ORGUE
l'école allemande, déposé à la Pinacothèque de Munich et attribué à Wohlgemuth ' , représente une sainte Cécile jouant d'un orgue à main composé de deux rangs de douze tuyaux chacun, avec clavier de douze touches, quatre registres et un soufflet (fig. 3). L'instrument pouvait être suspendu en bandoulière au moyen d'une courroie retenue aux montants par deux petites poignées de métal. Le soufflet est posé sur deux potences également de métal fixées au sommier. Ces petits instruments devaient avoir à. peu près la sonorité des orgues dites de Barbarie. Leurs tuyaux sont toujours indiqués comme étant fabriqués de métal.
Ces orgues de main étaient fort prisées dans les fêtes civiles, car il ne paraît guère qu'on les ait admises dans les églises, oh l'on se servait de grandes orgues pneumatiques :
« Orgues i r'a bien maniables, « A une sole main portables, « Où il meisnies soufle et touche, « Et chante avec à plaine bouche i< Motés^ ou treble ou teneure ^. »
Les orgues de main accompagnaient donc au besoin la voix de la personne qui touchait de l'instrument.
Dans les chapelles de châteaux, on avait au xiv' siècle des orgues stables, mais de très-petite dimension, puisque dans le Journal de la dépense du roi Jean en Angleterre on ht cet article : « GlémenI, « clerc de la chapelle, pour faire porter les orgues de Herthford c( à Londres par 2 valez ^ et pour cordes à les lier, 7 d. 3 d. \ »
Pour que deux hommes pussent transporter cet instrument, il fallait qu'il ne fût guère pesant. Christine de Pisan nous apprend que pendant les repas, à la cour du roi Charles V, on jouait de l'orgue. Sur des estrades, aux entrées des souverains, dans les carrefours, étaient montées de petites orgues qui accompagnaient les voix des chanteurs. Cet usage se perpétua jusqu'au xvi' siècle.
A l'entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris , devant la chapelle Saint-Jacques, était dressé un « escharfaut faict et ordonné « très richement, séant au dextre, ainsy comme ils y alloient et « estoient, ledit escharfaut couvert de drap de haute lice et encour- « tiné à la manière d'une chambre; et dedans cette chambre avoient (( hommes qui sonnoient une orgue moult doucement "... »
• W 39 du Catalogue.
- Le Roman de la rose, partie de J. de Meuug, vers 21292 et suiv. Cotnptes de l'argenterie des rois de France, publ. parL. Douët-d'Arcq, p. 214(1349). Fï-oissart, Chroniques, liv. IV.
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étant tendues sur cette table percée d'ouïes. La forme triangulaire paraît avoir été adoptée pendant les premiers temps du moyen âge pour le psaltérion, concurremment avec la forme carrée.
Voici (lig. 1) un de ces instruments, parfeitement reproduit sur une vignette du manuscrit de Herrade de Landsberg*. Il se compose d'un châssis triangulaire monté sur une table et garni de vingt et une cordes (trois octaves) ^ Le personnage qui représente le roi David, et qui passait, au moyen âge, pour être l'inventeur du psaltérion, maintient l'instrument verticalement sur ses genoux, au moyen d'une petite poignée fixée à l'angle supérieur, et fait vibrer les cordes à l'aide d'un plectrum, qui semble n'être autre chose qu'un bec de plume. Souvent les cordes du psaltérion sont doubles, montées à l'unisson. Il y a aussi le nable {nabidum), qui peut passer pour une
sorte de psaltérion ; mais dans ce dernier instrument, les cordes sont posées perpendiculairement à la base du triangle, « Nabulum est « quod grece dicit psalteriuui quod apsalendo dicitur ad similitudi- « nem del a id est modum del A litière ad similitudinem cythare \ » Le manuscrit de Saiiit-IUaise (ix' siècle) donne la hgure d'un psaltérion carré (hg. 2) garni de dix cordes seulement'. 11 ressort des documents recueillis sur les instruments à cordes pincées ou frappées pendant le moyen âge, que ces instruments étaient très-nombreux, et que leur forme n'était pas fixe comme l'est aujourd'hui celle de nos instruments de même nature.
1 Biblioth, de Strasbourg.
2 Engelbert (viii^ siècle) dit, en effet, que la cithare ou le psaltérion doivent être garnis de vingt et une cordes tcès-iines et bien tendues.
3 Mariuscr. du British Muséum, Tiberius, c. vi.
* Martin Gerbert, De cantu et musica, lib. III, cap. m; De organis aliisque instru7n., etc.