‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 90 sur 165 · CROSSE, CUIVRE DORE, EMMELE · texte numérisé non relu

CROSSE, CUIVRE DORE, EMMELE

itn^i LtiT.crritM^

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« matière ne peut êlre récusée, n'était venu nous apprendre qu'il « .avait vu à Paris une coupe appartenant h François 1", laquelle « était composée d'émaux translucides fondus dans les interstices < d'un réseau d'or. » Et, en eflFet, Gellini dit non-seulement avoir vu cette coupe, mais il ajoute même qu'il en pourrait fabriquer une pareille, et il indique les moyens qu'il emploierait pour obtenir ce résultat. Sans récuser la compétence du célèbre orfèvre italien, nous n'avons pas une confiance absolue en sa véracité. Gellini nous dit bien avoir vu une salamandre se promener sur des charbons ardents ! Nous ne prenons donc pas son témoignage comme la preuve de l'existence de ces émaux translucides fondus entre un réseau d'or, et d'ailleurs le moyen qu'il donne pour faire une coupe pareille à celle que lui montre le roi ne nous semble pas praticable. Ce moyen n'est autre que le procédé employé pour fondre des émaux translucides entre un cloisonnement d'or *, avec cette différence qu'il ne fait pas adhérer les cloisons au fond, et que celui-ci, disposé en fer, provisoirement, ne sert que de moule à l'ouvrage. Mais, au feu, il y aurait alors fuite de l'émail entre les cloisons non adhérentes au fond, car la dilatation de ces cloisons les séparerait certainement de ce fond provisoire, et laisserait entre elles et ce fond un espace suffisant pour que l'émail s'échappât en fondant. Quoi qu'il en soit, il existe deux très-petits échantillons d'émaux cloisonnés translucides à jour : l'un se voit dans le Muséum Kensington, h Londres, l'autre dans la chapelle de l'hôpital de Santa-Maria délia Scala, à Sienne. Mais ces objets, qui ne consistent, le premier qu'en un petit gobelet conique, l'autre qu'en une plaque losangée de quelques centimètres de longueur, ne peuvent, par leur peu d'importance, faire considérer cette fabrication comme étant usuelle. Ces émaux à jour n'étaient-ils que de petites pièces qu'on sertissait dans des plaques d'orfèvrerie, sur des vases, etc. ? Gela paraît probable, car il est question de ces émaux de plite à jour dans quelques inventaires, ainsi que nous l'avons vu plus haut; mais ils ne constituaient pas des pièces entières. Ou bien entendait-on comme émaux de plite à jour des émaux translucides? Nous n'oserions rien affirmer à ce sujet. Cet article de l'inventaire de Charles V (1380) : c Un couteau à manche d'yvire (ivoire), ouvré 9 à ymagettes, et est ledit manche couvert d'un estuy cloant d'ar- <r gent doré, et a en l'allemelle (la lame) dudit coutel, une longue « roye à esniaux de plite à jour », ne peut faire supposer un

Voypz TmëoPHiLE.

émail à jour, mais bien un émail translucide pesé dans un doîmnnement ou champkvage d'or fait aux d^ns de l'épaisseur de la lame, sorte de damasquinage émaillé, eomme on en voit sur tes manches des couteaux provenant de la vaisselle de Charles le Témé^ raire '. Il est donc possible d'admettre que, pendant le moyen âge, on donnait le nom d'émaux à jour à des émaux translucides posés en taille d'épargne, ou entre cloisons, ou sur ciselure. C'est vers le commencement du xv* siècle que les émailleurs adoptèrent, pour les bijoux, pour des objets de petite diHieasion et précieux, l'émail translucide sur ciselure, simultanément avec l'émail blanc opaque: Alors les parties destinées à recevoir un émail très-mince étaient /m^c^oti guillochées, c'est-à-dire rendues rugueuses par un travail régulier do burin ; travail qui apparaît à travers la couverte translucide colorée et contribue à lui donner un éclat chaud d'un aspect très*piquanl.

Il existe dans le trésor de la sainte Chapelle d'Altœtting (Bavière) un très-remarquable objet d'orfèvrerie d'or et d'argent émaillé, qui représente le roi Charles VI agenouillé devant la Vierge tenant l'enfant et entourée d'un berceau de fleurs et de pierreries. Ce joyau, fabriqué en France, en est sorti probablement à l'époque du mariage de ce prince avec Isabeau de Rivière. Cette pièce d'orfèvrerie, fort bien décrite et gravée dans le tome XXVI des Annales archeolo' giques (page 110), est connue en Bavière sous 4e nom du « cheval d'or », parce qu'au-dessous de l'estrade servant d'agenouilloir au roi est en effet un cheval d'or tenu par un écuyer émaillé mipartie. Rien n'égale la finesse d'exécution des personnages, des fleurs, des feuillages émaillés qui composent ce bijou de M centimètres de hauteur environ.

Ce n'est qu'à la fin du xv'' siècle que les artistes limousins se mirent à émailler en plein des plaques de métal mince, des vases de cuivre repoussé, et à peindre sur ces couvertes des sujets, des ornements, à entremêler ces couvertes opaques d'émaux transparents sur paillon. Cet art se développe au moment de la renaissance, et a produit de merveilleux résultats dont nous n'aurons pas à nous occuper ici, d'autant que nombre d'auteurs se sont étendus sur cet art de l'émaillerie peinte *.

