‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la renaissance (volume 2)Chapitre 96 sur 165 · CITHARE · texte numérisé non relu

CITHARE

cet instrument (fig. 1, B). Nous ne donnons, bien entendu, cette interprétation qu'avec réserve, n'ayant pu trouver une description détaillée de cette sorte de trompe. Le choro, ou chorum, était en usage dans les morceaux d'ensemble :

« De vieles sot et de rote, « De harpe sot, et de chorum ; (I De lire et de psalterium *. »

CITHARE, S. f. La cithare antique était un instrument à six cordes métalliques pincées. Au commencement du moyen âge, la cithare semble se confondre avec la rote ou la rot/le^ instrument à cordes frappées ou pincées ayant primitivement la forme du Agrée. M. Fétis a parfaitement établi comment la cithare ne fait qu'un avec la rote, et ne saurait être confondue avec le croutky qui est un instrument à archet, ni avec la chifonie ou syphonie, qui est un instrument à frottement^. Au viii'' siècle, la cithare avait déjà pris le nom de rote, ainsi que l'indique ce passage de saint Boniface, évêque de Mayence, mort en 755 : « Je me réjouis, dit-il, d'avoir un citharisle « qui puisse jouer de la cithare que nous appelons rotta^ et qu'il < possède cet instrument *. » Du Gange rapporte un passage du commentaire de Notker, moine de Saint-Gall au x* siècle, sur le Symbole d'Athanase, et dans lequel il est dit « que la rotta est l'antique psalterium^ lequel avait la forme du delta grec et était garni de dix cordes, mais que le nombre des cordes ayant été augmenté et la forme modifiée, cet antique instrument a reçu le nom barbare de rotta. On pourrait donc conclure de ces passages que la cithare ne faisant avec la rote qu'un seul et même instrument, et la rote étant l'antique psaltérion, la rote et le psaltérion ont la même forme. Cela ne saurait être cependant admis absolument , bien que M. Fétis ait semblé confondre les trois instruments, et que le nom de cithare soit donné, encore au xiv* siècle, même à l'instrument à archet, qui est connu sous le nom de vièle. Ce fait est constaté par une miniature du manuscrit de la Bibliothèque impériale (latin), n° 850â, écrit en 131 3, sur les travaux de F Université^ et dédié à Philippe le Bel.

* Du Gange, Chorus. — Poëme du roi (le Navarre, t. I, p. 244.

' Voyez la Nctice sur AnU Stradivarius, précédée de Recherches hist. sur C origine et les irons form. des insirum. à archets, par F. J. Fétis, publ. par M. VuiUaume. Paris, 1S56.

' « Delectat me quoque cytharistam habere, qui possit cytharizare in cythara, quaro ■ nos appellamus Rottœ, quia cytharam habet. )> (Epist. 89. Du Gange, GIoss,, Rotta.)

[ CfTHARE ] — 252 —

A dater du xii* siècle, cependant, si la cithare et la rote sonl un seul et même instrument, le psallérion se distingue de la cithare, el, à plus forte raison, la vielle. Jérôme de Moravie dit que la cilhareala forme du A grec el est garnie de vingt-quatre cordes. Dans le ma-

nuscrit de Saint-Biaise (ix* siècle), la cithare n'a que douze cordes; elle est triangulaire (fig. 1), et il semble qu'un corps sonore soit placé à sa partie supérieure *. Le manuscrit de Saint-Émeran nous

JUJLi^-^.

montre une cithare que nous reproduisons ici (fig. 2), garnie de dix cordes. La partie supérieure de la cithare, munie d'un manche, paraît être faite de métal, tandis que la partie inférieure serait de bois. Les dix cordes sont enroulées autour de dix clievillettes posées

' Voy. Martin Gerbert, De canhi ft musica, lib. III, cap. m.

sur la partie métallique. On voit que tout ceci n'est pas très-clair, el que la forme de la cithare est passablement variée ; c'est du reste ce dont les auteurs anciens conviennent. Martin Gerbert reconnaît que la cithare affectait diverses ligures et n'avait pas un nombre de cordes bien déterminé.

Toutefois il est une différence notable entre la cithare et le psallérion. La cithare n est qu'un jeu de cordes montées sur un châssis avec ou sans corps sonore sur l'une des faces de ce châssis, s'il est ran-é, ou à son extrémité supérieure, s'il est triangulaire, peut-être dans la partie inférieure, s'il est circulaire, ainsi que le montre la figure 2 * ; tandis que le psaltérion présente un jeu de cordes métalliques tendues sur une table creuse, avec ouïes généralement (voy. Psaltérion). La cithare était pincée ou touchée à l'aide d'un plectrum.

CITOLE, s. f. {citote). Instrument à cordes dont la sonorité était très-douce. Après la bataille de Bouvines, le roi Jean demande une trêve et envoie à Philippe un légat :

« Cis legaz iert nez d'Engleterre, '

0 Qui le roi de France^ à ceUe erre,

« Enveloppa si de paroles,

a Plus douces que sons de citoles,

« Qu'à cinq ans les H otroia

« Et vers Paris se ravoia '. »

« Harpes i sonent et vieles « Qui font les mélodies bêles, tt Les estives ' et les citoles, « Les damoiseles font caroles <f Et treschent envoisiment *, »

Nous n'avons pu réunir sur la forme de la ci tôle des documents précis.

