciliter la visée du jouteur. Par contre, la face droite de la ventaille, « pièce qui arme le visaige », est percée de quelques trous c afin que Ten nait schault dedens le heaulme » .
L'écu, ajoute le manuscrit, doit couvrir l'homme à partir de deux doigts au-dessous de la vue du côté gauche, jusqu'à un demi-pied au-dessous du coude, c'est-à-dire qu'il a 0'",50 de hauteur, et de largeur environ 0",50 à 0",60, droit à sa partie supérieure, échancré latéralement à moitié de sa hauteur, rond par le bas et concave au milieu de trois à quatre doigts, « laquelle enfonceure luy € donne façon d'une petite vesture qui sert à estre plus aisé à conc duire de la main le cheval » .
Deux trous peuvent être percés à un demi-pied (0'",16) du sommet vers le milieu, pour passer les tresses qui fixent l'écu.
Quant à l'habillement du corps, il peut cire fait de deux façons. La première consiste en une cuirasse d'acier, mais qui ne permet pas, comme le harnais de combat, de baisser ou retourner la tête sans remuer tout le torse, « saulve, dit le texte, que le voulant est € clox et arresté à la pièce, par façon que le voulant ne peut aller € ne jouer hault ne bas » . Le mot voulant s'entend comme gorgerin» hausse-col * ; et, en effet, le heaume bouclé à la cuirasse devant et derrière, fait de plaques rivées, était solidaire du corselet. Des reins à la tête le cavaliei* ne pouvait se mouvoir que d'une pièce. La seconde consiste en une brigandine aveccuirassine*, c'est-à-dire en un corselet de fer épais couvrant la poitrine jusqu'aux basses côtes, lacé du côté droit ou dans le dos, renforçant ainsi la brigandine ordinaire et permettant de fixer le heaume et l'écu. Kn effet, à celte c cuirassine » sont fixés deux boucles doubles et un anneau limé ; l'une de ces attaches est placée au milieu du corselet, à la hauteur du creux de l'estomac, l'autre du côté gauche, un peu plus haute. Ces attaches servent à boucler le heaume; l'attache de gauche est principalement destinée à empêcher la ventaille de frapper la joue du jouteur sous l'effort du choc. A la cuirassine, du côté gauche, près du haut du bras gauche, à trois doigts au-dessous de la courroie qui attache le corselet sur l'épaule, esl rivé un crampon de fer gros comme le doigt, formant anneau fixe, dans lequel on passe en
' Dans r usage habituel, voulant veul dire une serpe. ' Voyez, dans la partie des Armes, l'article Brigantine.
triple une grosse tresse, bonne et forte, qui Iraverse la « poire», laquelle masque le crampon et sert d'appui à l'écu maintenu par ces tresses qui, passant outre par les deux œillets, sont nouées extérieurement. A la brigandine ou cuirasse est fixée, entre les deux épaules, une boucle qui sert, comme dans la figure 10, à attacher le heaume et à Tempêclier de tomber en avant.
Au corselet, à la hauteur des fausses côtes, à gauche, est rivé un petit anneau dans lequel on passe une tresse qui sert à soulager la main de fer, tout d'une pièce du coude aux doigts ; main qui tient les rênes et sert d'appui au bas de l'écu. Le bras gauche ost en outre défendu par un garde-bras qui prend toute l'épaule et descend jusqu'au-dessous du coude. La main droite est garnie d'un gantelet appelé « gaigne-pain », et do ce gantelet jusqu'au-dessus du coude, au lieu de l'avant-bras, est une pièce de fer appelée c espauUe de mouton », laquelle est très-large au droit du coude, s'ouvre en arrière et épouse la « ploieure du braz » ; le tout pour servir lorsque l'on couche le bois. L'épaule droite est garantie par des plates articulées, avec rondelle échnncrée au droit de Taisselle pour laisser passer le bois de la lance.
Les harnais de jambes ne diffèrent pas de ceux adoptés pour la guerre.
La lance doit avoir, entre la grappe et le rochet, 13 pieils :i 13 pieds 1/2 de long *.
L*écartement entre les trois mamelons du rochet est de deux doigts et demi ou trois doigts.
Varrêl doit être garni de bois ou de plomb, afin que les pointes de la grappe y puissent mordre et n'échappent point.
Les rondelles des lances ont un demi-pied de diamètre environ (0'",16 à 0™,i7), et sont rembourrées intérieurement d'un feutre épais de trois doigts.
Ce texte précis, complet, mérite une attention toute particulière. Écrit évidemment par un homme du métier, il explique des pièces d'armures de joute isolées qu'on rencontre encore dans des collections, et éclaircit les figures que nous donnent les manuscrits.
Notre figure 1 1 donncî ce harnais de tète et de corps au complet -. On voit comme le heaume (îst attaché au bas du corselet par une courroie passant en triple par des anneaux limés, c'est-à dire à rou-
1 Ces lances avaient donc en tout 15 pieds au moins (5 mètres).
2 D'après des pièces d'armures et vignettes de manuscrits du commencement du xv^ siècle (voyez^ entre aulrts manu>critsi, le Froissart de la Ribliolli. împér., t. IV>.
leaux, comme dans des moufles, pour venir se boucler à la boucle inférieure ; comme latéralement, du côté gauche, ce heaume est en
outre fixé par une seconde courroie qui empêche la ventaille de frapper la joue du cavalier sous le coup du rochet. On aperçoit, à côté de cette attache, le gros crampon rivé dans lequel passe la