‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 94 sur 165 · CHALUMEAU · texte numérisé non relu

CHALUMEAU

« et les tables en my les rues drecées à tous venans par toutes les « rues de Paris qui point ayent de renom '. » De cette manière de se réjouir nous sont restés les cornets à bouquin* du carnaval, lesquels cornets ne sont que des busines de petite dimension.

Il y avait dans les armées des busineors à cheval, chargés de rallier les hommes d'armes, de sonner certaines fanfares (fig. 2 •), d'annoncer l'attaque, de précéder les cortèges, de donner le signal de l'ouverture et de la fermeture de la lice dans les joutes et tournois. Ces busines droites sont plutôt de grandes trompettes.

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CEMBEL, s. m. — Voy. Tymbre.

CHALUMEAU, s. m. (chalemiau). Instrument à vent remontant à une haute antiquité; primitivement composé d'un roseau ou d'une écorce de branche d'arbre fraîche dont le bois a été extrait, garni d'une anche très-simple et percé de trous permettant d'obtenir plusieurs notes. Le chalumeau donne les sons graves de la clarinette.

« Tabars et chalemiaux el estnimens sonner *. »

Ce n'était pas seulement pendant les fêtes et réjouissances qu'on se servait du chalumeau ; on jouait encore de cet instrument dans les marches militaires :

« Et Tost s'est arotée (mise en route) el deriere et devant,

« Là oïsiés soner plus de .M. olifans^

« Grelles et chalemiaus et buisines bruians,

« Plorer et lermoier maint darooisel vaillant ;

« Mais n'osent à Guion desdire son commant ^. »

« Cors et buisines et chalemeaus soner ^. »

* Journal d'un bourgeois de Parts^ sous le règne de Charles YI, coll. Michaud, t. 11^ p. 643.

^ Ou plutôt à bouquetin j c'est-à-dire faits avec les cornes de cet animal. 3 Des vignettes d'entourage du Roman de Tristan, Biblioth. impér., fonds franc-ais (1260 environ).

< Aye d'Avignon, vers 4137 (xm« siècle).

* « Refuser d'obéir aux ordres de Guion. » (Gui de Bourgogne, vers 1374 el suiv. XIII' siècle).

« Guillaume d'Orange (xiii« siècle).

— 247 — [ CHIFONIE ]

11 était plusieurs sortes de chalumeaux, ainsi que l'indique ce vers :

« Puis chalemiaus et chalemele >. »

CHEVRETTE, s. f. (chieuvrete, chaplecho). Instrument à vent composé d'une peau de chevreau et d'un chalumeau. Guillaume de Machaut, trouvère du xiv' siècle, distingue cependant la chevrette de la cornemuse :

u Cornemuses, fldjos et chevrettes. »

Peut-être la chevrette était-elle d'un plus petit volume que la cornemuse. Quelques vignettes de manuscrits donnent, en effet, de petites cornemuses garnies seulement d'une pipe pour souffler, et d'un seul chalumeau très-long, percé d'un assez grand nombre

de li-ous (lig. 1) * (voy. Cornemuse). La musette dont on se servait, il y a peu d'années, dans la Bourgogne et le Limousin, pourrait bien n'être autre que la chevrette du moyen âge. On lui donnait aussi les noms de bedon et de lovre.

CHIFONIE, s. F. {syphonie). Quelques auteurs pensent que la cliifonie n'est autre chose que le tympanon, c'est-à-dire un instrument composé d'un morceau de bois étroit et long, creusé, garni d'une peau, ou d'une tablette de bois sec très-mince, devant laquelle sont tendues une ou plusieurs cordes qu'on racle avec une petite

1 Homan de ta rose, partie de J. de Meung^ vers 21299. -2 Hvfl. du saint Graai, Biblioth. impér. (An du xni« siècle).

[ CniFONlE ]

verge de bois ; d'autres voient dans la chifonie * un instrument analogue à celui que nous nommons vielle aujourd'hui, il est bien possible, en effet, que les deux instruments n'en fassent qu'un, par la substitution d'une roue à la vergettc de bois et de touches appuyant sur les cordes, au doigté.

En considérant la chifonie comme un instrument à cordes frottées par une roue et garni de touches, nous en trouvons la reproduction, datant du xii'^ siècle, sur le célèbre chapiteau de Boscherville. Cette chifonie (fig. 1) est jouée par deux personnages :

l'un lounic la luanivnllo cl raulro a hîs mains posées sur un pelil clavier composé do sopt touches, placé à l'extrémité de l'instrument. La roue frotte trois cordes qui send)lenl entrer dans la cavité munie de touches. Nous n'essayerons pas, d'ailleurs, d'expliquer comment ces touches, placées sur l'extrémité du coffre, pouvaient agir sur les cordes de manière à produire un certain nombre de notes. La chifonie, pendant les xii" et xiir siècles, passait pour un instrument très doux et harmonieux; mais au xiV siècle elle était complètement tombée en discrédit.

Lorsque Mathieu de Gournai est envoyé par Henri de Transtamare et du Guesclin à la cour du roi de Portugal, pour s'informer auprès de ce prince si don Pedro est réfugié dans ses domaines, Pambas-

* Symphijniu*

— 2àO — [ GHIFONIE ]

sadeur trouve auprès du roi deux serviteurs portant chacun une chifonie pendue au cou :

(( Et li .il. ménestrez se vont appareillant;

(( Devant le roy s*envont ambdui chinfoniant,

(( Quand Mahieu de Gournay les va apercevant

« Et les chinfonieurs a oy prisier tant^

<c A son cuer s'en aloit moult durement gabant.

« El li rois li a dit après le gieu laissant :

(( — Que vous semble? dit-il; sont-il bien souffisant? »

« Dit Mahieu de Gournay : « Ne vous irai celant :

« En s ou païs de France et ou pïs normant

« Ne vont telz instrumens fors qu'avugles portant.

« Ainsi font li avugle et li poure truant. n

« Et quant li rois l'oy, s'en ot le cuer dolant :

« Il jura Jhcsu-Grist, le père tout poissant,

« Qui ne le serviront jamais en lor vivant ^ »

Si bien que les deux pauvres chifonieurs sont renvoyés par le roi, durement courroucé d'avoir à sa cour, et pour raccompagner, des joueurs d'instruments considérés en France comme truands. Et

cependant il ne semblerait pas que la chifonie, appelée vielle aujourd'hui, fût tellement déprisée en France, puisque dans le roman de Girart de Nevers et de la belle Euriant * on voit une des vignettes représentant Girart déguisé en ménestrel et ayant une chifonie

• La Vie vaillant du Guesclin^ par le trouvère Guvelier, vers 10050 et suiv. •^ BibUoth. impér., lâAO environ.

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