1 Musées de Dijon, du Mans (collect. de M. le comte de Nieuwerkerke).

l Voyez, entre autres ouTrages sur cette matière : V Émail des peintres, parClaiidivs Popelin (1846). — Praticien consommé, artiste aussi habile qu'instruit, écrivain in^meux. M. Claudius Popelin nous paraît avoir, dans ce volume, résumé clairement les divers procédés employés par les artistes émailleurs du xvi^ siècle. — Voyez aussi VHist, des arts indusirieh de M. Labarte.

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NIELLES. Le nielle est Toiiieffieiitation dblieuue par une gravure faite sor ïor ou Targent, et remplie -d'une substance noire ou brune fusible. Niellure s'entend comme art de nieller. La nielle est la su}> slanee fusible incrustée dans la ^^avure métallique, l'estampage ou l'empreinte de cette gravure ou du dessin noir qui la remplit exactement.

Les Byzantins pratiquaient la niellure soit en grand, soit sur de petits objets, et cette décoration du métal était fort prisée sous les premiers empereurs d'Orient. Le moine Théophile donne la manière de préparer la matière noire propre à nieller, les moyens de l'employer et de l'appliquer dans les gravures faites sur or ou sur argent '.

On ne sam*ait dire à quelle époque remonte l'art de nieller l'or et l'argent, et ce n'est pas ce qui nous touche en ce moment. On trouve des bijoux niellés dans les tombes gauloises ; et il y a tout Ueu de croii?e que les Celtes, qui passaient, dans l'antiquité, pour savoir émailler les métaux, employaient le nielle, qui est un corollaire de l'émail champlevé, et qui même est plus facile à pratiquer. Graver le métal est une conséquence immédiate de l'emploi de cotte matière; remplir la gravure d'une substance qui la fait paraître, est très-naturel et très-simple, soit que cette substance soit posée à froid, soit qu'elle soit fixée par la chaleur du feu. Sans nous occuper de savoir si les peuples sortis de l'extrême Orient ont apporté ces procédés avec eux, en Europe, nous pouvons, par quelques œmples, constater que les tribus germaniques (jui se répandirent sur le sol des Gaules, au v* siècle, damasquinaient le fer d'argent, encloisonnaient des lamelles de verre dans de l'or et du cuivre, gravaittnl l'or et le cuivre, et remplissaient ces gravures de subilânces colorées. I^ spécimen le plus intéressant que nous possédions, louchant ces divers procédés, se voit au musée de Cluny. C'est le collet supérieur d'un fourreau d'épée franke : ce collet est à deux laces et porte 5 centimètres de largeur sur 3 de hauteur; il est partie d'or, partie de cuivre rouge. La face postérieure est entièrement de cuivre rouge damasquiné de dessins très-simples, d'or; la face antérieure est composée d'une plaque d'or assez épaisse, au milieu de laquelle percent deux carrés de cuivre rouge au même nu. Ces deux carrés de cuivre sont damasquinés d'or^ la partie d'or est intaillée, les intailles sont remplies d'une substance rouge très-altérée

• Dioetsarum arlium Sched,^ lib. 111, cap. Kxvi, xxvii, xxviiu Celte matière noire est composée de cuivre, d'argent, de plomb et de soufre.

par le temps, et les épargnes visibles, formant des méandres, sont damasquinées de filets et de points d'arçent. La planche L présente cette face au double de l'exécution, afin de rendre plus intelligible le travail de l'ouvrier. La niellure est ici faite évidemment à Taide d'une température peu élevée, puisque la matière rouge semble être une résine que le temps a fait tomber en grande partie. Quant à la damasquinure d'argent sur or, elle est délicate et s'est parfaitement maintenue. Cette alliance de trois métaux indique une origine, ou tout au moins une ti*adition orientale dont on ne voit plus trace plus tard sur le sol des Gaules. La garde de la poignée de cette même épée est d'or battu, et, par sa forme, permet de supposer qu'elle appartenait à une arme d'une assez grande dimension.

11 est certain que le nielle et le damasquinage sont deux procédés de décoration de métaux ayant des rapports intimes. Pour damasquiner un objet de métal, on commence par intailler le dessin qu on prétend remplir d'un autre métal; de même pour nieller. Mais, dans ce dernier cas, c'est une substance fusible à une température peu élevée *, qu'on fait fondre dans la gravure et qu'on polit après qu'elle esl refroidie; tandis que la véritable damasquinure se bal à froid dans l'intaille, de manière qu'elle la remplisse très-exactement et y adhère par le refoulement.

A l'imitation des Byzantins, les orfèvres rhénans ont fréquemment employé la niellure pour décorer l'argent et même parfois l'or. H est question d'ouvrages niellés dès l'époque de Gharlemagne. Théodulphe, évêque d'Orléans, un des « 7nissi do?nimci » de l'emperem*, se plaint, dans ses vers, des tentatives de corruption auxquelles doivent résister les magistrats chargés de rendre la justice. « Celui-ci, « dit-il, me promet de belles coupes si je veux lui accorder ce qu'il <( esl de mon devoir de lui refuser. Brillantes d'or au dedans, elle^ « sont décorées de noir au dehors, pai'ce que la couleur de l'argent « s'est altérée au contact du soufre. »

« Pocula promîttit quidam se pulchru daturuiu^

« Si homo qu6B poscii non sibi danda darem. « Irileriusque aurum, exterius nigredo décorât,

« Cum color argenti sulphure tactus abit '. »

Nous possédons des ouvrages niellés qui datent du xii' siècle, et, parmi ces objets, un des plus remarquables est l'autel portatif dont

' Sulfure d'argent.

'^ Theodulphi Carwi«a.— Voyez l'article de Tabbé Texier, SieUes et gt^avut^s (Annafe*: atchéol., t. XV, p. 5).

nous avons donné l'ensemble dans rarticle Autel *, Les nielles qui

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