CORNEMUSE
au xiii* siècle *. Ce n'est qu'une grosse chevrette, garnie d'une pipe et d'une flûte plate percée de trous (fig. 1). La flûte, terminée par une tête d'animal en guise de pavillon, s'emmanche dans une autre tète de bête attachée au col de la peau de bouc. Le corps de la flûte possède un renfort du côté de la main droite, dont nous ne comprenons pas l'usage. Dans cette chevrette, le bourdon n'existe pas encore,
non plus que Xe petit bourdon. Dans un manuscrit du xiv' siècle', nous voyons déjà cependant une cornemuse garnie du bourdon (fig. 2); sa flûte est percée de sept trous. Un autre manuscrit du
commencement du xv* siècle* reproduit également une cornemuse avec son bourdon parfaitement caractérisé, posé sur l'épaule du joueur (fig. S). Mais la flûte est unique et la cornemuse ne possède
1 La coastruction de la maison des Musiciens de Reims date du milieu du xni* siècle.
2 De 1320 enwon : Lanceloi du Lac, 2^ vol., Biblioth. impér.
3 De 1430 environ, Bibliolh. impér., latin, n» 873.
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pas le petit bourdon qui fait entendre la dominante dans les cornemuses modernes. Toutefois cette flûte est beaucoup plus longue que ne Test le chalumeau actuel, lequel est petit et n'est percé que de trois trous * .
Il est possible que le nom de cornemuse n'ait été donné à la musette ou muse qu'après l'adjonction du bourdon, qui n'est qu'un cornet. Dans le Dict des rues de Paris, qui date du xiv* siècle, on lit ces vers :
(( En la rue du Marmouset
« Trouvai un homme qui mu fet
« Une muse corne bellourde ^. »
Ce passage concordant, comme date, avec la figure 2, permettrait de supposer qu'on donna, au xiv* siècle, le nom de muse-corne aux musettes garnies du bourdon.
CROUTH, s. m. Instrumentàcordesetàarchet.«Ilya,ditM.Fétis*, « deux sortes de crouth, lesquelles appartiennent à des époques « différentes. Le plus ancien de ces instruments est le crouth irithani, « c'est-à-dire le crouth à trois cordes : il est vraisemblable que c'est € celui-là dont parle Venance Fortunat * . Peut-être même ce crouth pri- « mitif n'avait-il que deux cordes, comme en eurent encore longtemps « après d'autres instruments. Un manuscrit duxi' siècle, et qui pro- « vient de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges*, contient quelques a figures d'instruments grossièrement dessinées, parmi lesquelles il « s'en trouve une qui représente un personnage couronné, lequel « tient de la main gauche un crouth à trois cordes qu'il joue avec l'ar- € chetde la main droite (fig.l). L'instrument se reconnaît à Téchan- € crure par où passe la main pour poser les doigts sur les cordes. > Nous voyons encore le crouth figuré dans les voussures du portail de l'église impériale de Saint-Denis (fig. 2 •). Toutefois cet instni-
' Dans la cornemuse moderne^ le bourdon fait la basse continue, le petit bourdon donne la dominante, et le chalumeau sert à moduler les airs.
^ < Trouvai un homme qui m'a fait une cornemuse balourde, grossière. » Voy. FabL et Contes, publ. par Barbazan. Crapelet, 1808^ t. II, p. 251.
^ Ant, Stradivarius, origine et transformations des instruments à archets, par M. F. J. Fétis. M. Vuillaume édit., Paris, 1856.
* Évèque de Poitiers, 565.
^ Antiphonaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges. Biblioth. impér., latin, n<» 1118 (XL^ siècle).
^ D'après un dessin fait en 1835, avant la mutilation de ces sculptures, auxquelles aujourd'hui on ne saurait se fler.
