‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 127 sur 165 · EUX · texte numérisé non relu

EUX

Richard Cœur-de-Lion, qui jette Téchiquier à la tête de Foulques Fitz-Warin, et Foulques riposte par un coup de pied dans le ventre*.

Le jeu des échecs tient dans les romans une grande place, ce qui prouverait que ce jeu était en effet chez les gentilshommes une affaire importante.

Huon de Bordeaux se déguise en valet de ménestrel pour s'introduire dans le château de l'amiral Yvarins. Celui-ci, voyant un si beau page au service d'un coureur de châteaux, se doute de quelque tour : « — Eh ! lui dit-il en l'examinant, c'est grand dommage que lu « serves un ménestrel, il te conviendrait mieux, ce me semble, de « garder un château: tu as quelque projet caché? D'où viens-tu, (( et quel métier sais-tu faire? — Sire, répond Huon, je sais « beaucoup de métiers et je vous les dirai s'il vous plaît. — Soit, « répond l'amiral, je suis prêt à t'écouter ; mais garde-toi de le « vanter de choses que tu ne saurais faire, car je te mettrai à « l'épreuve. — Sire, je sais muer un épervier; je sais chasser le « cerf ou le sanglier ; quand je l'ai pris, je sais corner la prise, et « mettre les chiens sur la voie. Je sais servir à table; je sais jouer a aux tables et aux échecs de façon à battre qui que ce soit. — « Bon, réplique l'amiral, là je t'arrête, et au jeu d'échecs je vais « t'éprouver. — Laissez-moi achever, sire, puis vous me melti'ez « à l'épreuve sur tel point qui vous conviendra. — Continue « donc, tu parles bien. — Sire, je sais encore endosser un hau- « bert, porter l'écu au cou et la lance, diriger un cheval et vaincre à d la joute qui voudra se présenter. Je sais encore entrer dans les « chambres des dames et m'en faire aimer. — Voilà bien des « métiers ; je m'en tiens aux échecs. J'ai une fille, la plus belle qu'on « puisse voir et qui sait fort bien jouer aux échecs, car je n'ai « jamais vu un gentilhomme la mater. A toi revient, par Mahomet, a de jouer avec elle ; si elle te fait mat, tu auras le cou coupé. Mais, « écoute :

« Que se tu pues me Aile au ju mater, « Dedens ma cambre ferai .i. lit parer, a Aveuc ma flUe tote nuit vous girés, (( De H ferés toutes vos volontés, (( Et le matin, quant il ert ajoniés, (( De mon avoir .c. livres avérés « Dont pores faire totes vos volentés. »

C — Il en sera, répond Huon, comme vous voudrez. »

* Hisf. ffe Fou/qu^s Ft'fz-Wan'tf, mauuscr. Uu Musée Britannique (xiii« siècle).

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L'amiral s'en va raconter cela à sa fille.

c — Mon père est fol, assurément, se dit la damoiselle ; par le « respect que je lui dois, plutôt que de voir périr un si beau garçon, < par lui je me laisserai mater, i

On apporte un riche tapis au milieu de la salle. « — Vous m'avez € bien compris? dit l'amiral. 11 convient que vous jouiiez avec ce € varlet : si vous le battez au jeu, il aura la tète tranchée aussitôt; € si c'est vous qui êtes matée,

« De vous doit faire tote sa volonté. »

« — Puisque vous le voulez ainsi, réplique la damoiselle, je le c dois vouloir, que cela me convienne ou non. >

« Puis dist en bas, coiement, à celé : (( — Par Mahommet, il le lait bon amer « Par son gent cors et sa grande biaulé. « Vauroi ja ke H jus fust ftné.

L*amiral recommande à tous ses barons de ne souiller mot.

« — Li jus est grans, nus ne s'en doit meller.

« A dont on fait l'eskekier aporter^

M Qui estoit d'or et d'argent painturé,

« Li eskiec ftirent de fin or esmeré,

(( — Dame, dist Hues, quel ju volés juer ?

<c Volés as trais^ u vous volés as dés ?

