‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 76 sur 165 · CUiLLMMOT · texte numérisé non relu

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l'orfèvrerie de cuivre , et plusieurs châsses, notamment la grande châsse d'Aix-la-Chapelle, fournissent de très -beaux exemples de cette industrie. Le fragment, figure 5 *, indique les procédés employés. Le fond est hachié^ c'est-à-dire gravé de lignes fines se coupant a angle droit. Sur ce fond ont été rapportés les filigranes, non point soudés, mais rivés sur ce fond. On remarquera que ces enroulements sont assez forts pour avoir pu être entièrement soudés entre eux. Les tigelles des folioles sont également soudées dans les jonctions

* Grandeur d'exécution.

des enrouléraenls. Toute cette partie de l'ornement se tenait donc d'elle-même, avant son application sur le fond auquel de petits rivets l'attachent; de telle sorte qu'elle forme un treillis indépendant, s'approchant plus ou moins du fond et produisant ainsi des jeux d'ombres et de lumière de Teffet le plus piquant. Les bâtes des pierres sont également rivées sur ce fond , de même que les filets granulés. L'artisan pouvait ainsi composer des bouquets, des enroulements plus ou moins riches, plus ou moins chargés de feuillages et de fleurettes ; puis il maintenait cette ornementation à l'aide d'un grand nombre de rivets qui faisaient partie de la décoration. Dans notre figure, les boutons milieux des fleurettes sont autant de rivets. Les filets granulés ou godronnés sont, ou appliqués autour des plaques de fond au moyen de rivets, ou tenant au fond et repoussés à Taide de matrices. Les ornements, tels que ceux indiqués en A, sont également obtenus par l'étampage et n'ont qu'une faible saillie. Les folioles du filigrane sont de même étampées avec des matrices, puis découpées proprement sur les bords et soudées à la tige. Nous reviendrons sur ce mode de fabrication d'ornements rapportés , qui fut si fort en vogue à la fin du xn' siècle.

Mais, avant de passer outre, il nous faut insister sur l'adresse avec laquelle les orfèvres savaient souder l'or sans apparence d'autre métal.

Il existe dans le cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale trois objets d'or* dont il est difficile de connaître la destination, mais qui nous semblent être des fragments de parure. Ces objets de fabrication carlovingienne *, el que nous donnons grandeur d'exécution (fig. 6), se composent d'un fond plat et d'un ornement singulier rapporté et soudé sur ce fond. Le plus grand. A, est présenté en a du côté plat, en h de profil et en c en perspective. Le tout est façonné au moyen de lames d'or assez minces , soudées sur les rives , avec filets granulés également soudés. Un trou garni d'une matière dure, épaisse et d'apparence vitrifiée, le traverse latéralement, comme pour empêcher le cordon qui enfilait ce bijou d'user les parois d'or mince. Le second objet, B, est présenté en d du côté plat et en e en perspective. Le troisième. G, est assez semblable au second, mais plus étroit. Leur fabrication est semblable à celle du premier ; et tous les deux sont également percés de trous latéraux garnis de la même matière dure. On ne saurait trouver une exécution plus précise et

1 Catalogués sous le n*" 2714 du Catalogue de M. Chabouillet, conservateur. *2 IX' ou X* siècle.

plus délicate, et le temps n'a point fait apparaître un métal fondant autre que l'or dans les soudures. 11 est donc incontestable que les orfèvres étaient arrivés, dès cette époque, à un degré de perfection rare dans Tart de souder Tor, non-seulement en Orient, mais dans rOccident*.