CLOCHETTE, s. f. (clokete, c/ocète). Le moyen âge usait fort des clochettes ; non-seulement on s'en servait dans les concerts d'instruments, mais on en suspendait aux habits, aux harnais, et

1 C'est cette forme circulaire donnée à la cithare, à daler du viii^ siècle, qui lui a Tslu le nom de roUa,

' Branche des royaux lignages^ vers 7123 et suiv.

' EHivey sorte de cornemuse.

* Roman du fvnnrd, vers 27073 et suiv.

même aux toitures des palais. Certaines danses étaient exécutées au son des clochettes, et cela dès une époque reculée, puisque nous en voyons figurées sur des vignettes du x*" siècle. C'était souvent le danseur ou la danseuse qui s'accompagnait d'une ou plusieurs clochettes. Un chapiteau de la nef de la cathédrale d'Autun nous montre un danseur ayant les bras passés autour d'un bâton garni de clochettes (fig. 1). Deux autres personnages agitent des sonnettes

ou frappent sur celles que porte le danseur. Les bas-reliefs représentant les Arts libéraux sur les portails de nos cathédrales nous montrent habituellement la Musique sous la forme d'une femme frappant sur des timbres suspendus *. Le roi David est parfois aussi représenté frappant du marteau un jeu de clochettes suspendues à une sorte de potence (fig. 2)*. Dans cet exemple, le personnage lient un marteau dans chaque main, afin d'obtenir des accords. Le jeu se compose de cinq timbres. On a fabriqué aussi, pendant le moyen âge, un instrument garni d'un grand nombre de clochettes qu'on agitait pour appuyer la mesure, ainsi que nous favons vu faire, il n'est pas encore longtemps, avec l'instrument appelé pavillon chi nois, dans les musiques de la troupe. Cet instrument, appelé en latin et dans les monuments antérieurs au xu" siècle, bombuhim^ reçut plus tard les noms de tymbre^ cembel (voy. Tymbre). A dater du

1 A Chartres, à Paris, à Sens.

2 Bible française, biblioth. du Corps législatif (xiii® siècle). On donnait à ces carillons, au xiii« siècle, le nom d*orhge.

XII' siècle, la mode de coudre des clochettes aux habits et harnais de cérémonie était fort prisée.

Quand le sire de Coucy invite les dames de son voisinage à assister aux joutes qu'il compte ouvrir entre la Fère et Vendeuil, celles-ci arrivent bientôt :

a Et sont, si comme dit, vestues f( De clocettes et s*aront sambues ^, n Elles et tout li chevalier « D'armes qui moult sont à prisier '^, »

« Orgius chevauçoit cointement, (( Cil sa siele et à ses lorains ' « Ot cinc cent cloketes au moins * « Ki demenoient tel tintin (c Con li maisnie hierlekin ^. »

Vers la fin du xiv*' siècle et au commencement du xv% alors que, pour les hommes, la mode était de porter au cou de grosses chaînes

' Sfimbue^ char ou litière.

2 Li Roumnm dou chastelain de Couci^ vers 689 et suiv. (Un du Xll® siècle).

' « A sa selle et à ses rênes. »

^ « Cinq cents clochettes pour le moins, m

^ a Comme la famille d'Arlequin. » Renart le nouvel^ vers 530 et suiv. (xili* siècle).

d'or, celles-ci étaient parfois garnies de clochettes ou de «rrelots (lig. 3) *. Mais il n'y avait que les personnages de marepie qui pouvaient se permettre ce luxe, et cela n'eut pas été admis chez les petits gentilshommes et chez les bourgeois.

A la fin du xv'' siècle, les personnages qui, chez les grands, remplissaient la charge de fous, étaient les seuls qui portassent des clochettes ou grelots attachés à leurs habits.

COR, s. ni. Instrument à vent plus petit que la busine et plus grand que Tolifant. Le cor se distingue de la busine, de la corne, du cornet, de Folifant, de la trompe et de la trompette. Cependant les poètes le confondent parfois avec Tolifant, qu'ils appellent un cor d'ivoire :

(( Uns petis cnfcs c.<^pia « Desous le lit .j. cor d'ivoire « Que li rois, ce conte Testoire, o Soloit tos j ors en bos porter 2. «

Mais ce qui distinguait particulièrement le cor de l'olifant, c'est que le premier était très-recourbé, de façon à ramener le pavillon par-dessus l'épaule. Voici un passage de Joinville qui le prouve :

« Avec le prince (d'Antioche) viendrent quatre meneslriers de la « grande Hyerménie, et estoient frères; et en aloient en Jérusalem « en pèlerinage, et avoient trois corz dont les voiz (les pavillons) « des corz leur venoient parmi le visage. Quand il encommençoient

' Manuscr. de Tristan et Yseuity Biblioth. impér. Voyez aussi le noble veneur^ fig. 2, à l'article Corne.

2 Du roi GuiUaume d* Angleterre, chron. anglo-normande, publ. par M. F. Michel^ t. III, p. 55.

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