GRIL
musée de Cluny, et qui date du xv* siècle. Ce gril (tig. 1) se conq)ose d'un disque de fonte de fer très-délicatement ajouré, tournant sur un axe emmanche dans un trépied plat, muni d'un long pivot; iloe
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touche point les charbons. Ainsi pouvait-on imprimer un mouvement de rotation au gril, ce qui empêchait les viandes de charbonner. En A, le gril est présenté en coupe, et en B est figuré le trépied,
le disque étant supposé enlevé. Ce trépied est de fer forgé. li y avait des ustensiles de ce genre d'une grande dimension. Si la chaleur de la braise était plus intense sur un point que sur autre, le mouvement rotatoire du gril faisait que les morceaux de viande n'en cuisaient pas moins également, et bien pénétrés d'air, ce qui est une condition importante dans l'art culinaire.
HANAP, s. m. (kenap). Vase à boire d'une capacité assez vaste souvent, pour permettre à plusieurs personnes de boire à la même rasade. Dans li Romans de Brut^ est indiquée clairement la formule de politesse saxonne, qui consistait à boire deux personnes au même hanap. Le premier qui buvait, disait: Wes hel^ et celui qui recevait le gobelet pour le vider répondait : Drinkel *.
a Costume est, sire, en son i>aÏ8 (des Saxons)
« Quant ami boivent entre amis,
n Que cil dtit wes hel qui doit boire
« Et cil drinkel qui doit recoivre ;
« Dont boit eil tote la moitié,
0 Et por joie et por amistié^ *
« Au hanap recoivre et baillier
« Est costume d'entrebaisier.
« Li rois, si com il li aprist,
« Dist trinkel et si sosrist ;
<f Provent but et puis li bailla.
(( Et en baillant le roi baisa. »
En effet, cette coutume saxonne s'était conservée encore chez les Anglais au xii' siècle. Dans le Roman de Rou on lit ces quatre vers :
K Mult les véissiei démener, ic Treper e saillir et chanter ; « Buhlie crient e Weissel^ 0 E laticome e Drinche heiL »
1 Wace, 111* siècle (voyez Tédit. d'après les manuscrits de la Bibliolh. impdr., donnée par M. le Roux de Liney, 1836, t. I, p. 330).
2 « Wes heil, salvus esto. Formula veterum, tam salutandi quam propînandi, cui € respondet aller : Drinck heil, bibe salutem tuam. » (Du Gange, Gloss.^ Vesseil.)
De ce vieux cri saxon nous avons fait le verbe trinquer.
Ces banaps, ou coupes d'honneur, étaient faits de métal précieux. A l'occasion du couronnement d'Artur, Wace décrit le repas splendide qui fut donné ; on lit ce passage * :
^ (( Mil damisiax (damoiseaux) avoit n soi « Qui esloient vestu d'ermine, « Cil servoieni de la quisine ; (( Sovent aloienl et espès (( Escueles portent et mes.
(c Beduer^ de Taltre partie, « Servoit de la botelierie (récliansonnerio) : (( Ensemble lui mil damisiax • <( Vcstus d'ermines gens et biax.
« As nés (nefs) d*or portoient le vin « A copes, à hanâs d'or fln. »
Et dans le Roman de Parise la duchesse :
« Li rois demande Taive ou palais principer. « Quant il orent lavé/ s'asistrent au dîner. « A la plus maître table sert Hugues de vin clerc, (( A rénap qui fu d'or, c'onques ne fu blâme:; ^. »
Il n'est point dit que les banaps, à cette époque, fussent couverts. C'étaient de grandes coupes en forme de cratères, si l'on s'en rapporte aux vignettes des manuscrits antérieurs au xiii*' siècle. La figure 1 présente un de ces banaps que nous croyons d'origine orientale. Il est de cuivre battu et doré, et peut contenir un demi-litre '. En plan, le cratère donne la figure 2. Le bord de la coupe est divisé en buit lobes peu prononcés, qui formaient autant de goulots^ et sa panse est circulaire. Le pied est à quatre lobes. La décoration ne consiste qu'en des gravures très-délicates.
C'est à dater du xiv*" siècle que les banaps paraissent plus spécialement avoir été couverts. Le banap dont se servait saint Louis était en forme de coupe ou de petit bacin; il n'est pas dit qu'il fût couvert. Les banaps couverts furent même cbez les grands personnages fermés à clef. La forme des banaps était très-arbitraire, surtout A dater du xiv' siècle, et les maisons bien montées en possédaient un
ï li Romans de Uruty vers 10744 et suiv., édit. déjà citée.
'^ Li Romans de Parise la Duchesse^ commenc. du xiii® siècle, publ. d'après le «ianuscrit unique de la Bibliolh. impér., par M. de Martonne, 1836, p. 100.