« — Or soit as trais, dist la dame al vis cler. »

La partie s'engage, et le bachelier est bien près de la perdre, car il regarde plus souvent la damoiselle que l'échiquier, et celle-bi s'en aperçoit :

« — Vasal, dist ele, dites, à coi penses ? « Prés ne s'en iaut que vous n'estes matés. « Ja maintenant ares le cief copé ! •

c — Attendez un peu, dit Huon, le jeu n'est pas fini. Ne

(c Sera-ce pas grand honte et vilenie ff Quant a mes bras toute nue gcrrés, « Qui sui sergans du povre ménestrel ? n

Les barons de rire, et la damoisèlle à son tour de regarder Iluon et de ne plus faire attention à son jeu ; si bien

« Qu'ele perdi son ju à mesgarder. »

« — Maintenant, dit Huon à Tamiral, vous voyez si je sais jouer ; « encore un peu et votre fille est sûrement matée. — Maudite soit « rheure où je vous ai engendrée, ma fille ! dit le père furieux. Vous m avez battu à ce jeu tant de hauts barons, et vous vous laissez mater a par ce garçon I — Calmez-vous, répond Iluon, les choses pour- « ront en rester là, et votre fille se retirer en sa chambre ; pour « moi, j'irai servir mon ménestrel. — Si vous agissez ainsi, je « vous donnerai cent marcs d'argent. — Soit! » répond le bachelier. Mais la damoisèlle s'en retourne le cœur plein de dépit : « — Si j'eusse su cela, se dit-elle, je t'aurais bien maté. »

Le conte est un peu leste ; mais il s'agit de païens, et l'on voit que Huon se comporte en gentilhomme. Tout est bien qui finit bien *.

Dans un autre roman du même temps*, la fille de Géri s'éprend de Dernier ; elle envoie son chambellan le prier de la venir visiter une nuit :

ce -~ Di li par moi salus et amisUé,

« Et qu'en mes chambres se vaig;ne esbanoier ^

« Et as esches et as tables joier.

« Je te donrai xx livres de deniers. »

« — J'irai volontiers d, dit le chambellan. La scène est charmante et se passe le plus convenablement du monde, mais les jeunes gens oublient les échecs.

Les dames jouaient donc aux échecs, et d'ailleurs de nombreux monuments figurés nous montrent des parties engagées entre des personnages de sexe différent. Voici (fig. 1 ) la copie d'une boile à miroir d'ivoire, du commencement du xiv" siècle, qui représente un jeune homme et une dame jouant aux échecs ; deux autres personnages très-attentifs regardent la partie, l'un d'eux tient un épervier sur le poing *.

Les jeux d'échecs, de tables, de dés, étaient un des délassements

* Huon de Bordeaujc^ vers 7386 et suiv. (xiii« siècle) {ks Anciens poètes de la France^ publ. sous la direct, de M. Guessard).

* U Romans de Raoul de Cambrai, ' «Se divertir».

* Delà collect. Sauvageot, musée du Louvre.

favoris des gentilshommes dans les camps ; si bien que les chefs d'armée durent souvent interdire ces passe-temps, qui étaient la cause de négligences funestes, de pertes d'argent et de querelles. Quand le roi Louis IX s'en vint à Acre après sa captivité, de tant de

pertes qu'il avait faites, celle] du comte d'Artois, son frère, lui était la plus sensible. En mer, il se plaignait à son sénéchal de ce que le comte d'Anjou, qui était avec lui dans sa nef, ne lui faisait nulle compagnie. Un jour, il le demanda ; on lui dit qu'il jouait c aus « tables à monseignour Gautier d'Anemoes*. Et il ala (le roi) là

1 De Nemours.

« touz chancelans pour la flebesce de sa maladie, et prist les dez et « les tables et les geta en la mer, et se courouça moult foil à son « frère de ce qu'il s*estoit sitost pris à jouer aus deiz. Mais messires c Gautiers en fut li miex paiez, car il geta tous les deniers qui c estoient sus le tablier (dont il y avoit grant foison) en son giron, « et les emporta ' . » Ce jeu des tables était ce que nous appelons aujourd'hui le trictrac^ que Ton jouait avec des dés et des tablettes ou disques de bois ou d'ivoire.

Du xii' au XIV' siècle, dans les pièces de l'échiquier étaient : le paon; la tour, le roc; la reine, la fierge ou firge (vierge); le cavalier, le chevalier; le fou, Y au fin *.

L'évéque de Paris, Eudes de Sully, sous Philippe-Auguste, défendit aux clercs de jouer aux échecs et même d'en avoir chez eux. Saint Louis voulut infliger des amendes à tous ceux qui jouaient aux échecs, aux tables et dés. Mais ces ordonnances ne purent être mises à exécution, non plus que beaucoup d'autres de ce genre prétendant modifier les mœurs.

