LYRE J
sont atlachées quatre cordes. Ces cordes passent par des trous dans un large cheviller qui remplace la simple traverse des anciennes lyres. Deux potences qui font suite au cheviller permettent de porter la lyre sur l'épaule droite, soit d'un côté, soit de l'autre. Une courroie attachée derrière la table d'harmonie devait en outre permettre de fixer solidement l'instrument le long du corps; à moins d'admettre qu'on touchait les cordes de la main gauche, et que la main droite maintenait la table d'harmonie, ce qui n'est guère probable : cet instrument devait être touché des deux mains, comme la harpe. La ligure 3 fera mieux comprendre la composition de cette Ijrc*, qui devait avoir environ 0"',65 de hauteur. Il est à croire que les deux octaves étaient montées de manière à former un accord, dessus et alto, par exemple. L'abbé Gerbert donne, dans
son ti'aité De la musique une lyra montée de cinq cordes et copiée sur le manuscrit de Saint-Biaise (fig. h). Les cinq cordes sont relevées par un chevalet et étaient touchées avec un plectrum suspendu en A. On observera que les cinq cordes ne sont pas tendues dans l'axe de l'instrument, mais un peu de côté, afin, probablement, de donner plus de facilité pour tenir la lyre, soit du pied, soit par le montant B. Il n'est pas question de la lyre à dater du xiif siècle, et ce mot n'est employé qu'avant cette époque :
' Reslituéeà l'aide des vignettes de manuscrits des x"^ et xi''- siècles (Vézehiy, Moissac, ivoires).
De cantuct nmaica, lib. 111, cap. m.
Li Romans de Brut (xii'^ siècle), vers 3765 et suiv.
« Et mult sot de lais et de note, « De viele sot et de rôle, « De lire et de sallérion ^. »
Et ailleurs :
« Mult ot à la cort jugleors, « Chanteors, estrumanteors ;
« Mult poïssiés oïr chançons, « Rotruanges et noviax sons.
« Vieleures, lais et noies, « Lais de vieles, lais de noies ; « Lais de liarpe et de freliax ; « Lyre, tympres et chalemiax, « Symphonies, psaltéiions, « Monacordes, cymbres, chorons '. »
Le psaltérion semble avoir remplacé, à dater du xii]'= siècle, ces instruments à cordes, qui tenaient plus encore de la cithare que de la lyre antique ^
MOINEL, s. m. Petite Hùte simple, pipeau.
« Sonnent timbre, sonnent tabor ;
« Muses, saltères et fretel,
« Et buissiiies et moinel,
« Cascuns ovre de son niestier 3. »
MONOCORDE, s. m. On désignait ainsi, au moyen Age, deux sortes d'instruments : l'un qui semble n'avoir été qu'un diapason, un moyen de donner le ton ; l'autre fort grand, monté d'une seule corde.
sorte de tympanon qu'on jouait en pinçant cette unique corde ou à l'aide d'un archet. Alors il tenait lieu de l'instrument que nous appelons aujourd'hui coïitre- basse. Les derniers monocordes, ceux
1 Vers 10823 et suiv.
- Voyez la copie d'une miniature d'un manuscrit de la Biblioth. impér. (x^ siècle) dans les Arts somptuaires (Ch. Louandre, Paris, 1858). ' 3 Li Biaus desconneus, vers 2873 et suiv. (xiii^ siècle )
qui clalenl da xvi' siècle, sont parfois montés, en dedans du corps sonore, de plusieurs cordes métalliques donnant un accord par leur vibration*. Le manuscrit de Saint-Biaise ^ donne un petit monocorde (fig. 1), touché par une femme assise. Cet instrument se compose d'une boîte sonore oblongue, aux extrémités de laquelle sont posés deux petits arcs métalliques formant chevalets. Une corde est tendue d'un arc à l'autre et arrêtée sur un petit cordier latéral A. Il est évident que cet instrument ne pouvait donner qu'une seule note, et remplacer ainsi le diapason métallique actuel.
La vignette au trait qui est placée en tête du manuscrit de la bibliothèque de Reims intitulé Liber pontifi.calis'^ montre les ncBuf Muses, Orphée, Arion et Pythagore. Ce dernier personnage tient stur ses genoux un monocorde (fig. 2) qui semble aussi n'être qu'iun diapason. Il se compose d'une table d'harmonie percée de quattre
1 Oq voit un de ces grands instruments, qui n'a pas moins de 2 mètres de haufteeur, dans la collection de M. Fau.
2 Voyez l'abbé Martin Gerbert, De caniu et musica, lib. III, cap. m.
3 xili^ siècle.
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ouïes et d'une seule corde tendue dans la longueur de l'inslriment. Mais voici (lig. 3), un monocorde pincé par un personnage sculpté sur l'un des corbeaux des portes de la façade de l'église abbatiale de Vézelay (premières années du xif siècle), qui n'est auU^e chose qu'un simple diapason, puisque, de la main gauche, l'exécutant appuie sur la corde près du cheviller. Il fallait nécessairement, poir que ce genre d'instrument pût produire un certain nombre de notes graves, qu'il fût très-long : celui-ci a presque la hauteur d'un homme. Le beau manuscrit de Froissart, de la Bibliothèque impériale^, montre un musicien jouant du monocorde avec un archet; l'instrument paraît avoir au moins 2 mètres de hauteur. Un manuscrit du xiv" siècle, de la Bibliothèque royale de Bruxelles % possède une vignette représentant un roi jouant un instrument du même genre, mais phis petit et monté de deux cordes, et qu'on appelait alors diacorde. Dans ces deux exemples, les exécutants appuient sur les cordes vers le bas et font marcher l'archet vers la partie supérieure ' . Il est vrai qu'il n'y a point de chevalet indiqué sur la table d'harmonie. Plus tard le monocorde, ou plutôt le diacorde se perfectionne. Le manche est garni d'un doigté; le cheviller est renversé et est muni de roues à dents, avec pivots triangulaires pour recevoir une clef; les deux cordes passent sur un chevalet dont les pieds sont inégaux. Le corps sonore, vide au bas, est triangulaire, composé de trois ais, et la table d'harmonie est percée d'une ouïe. Cet instrument (fig. Il), ne remonte guère au delà des dernières années du XV' siècle. Il était joué avec un archet, comme la contre-basse moderne. En A, est tracé, la base de l'instrument avec la position et la forme du chevalet; en B, la coupe du corps sonore sur la ligne ab *.
NACAIRE, s. f. (anacaire, naqtiaire). Sorte de tamhour (voy. Tambour).
1 Tome F'' (xv^ siècle).
^ Ces deux vignettes sont reproduites par M. de Coussemaker, dans les AmtaiHex archéoL, t. VUI, p. 2/16.
■* Voyez un de ces instruments figuré dans le Dnr Weiss Ktuu'g, par Marc Treitzau rwein : Récit des actions de l'empereur Maximilien, pl. 28.