‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 125 sur 165 · II · texte numérisé non relu

II

[ CHASSE J — âà'i —

la main droite il tire la tiroire * pour déchaperonner l'oiseau leste-

nient et sans le froisser. Il faut une certaine adresse pour dccliapc-

ronner le faucon, ne pas le distraire, afin que, sitôt le chaperon ôlé,

^ La courroie pustéiieuie, qui« en se dégrafaitl, permet d'enlever le chaperon d'aiiiere en avant.

il voie la proie. Le bien porter n'est pas non plus chose indifférente, afin de ne le point fatiguer et de le tenir en bon état. Il faut que le fauconnier serre le coude au côté et porte le bras un peu loin du

corps, droit et terme ; que le faucon soit assis droit sur le poing, non sur le côté de la main ou entre les doigts. Celui qui sait bien tenir un faucon ne fait pas tinter ses sonnettes.

La figure 24 est la copie d'une vignette du manuscrit de la Biblio-

thèque nationale S représentant un fauconnier à cheval. Ce personnage est vêtu d'un surcot ou corset blanc rayé de jaune, le chaperon rouge enfourmé ; par dessus, la queue du chaperon enroulée autour de la tête pour le bien maintenir. Les braies sont rouges. La figure 25 montre une dame provenant du même manuscrit. Elle est vêtue d'une robe-corset bleu de roi, avec chaperon rose doublé de fourrure blanche. La selle est rouge. Sous le chaperon on voit la chemisette à petits plis qui couvre la poitrine. Elle est accompagnée d'un chien « d'oysel >, suivant la désignation du traité de Gaston Phœbus. En effet, ce chien est figuré dans ce traité sous le nom de « chien d'oysel et espagnol » pour prendre perdrix et cailles, c'està-dire pour rapporter les pièces terrassées par l'oiseau de poing (épervier).

La figure 26 présente une autre dame à cheval, tenant son épervier déchaperonné, prêt à voler \ Elle est vêtue d'un ample surcot boutonné par devant, avec fentes latérales pour permettre de passer les mains; par dessus, le chaperon dont le devant est retroussé sur le haut de la tête. Le surcot est ouvert sur le devant et par derrière, pour ne point gêner sur la selle, car on observera que celte écuyère, ainsi que la précédente, enfourche sa monture comme le fait un cavalier.

La fauconnerie exigeait des soins infinis. Un petit traité fort précieux, intitulé le Fauconnier parfait^ écrit vers 1750 par Jacques- Élie Manceau, seigneur de Boissoudan, donne quantité de détails sur la chasse au vol et sur la manière d'élever et de soigner les oiseaux*. On peut reconnaître, en lisant ce traité, que celte chasse, au xviii" siècle, n'avait abandonné aucun des usages déjà mentionnés dans le Lime du roy Modus, bien qu'alors elle ne fût guère admise que chez quelques hobereaux vivant sur leurs terres.

Les gentilshommes, depuis le xi'' jusqu'au xvi'' siècle, portaient souvent un faucon ou un épervier avec eux dans leurs promenades, assemblées et visites. C'était un signe de noblesse. Ces beaux oiseaux, bien traités et élevés, s'attachaient à leur maître et n'étaient chaperonnés qu'au moment de la chasse. D'ailleurs une laisse était fixée à l'une de leurs pattes. Tout gentilhomme qui chevauchait par passe-temps avec des dames prenait un oiseau sur son poing. Si l'on approchait d'un étang, le faucon était déchaperonné, un des

* Le Livre du roy Modus, français (milieu du XI v« siècle).

2 D'après un ivoire, coUeclion Sauvageot, Louvre (environ 1360).

* Ce traité a été imprimé dans la seconde partie des Mélanges de liUérature et d'hhioire^ par les soins de la Société des bibliophiles français ^Paris, Lahure, 1867).

pages, suivant à pied, faisait lever le héron s'il s'en trouvait ; et de lancer le faucon *.