3 Collection des dessins de l'auteur, provenance inconnue, copiée en 1843 sur roriginal en vente à Lyon.
grand nombre. « L'inventaire de Charles V, dressé en 1380, donne la description de quatorze hanaps et autant d'aiguières, pesant près
de 96 marcs d'or, et, en outre, de cent soixante-dix-sept hanaps d'argent doré et presque tous émaillés, formant une masse de 503 mares
d'argent * i». Le hanap n'était donc pas seulement, à cette époque,
• Yoycf le Glossaire et Répertoire dant Notice des émaux^ bijoux et objets divers exposés dans les galeries du musée du Louvre, par M. le comlc de l^borde, 1853.
une coupe réservée au principal personiiage, mais un vase à' boire pour chacun des convives. Dans les conseils que le poëté donne sur la façon dont les femmes devaient se comporter à table, il dit :
« Et gart que jà henap ne touche
« Tant cum ele ait morcel en bouche ;
« Si doit si bien la bouche terdre (essuyer)^
« Qu*cl n*i lest (laisse) nulc presse aerdre (s'attacher)
« Au moins en la levre desseure :
« Car quant gresse en celé demeure^
(( Où vin en perent les maillettes,
a Qui ne sunt ne bêles ne netes ;
a Et boive petit à petit,
« Combien qu*elc ait grant apetit \
u Ne boive pas à une alainc
(( Ne henap plein, ne cope plaine^
« Ains boive petit et souvent.
« Le bort du henap trop n'engoulc,
« Si comme font mainles iiorrices,
« Qui sont si gloutes et si nices
« Qu*el versent vin en gorge creuse,
c( Tout ainsinc cum en une huese (en une boite),
« Et tant à grans gars en entonnent^
« Qu*el s'en confondent et estonnent (s'étranglent) *. »
Si le hanap était alors pris comme coupe de table affectée à chaque convive, il n'en conservait pas moins, à l'occasion, son caractère de vase honorable, propre à plusieurs personnes. Dans le Roman du Renard, llenart engage Primant, qu'il veut enivrer, à boire, el le défie :
« Mes tien le henap, si di, hâve, « Compaingnon, je te di gxtermi.
« Par foi, dist Renart^ je l'otrai, (t Or verron qui est recréeuz, « Et par qui est plustost béuz ft Le vin et le henap vuidicz *. »
Ainsi nous trouvons ici le même usage que chez les Saxons : « Si
1 Le Roman de la Rose, part, de Jehan de Mcung, vers 346^0 et suîv.
2 Le Roman du Renard ^ t, l, vers 3468.
t tu dis : Iiave (je salue) en buvant le premier, je te rendrai raison € en répondant guersai * et buvant après toi. »
Renart remplit donc le hanap, fait semblant de le vider, le remplit de nouveau et le passe à Primaul.
Il y avait aussi des lianaps gobelets pour boire en dehors des repas, et dans lesquels on apportait une boisson toute préparée et couverte. On se servit longtemps de ces hanaps de bois d'érable, ce bois étant considéré, chez les peuples du Nord, comme particulièrement propre à faire des coupes à boire :
« El mon coutel, mon henap maserin \ »
Voici (fig. 3) un de ces hanaps qui date du commencement du XV* siècle; il est tourné dans un bloc de racine d'érable; une anse de veraieil permet de le tenir sans échauffer la liqueur avec les doigts. Le dessus, formant couvercle, se retourne et présente alors un gobelet reposant sur la couronne qui lui sert de pied. En prenant la partie inférieure par son anse, on verse alors dans ce gobelet la quantité de liqueur qu'on veut boire. En A, on voit comme le couvercle recouvre le récipient inférieur ; en B, nous donnons le détail, grandeur d'exécution, de la couronne de vermeil, et en C l'écu armoyé qui est placé au fond de cette couronne. Un plateau accompagnait certainement ce hanap de chambre * .
Les hanaps se donnaient fréquemment en présents. Quand on voulait reconnaître un service d'un chevalier, d'une personne noble, on offrait un hanap. « Pour 1 hanap à couvercle ciselé, délivré à messire
€ Jehan d'Argillières, le xv" jour de décembre, pour donner à ,
« chevaillier qui vint avec le petit Dauphin * ».
Les hanaps étaient aussi donnés comme prix, à l'occasion de
1 Guersaiy guersoi^ vieux mot qui s'entend comme : à pluntéy à cœur joie, avec excès.
a Anglois qui de boire à guersoi,
« A granz henaz plains de godale (bonne aie)
« Sevcnt la guise bonne et maie. »
(Guîll. Guiarl, vers 6935 et suiv.)- On disait gueisseillier pour ivrogner,
m li Eogleis sunt bon vantur, ne savent osteer
« Mielz sevent as gros banaps beivre e gueisseillier. »
(Jordan Fantosme, vers 979.