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11 serait difficile aujourd'hui d'indiquer la provenance exacte de la plupart de ces objets d'art. Quelques archéologues ont voulu voir dans les couronnes de Guarrazar un travail oriental. Rien ne confirme d'ailleurs cette opinion ; nous pensons que l'art de souder l'or fut répandu aussi bien en Orient qu'en Occident depuis l'antiquité jusqu'au xiii' siècle. Dans le retable de Bâle déposé aujourd'hui au musée de Cluny, et dont la fabrication est occidentale et appartient au

> Voyex Théophile, Diversai*um artium Schedula,

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commencement du xi* siècle, il y a des parties soudées. Nous trouvons des objets d'or soudé avant cette époque, qui pourraient appartenir, comme ceux que donne la figure 6, à la fabrication

6 bis.

occidentale. On ne saurait douter que, dès avant Charlemagne, le& Occidentaux possédaient un grand nombre d'objets d'or soudé. Indépendamment des bijoux wisigoths qui devaient être connus datis les Gaules, les incursions des Arabes en avaient laissé sur le sol. On

a trouvé près de Poitiers, dans un champ, un bout de ceinture d'or qui parait avoir appartenu à quelques-uns des chefs battus par Charles Martel. Ce bijou, dont la figure 6 bis donne la face, grandeur d'exécution en A et le revers en B, se compose de deux plaques d'or. Celle de la face est repoussce et figure quatre éléphants bizarrement contournés, avec filets granulés soudés et lamelles formant enroulements, également soudées de champ sur le fond (voy. le détail C au double) et frettées par des embrasses. Le dessous B n'est qu'une plaque d'or unie , sur laquelle sont soudés en plein des lils d'or avec embrasses, formant une sorte d'arabesque. Les perles d'or de la bordure, sur la face, avec filets granulés, sont de même soudées en plein sur le fond. En D, est tracée la coupe de ce curieux bijou *. Les éléphants repoussés sur la plaque de devant nous font seuls supposer que cet objet appartenait à quelque chef maure; car, d'ailleurs, sa fabrication se rapporte à celle des bijoux de celte époque, dont l'origine occidentale ne saurait être douteuse.

Les objets dont nous venons de parler, exécutés en or ou en cuivre, appartiennent à une fabrication exceptionnelle, de choix. Cependant les orfèvres livraient à leurs clients des pièces très-ordinaires, d'un prix peu élevé, obtenues par des moyens beaucoup plus simples; et c'est cette fabrication vulgaire qui donne partout et toujours la valeur relative d'un art. Aujourd'hui, avec quelques soins et beaucoup d'argent, on arrive à produire en orfèvrerie des objets d'une grande valeur comme travail ; maïs à quel degré d'abaissement et de vulgarité la fabrication à bon marché n'est-elle pas tombée? Il suffit, pour se convaincre de cette triste vérité, de visiter nos églises, remplies d'objets d'orfèvrerie du plus pauvre goût et d'une exécution barbare autant que prétentieuse.

De môme que beaucoup de petites communes prétendent faire bâtir une cathédrale avec une somme de 100 000 francs, et possèdent ainsi des édifices de carton, d'une apparence misérable sous leurs formes prétentieuses ; de môme le mobilier d'orfèvrerie qui garnit les autels est-il indigne de l'objet, non par sa simplicité, mais au contraire par une affectation de richesse qui prétend cacher les moyens de fabrication les plus économiques et les plus opposés à celte apparence même. Ces temps barbares du moyen âge ne procédaient pas ainsi, et chaque mode de fabrication était en rapport avec la somme affectée à l'acquisition de l'objet.

' Ce bout de ceinture fait partie de la coUection des bgoux du musée de Gluoj, cate' logtté sous le n<> 3âi0.

Prenons un exemple : Voici , figure 7 , un fragment d'une croix qui appartenait à Tabbaye de Jouarre *. La décoration d'orfèvrerie se compose de lames minces de cuivre gravées, clouées sur une âme

de bois. Des médaillons cloués, à fond d'émail, avec figurines rapportées en cuivre fondu, représentent, au centre, le Christ assis, avec les symboles des quatre évangélistes.

Il s'agissait évidemment ici d'obtenir une fabrication économique.

1 Cette croix est aujourd'hui en la possession de M. de Gharnacé; elle date de la seconde moitié du xii* siècle. La partie que nous donnons est le revers dû croisillon supérieur. {Voyex, pour l'ensemble, les Monuments de Seine-et-Marne par MM. Aufauve et Ficliot.}

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