La figure 27, copiée sur un cadre à miroir du commencement du xiV siècle *, nous montre un jeune homme et une jeune femme à cheval. La jeune femme caresse le menton de son amant, qui tient

1 Voyez, dans le f volume du Dictionnaire du mobilier, Tarticle MoBURS féodales.

2 Collection du rév. W. Sneyd.

un épervier sur le poing. Un page, armé d'un épieu, suit par derrière à pied. L'écuyère est en selle comme un homme, les jambes plus pliées. Elle est vêtue d'une cotte à manches, rouvrant romplé-

tement les jambes. Elle est coiffée d'un voile sous un chapel de feutre dont le bord antérieur forme visière. Le jeune homme est nu-têle, le chaperon rabattu; ses cheveux, longs latéralement, sont maintenus par un cercle. La selle de la femme est couverte d'une housse qui tombe droit jusqu'au-dessous du ventre de la monture.

[ ClIASSb

La charge de fauconnier était une des plus enviées à la cour des princes. Le grand fauconnier de France était un seigneur. Sur le frontispice du Livre des tournois, manuscrit exécuté vers la fin du XV* siècle parles ordres de Louis de Bruges, seigneur de Gruthuyse \ pour être offert au roi Charles VIII, on voit le jeune prince assis sous un riche dais fleurdelisé ; à ses pieds est couché un lévrier. A sa droite sont rangés debout les seigneurs de sa cour, parmi lesquels, au premier plan, est un jeune noble très-richement vêtu, tenant un faucon (fig. 28) : c'est le grand fauconnier. Sa robe de

dessus, qui tombe jusqu'à terre, est de velours lilas, doublée de martre ; les manches, simples, sont fendues au droit de l'arrièrebras ; ses chausses sont vertes, avec souliers rouges ; son pourpoint est gris, avec boutons d'or, manches écarlates et bas collet brun. Sous son chapeau de fourrure blanche et garni de plumes rouges avec perles d'or, est une coiffe violette ; une ceinture rouge, avec escarcelle de même, enserre la robe. Une épée courte passe derrière

1 Biblioth. nationale (français).

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rescaicelle ; sa poignée est d'or et son fourreau blanc. Le gant sur lequel le faucon est assis est de peau blanche. Dans sa main droite ce seigneur tient le bâtonnet qui sert à caresser le faucon, lequel est déchaperonné.

Les gentilshommes n'étaient pas seuls à porter des oiseaux sur ie poing, en certaines solennités, comme figure de noblesse, les dames de haut lignage se montraient souvent aussi parées, à cheval, portant un épervier. La figure 29 que nous donnons ici, copiée sur un bronze appartenant à M. le comte de Nieuwerkerke ", montre une jeune femme coiflëe d'une couronne oblongue avec voile, vêtue d'un riche corset avec très-longues manches d'étofie légère; non plus à califourchon, mais assise sur une haquenée houssée richement et ayant un plumail entre les oreilles. Le petit épagneul nécessaire à la chasse au vol accompagne le cheval. Cette fonte est une œuvre d'art exquise.

1 Grandeur de rorigiual (lin du \v<^ siùde}.

[ DANSE ] — â50 —

DIVERTISSEMENTS, DANSE, MOMERIES, MASCARADES, JEUX DE COMBINAISON ET DE HASARD, JEUX D'ENFANTS

On sait le goût des Romains pour les pantomimes pendant les repas. A la suite des représentations publiques du célèbre mime Pylade, qui seul, sur la scène antique, représentait tout un drame, les riches Romains voulurent avoir chez eux des représentations mimiques. Tibère tenta vainement d'interdire cette coutume, qui ne fit que se développer pendant les derniers siècles de Tempire. A la suite des repas, les jeunes gens, chez les Germains, exécutaient des danses simulant des combats. Les Mérovingiens conservèrent cette mode, contre laquelle s'élevèrent sans succès les évêques des premiers siècles chrétiens. Sous l'empire, un seul pantomime exécutait, pendant les festins, plusieurs actes d'un drame ; il changeait de masque et de costume suivant les scènes qu'il devait traduire. A ce propos, Lucîan rapporte une anecdote curieuse : « Un barbare, dit-il, ayant vu cinq masques préparés pour un acteur pantomime, car la pièce était divisée en cinq parties, et n'apercevant qu'un danseur, demanda où étaient ceux qui devaient représenter les autres personnages. Quand il eut appris que le même acteur les remplirait tous: — Vraiment, s'écria-t-il, je ne savais pas que dans ce seul corps vous eussiez plusieurs âmes*. » Il ne parait pas que dans les premiers siècles du moyen âge les pantomimes eussent conservé le masque antique ; mais, d'ailleurs, ils exécutaient au son de la musique, et quelquefois avec accompagnement de chants {cantica)^ des danses et des scènes dramatiques. Loin d'avoir détruit cet usage, le christianisme le vit se répandre partout et même parmi les clercs dans l'enceinte des églises. Vers la fin du vf siècle,