' Hanap mazerin ; maezer, érable, en belge. {Li romans de Garin le Loherain, t. II, p. 79.)' ^ Ce charmant objet fait partie de la collection de M. le comte de Nieuwerkerke. * Coinptes de Geàffroi de Fieùrifi^îQ,
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certains concours solennels entre archers ou arbalétriers. Ce? hanaps d'honneur étaient richement ornés, et consistaient ea <te
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pièces d'orfèvrerie d'une grande valeur, soit par le travail, soilpff la matière.
Ces hanaps, à cause de leur capacité, étaient parfois l'occasion de
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paris. Il n'était pas donné à tous les buveurs de les vider d'un trait. Pierre de Fenîn rapporte qu'à rassemblée qui eut lieu à Amiens en 1423, « il y avoit plusieurs folz à qui on avoit donné douze pièches « d'or, et dirent ensemble que on meist en ung grant hanap d'ar- € gent, en quoy ilz buvoient, une pièche d'or, et puis on l'emplit de € vin, et que celluy qui buveroit le vin airoit la pièce d'or, et toutes c les airoit, l'une après l'autre, s'il les povoit boire toutes douze, f Là, y avoit ung nommé Doullet, qui avoit été folz au comte Valleran « de Saint-Pol, qui dist qu'il les bcveroit bien, et toutes les beut € l'une après l'autre par convoitise d'avoir l'or; mais quand les folz € virent qu'ils avoient perdu l'or, ilz se courroucèrent ensemble, et « bâtirent tant Doullet qu'il en mourut assez tost après : donc, on fit « mainte risée pour cette besoigne • . »
cO
JATTE, s. f. (juste), Ecuelle de bois habituellement. Certaines jattes étaient munies d'anses. Elles constituaient une mesure, comme les quartes^ les hydres^ les chopines.
S^Êa
LAMPE, s. f. On sait quelle était la forme donnée aux lampes chez les Grecs et les Romains de l'antiquité. Cette forme persista longtemps, car on trouve des lampes de terre cuite des derniers temps de l'empire, qui, sauf le style, sont exactement fabriquées comme celles qu'on rencontre en si grand nombre à Pompéi et à Herculanum . Dans les manuscrits des ix* et x° siècles on voit apparaître déjà des lampes en forme de godets, suspendues par des chaînes. C'était une importation orientale. Ces sortes de lampes ressemblaient fort à nos veilleuses. Les godets étaient de terre cuite ou de verre, et reposaient sur un cercle de métal suspendu par trois chaînes, ou bien
* JHém. de Piètre de Fenin {Coll, des mém,, Michaud, Poujoulat, t. H, p. 619)*
entraient dans une sorte de trépied qu'on posait sur un meuble
OU sur une saillie .^Telle est la lampe que nous donnons ligure 1, el
qui est copiée sur un des bas-reliels de la porte Sainte-Anne de
Notre-Dame de Paris (xii* siècle). Comme on le fait encore aujourd'hui, on remplissait la partie étroite da godet avec de Teau, puis on versait de Thuile sur cette eau. Une mèche flottante consommait cette huile. Cet éclairage ne pouvait donner qu'une faible lumière, puisque la mèche était toujours au-dessous du niveau des bords du vase, et que ces bords projetaient une ombre. On fit donc des lampes de métal suspendues, dont les mèches étaient libres, comme dans les lampes antiques. Le musée de Bourges possède une jolie lampe fabriquée suivant ce système (fig. 2). Cette lampe est de bronze coulé : elle consiste en un godet suspendu à quatre tiges plates terminées chacune par une sorte de feuille en fer de lance; un bec saillant lient au godet pour recevoir la mèche qui, par un orifice, baigne dans l'huile que contient la capsule. Cette mèche, dépassant le bout du bec, devait laisser égoutter l'huile qui était conduite dans un godet de trop-plein A, pouvant être décroché et vidé facilement. La lampe était suspendue à une chaîne C, passant à travers la rondelle du chapeau. En B, est tracé le géométral de cette lampe. Cet ustensile parait dater du xiu' siècle.
On avait ^ussi de petites lampes de cuivre, avec bec, pour descendre dans les caves, lampes qui rappellent les ustensiles dont se servent encore les terrassiers mineurs. Ces lampes consistent (fig. 3) '
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en un simple réservoir muni au centre d'une tige avec goupille, afin de conserver h la capsule son horizontalité. La mèche s'appuyait dans Tangle saillant A.
I Musée des fouilles du chftieau de Pierrefonds, xiv'^ siècle.
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Pendant le xv* siècle, on fabriquait beaucoup de lampes de fer battu, qui ne se composaient que d'une coupelle suspendue à une
longue tige munie d'un crochet. Voici (fig. A) un de ces objets *.
* De la collection de M. le vicomte d'Aniailli.
En A, nous avons tracé, grandeur d'exécution, la fleur de lis ajourée qui termine le support de la coupelle.
La figure 5 donne également une lampe de fer appartenant à la
seconde moitié du xvV siècle et qui fait partie du musée de Cluny. Le système de suspension adopté est le même que celui de l'exemple précédent, mais la coupelle est munie de trois canaux pour recevoir