‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 74 sur 165 · PI. XXXIV · texte numérisé non relu

PI. XXXIV

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DE L ÉCKI.\ DE CHAKLEMAG^E.

Typ. G

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car il n'était pas rare alors de voir des pierres gravées. ou des camées antiques enchâssés dans les joyaux les plus précieux, et bon nombre de ces pierres qui font partie de la collection du cabinet des antiques proviennent de châsses et bijoux du moyen âge. Autour de celte aigue-marine, neuf beaux ^phirs sont sertis dans des bâtes d'or, dont la figure 2 donne en A, au double, le profil. Ces bâtes sont soudées au cercle qui entoure la tête au moyen de petites boules d'or ; les sept saphirs supérieurs sont terminés par de grosses perles d'un bel orient, enfilées dans des broches d^or et reposant sur des culots dont nous donnons en B le détail au double. La rivure des broches de ces perles est faite à l'aide d'une petite rosace C ^ Aux deux bâtes des saphirs inférieurs sont soudées deux tiges qui entraient dans deux douilles. Cette ornementation, par sa simplicité même, ne manque pas de style, elîé est d'ailleurs exécutée avec soin ; les bâtes sont bien faites, sertissent les pierres et sont délicatement soudées. Les parties inférieures de l'écrin (voy. fig. 1) étaient, ou composées comme celle-ci, ou formées de chatons embâtés sur des plaques d'or battu. Des perles, en grand nombre, accompagnaient les pierres. Mais si l'on se reporte à d'autres monuments, on peut supposer que les chatons principaux étaient montés d'après une méthode fréquemment employée dans les pièces d'orfèvrerie de l'époque mérovingienne et carlovingienne, méthode qui consistait à river ou à souder les bâtes, non point à la plaque même du fond, mais à des supports plus ou moins riches. En effet, si nous examinons la couverture de î'évangéliaire de l'abbaye de Saint-Emmeran, que M. Labarte considère comme appartenant à la fabrication byzantine *, nous voyons que certaines pierres sont montées ainsi que l'indique la figure 3. Mais on observera que cette façon de monter les chatons avait déjà été employée, avec des moyens d'exécution très-grossiers, il est vrai, par les conquérants barbares * ; or, en ce qui concerne la couverture de I'évangéliaire de Saint-Emmeran, en admettant que les ivoires soient un travail byzantin, nous ne pouvons voir dans la partie d'orfèvrerie, et notamment dans la monture des pierres, un ouvrage gréco-romain. Ces montures sont chargées d'ornements qui appartiennent, suivant notre sentiment, au style occidental rhénan du x*" siècle. Les bâtes qui maintiennent les pierres dans

1 Ce dessin est, comme tous ceux de cetle Ûgure, au double de l'exécution.

' Biblioth. royale de Munich. Cette couverture date de 975 environ^ et passe pour avoir été donnée par l'abbé Ramuold, qui alors gouvernait l'abbaye de Saint«£mmecan de Ralisbonne.

' Voyez, dans la partie des vêtements, l'article Agrafe (flg. 1).

rorfévrerie byzantine sont habituellement unies, parfois seulement sonées de filets granulés, mais ne présentent point d'ajours V

Pendant l'époque carlovingienne, on rapportait de Byzance beaucoup de ces plaques d'ivoire, l'art de la sculpture sur cette matière étant fort répandu dans la cipilale de l'empire d'Orient; ces plaques étaient montées en Occident, soit en diptyques, soit en cof-

frets, soit en couvertures d'évangéliaires. Ainsi, par exemple, la couverture du livre de prières de Charles le Chauve (842 à 8(39) *, qui possède une si belle plaque d'ivoire au centre, représentant des sujets tirés du psaume LVI de David, est entourée d'une bordure d'argent doré d'un travail gi^ossier, qui certainement appartient à la fabrication occidentale. Faisant écrire ces livres en latin par des copistes occidentaux, il était naturel qu'on les fît relier par des artisans occî-

> Voyez la couverture de l'évangéliaire de la cathédrale de Monia,qui est bien certainement de fabrication byzantine. Cette couverture est reproduite dans r ouvrage de M. Labarte, Hist. des arts indusir. au moyen âge (pi. XXXlll).

'^ Biblioth. impér.

dentaux. Les montures des pierres (jui décorent les plats de l'évan-. géliaire de Saint-Emmeran (fig. 3*) sont relevées sur des cloisons d'or très-délicatement travaillées (voy. en A), ou sur des supports isolés (voy. en B). Les pierres sont maintenues par de nombreuses griffes en forme de feuilles aiguës, et non par des bâtes unies. Seules, les perles sont serties par les extrémités rabattues de petits cylindres. Ce procédé de monture des pierres nous parait être occidental et rhénan ; on ne le voit guère employé dans Torfévrerie française, plus sobre dans ses moyens d'exécution. M. Labarle a donné Tensemble de la composition de cette couverture dans son Histoire des arts industriels. L'industrie de Torfévrerie, pratiquée avec une supériorité incontestable à Constant inople, reçut en 120Â un coup funeste dont elle ne se releva jamais. Les croisés, comme on sait, s'emparèrent, cette année 1204, de la capitale de l'empire d'Orient et la mirent à sac. Mais, bien avant cette époque, en Occident, la fabrication de l'orfèvrerie avait atteint un degré de perfection qui ne le cédait pas à l'industrie orientale. Dans l'ouvrage que nous venons de citer, M. Labarte prétend que « le pillage de 1204 avait répandu en Europe un assez grand nombre de chasses et de reliquaires byzantins d'une admirable exécution, qui fournirent d'utiles leçons aux artistes d'Occident ». Les faits ne sont pas entièrement d'accord avec cette opinion ; la fabrication byzantine fournit évidemment des modèles à nos artisans occidentaux pendant tout le cours du xif siècle, c'est-à-dire depuis l'époque des premières croisades jusqu'à la fin du xn' siècle. Non-seulement on exporta d'Orient, pendant cette période, un grand nombre d'objets façonnés à Constantinople et dans la Syrie septentrionale, fort industrieuse alors ; mais aussi beaucoup d'artisans occidentaux s'établirent dans les contrées nouvellement conquises et rapportèrent des méthodes de fabrication lorsqu'ils rentrèrent chez eux. Mais c'est précisément à dater des. premières années du xm'' siècle que l'industrie de l'orfèvrerie abandonne les traditions byzantines pour adopter des formes et des procédés qui appartiennent en propre à l'Occident. Le pillage de Gonstantinople eut donc le résultat de tout pillage, il ne produisit que des ruines et ne profita pas aux conquérants. Ceux-ci n'avaient d'ailleurs plus guère besoin de leçons en ce qui concerne la fabrication de l'orfèvrerie ; car alors, en Occident, cette fabrication avait atteint une rare perfection. Les villes rhénanes, Metz, Arras, Rouen,

( Notre gravure donne celte monture grandie de moitié en sus, afin de rendre rintel* ligence du travail plus facile.

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