La vogue du jeu des échecs devrait faire revenir un peu sur l'opi nion que l'on a des habitudes de la noblesse féodale. Ce jeu demande une certaine culture d'esprit et une habitude d'appliquer l'intelligence à des combinaisons suivies. Il n'était pas une dame, du xif au XV* siècle, qui ne sût jouer aux échecs et aux tables; on n'en peut dire autant aujourd'hui.

Outre le jeu des tables, il y avait le trémerely qui se jouait avec trois dés, et qui parait être une variante du trictrac. Les jeux de hasard furent l'objet de défenses fréquentes. Parmi les bans publiés dans l'échevinage d'Hénin Liélard, au xiii' siècle, il en est qui concernent ces jeux. Défenses sont faites aux taverniere de les tolérer chez eux : « En cui maison on aura jue as des, et en cui maison on € aura jue au tremeriel, son le semont il est a LX s. de fourfait s'il € en est convencus; et son li met sus con ncn ait verte lui quint len « convenra desfendre. » A Douai, des mesures sont également prises contre ce jeu dans un ban intitulé : « Con ne suefre con just < as des en son pourpris '. »

< Joinville, Hist. de saint Louis^ publ. par M. Natalis de Vailly, p. 143.

' Voyez Textrait du Roman d'Alexandre de la bibliolb. Bodléienne» publié dans les notes des Chron. des ducs de Normandie^ t. II, p. 515 {Coll. des docum. inédits de Vhist, de France). Ce passade démontre qu'au xiii* siècle^ le jeu des échecs ne différait pas du nélra.

* Gartul. L, f» xii. (Voyea Recueil d'actes des xii« et xm« siècles en langue rom^ wallone du nardd^ la France, pabl. par Tailliar, 4849, Douai, p. 400}.

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La berlenCy hellens ou brelenc, était la table sur laquelle on jouait aux dés :

« Lors fail aporter ses berlens

« £1 les escuiers * por juer

c L'avoir dont se velt descombrer ^. »

Dans l'inventaire de l'argenterie du roi dressé en 1353, on trouve cet article : « Pour 1 eschequier de bateure et de cristal, à « perles dedens, garny des jeux de cristal et de marbre vermeil...»

En 1412, la plupart des pièces de l'échiquier avaient pris les noms qu'elles ont aujourd'hui. « Pour un roy, une royne, deux roz € (tours) et six paonnez (pions) d'yvoire blanc; pour un jeu d'es- « chez et un fol et plusieurs paonnez noirs *. »

Et dans une de ses ballades Charles d'Orléans parle ainsi :

« En ma Dame j'avoye mon secours,

« Plus qu*en autre, car souvent d'encombrier

« Me delWroit, quant venoit à son cours,

« Et en gardes faisoit mon jeu lier ;

(f Je n*envoye Pion, ne Chevalier,

« Auflln ne Rocq qui peussent ma querelle

« Si bien aidier ; il y pert vrayement,

« Car j'ay perdu mon jeu entièrement ;

« Se je ne fais une Dame nouvelle *. »

Dans le journal de la dépense du roi Jean en Angleterre, il est aussi question de jeux de tables (trictrac).

Un des corbeaux sculptés portant les poutres de la salle des mercenaires, dans le château de Pierrefonds, représente un gentilhomme et une dame jouant aux tables. Ces représentations sont fréquentes sur les vignettes de nos manuscrits des xiii% xiv* et xv* siècles.

Outre le jeu de tables, qui demande des combinaisons, les jeux de hasard étaient répandus dans toutes les classes de la société, malgré les édits royaux, les décrets des conciles, les excommunications. Le jeu des dés particulièrement était une occasion de pertes de sommes considérables chez les gentilshommes, souvent de querelle? et de rixes.

> « Les échecs ».

' Gautier d'Arras, li Romans de t empereur Eracle»

' Arobites nationalos (K. rey. 41, fol. 89 verso).

