607 — [ HACHE
Entre les mains des paysans, la faux était, au besoin, une arme de guerre. (Voyez, dans la partie des Armes, l'article Fauchard.)
FORCES. — Voy. Ciseaux.
rw^
HACHE, s. f. {hasche, hachon^ barde^ hachette^ clache^ destrau^ dosse^ hapiette^ happe ^ paffus^ piarde^ queugniette). Cette quantité de noms donnés à un même objet indique les usages variés aux-
quels il était destiné, indépendamment de la hache, arme de guerre, fort usitée depuis les Mérovingiens jusqu'au xvi* siècle, la hache, outil, était entre les mains de touî? les hommes cpii travaillaient le
bois, depuis le bûcheron jusqu'au menuisier. La hachette même était, comme aujourd'hui encore, un outil des maçons. La doloîre (voyez ce mot) n'était qu'une hache à manche très-court, et la cognée des charpentiers une hache à manche long. La grande hache, employée pour l'équarrissage des bois, était un très-bel outil, bien emmanché, ayant une grande puissance d'abatage (fig. 1 *). Ces haches sont de la même dimension que celles employées encore par nos charpentiers, mais plus fortement emmanchées et retenues au bois par un long étrier.
HARNAIS DE CHARROIS. Nous comprenons dans l'outillage les pièces qui composent les harnais de charrois, chars, charrettes, coches, litières. Les habitudes casanières que l'on commence a perdre en France ne datent pas de si loin. Pendant le moyen âge, tous ceux qui n'étaient pas attachés à la terre par leur état social se déplaçaient facilement. Nobles, marchands, religieux, aventuriers, jongleurs et trouvères, étaient souvent par voiçs et chemins. Les chroniques, les romans, les contes, font mention des pérégrinations entreprises souvent pour de légers motifs par nos aïeux. Les foires qui se tenaient dans des centres éloignés les uns des autres, et qui étaient le moyen ordinaire des transactions commerciales, exigeaient, de la part des marchands, des déplacements longs et répétés. Des expéditions étaient entreprises d'autant plus volontiers par la noblesse, qu'elle s'ennuyait souvent dans ses manoirs.
Certaines églises attiraient des masses prodigieuses de pèlerins.
Dans un temps où la poste n'existait pas, c'était par des messagers qu'on pouvait établir des communications. Beaucoup de petits marchands, des trouvères, des jongleurs, n'avaient d'autre moyen de gagner leur vie que d'aller de ville en ville et de château en château, pour débiter leur marchandise ou leurs chansons. Pendant les xi% xii* etxiii* siècles, les fréquents voyages en Orient avaient familiarisé toutes les classes de- la société avec les longs déplacements. Et d'ailleurs, dès l'époque de César, on voit avec quelle rapidité Gaulois et Romains se transportaient d'un lieu à un autre, et combien l'habitude des voyages était familière aux habitants de la Gaule. Ce n'est pas à dire que les routes, pendant le moyen âge, dussent être bien entretenues et nombreuses, mais les moyens de transport étaient en raison de cette insuffisance de la viabilité. On
1 Fouilles du château de Pieirefonds i&v'' siècle).
voyageait à cheval, mais aussi, beaucoup plus qu'on ne le suppose généralement , dans des chariots et des litières. Ces véhicules étaient de véritables tombereaux couverts ou découverts, posés sur deux essieux et quatre roues de diamètres égaux. Bien entendu, ces voitures ne tournaient que difficilement, puisqu'elles n'avaient pas d'avant-train et que les roues de devant ne pouvaient passer sous la caisse du char. Cependant, à force de chevaux et avec du
temps, on arrivait malgré les fondrières, grâce à la simplicité même de ces véhicules. L'une des voitures gallo-romaines dont nous ayons une reproduction se trouve sur un bas-relief provenant de Vaison et déposé aujourd'hui au musée d'Avignon. Cette voiture (fig. 1) est une sorte d'omnibus à quatre roues traîné par deux chevaux. Des voyageurs sont placés dans la caisse el sur l'impériale, garnie de sièges et de balustrades. Le cocher est assis sur un encorbellement dominant les chevaux. Ceux-ci sont attelés au moyen de colliers surmontés de deux longues cornes. Les larges courroies de tirage sont maintenues le long du ventre des chevaux par une sangle qui passe sur une sorte de selle et forme sous-ventrière double. Beaucoup plus tard, nous voyons ce grand chariot gaulois encore en usage (llg. 2 '). Les voyageurs sont assis, voyant un côté du chemin.
I Maituscr. Biblioth. nationale, Vita snuti ïh'onysh\ latin (xiii* siècle).
Le char à quatre roues de diamètres égaux, posé sur les essieux,
est couvert par sept Hemi-cercles'de bois réunis par cinq traverses.
Le tout est couvert d'étofîe, et un rideau peut être relevé en roulant
sur lui-même sur chacun des côtés. Deux chevaux attelés en tlèche traînent ce chariot. Un postillon est monté sur le premier, placé entre les brancards. Il est évident qu'on ne pouvait faire beaucoup de chemin par jour dans une voiture ainsi fabriquée. C'était ce qu'on appelait une coche. Les bêtes sont habillées comme le sont encore aujourd'hui les chevaux de nos charrettes ; c'est-à-dire que les brancards sont (pour le limonier) suspendus au collier et à une large courroie passant sous la selle. Plus tard encore, ces coches sont tirées par des chevaux de front attelés à un timon et à des palonniers (fig. 3 *). C'est le roi Darius que le peintre représente
ainsi dans ce char couvert, doublé d'étoile en dedans, peint et doré à l'extérieur. Le croisillon de courroies placé dans le vide antérieur est destiné à empêcher le hiement de cette charpente, que les cahots auraient, sans cette précaution, disloquée promptement. Les chevaux sont attelés ainsi que l'étaient encore nos chevaux de poste il y a moins d'un siècle. Des chars beaucoup plus petits, et qui ne pouvaient contenir qu'une ou deux personnes, étaient, dès avant cette époque, attelés de quatre chevaux (fig A*) : deux chevaux de timon et deux chevaux en avant tirent sur le palonnier suspendu à
1 Mauuscr. Bibliolh. nationale, Quinte-Curce, français, dédié à Charles le Téméraire. '^ Manuscr. Biblioth. nationale, ie Miroir historial^ français (1A60 environ).
