‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 87 sur 165 · DU TOMBEAU DU PL= JEAN, FILS DE S! LOUIS · texte numérisé non relu

DU TOMBEAU DU PL= JEAN, FILS DE S! LOUIS

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rémailleur pour les bien remplir*. Au xif siècle, l'artisan aurait évidé tout Tespace compris entre les fleurs de lis, et l'émail aurait dessiné celles-ci ; de là un travail beaucoup plus long pour le cliampleveur, beaucoup plus délicat pour l'émailleur.

Dans l'exemple A, on aperçoit certaines fleurs dont les émaux rouge, vert et jaune, rouge bleu et blanc, ne sont pas séparés par des réserves métalliques. Ces émaux, de couleurs diverses, sont juxtaposés dans une même intaille et fondus près l'un de l'autre sans se mélanger autrement que par une sorte de pénétration de l'un dans l'autre. Ce procédé fut fort employé par les émailleurs occidentaux pendant la durée du xiif siècle, mais plus particulièrement pendant la première moitié de ce siècle. Un des beaux exemples de cette fabrication est fourni par les plaques émaillées des tombeaux des enfants de saint Louis, déposées autrefois dans le chœur de l'abbaye de Royaumont, aujourd'hui dans l'église abbatiale de Saint- Denis. L'un de ces enfants mourut en 12A7 ; nous donnons en facsimile un morceau de l'émail sur lequel est attachée la statuette de bronze doré du jeune prince (pi. XLIII). Ce fond est fait de plusieurs morceaux *, entouré d'une inscription en émail rouge et d'une bordure éraaîllée dont la planche XLIV donne une partie, moitié d'exécution. De distance en distance des écus armoyés aux armes de France et de Castille, soit écartelés, soit en plein, alternent avec des cercles sur lesquels étaient gravés des anges à mi-corps. Une bande gravée sur cuivre doré garnissait le devant de la plaque. Cette bande est figurée moitié d'exécution en A, sur la planche XLIV. Sur la plaque principale, outre la figure du jeune prince, l'artiste avait fixé des figures d'anges thuriféraires à mi-corps, sortant d'un nuage, et des religieux récitant des prières. Ces figures étaient demi ronde bosse.

Si Ton examine ces émaux, on observera que le dessin est encore cerné ici par la pâte fusible, et que la gravure ne fait que donner de la finesse à l'ornementation, soit en redessinant des ieuilles, soit en coulant un trait régulier au milieu des tigelles. Les fleurs sont richement émaillées de pâtes blanches, bleues, vertes, jaunes et rouges, qui sont fondues juxtaposées, sans cloisons de métal et sans se mêler autrement que par une teinte de transition obtenue par la fusion d'une couleur dans l'autre. Ces sortes d'émaux présentent des diffi-

> D*un chandelier faisant partie de la collection de M. le comte de Nieuwerkerke, 1270 environ (voy. Tarticle Chandelier, partie des Ustensiles).

2 Voyez rensemble de ce monument dans Wîllemîn, et dans la Monogr, fie Sainte DettiSy de M. le baron de Guilhermy.

cultes, car il faut que l'artiste pose ses pâtes ou ses poudres colorées avec beaucoup de précautions dans les intailles, pour qu'elles ne se mêlent point avant ou pendant la cuisson. Mais les émailleurs des xii' et xiif siècles, en Occident, avaient surmonté des difticultés bien autrement sérieuses.

Nous avons dit comment on pose Témail en poudre ou en pâte entre les cloisons ou dans les intailles, avant de mettre au four la pièce à émailler. Si la plaque à émailler est plate, ce travail préparatoire ne demande que du soin ; mais s'il s'agit d'émailler un vase, un objet ronde bosse, il est évident qu'on doit remplir les cases de la substance fusible non en poudre, mais en pâte qui puisse êti*e maintenue à froid dans ces cases et qui ne coule pas en dehors de leurs séparations, lorsque la pièce est soumise au feu. Or les émailleurs des XII* et xiii* siècles ont émaillé un grand nombre de ces pièces ronde bosse, vases, statuettes, crosses, tubes, boules, etc.

Nous ne savons pas exactement la date des émaux chinois, hindous et japonais; nous savons cependant que la plupart des belles pièces sorties de ces fabriques orientales sont d'une époque déjà ancienne, des xiii* et xiv* siècles de notre ère. Cette industrie devait (si l'on en juge par les produits que nous connaissons) être arrivée à une gTande perfection bien avant ces époques, car on n'atteint des résultats aussi beaux qu'à la suite de longs tâtonnements. Les Orientaux fabriquaient des vases d'une grande dimension, couverts d'émaux cloisonnés, alors qu'en Occident on se bornait à émailler des pièces d'un médiocre volume. Encore aujourd'hui, malgré les perfectionnements donnés par la science, nous ne croyons pas que nos émailleurs pourraient couvrir d'émaux des vases d'un mètre de hauteur; or ces pièces ne sont pas rares en Chine et au Japon. Il faut dire que ces émaux de l'extrême Orient ne sont pas. très-durs — bien qu'ils ne se rayent pas sous la pointe d'un canif — et qu'ils entrent en fusion à une température relativement peu élevée ; aussi sont-ils souvent craquelés. Nos émaux rhénans, aussi bien que ceux dits de Limoges, sont moins fusibles, ainsi que nous en avons fait l'épreuve au chalumeau, surtout s'ils sont opaques, et avec ces émaux opaques occidentaux il n'aurait pas été possible d'émailler des pièces cloisonnées soudées au laiton ; ce qui a été souvent pratiqué par les artistes chinois, dont les émaux n'ont jamais une opacité absolue.

Parmi les vases émaillés qui nous sont restés et qui appartiennent à la fabrication de Limoges, il faut citer le ciboire d'Alpais*,

1 Miis^e du Louvrp. la cnupe a 15 centimètres de diamètre.

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