« Poéfw de CiMirlei d'Orlém» (i'« moitié du xv« liècle),

Le trouvère Rulebeuf, au xiir siècle, parle ainsi des dés dans li Diz de la griesche d'yver * :

(c Li dé qui li délier oat fet « M*ont de ma robe tout desfet ; « Li dé m'ocient, « Li dé m'aguetent el espient, « Li dé m'aîBsaiUeot et déifient, « Ce poiae moi. »

Eustache Deschamps consacre une pièce de vers tout entière au jeu des dés et à ses conséquences funestes ^. Avec cette verve qui caractérise ses poésies, il nous montre comment, une nuit, Coucy et plusieurs bons chevaliers et écuyers s'en allèrent, après souper :

c En un retrait où ilz trouvèrent « Grant feu et beUe table mise. »

Là on se met à jouer aux trois dés de Paris.

Le poète peint Témolion des joueurs, traduit leurs propos, leurs blasphèmes quand ils perdent, leurs colères s'en prenant à tout el à tous. Tantôt c'est un fétu de paille qui est accusé d'avoir fait tourner la chance, tantôt Tèternument d'un des assistants, tantôt une chandelle qui charbonne. Son dit conclut ainsi :

a De jouer se lait bon tenir,

« Se ce n'est par esbatemenl

« Jusqu'à deux flourins seulement,

« Sanz convoitise et sani jurer,

« Sanz mal el sans injurier,

« Car plus est homme saife et (prant,

« Plus si méfiait ; et si di tant,

« Que mains gentils hommes très haulx

« Y ont perdu armes, chevaulx,

« Argent, honneur et seigneurie,

« Dont c'estoit horrible foUe,

« Quant estoient en une armée,

« Pour perdre une noble journée

« Pour ce qu'ils n'avoienl barnois. »

Un manuscrit de la Bibliothèque nationale ' contient un autre

1 Sur la rigueur de l'hiver.

* Le Dit du gieu des dez (xiv« siècle).

9 Ane. suppl. français, n« 1122. Ce dît a été publié dans le recueil de M. A. Jubinal, faisant suite à Legrand d'Aussy, Barbaian et Héon, i8A2.

du sur le jeu des dés. C'est le diable en personne qui enseigne à l'homme à fabriquer les dés :

« — Frère, dit li mauves, je me iui porpensez ; « Tu feras uae chose qui son nom sera dez ; a Maint homme en iert encore honnis et ver^ndei ; « Li un en iert pendu et li autre tues.

(c Tu feras celé ohose de six costés quarrée,

« En la première coste tu feras un seul point... »

Et ainsi le diable fait mettre sur chaque face deux, trois, quatre, cinq et six points.

La table sur laquelle on jetait les dés — car il y avait plusieurs combinaisons de jeux de dés — s'appelait, comme on l'a vu plus haut à propos des échecs, le bellenSy béUariy brelan :

« Li dé furent d'ivoire, de marbre 11 bellens >. »

Dans les camps, les chefs d'armée défendaient les jeux de dés, qui étaient souvent la cause de sanglants conflits ; mais l'habitude était plus forte, et ces défenses, sans cesse renouvelées, n'arrêtaient pas les joueurs.

Dans les Grandes Chroniques de Jehan le Bel, qui furent écrites vers le milieu du xiv' siècle, on lit ce passage : « Après disneiz c grant hustin comencha entre les garchons des Hennewiers et des c archiers d'Angleterre, qui entre eux asi oient hebergies ensemble, « a ocquison del jeu de deis, dont grans mais avient si corne vos « oreis.»

En effet, au bruit de la querelle, tous les archers qui étaient répandus dans la ville se réunirent armés, et blessèrent ou tuèrent plusieurs de ces garçons Hennuyers, lesquels se retirèrent en leurs hôtels. Il fallut que leurs maîtres se missent de la partie, et trois cents archers restèrent sur le carreau *.

Les recherches savantes faites sur le jeu des cartes par quelques auteurs du dernier siècle et de celui-ci ne permettent pas de faire remonter l'invention de ces cartes avant le xiv' siècle. Les documents

I Du Jeu de dez {Ditz des xiu«, ziv« et xv« siècles^ recueillis par A. Jubinal, t. Il, p. 22).

