‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 89 sur 165 · AGRAFE E\ CUIVRE · texte numérisé non relu

AGRAFE E\ CUIVRE

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OU champlevés. Pour faire adhérer la pâte fusible au métal, celui-ci était guillocbé; mais ce guillochage ne maintenait pas tellement la couche très-légère d'émail, que celle-ci ne se détachât sous un choc ou une pression violente. Vers le milieu du xiv* siècle, on employa souvent ce qu'on appelait Y émail en blanc, c'est-à-dire une couverte blanche ou légèrement colorée sur des figures ou des ornements ronde bosse. « Un image d'or de Nostre-Dame, esmaillé

< de blanc, assis en une chayère d'or, laquelle tient son enfant en

< son giron vestu d'une cotte esmaillée de rouge clerc, et sont les € choses dessus dictes toutes d'or et sient sur un entablement d'ar-

< gent doré, garny de fleurs de lys *. » — c Deux ymages, en

€ façon de Dieu le père, esmaillez de plusieurs couleurs, et viij € ymages de Adam et Eve esmaillez de blanc comme nuz *. » La plupart de ces menus objets relatés dans les inventaires des xiv' et XV* siècles sont émaillés sur or, cependant nous y trouvons des pièces- qui étaient d'une assez grande dimension, et qui par cela même devaient être faites de cuivre : t Une dame, esmaillée de « blanc, qui sert en manière d'aiguière, tenant une petite bouteille

< esmaillée d'azur *. i»

Lies émaux ronde bosse sont mentionnés aussi dans les inventaires du XIV* siècle : « Une grand croix d'argent, à six ymages « rondes de costé et a iiij évangilistes sur esmail et en fault un des- « soubz les pieds du crucifix *. » — « Deux flacons d'argent doré, € plains et au milieu un grant esmail eslevé ou est dedans une « déesse d'amour d'or, eslevée, pesant xxxi marcs *. »

On ne saurait trop vanter la dorure appliquée par les orfèvres sur le cuivre, pendant le moyen âge, et particulièrement pendant la seconde moitié du xii* siècle et la première moitié du xiii*. Cette dorure est faite au mercure ; mais, en se reportant aux procédés indiqués par le moine Théophile dans son livre III, on reconnaît que les artisans prenaient des soins minutieux pour que cette dorure couvrît parfaitement le métal, qu'elle fût également épaisse et d'un éclat uniforme. L'or n'étant pas épargné, on pouvait le brunir fortement, ce qui contribuait à lui donner de la solidité en serrant ses

< Inventaire de Charles VI (1399).

* Inventaire des ducs de Bretagne (I&IO).

* Invent, des ducs de Bourgogne (1&67).

* Invent, du duc de Normandie (1363).

* Invent, des ducs de Bourgogne (1467). (Voy. le Glossaire et Répertoire des émaux, bijouxy efc,^ exposés dans Icm galeries du musée du Louvre, du comte de Laborde, 1853.)

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molécules. On peut voir, dans les collections, des dorures qui ont conservé un éclat merveilleux et une adhérence parfaite, malgré des taches d'oxydes qui ont parfois transpercé leur épaisseur. Nous avons entre les mains des pièces d'orfèvrerie de[cuivre qui, par suite d'un long séjour dans la terre, étaient devenues complètement vertes. Trempées dans de l'acide acétique mitigé, cette oxydation tombait, et la dorure apparaissait avec tout son éclat. C'est principalement sur les pièces émaillées que les orfèvres tenaient à faire de bonne dorure, parce qu'en effet, pour que l'or fasse vivement ressortir l'émail, il faut qu'il soit très-fortement bruni, ainsi que l'indique Théophile ; et pour que le brunissage de l'or soit beau, il est nécessaire que la couche d'or soit épaisse. Voici un exemple de cet émaillage avec belle dorure brunie (pi. XLIX). C'est la volute d'une crosse du commencement du xiii* siècle, trouvée tout récemment dans la petite église Sainte-Colombe de Sens. Malgré quelques taches d'oxydation, la dorure épaisse, brunie, a conservé un éclat merveilleux. On voit comment le lis central de la volute est émaillé d'émaux nuancés, sans cloisonnements ou filets d'épargnes entre les nuances. Les gravures sont très-délicatement traitées et faites avant la dorure ; mais le brunissoir n'ayant pu atteindre le fond des tailles, celles-ci ont été remplies en partie d'une substance brune qui a terni l'éclat de l'or, de telle sorte que ces tailles se détachent en vigueur sur les surfaces brillantes et polies des épargnes.

Il nous reste à parler des émaux à jour, si tant est qu'il en ail existé, et qu'on n'ait pas pris pour des émaux à jour des verres sertis entre des réseaux d'or ou de cuivre, suivant le procédé si fréquemment adopté par les orfèvres sous les Mérovingiens. « Une « grande cope d'or sans couvescle et est esmaillée à jour, qui « poise XV marcs *. > — Une très belle couppe d'or et très bien « ouvrée à esmaulx de plile (cloisonnés) à jour, et le hanap d'icelle « à esmaulx à jour et le pommeau ouvré à maçonnière '. » M. Labarte, dans l'excellent article qu'il consacre à l'histoire de Témaillerie \ dit n'avoir jamais vu d'émaux de ce genre, mais il ajoute : « Nous aurions donc été disposé à croire que les prétendus émaux « ainsi dénommés n'étaient autre chose que des pièces de verre teint « et translucide, découpées à froid et serties dans un cloisonnage « métallu^ue, si Benvenuto Cellini, dont la compétence en pareille

» Invent, du dite de Not^mandie (1363) . 2 Invent, de Charles K/(1399).

5 Hîst. des arts industr, au moyen âge, t. III, p. 440 et suiv. Voyez aussi rËHAiLLERiE dans Tanliquité et au moyen â^e.

DICnONNAiRt. OU MOBILIER FRANÇAIS

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