* Lucian. De snltat.,^^. 66. Voyez les Origines du théâtre antique et rfu tftéiUre moderne^ par C. Magnin.

Aunacaire ou Aunaire, évêque d'Auxerre*, dans un synode tenu sous sa présidence, défend dans le premier canon, « aux calendes de janvier, certaines pratiques venues du paganisme » *. Or, ces

pratiques consistaient à banqueter et à danser dans les églises au son des instruments *. Le peuple était attiré ainsi dans les temples, non-seulement par les exercices religieux, mais pour ses affaires et ses plaisirs. L'église était le temple, le forum ou l'hôtel de ville et le théâtre *. Ces souvenirs dos usages antiques et des agapes des premiers chrétiens disparurent peu à peu des églises et n'eurent plus de place que dans la vie civile ; souvent alors les danses antiques firent place aux exercices les plus grossiers d'histrions et de funambules.

* Aiém. concernant Vkist, civ. et ecclésiast, d'Auxerre, par rabbé Lebœuf, t. I, p. 129.

5 ConcU, Autissiod.f ann. 585; dans Labbe, ConciL, t. V, p. 956.

* Voyei la préface du Carluiaire de Véqlhe Notre-Dnmp de P/iris, publiée par M. r.uérard.

C'étaient des poses lascives, des tours d'adresse et de souplesse exécutés avec accompagnement d'instruments.

Nous voyons ces sortes de jeux représentés dans les vignettes d'une Bible du x* siècle ' (fig. 1). Au son des flûtes doubles, des

psaltérions, harpes, lyres et clochettes, deux histrions exécutent des danses et tours avec des épées. C'était une tradition de la danse pyrrhique des Germains.

Les monuments des xï* et xii* siècles représentent souvent des repas pendant lesquels des hommes et femmes exécutent des danses, font des tours d'équilibristes (fig. 2), sautent sur les mains*,

' Biblioth. nation., manuscr. latin, 6-3.

2 Manuscr. du commencement du xir ?iècle; anc. collect. Garneray.

toujours avec accompagnement d'instruments de musique. Ces représentations sont fréquentes jusqu'au xiv* siècle. Alors les jeux d'histrions sont remplacés par ce qu'on appelait des entremets^

c'est-à-dire des scènes récitées ou chantées pendant les intervalles qui séparaient les services des festins.

Le goût pour les pas exécutés pendant les banquets, par une seule danseuse, parait avoir été fort en vogue pendant le xii* siècle. Peul-êlre cet usage était- il une importation orientale.

Le vêtement de ces danseuses était léger, long, mais dessinant les formes du corps. Les vignettes des manuscrits, les monuments sculptés, nous ont conservé beaucoup de ces danseuses qui s'accompagnaient habituellement de clochettes (fig. 3) *. Cette femme est vêtue d'une robe sans bliaut, collante sur la poitrine et les hanches,

et formant des plis très-fins, suivant la mode orientale. Le col du vêtement est bordé d'une passementerie très-riche, terminée au bas de la fente par un petit crochet long qui retient le corsage et forme un pli transversal accusant la taille. Des plis en spirale entourent les seins. Les manches sont justes, plissées transversalement et terminées aux poignets par une riche passementerie. La jupe est flottante, à plis fins et répétés; les cheveux, retenus autour des tempes par un cercle, tombent sur les épaules. Ce vêlement parait être taillé dans une étoffe de soie crêpelée, suivant la mode adoptée