- Yoye« les Vrayes Chroniques de Jehan le Bel^ publ. par M. Polain.

les plus anciens qui les mentionnent datent de 1299. Il ressort assez clairement de Touvrage de M. Merlin, qui a su réunir sur la matière tous les documents connus, que les premières cartes, ou rurïbis, avaient été fabriquées en Italie pour amuser et instruire en même temps les enfants, et qu'on eut l'idée plus tard de se servir de ces images sur petits cartons pour en composer des jeux de hasard et de combinaison propres à remplacer le jeu des dés*. Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici Fauteur de cet excellent traité sur les jeux de cartes :

c Les cartes ne sont ni d'origine arabe, ni d'origine indienne. c Rien n'autorise ces deux suppositions; aucun monument, aucune « citation d'écrivains de l'Orient ne vient lès appuyer. Ces jeux c sont, du reste, contraires au génie, aux mœurs et à la religion des

< Arabes 2 Les cartes sont une invention européenne, sans

< nul doute italienne. Voici ce qu'on peut supposer de plus vrai- « semblable sur leur origine.

t Au xiv" siècle, il y avait en Italie une suite de dessins, un c album de cinquante pièces, très-propres à amuser les enfants c par la variété des images, et à aider leur instruction en sera vaut de sujets d'inlerrogation aux maîtres ou aux parents : c'était « une nomenclature étendue des connaissances d'alors, un pro- « gramme de questions, un aide-mémoire encyclopédique pour les « yeux,

( Cette suite de dessins se nommait natbis; nous en avons la « copie dans les gravures anonymes attribuées à tort ou à raison au « peintre Mantegna.

« Vers la fin de ce même siècle, un esprit inventif, probablement € un Vénitien, crut voir dans les natbis des enfants les éléments « d'un jeu nouveau propre à servir à l'âge mûr de récréation alta-

« chante — Pourquoi, se dit-il, n'imaginerait-on pas un jeu qui,

« sans exclure complètement les chances du hasard, n'y serait pas « livré tout entier comme les dés, et qui, moins sérieux que les « échecs, moins bruyant et plus portatif que le trictrac, exigerait, i comme ces jeux, une attention soutenue , du calme et de la ré- « flexion* ?... »

1 Voyez, à ce sujet, Texcellent ouvrage que vient de publier M. Merlin sur VCh^igine des cartes à jouer, Paris, 1870.

2 Ce passage est une sorte de conclusion des preuves accumulées par M. Herlhi à l'appui de sou opinion.

s Fage 57.

Celte explication parait vraisemblable. Le fait est que les cartes, du jour qu'elles purent être fabriquées à Taide de la gravure sur bois, et devinrent par conséquent très -communes, remplacèrent peu à peu le jeu des dés, et même ceux des tables et des échecs. Les cartes se prêtaient à des combinaisons variées à l'infini, et permettaient à un plus ou moins grand nombre de personnes de participer au jeu, tandis que l'on ne pouvait jouer aux tables ou aux échecs qu'à deux. La société élevée, aussi bien que les classes inférieures, s'en tinrent donc aux cartes ; le jeu des dés et du trémerel, qui passionnaient si fort nos aïeux*, tombèrent en discrédit. A peine si à la fin du xvi'' siècle on voyait quelques soudards recourir aux dés pendant les heures perdues et dans les mauvais lieux, où les jeux de hasard persistèrent fort tard.

Pendant les loisirs du jour, lorsque les dames, chevaliers et écuyers s'en allaient aux veryersy les hommes jouaient parfois aux boules et au billart. Ce jeu consistait à chasser au ras du sol des boules au moyen de crosses de bois. Il persista en Angleterre, en Ecosse, et paraît avoir été remplacé en France, vers le xvi* siècle, par le mail :

« Item, et je adjoincls à la grosse ^

(c Celle de la rue Saint-Anthoine,

« Et un billart de quoy on crosse '. »

Des groupes aimant les plaisirs plus tranquilles causaient pendant que les dames tressaient des chapels (couronnes) de fleurs qu'elles offraient à leurs amis (lig. 2*). Ces sujets sont répétés trèsfréquemment sur les ivoires, sur les coflrets, sur les menus objets

1 Le Irémerel, jeu de hasard à trois dés, ainsi que nous l'avons dit plus haut, fut l'objet de défenses spéciales, et parait avoir été en vogue particulièrement dans les tavernes et les lieux de débauche :

« Voien tiers alez au bordel, « Et où l'en jeu au tremeral, ff Et gaiguiez inult à envis ; tt Por ce estes-vous trop chétis. •

Les Gens d'aventures, (A. Jubinal^ Jongleurs el trouvères des xiu« et xiv* siècles^ 1 vol., Paris, 1835.) '2 « Au contrat » .

* Petit Testament de Villon, st. xxix.

* Boite à miroir à deux faces, du commencement du xiv* siècle, au musée du Louvre.

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