‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 3 sur 165 · USTENSILES · texte numérisé non relu

USTENSILES

ACËROFAIRE, s. m. {acérofèré). Du Gange dit que Vacerra est le vase sacré dans lequel les églises conservent l'encens *, il l'entend comme navette. M. de Laborde, dans son Giossaire*, considère Tacérofaire comme l'encensoir ou le trépied sur lequel on le pose. Cette dernière définition conviendrait mieux à l'étymologie du mot. En effet, les encensoirs les plus anciens ne sont pas munis d'un pied, ce sont des cassolettes sphériques (voyez Encensoir). Lorsque ces encensoirs n'étaient pas suspendus au râtelier*, qu'il fallait, ainsi que la liturgie l'exigeait, dans certains cas, les déposer sur l'autel ou sur les marches de l'autel, un trépied devait être prêt à lès recevoir. Nous pensons donc qu'il faut entendre par acérofaires ces petits trépieds ou coupelles destinés à porter Tencensoir. Nous n'avons pas trouvé d'ailleurs d'exemples existants de ces petits meubles, et n'en avons point vu de figurés dans des peintures ou bas-reliefs anciens.

< Bu Cang«^ Gloss.^ AcERis pro Acerra.

* Gioss. et Répert.j notice des éniaux, bijoux, etc., expos, dans les galeries du Louvre, par H. le comte de Laborde, Paris, 1853. ' Voyez à Tari. Herse, Meubles^ 1" partie.

AIGUIÈRE, s. f. {aiyiiier)\ Vase, ainsi que son nom l'indique, à contenir de Teau, garni d'une anse et d'un pied, habituellement reposant sur un plateau ou cuvette destinée à laver. L'aiguière, pendant le moyen âge, est faite de métal ou de matières précieuses garnies de métal. L'argent, l'or, les émaux, contribuaient à la décoration de ces vases destinés à divers usages. L'Église se servait et se sert encore d'aiguières pendant certaines cérémonies. Dans la vie

CCUIUHJMOT.

civile, c'était avec l'aiguière qu'on donnait à laver avant et après le repas. On appelait aussi aiguière un plateau contenant tout ce qui était nécessaire au service d'une collation, flacons, tasses, salières, etc. M. Blavignac* donne une gravure de la célèbre aiguière décorée d'émaux cloisonnés, qui fut envoyée, dit la tradition, par un kalife à Charlemagne, et qui se trouve aujourd'hui déposée dans le trésor (le l'abbaye de Saint-Maurice. 11 est certain que ce vase d'or, enrichi non-seulement d'émaux, mais de saphirs, est de fabrication orientale, et qu'il peut remonter au viii* siècle. Sa hauteur est de 30 cen-

* « Pinles, pos, aiguiers, chopines. » (Eusl. Deschamps, le Miroir de mariage).

* Uini. de Varchii, sacrée dans les anc, dioc. de Genève, Lausanne et Sion, 1853.

limèlres ; sa panse est en forme de disque surmonté d'un goulot prismatique à huit pans, terminé par un orifice à trois lobes; il est muni d'une anse et d'un pied. Nous voyons des aiguières figurées dans des vignettes de manuscrits occidentaux du ix* siècle qui rappellent encore les formes antiques (fig. 1) * . Les aiguières représentées dans quelques bas-reliefs du commencement du xii* siècle sont souvent munies de couvercles (fig. 2) *. Parfois, mais rarement,

ces aiguières sont dépourvues d'anses (fig. 3) *. Les trésors des princes renfermaient beaucoup de ces vases de luxe, qui décoraient les dressoirs et buffets pendant les fêtes et les banquets. On leur donnait les formes les plus variées et les plus propres à exciter l'attention. L'inventaire de l'argenterie du roi dressé en 1353, au moment où Etienne de la Fontaine quitta les fonctions d'argentier*, relate une assez grande quantité de ces aiguières, curieusement composées.

II va sans dire que tous ces objets étaient de fabrication antérieure à cette époque. Voici quelques-uns de ces vases : « Pour une aiguière quarrée, assise sur un entablement à 3 lionceaux, pesant A mars

(5 onces 5 esterlins » — « Pour une aiguière d'un homme

assis sur un coq esmaillée, pesant 6 mars 2 onces » — « Pour

une aiguière d'un homme assis sur un serpert à elles dorée et es-

> Biblioth. impér., mss. des Constellaiions.