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ment semble appartenir plus particulièrement à l'Angleterre gaélique et saxonne qu'à la France. Le crouth à six cordes succéda au crouth à trois cordes. M. Fétis ne saurait délcrminer l'époque précise oii cette modification se lit. Mais, en 1770, Daines Barrington avait en-
tendu jouer encore du crouth à six cordes par John Morgan, né en 1711 dans l'ile d'Anglesey, et il fournit le dessin de cet instrument', dont M. Fétis donne la description suivante: € Cet instrument (fig. 3) « a la forme d'un trapézoïde allongé, dont la longueur, du sommet € à la base, est de 0'",67; la plus grande largeur, près du cor-
1 Reproduit dans la notice précitée de M. Fétis.
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« dier, est de 0",27, et la plus petite, au sommet du trapèze, est <r de 0"',23. L'épaisseur de la caisse sonore, composée de deux « tables de sycomore et d'éclisses, est de 0'",05, et la longueur < de la touche est de 0'",28. Des six cordes dont l'instrument est
erci/k-LfiOMar.'
« monté, deux sont en dehors de la touche : elles sont pincées à vide « par le pouce de la main gauche; les quatre autres, placées siu" la « louche, se jouaient avec l'archet. Ces cordes sont attachées par « leur extrémité inférieure au cordier, lequel est fixé de la même « manière que dans les anciennes violes ou quîntons. Dans certains « instruments, par exemple dans celui dont Daines Barrington a « donné la figure, ce cordier offre, au point d'attache des cordes, une « ligne droite et parallèle à la base du crouth (voyez la figure 3) ; « mais, dans d'autres, ce cordier a la direction oblique qu'on re- < marque dans celui de la viole bâtarde à six cordes. L'extrémité € supérieure des cordes passe par des trous percés dans le massif « du haut de l'instrument, s' appuyant sur des sillets, et est attachée
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« au revers de la tête par des chevilles, lesquelles se tournent avec « une clef ou levier, à la manière de la guitare *.
a La table est percée de deux ouïes rondes, dont le diamètre est a de O^jOS. Le chevalet est la partie la plus singulière de Tinslru-
« ment ; le haut du chevalet présente une ligne droite. Il résulte
« de cette circonstance, et de ce que le corps de Tinstrument n'avait « pas d'échancrures pour le passage de Tarchet, que celui-ci devait « toucher plusieurs cordes à la fois, et par conséquent produire une
€ harmonie quelconque en raison du doigté Une autre parti-
(r cularité du chevalet du crouth lui donne beaucoup d'intérêt pour « un observateur instruit : elle consiste dans l'inégalité de hauteur € de ses pieds et dans sa position. Placé obhquement, en inclinant « vers la droite, il a le pied gauche long d'environ 0"',7. Ce pied entre « dans l'intérieur de l'instrument par l'ouïe gauche, s'appuie sur « le fond, et le pied droit, dont la hauteur est d'environ 0'",02, est « appuyée sur la table, près de l'ouïe de droite. Il résulte de cette « disposition que le pied gauche rempht les fonctions de l'âme dans « le violon, et qu'il ébranle à la fois la table, le fond et la masse d'air « contenue dans l'instrument. — c Cette description du savant professeur est des plus curieuses et elle fait assez voir combien l'art du luthier était perfectionné au xV siècle, car les crouth à six cordes sont mentionnés dès cette époque. Le dos du crouth à six cordes était voûté, c'est-à-dire que la table de dessous était convexe, ce qui donnait plus de sonorité à l'instrument. M. Fétis considère le crouth comme le père, en Occident, des instruments à archet ; il est à croire qu'il a raison. Mais cet instrument, peu usité en France à la lin du xi'' siècle, était remplacé par la rubèbe ou la gigue, instrument à archet monté à trois cordes, puis par la viole ou vièle, montée à quatre et même cinq cordes. (Voy. Gkîue, Vièle.)
