ASSIETTE
chacun dors âvâit sa cuiller et puisait à même le vase, comme nos soldats puisent à la gamelle. Avant de faire usage des assiettes, chez les personnages où régnait un certain luxe, les viandes étaient posées devant chaque convive, par Técuyer tranchant, sur un morceau de pain plat. Sur cette tranche de pain, chacun coupait sa viande avec un couteau, ou se servait de ses doigts pour la séparer en bouchées. A chaque viande on changeait l'assiette de pain. L'usage de placer sous le menu gibier rôti des tranches de pain est une dernière tradition de cette ancienne coutume qui s'est conservée jusqu'à notre temps.
Les assiettes les plus anciennes rappellent à très-peu près la forme de nos assiettes modernes. Cependant elles étaient plus petites, trèsplates, si l'on servait des mets secs, très-creuses, au contraire, pour
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les mets liquides. On faisait rarement usage d'assiettes de terre. Le bois chez les pauvres, l'étain chez les personnes aisées et Targent chez les grands seigneurs, étaient les matières employées. Le métier de potier d'étain avait-il aussi, pendant le moyen âge, une trèsgrande importance. Nous avons eu souvent entre les mains de ces assiettes d'étain dont la fabrication datait du xiv* siècle ; nous donnons (fig. 1) deux de ces assiettes, l'une plate, l'autre creuse *. Les
< Du musée des fouilles du château de Pierrefonds. En A est donnée la marque de fabrique poinçonnée sur ces plats.
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petits plats de terre cuite ont la forme d'écuelles et ne possèdent pas le bord horizontal qui distingue particulièrement l'assiette ; c'est pourquoi nous ne les rangeons pas dans cet article.
Un ménage bien monté comportait, au xiv* siècle, un grand nombre de ces plats servant d'assiettes :
« Maint plat d'argent, si com je tain « L«s faut- il de plomb ou d'estain ^ i>
Certains mets étaient servis très-chauds dans des assiettes d'argent ou d'étain ; pour ne pas brûler les mains du serviteur qui plaçait ces assiettes devant les convives, on avait des doublures de métal à jour, ayant la forme de cylindres plats. On trouve encore des débris de ces doublures d'assiettes dans quelques collections '• L'orbe plat de l'assiette débordait quelque peu la galerie ajourée de la doublure, et cette galerie ne reposait que sur trois petits pieds, sans fond. Voici (fig. 2) un dessin d'une de ces doublures d'assiettes de cuivre.
qui date du xv* siècle •. Ces doublures étaient munies de deux anses mobiles, de sorte que les mains ne pouvaient toucher l'assiette en la transportant. L'assiette chaude était isolée et ne portait pas sur la nappe. Dans les comptes du château de Gaillon du commencement du XVI* siècle, il est encore question de ces plats doubles : < Pour € la corbeille, les plats doubles et gobelletz... *. »
> Eust. Descbampe, le Miroir de mariage^ xnr* siècle*
3 Ces objets sont habituellement désignés à tort comme des réchauds ou comme pre- Tenant de réchauds.
' Dessins du cabinet de l'auteur.
^ Dépenses du château de Gaillon^ p. 345.