' D*un chapiteau de la nef de Téglise abbatiale de Vézelay.

^ Manuscr. de Herrade de Landsberg, biblioth. de Strasbourg.

* Invent, du garde-meuble de F argenterie en 1353, Archives de l'emp. rég., k 8, f** 174 à 182. Voy. Comptes de l'argenterie des rois de France au xiv* siècley publ. par M. Douët d'Arcq, 1851.

mailliée, pesant c> mars 5 onces 10 esterlins » — « Pour une

aiguière d'une seraine filant, dorée et esmailliée, pesant 4 mars

6 onces » — « Pour une aiguière d'un homme assis sur un

griffon » — a Pour 2 aiguières, Tune d'un coq, l'autre d'une

géline, dont le ventre est de coquille de perles, pesant l'un â mars

5 onces, l'autre 3 mars 3 onces 10 esterlins » — « Pour une

aiguière nervèe et esmailliée » — « Pour une aiguière semée

d'esmaux » — « Pour une aiguière cisellée » — «Pour une

aiguière venue du Temple (provenant du trésor du Temple), etc. » On compte dans cet inventaire seulement quarante-quatre de ces

aiguières d'argent, de vermeil avec pierres ou émaux. Pendant les xii^ et xiir siècles, on fabriquait beaucoup de ces vases en façon d'animaux, de monslres avec figures d'hommes. On retrouve ce même goût chez tous les peuples à une certaine époque de leurs arts, depuis les Égyptiens jusqu'au moyen âge. Il est à croire que les aiguières qui sont mentionnées dans l'inventaire royal de 1353, et qui affectent des formes qui semblent se prètei* si peu à l'usage auquel ces objets sont destinés, étaient d'une époque relativement ancienne. De ces objets il ne reste rien ou presque rien dans les collections particulières ou publiques. Voici cependant un de ces pots à eau dont la matière (laiton) et le travail sont grossiers, quoique d'un

assez bon style, qui ne paraît pas être postérieur à 1260 (fig. 4)', et qui rappelle quelques-uns des vases cités dans l'inventaire de 1353. On fabriquait encore des pots de ce genre, mais en terre cuite, dans les Flandres et en Champagne, il y a quelques années. Ces vases étaient aussi désignés sous le nom A' aqiiamanille (eau à la main), lorsqu'ils étaient pourvus d'anses, munis d'un goulot et d'une ouverture supérieure pour les remplir. Dans l'exemple donné (fig. â), l'eau était introduite dans l'aiguière en soulevant le dessus de la tête de l'homme, et était versée par le bec du griffon. Ce vase semblait avoir été fait pour être posé au milieu d'un plateau, les pattes du griffon étant fixées sur un disque circulaire possédant deux encoches latérales, réservées probablement pour le maintenir. Mais, aussi ces vases étaient-ils simplement posés sur leur pied, et, lorsqu'on donnait à laver, on prenait un bassin.

Le musée de Cluny possède une belle aiguière de cuivre fondu, ciselé et doré (fig. 4 bis), qui représente une tête de jeune garçon. Un ornement placé sur son front, en guise de bijou, sert de goulot, et ce vase se remplit par un orifice, avec couvercle à charnière placé en A sur le sommet de la tête. Une anse dont nous donnons le détail en B, et qui figure un petit dragon, permet d'incliner l'aiguière lorsqu'on veut verser l'eau qu'elle contient. En C est tracé le détail, moitié d'exécution, de la broderie gravée sur le collet. Une fleur de lis, en plein, sur un écu, est placée au centre du collet. La fonte de cette aiguière est d'une légèreté remarquable et d'une seule pièce sans soudures ; les broderies, les cheveux, les yeux et les détails du dragon ailé sont retouchés au burin avec une sûreté de main merveilleuse. La hauteur totale du vase est de 0",25. Il porte sur trois pieds.