DOUÇAINE, s. f. {doucebié). Il nous serait difficile de donner sur cet instrument des renseignements quelque peu précis. Des auteurs
^ Notre figure 3 donne en A la Tacc antérieure du crouth, en B son profil, et en G la coupe Taitc sur ab. Cette coupe fait voir commcul le chevalet pose un de ses pieds sur la table de fond. En D, est figuré un archet copié sur une peinture du \s^ siècle.
prétendeni que la douçaine est un instrument h vent, une sorte de llùte * ; d'autres assimilent la douçaine à une vielle ou viole, se rapprochant par la forme du corps sonore, de l'instrument à cordes qu'on appelait mandore au xvi*" siècle. La douçaine alors aurait été pincée. Nous sommes porté à croire cependant que la douçaine était une seconde (lûte ; car, dans les textes, cet instrument est cité parmi des instruments à vent. (Voy. Flûte.)
5jfa
FLUTE, s. f. (fluste, /feiUey flahittiele^ fl^P^t flftjole). Dans des manuscrits qui datent du x'' siècle, on voit souvent la flûte double figrurée, et cet instrument se retrouve jusque vers la lin duxiir siècle.
Voici, ligure 1, un joueur de flûte double à deux embouchures, représenté sur une vignette du x'' siècle', et, figure 2, une flûte double dont les corps sont unis par une frette et qui se termine par lin seul pavillon'. L'un des tubes de ce dernier instrument est percé de cinq trous, l'autre de six, mais le dessinateur a-t-il supposé
ï /ff>/. de ht vie privée des Français, par Legrand d'Âussy, t. UI, p. 382. ^ Bible, fonds de Saint-Germain, latin, Biblioth. impér. [\^ siècle). 3 Antiphonaire provenant de Tabbaye Saint-Martial de Limoges (xi*^ siècle), Bibliothèque impér.
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l'un des trous bouché par le petit doigt de la main droite? Cependant si grossières que soient les vignettes qui ornent cet antiphonaire, l'artiste semble, dans toutes, avoir eu la prétention d'indiquer exactement, au moins, le nombre des cordes et le nombre des trous sur les divers instruments qu'il reproduit.
La flûte simple et la flûte double datent d'une haute antiquité. Dans les débris de l'époque gauloise et gallo-romaine, on trouve souvent des fragments de flûtes d'os, ce qui permet de supposer que no£ aïeux prisaient fort cet instrument. Les jongleurs, les ménestrels, jouaient de la flûte pour accompagner les danses, les tours de leurs confrères, et aussi lorsqu'il s'agissait de précéder certains personnages ou (les gens qui allaient se réjouir quelque part. Il s'agit d'un jeune chevalier, modèle de prouesses et de belles manières :
« Si to8 con entrés estoil mais,
« À Pajornée se levoit,
« .Y. jongleras od lui menoit,
« Flahulieles et caltmiaus,
« Au bos s'en aloit li dansiaus < ;
« Le ntfli aportoit à granl brnil^
« Molt par estoil de grant déduit ^. »
Lors de la dédir^acedu monastère du Mont-Sainl-Michel, le peuple du bourg se livre à toutes sortes de réjouissances :
u Cors e boisiues e fresteais ^ « E fleules e ciialemals (( Sonnoeiil si que les monlaignes (( En retintoeiil et les pleignes ^. »
* « Le damoisei ».
- Lui tl*î(jnaurh^ vers 27 et suiv. (xni* siècle). 5 Frest^a/, f'if^tel, on sistre. C'est la flûte de Pan.
* Roman du mont Smut-Michel^ vers 781 et suiv. (xiîi^ siècle).
Les ménestrels, en jouant de la flûte, s'accompagnaient souvent d'un tambourin maintenu sur Tépaule gauche au moyen d'une
courroie, et qu'ils faisaient résonner sourdement avec la tête. Une des statues de la façade de la maison des Musiciens à Reims, reproduit un de ces jongleurs (tig. 3 *). Celte manière de jouer
de la tlùte avec accompagnement de tambourin s'est perpétuée jusqu'au commencement du siècle dans les campagnes. La flûte que
1 Milieu du xiii'' siècle.
E.MtUAonmr.
donne la figure 3 est percée de quatre trous, très-probablement ; la main droite paraissant boucher le quatrième.