1 D'un chapiteau déposé dans le musée de Toulouse, représentant Hérodc à table et Salomé dansant devant lui.

alors par les dames nobles pour les robes portées sous le bliaut. Cette danseuse ne porte pas de ceinture. On voit fréquemment, dans les bas-reliefs de cette époque et du xiii" siècle, des histrions qui pendant les repas se livrent à des exercices funambulesques et de bateleurs (lig. i)*. Les seigneurs, après ces divertissements, s'ils

étaient satisfaits, faisaient de riches présents à ces bateleurs, consistant en habits et joyaux, ce qui était de la part du clergé l'occasion d'amères remontrances. Mais le goût pour ces spectacles ne persistait pas moins parmi la noblesse. Les trouvères, poètes

' Voyez, entre aulres sculptures, le linteau de la porte septentrionale de réalise de Semur en Auxois, représentant le repas du roi Godoforus. (Légende de saint Thomas, apdtre.)

ambulants, s'élevaient dans leurs vers contre cette concurrence qui faisait tort à l'art de la poésie, considéré par eux comme étant d'une nature autrement noble et digne d'être spécialement encouragé. Ni leurs satires, ni les exhortations du clergé, n'empêchaient les bate-

leurs d'élre reçus dans les châteaux et d'être bienvenus dans les fêtes populaires. Cependant, vers la fin du xiii' siècle, le goût de la noblesse des châteaux pour ces divertissements semble s*être beaucoup affaibli. 11 reparait vers le milieu du xv* siècle, mais alors les danseurs et danseuses de profession ne portent plus, comme précédemment, les habits en usage dans la société élevée ; ils sont

vêtus d'une manière bizarre, élégante ou grotesque, ainsi que nos saltimbanques.

Dans un joli manuscrit de la Bibliothèque nationale, datant de 1440 environ ', une miniature délicate nous montre un danseur et une danseuse dont les vêtements et les postures indiquent l'abandon des traditions qui s'étaient conservées dans les siècles précédents. Le danseur (fig. 5) est vêtu d'un corset bleu clair brodé de blanc, ayant une seule manche longue taillée en barbes d'écrevisse et doublée de violet. Sa tête est couverte d'un turban jaune surmonté d'un cône pourpre et or. Un caleçon blanc très-court laisse voir ses jambes nues ornées d'anneaux avec grelots; des bracelets de même entourent ses poignets. Une écharpe tordue entoure ses hanches ; elle est accompagnée d'une sorte de lambrequin avec grelots. La danseuse (fig. 6) est vêtue d'un corset lilas, dont la jupe, taillée en barbes d'écre visse, est doublée de blanc, et dont les longues manches ouvertes et taillées de même sont doublées d'orange. Un collier d'or couvre sa gorge; une courte jupe verte paraît sous le corset; les jambes ainsi que les bras sont nus, avec bracelets k grelots. Les souliers sont pourpre. Le turban est rouge avec broderies et joyau d'or; il est terminé par un cône lilas et or, avec voile blanc léger. L'écharpe est verte avec grelots or. Ce sont là des costumes de fantaisie, comme ceux que nos saltimbanques revêtent aujourd'hui.

Il ne faudrait pas croire que la danse fût réservée exclusivement, pendant le moyen âge, à des danseurs et danseuses de profession. il n'y avait pas de fête chez les nobles, les bourgeois ou les paysans, qui ne fût terminée par des danses. C'était un des divertissements favoris de toutes les classes auquel les femmes se livraient avec passion. On dansait le jour sur les prés, et le soir dans la grande salle des châteaux, pourvu que la compagnie fût assez nombreuse. Les caroles ou karoles, sorte de rondes, étaient fréquemment dansées par les damoiselles seules. Dans le roman de Gui de Nanteuily les damoiselles font dresser une tente entre les partis ennemis et avant le combat :

(I Plus en i ot de .x.xx. as bliaus entailliés

M Es ombres sunt alées dessous les oliviers,

(f La karole commenchent, que les corps sont legiers.

(c Li amirans du Goine les ot moult volontiers ^. »

• Français, le Miroir historiaf.

'^ Gui de Nanteuil, vers 2440 et suiv. (xili* siècle).

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