l'extrémité de ce timon. Avec un char aussi léger et quatre chevaux.
on pouvait Irancliir rapidement de grandes distances, mais il ne
flT, — 65
fallait pas redouter les cahots. Ces chars étaient d'ailleurs abondaniment pourvus de coussins, puisque les inventaires des xiv' el XV* siècles mentionnent quantité de coûtes et de tentures pour chars.
Les femmes, les grands seigneurs qui ne pouvaient voyager à cheval pour une cause ou une autre, se servaient delà litière, ({ui est certes, de toutes les manières de se faire transporter, la plus agréable*. Les litières sont représentées ou découvertes ou couvertes. Dans le premier cas, elles consistent en un coffre oblong, bas, dans lequel on peut tenir, au besoin, deux personnes assises^ ou une seule couchée. Ces coffres sont montés sur de longs brancards devant et derrière, suspendus aux harnais de deux chevaux, l'un devant, l'autre derrière. Souvent un postillon monte le cheval de devant. La ligure 5 montre en A une de ces Utières dans laquelle deux personnes sont assises '. Les brancards sont passés dans des boucles attachées au collier du cheval. En B, la litière est vide* , ornée de peintures et de dorures extérieurement. Les brancards sont suspendus à la selle sur laquelle le postillon est assis. Quand les litières sont couvertes, ou elles sont faites en façon de palanquin, de lit à colonnes, avec une entrée de chaque côté*, ciel el courtines, ce qui était fort lourd ; ou, sur le coffre dont nous venons de parler, on passait des cercles de bois reliés par des longrines, le tout couvert d'étoffe. Alors on ne pouvait se placer dans la litière qu'en enlevant cette couverture ou qu'en s'introduisant en rampant par Tune des deux extrémités (fig. 6 *). Il est évident qu'on ne pouvait se tenir dans une Htière que couché ou assis très-bas, ainsi que dans les gondoles de Venise. Avec de bons coussins et une couverture bien rembourrée, on devait voyager ainsi le plus doucement du monde. Aussi plaçait-on dans des litières de ce genre les malades, les blessés, les femmes qui ne pouvaient supporter le cheval. Celte litière est, comme on peut le voir, fort bien disposée pour porter sur le harnais des bêtes. Le collier tire et retient ; de plus, sous la selle sont attachées des cordes qui tirent sur le brancard. Un postillon peut monter sur le cheval de devant, mais le plus souvent les conducteurs étaient à pied. Nous avons, dans la partie des Armes,
> Voyez, dans le lorae \*^ du Dictionnaire du mobilier, le mol Litière. ^ Manuscr. Biblioth. nationale, Tite-Live^ français (1350 environ), de labiblioUi.du roi Jean, et Tite^Live, français, n" 30 (de 1395 environ), s Même manuscrit.
* Voyez à Tarticle Litière^ 1. 1*<^, la planche 6. ^ Manuscr. Biblioth. nationale, htnceht du Uic^ français (1390 environ;.
515 — [ HERMINGTTE ]
l'occasion de revenir sur rhabillement du soudoyer qui marche en avant.
HERMINETTE, s. f. Outil de charpentier, de menuisier et de tonnelier, composé d'un fer battu, plat, recourbé, présentant son taillant très-larpfe perpendiculairement au manche (fiR. J). La forme
de rherminette est restée à peu près ce qu'elle était pendant les XIV' et xv" siècles. Cet outil remonte à la plus haute antiquité, et certaines de ces pierres taillées et polies, dites haches de 1 âge de
pierre, étaient certainement emmanchées en manière d'herminette : ce sont celles qui sont plates avec queue longue et terminées carrément. Comme preuve, on peut donner une herminette égyptienne que possède le musée du Louvre (fig. 2). Le taillant de cet outil *
1 Au tiers de rexécuiion.
f HOTTE ] — 61(5 —
est forgé ainsi que Tembrasse de fer A. Le coin B ainsi que le mandie à double courbure sont de bois. Il y a tout lieu de croire que les premières herminettes de pierre, et plus tard celles forgées, étaient emmanchées de celte façon. Dans le premier cns, Tembrasse de fer A était remplacée par un lien de cordelles.
HOTTE, s. f. Vaisseau fait de bois ou d'osier, conique, avec partie aplatie, propre à porter des fardeaux, reposant sur les épaules et les reins, et maintenu par deux courroies. On voit des hottes figu-
rées sur des monuments des premiers temps du moyen âge. Elles ne diffèrent que bien peu de celles dont on se sert aujourd'hui dans nos campagnes et qui n'ont pas de dossier. Voici (fig. 1) un hotleux copié sur une vignette d'un manuscrit du commencement du XIV" siècle*. C'est un paysan revêtu de la longue cotte simple, à manches courtes.
* Manuscr. Biblioth. nationale, Fnhlex et apoiogiies, latin (xiv* siècle), portrait de Philippe le Bel en tête.