‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 100 sur 168 · OLIFANT · texte numérisé non relu

OLIFANT

OLIFANT, s. m. Corne d'une grande dimension, faite habituellemenl d'une dent d'éléphant, garnie de viroles de métal pour la suspendre au côté droit. L'olifant était une corne de guerre et de chasse ; il servait à donner des signaux, à rallier les troupes, à annoncer l'approche d'un ennemi :

« Ung olifant sona, ses gens vers li ralie

« Et leur dit : « Segués moi, je vous ferai aïe »

« Les grans oompaignes lors veissiez venir, « Bruir banières, dont il i out sis mil. « Là oïssiez ces olifans tentir, « Ces cors sonner. ... 2. »

« Guenes, ce dist li rois, preus estes et genlis ;

« Faites sonner nos cors, l'olifant soit bondis. »

« Hichars piinsl l'olifant, à la bouce l'a mis ;

« Rollans en a les vois entendus et oïs,

« Ses compaignons le dist, moult en est esjoïs 3. »

L'oHfant était donc un instrument que portaient les chefs et qu'ils embouchaient, à la guerre, pour réunir leur monde ou pour prévenir de leur approche. Le guetteur du château n'a qu'une corne ou un cor, pour donner des signaux ; l'olifant était la trompe du noble, du seigneur ayant des barons sous ses ordres. Tout le monde connaît la légende de Roland. Lorsqu'il combat dans les déiilés de Roncevaux et qu'il voit ses compagnons morts pour la plupart :

« Rollans ad mis l'olifan à sa bûche,

« Empeint le ben, par grant vertut le sunet.

« Hait sunt li pui e la voiz est mult lunge,

« Granz ,xxx. liwes loïrent-il respundre.

« Karles l'oïst e ses cumpaignes tûtes ;

« Ço dit li reis : « Bataille funt nostre hume n

1 Géi^ai^t de Roussil/on, vers /i613 (xm« siècle).

2 Li Romans de Garin le Lohemin (xiii« siècle), t. Il, p. 1S5, èdit. Techener.

3 Fiernhras, vers 5567 et suiv. (xiii« siècle). * Chanson de Roland, cxxxi.

Page 1