Le musée de Vienne (Autriche) renferme une de ces aiguières en forme de cheval qui devaient être assez communes pendant les xiï% xiif et XIV" siècles, car on en rencontre dans plusieurs collections qui datent de ces époques, et entre autres dans celle de l'hôtel de Cluny, laquelle possède deux de ces vases de cuivre fondu. Nous reproduisons (fig. 4 ter) l'un d'eux, qui ne manque pas de style. Un dragon posé sur le cheval forme l'anse ; on introduisait l'eau par l'orifice A muni d'un couvercle à charnière, et le biberon B est garni d'un robinet, de telle sorte que cette aiguière pouvait servir de fontaine pour laver les mains avant les repas. Jusqu'à la fin du dernier siècle, il y avait à l'entrée de toutes les salles à manger de ces fontaines de

1 Coll. des dessins de Tauteur; copié sur Torig^inal, de cuivre Tondu, en vente à Bordeaux, 4843.

cuivre ou de faïence qui étaient la dernière tradition de Taiguière. On en rencontre encore dans les campagnes ou les hôtels de petites

£. CUlLltUMOZ^

villes. Il semblerait, d'après ce qui précède, que les aiguières affectaient fréquemment des formes empruntées au règne animal, aux bes-

tiaires. Cependant le trésor de l'église abbatiale de Saint-Denis possédait deux jolies aiguières données par Suger, et qui étaient façonnées

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en forme de vases. L'une d'elles est conservée dans la galerie de l'orfèvrerie et des bijoux au Louvre. Sa panse est de cristal de roche. Elle est dépourvue d'anse et son couvercle est arraché. Mais cet objet est plutôt une burette qu'une aiguière ; il est fort bien reproduit dans l'ouvrage de M. Labarte*. Lorsque la panse de ces vases était faite de pierre dure, jaspe, cristal de roche, onyx, calcédoine, les montures hautes et basses, de métal, étaient souvent réunies par des filets, car il n'était pas toujours possible de les attacher solidement à ces pierres dures (fig. 5). Il n'est guère besoin d'ajouter que ces sortes de vases n'étaient que pour la montre *. Les aiguières dont on se

» Hist, des arts industriels.

' « Le comte Thibaut ordonna d'apporter, au milieu de ceux qui l'entouraient, deux a vases d*or d'un poids considérable et d'un admirable travail, sur lesquels étaient « fncrustées des pierres précieuses de la plus grande valeur, que son oncle Henri^ roi

servait à table, comme nous l'avons dit, étaient de cuivre ou d'argent fondu ou repoussé, avec semis d'émaux, aux armes du seigneur, et d'une assez grande dimension pour contenir au moins une pinte

d'eau. D'une main celui qui donnait à laver tenait le plateau, de l'autre il versait de l'eau sur les doigts de la personne qui quittait la table.

Ces vases * se conformaient aux modes de chaque époque ; et au commencement du xv*' siècle, alors que le luxe s'était développé avec une sorte de fureur, ils étaient d'une richesse excessive. « Une « esguiére d'or poinçonnée à oizeaulx, à trois biberons (goulots) et « le pié de dessoubz à coulombes et à fenestres, pesant n marcs « y onces m esterlins*. » Il n'est pas besoin de rappeler ici les belles aiguières que l'on fabriquait pour les riches personnages pendant le xvi* siècle, soit en émaux, soit en métaux précieux repoussés et ornés de pierreries. Nos musées renferment d'assez beaux exemples de ces objets dont il est facile de se procurer des copies. A cette époque, on fabriqua aussi beaucoup d'aiguières de terre cuite. Elles ont, de notre temps, atteint des prix exorbitants. Limoges produisit une quantité prodigieuse de ces vases émaillés sur métal (cuivre rouge).

a des Anglais, avait, lors de la solennité de son couronnement, fait placer à lable devant a lui pour étaler sa gloire et ses richesses... » (Arnaud de Bonneval, Vie de saint Bernard, liv. II, Coll. des mémoires reiat. à l*hist. de France.)

* Voyez Orfèvrerie.

2 Comptes de la duchesse d'Orléans, Valentine de Milan (voy. touis et Charles d'Orléans..., par A Champollion-Figeac, Paris, 18^4).

— 15 — f AIGrLiLLIER ]

AIGUILLIER, s. m. (aguiller). Étui à metlre des aiguilles.

« Lors trais une aiguille d'argent « D'un aguiler mignol et gent, u Si pris l'aguille à enfiler ^ n

Ces étuis étaient d'os^ d'ivoire ou de métal ciselé ou émaillé.

Jx- ,:VX

Voici (fig. 1) un de ces objets d*os qui nous paraît être de fabrication française et appartenir au commencement du xiv* siècle*.

* Le Roman de la Rose, édil. Méon, vers 90.