Il paraîtrait qu'au xiir* siècle, les ménestrels jouaient aussi de la flûte double dont les tubes étaient de longueurs inégales. C'est du moins ce que ferait supposer une vignette très-intéressante d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale * (lig. â). Cette petite peinture montre trois ménestrels : l'un joue de la vielle ou de la viole ; le second embouche deux flûtes d'inégales longueurs, à large pavillon comme nos clarinettes ; le troisième frappe sur un tambourin carré, qui n'est autre chose qu'une peau tendue sur un châssis, pendant qu'un quatrième personnage tire du vin pour rafraîchir les musiciens.
Au XV* siècle, on se servait de flûtes de cuir bouilli qui faisaient le dessus de l'instrument appelé serpent en ces derniers temps, et dont on usait non-seulement dans les églises, mais aussi dans les concerts profanes (voy. Serpent). M. Fau, qui possède une collection d'instruments de musique anciens, recueillis avec un goût parfait et une connaissance rare de ces objets, a bien voulu nous permettre d'en dessiner quelques-uns, parmi lesquels se trouve une de ces llùtes (fig. 5). Le corps de l'instrument, ondulé, est complètement façonné en cuir bouilli d'un beau noir. La tète seule, qui forme pavillon, est peinte. La section du tube est un octogone (voy. en A) (le O^jOSâ do diamètre au point le plus fort. Le dessous de la tète (voy. en B) est porcé d'un trou. Six Irons sont percés sur le dessus du tube, et un seul en (] au-dessous. L'embouchure, qui n'existe plus, était d'ivoire et hémisphérique (voy. en D). L'instrument porte 0'",60 de longueur.
La flûte traver&ière paraît avoir été en usage dès le milieu du XIV" siècle, puisque Eustache Deschamps la mentionne'*'. Ce poëte musicien, puisqu'il a composé une sorte de traité sur la musique, a laissé une jolie ballade intitulée : « Dtf métier profitable, » 11 n'en est que deux, dit-il, celui du ménestrel et celui du jongleur :
« Ces deux ont partout l'avantai^^e^
(( L'un en janglant, Tautre à corner
« Des instrumens; lequel prendray-jc ?
« (k)nipains, apran à flajoler.
« Les baulx instrumens sont trop ciicrs,
u I.:i iKirpc tout bassement va -,
a Vielle est jeux pour les mousliers,
(( Aveugles cliifonie aura,
> Ancien fonds Saiiit-Gerniain^ n° 37 (xiU*^ siècle). 2 Sous le nom de fîeuthe truverminc.
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tt Choro brait; rolhe ne plaira, « Et la trom|)e est trop en usai^e ; « Aussis est du foui le langai^ ^ ; « Néantmoins pour plus prou A ter, M Avoir argent, robe, béritaige, « Compains, apran à fiajolcr.
« Car princes oyent yolnntîers
<c Le flajol -. »
A en croire Eustache Deschaiaps, la flûte, le flageolet, étaient fort en honneur de son temps, et la plupart des instrumenls joués par les ménétriers étaient alors relativement peu prisés.
A la fin du xV siècle, dans les concerts, on jouait d'une grande flûte qu'on appelait flûte bruyante j et qui avait quelques rapports avec notre grande clarinette, sauf les clefs.
FRÉTEL, s. m. {frestel, fresteal^ sistre). Flûte de Pan. Cet instrument, bien connu de l'antiquité, se compose, comme on sait, d'un cerUiin nombre de tuyaux (roseaux) de différentes longueurs, assemblés les uns à côté des autres, et donnant plusieurs notes lorsque l'exécutant souffle obliquement dans chacun d'eux.
Cet instrument fut également usité pendant le moyen âge, et faisait sa partie dans les concerts. Au xi' siècle, on le voit repré-
senté dans l'antiplionaire provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges* (lig. 1). Les sept tuyaux qui forment l'octave sont enveloppés dans une chape ; l'auteur du dessin a indiqué les sept trous des tuyaux, seuls ouverts pour recevoir le souffle de l'exécutant.
1 Nous n'avons pu trouver la signification du mot aussis, '^ Eustache Deschamps, Ballades, S Biblioth. impér., latin, no 1118.
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