‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 57 sur 165 · TOT · texte numérisé non relu

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de longs malheurs, les arts ne s'attachent plus qu'à quelques objets exceptionnels, ou qu'à des objets dont la matière a une valeur intrinsèque. Quant à la fabrication des objets vulgaires, elle est abandonnée aux mains les plus grossières, et produit de ces œuvres sans nom que la postérité ne saurait même classer, tant elles sont insignifiantes. On voit l'industrie du potier se développer au sein des républiques italiennes à dater du xiv^ siècle, au sein des villes franches des Flandres, au sein des villes méridionales françaises qui avaient conservé la plupart de leurs droits municipaux, datant de l'empire romain ; dans les provinces riches, comme la Normandie, la Picardie, l'Auvergne, la Bourgogne, la Guienne, qui, relativement, maintenaient certaines franchises en face de la puissance féodale et vivaient sous un régime moins oppressif. Dans ces provinces, le peuple des villes était plus riche, parce qu'une plus grande sécurité lui était donnée et qu'il possédait des droils; le peuple des campagnes était, vis à-vis de la féodalité, dans des conditions moins dures que n'était, par exemple, celui de l'Ile-de-France, de la Champagne, de la Bretagne, du Poitou. C'est aussi dans ces provinces, jouissant d'une liberté relative, que l'art, essentiellement démocratique du potier, s'est maintenu, pendant toute la durée du moyen âge et jusqu'à nos jours, à un degré élevé, quant à la forme et au mode de fabrication. Qui n'a vu dans certaines cités du Midi, telles que Narbonne, Carcassonne, Toulouse, Bordeaux, dans quelques villes de TAuvergne, de la Bourgogne et de la Normandie, ces jolies poteries communes qui abondent sur les marchés. Ces poteries sont encore aujourd'hui les mêmes que celles dont se servaient les populations depuis le xn* siècle, car aucun ustensile ne perpétue les formes avec plus d'uniformité que les poteries, par cette raison qu'on s'en sert chaque jour, et qu'on veut remplacer celles qui manquent par d'autres exactement semblables. Il est facile de changer l'habilleinent d'une armée de six cent mille hommes ; il est impossible de modifier la forme des assiettes qui chaque jour couvrent les tables d'une population, et les lois, décrets ou règlements qui ont, en France surtout, porté sur tant d'objets divers, dès les premiers temps de la monarchie, depuis la forme à donner aux maisons jusqu'à celle des vêtements ou bijoux, ne se sont jamais occupés des pots autrement que pour constater leur capacité.

Après les jolies poteries gallo-romaines, on voit apparaître, dans les sépultures du temps de l'invasion germanique, des vases de terre qui semblent, par leur fabrication, remonter au temps antérieur à la conquête romaine. C'est surtout dans les provinces de l'Est

Digiti

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qu'on peut conslaler cette décadence, ou plutôt ce retour à uoe fabrication barbare. M. le colonel de Morlet a recueilli plusieurs de ces poteries dans des cimetières de l'époque mérovingienne aux environs de Strasbourg*. Nous en avons trouvé de semblables jusque dans le Soissonnais. Ces poteries sont assez mal cuites, composées d'une terre noirâtre mal corroyée, couvertes d'ornements faits avec le doigt ou un style sur la pâte encore molle (fig. 1). Ces poteries très-grossières, postérieures au v' siècle, n'apparaissent jamais dans la haute Normandie, dans le Poitou, la Guienne, l'Auvergne, les provinces méridionales, ce qui ferait supposer qu'elles étaient dues aux confédérés germains. Dans ces dernières provinces, bien que la poterie gallo-romaine disparaisse complètement au v'' siècle, cependant on reconnaît toujours, dans la pâte et dans les formes, la trace d'une fabrication qui soutient ses produits. Mais, sur les surfaces extérieures de ces vases, on ne voit plus trace d'ornementation saillante, faite à la main ou moulée ; parfois seulement, quelques festonnages sur les bords, obtenus sur la pâte molle par une légère pression du doigt, des tracés en losange ou pointillés au moyen du style, des lignes horizontales, des imbrications indiquées avant la cuisson. Sur toute l'étendue des anciennes Gaules, pendantle moyen âge, la poterie ornée de reliefs moulés ou modelés à l'ébauchoir n'apparaîl qu'au XV* siècle. Le potier n'emploie que le tour, parfois avec beaucoup de délicatesse. Les formes reprennent au xii" siècle un galbe assez beau, sous l'influence des poteries rapportées d'Orient. Quant à remaillage de ces poteries, il est fort ancien. Nous avons des fragments de poteries vulgaires émaillées dès le xii* siècle, et cet émail est d'une grande finesse. Nous citerons, entre autres exemples, des plats qui autrefois étaient incrustés dans la façade de l'hôtel de ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), façade qui date du milieu du xii" siècle. Ces plats formaient des points colorés décoratifs sur les parements*. La planche XXXU donne la reproduction d'un de ces plats. La terre est d'un jaune rougeâtre ; un émail blanc jaunâtre très-fin recouvre le tout, et sur cet émail est apposée une coloration vert doux. Avec un style, avant que cette application colorée ait été passée au four, on a enlevé des ornements très-déliés qui laissent voir Tengobe sous-jacent. Cette poterie est d'une grande finesse, l'émail

^ Voyes Notice sur les cimetièt^es gaulois et ge9*maniques découverts dans les envi' rons de Strasbourg^ par M. le colonel de Morlet, 186â.

2 Voyeï le Dictionnaire raisonné de l* architecture française, à Tartide HdTEL de VILLE»

DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS

Ustensiles. Tl. XXXII.

Moitié d'cxt'cutlou.

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A. MOUKI., édlUrur.

PLAT EN TERRE CVITE ÉyAIlLÉ

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DlCTlGIUiAlRS DU MOBILIER FRANÇAIS.

Uftensilcs. PL XXXUl.

Moitié d'exécution

Tiollrt-lr-ftic . dcl

A. MOKKL, éditeur.

EClELLt EN TERRE CUITE VERIilSSÉE

A riERREFONDE.

XI Ve, XVe siècles.

Ad. Um . UU.

Ttp C Silbtmai. i SimbMri.

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