^ Dessin de la coUect. Garneray, provenant, dit une note, de l'ancien trésor de la cathédrale d'Arras.

[ arrosoir] — 16 —

Ces aiguiiliers étaient offerts aux dames, celles-ci occupant leurs loisirs, dans les châteaux, à broder des étoffes, à faire de la tapisserie et d'autres menus ouvrages de femmes. Il y avait aussi des aiguiiliers de bois recouverts de cuir gaufré ou d'étoffes précieuses.

AMPOULE, s. f. {ampulle). Fiole, burette, petit vase au ventre large et au goulot long et étroit, ordinairement sans anses, qui était destiné à conserver l'huile sainte, le saint chrême, le vin destiné à la célébration de la messe. On en fabriquait en verre et en métal. Le moine Théophile* donne le moyen de faire des ampoules en argent repoussé, de les orner de reliefs, de nielles, et de les dorer, de les ciseler, d'y souder une anse et un goulot. (Voyez Orfèvrerie.)

Il existe, dans le musée des antiquaires de Caen, une très-jolie ampoule de cristal de roche, avec couvercle en orfèvrerie garni de pierres fines*.

ARROSOIR, s. m. (arrousoir). De tout temps on a fabriqué des ustensiles propres à arroser les plantes des jardins. Les arrosoirs d'horticulteurs, pendant le moyen âge, ne différaient guère des nôtres, et il est probable que ces objets usuels dataient des Romains, grands amateurs de jardins, comme on sait. Mais on se servait aussi d'arrosoirs (de terre cuite) propres à l'arrosage des pavés dans les appartements. Les Grecs, dès la plus haute antiquité, possédaient des arrosoirs disposés pour cet usage *, exactement façonnés comme ceux que nous retrouvons dans les débris de poterie du moyen âge. Ces sortes d'arrosoirs (fig. 1) consistent en un pot de terre d'une capacité médiocre (un litre environ) muni d'une anse, d'un petit trou supérieur et de trous multipliés percés dans le fond. Pour remplir ces arrosoirs on les plongeait dans l'eau ; le liquide, grâce à la prise d'air supérieure A, entrait dans le ventre du vase par les trous capillaires du fond. Le vase plein, avec le pouce on bouchait l'ori-

1 M. Salzmann a découvert à Camyros (Ile de Rhodes) quelques arrosoirs grecs, semblables à ceux dont nous retrouvons des fragments dans les fouilles des sols du moyen âge. Mais telle est notre insouciance, lorsqu'il s'agit d'objets de cette dernière époque, qui nous touche de si près, à moins qu'ils n'aient une valeur intrinsèque, que nous laissons perdre les ustensiles vulgaires du moyen âge, tandis que nous recueillons avec scrupule ceux qui datent de la période anté-chrétienne. Aussi savons-nous avec plus d'exactitude comment vivaient les contemporains de Périclès que nous ne savons comment vivaient nos ancêtres sous Philippe- Auguste.

2 Diversarum artium schedula^ lib. 11, cap. Lvii : « De ampulia ».

3 Ce joli vase est parfaitement gravé dans les Annales archéologiques de Didron, t. XXII, p. 143.

— 17 — l ASSIETTE J

lîce A, et Ton retenait ainsi -toute Teau qui remplissait le vase. Lors^ qu'on voulait arroser le pavé, on laissait entrer Tair par cet orifice A, Teau s'échappait alors en minces filets par les trous du

fond B. Nous avons maintes fois trouvé des débris de ces arrosoirs, et nous ne savons si nos musées en possèdent un seul entier.

ASSIETTE, s. f. Ce mot n'est guère employé qu'à la fin du XV* siècle. Les assiettes de métal, de terre ou de bois, dans lesquelles on mangeait, étaient appelées : plats. Ce n'est guère qu'au xir siècle que l'on voit des assiettes posées devant les convives ; encore une assiette servait-elle habituellement pour deux personnes. Avant cette époque on prenait les mets découpés dans les plats, avec la main, ainsi que cela se pratique encore en Orient; les débris étaient laissés sur la table ou jetés à terre. L'assiette devint d'un usage général quand l'art culinaire se perfectionna et que l'on servit des ragoûts, des crèmes. Les peuples primitifs font, avant tout autre mets, usage des viandes grillées*. On servait sur la table certains brouets, mais

> Voyez les repas des Grecs dans Yïliade,

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