TYMBRE
Il faut aussi ranger parmi ces instruments de métal à percussion
le bjunbulum des premiers siècles du moyen âge qui n'était qu'un
1 Voyez l'abbé Gerbert, De cnntu et musica, lib. IH, cap. m, le humbu/um à' après le manuscr, de Saint- Biaise.
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châssis composé de Lubes de bronze garnis de clochettes, et qui produisait des sons réunissant l'effet du tam-tam eA du pavillon chinois.
Le manuscrit de Saint-Biaise donne le nom de cymbalum à un instrument que reproduit notre figure 3. Il se composait d'un anneau auquel neuf verges de métal flexibles étaient soudées ou
rivées. Ces tigellcs enfilaient, chacune, deux petits tyml)res libres, de sorte qu'en agitant l'anneau, on faisait résonner ce carillon, produisant un son mat, puisque les tymbres n'étaient point suspendus. On se servait d'instruments analogues en forme de rtjue, dans les: églises, pour annoncer les oflices.
I VlÈLE ]
VIÈLE, s. 1". {iriièle, vielle, viole). De tous les inslrumcnts à cordes eL à archet du moyen âge, la vièle était le plus noble, celui qui exigeait la plus grande habileté de la part de l'exécutant. Jérôme de Moravie, dominicain vivant au xiif siècle, a donné une description
détaillée de la vièle de son temps' , qui était montée de cinq cordes. Mais, avant cette époque, on trouve des représentations de cet instrument qui ne lui donnent que quatre cordes ; c'est aussi ce que remarque M. Fétis\ Gerbert prétend que le nombre des cordes de la vièle était lacultatit' de trois à ('in*!, du au xiii'^ siècle, époque où le*nombre de cinq cordes fut lix<^. Nous verrons tout à l'heure que
' Manuscr, de la BiblioUi. impér., fonds de la Sorboiirie.
- Or'Kjinc et tr/insf. des instruments ù urcitct, 1836.
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l'observation de cet auteur n'esL pas rigoureuse. Sur l'un des chapiteaux de la tribune du porche de l'église abbatiale de Vézelay on voit un ménétrier portant à son côté une vièle à quatre cordes disposées deux par deux (lig. i). En A, nous présentons un détail de cet instrument. Les quatre cordes sont fixées à un cordier qui semble accompagné d'un chevalet; elles entrent dans un cheviller recouvert, et auquel est attachée la courroie qui sert à suspendre la vièle. En B, est l'archel, en partie masqué par le corps de l'instrument. La table d'harmonie est percée de deux grandes ouïes et de deux autres Irès-pelites au droit du cordier. Sur le portail occidental de la cathédrale de Chartres (ll/iO environ), est sculpté un personnage qui joue de la vièle à cinq cordes, lesquelles ne paraissent pas porter sur un chevalet (fig. 2). Ce dernier instrument est très-étroit et long, et sa table d'harmonie est percée de deux ouïes. Enfin voici (fig. 3) le viéleur sculpté de grandeur naturelle sur la façade de la maison des Musiciens à Reims ^ Cet instrument est monté de trois cordes seulement, reposant sur un chevalet peu saillant : le corps de l'instrument n'étant pas échancré, il étaitdifficile de frotter une des cordes sans toucher les deux autres; mais cependant on observera que le ménestrel fait courir l'archet très-près du manche, de manière à dégager. La forme de l'archet, qui est ancien, est intéressante' ; c'est un progrès sur les formes adoptées au xif siècle. Gerbert se trompe donc en prétendant que la vièle, à dater du xiif siècle, est toujours montée de cinq cordes. Voici ce que dit Jérôme de Moravie sur cet instrument : « La vièle, quoiqu'elle monte plus haut que la « rubèbe, ne monte plus ou moins que selon les différentes ma- « nières dont elle est accordée par les ménétriers ; car la vièle peut (( être accordée de trois manières. Elle a et doit avoir cinq cordes. » Mais, de la description de Jérôme de Moravie, on pourrait conclure qu'il entend parler du crouth '' plutôt que de la vièle, puisqu'il mentionne deux cordes à l'unisson pouvant être touchées à vide avec le pouce. Cependant il admet que dans la deuxième manière d'accorder la vièle, les cinq cordes sont attachées au corps solide, et qu'il n'en est aucune fixée sur le côté. L'instrument qu'il entend décrire pouvait donc être tantôt crouth, tantôt vièle, suivant la manière de fixer les cordes. Les représentations de vièle à quatre cordes
1 Premières années du xii* siècle.
- Milieu du xui"^ siècle.
3 Cet archet est de fer.
* Voyez l'article Ckouth.
E^aUlLLHUMOT.
Ces viéles, ainsi que celle que donne la figure 3, sont munies de
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manches courts et la l'orme du corps sonore est ovale. Souvent le cordier est très-long, de telle sorte qu'il ne restait pour la vibration
des cordes, entre la touche et le cordier, qu'un espace assez court,ainsi que le montre l'exemple ligure li\ Ces instruments ne pouvaient
' Manuscr. de l'Apoca/ypxc, vigiielle des vingl-quaire vieillards, aiic, coilect. B. Delessert (xino siècle, seconde moitié).
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avoir beaucoup de sonorité. Vers le milieu du xiv' siècle, le corps sonore des vièles se rapproche, par la forme, de celui de la guitare moderne, c'est-à-dire qu'il se rétrécit quelque peu vers le milieu,
probablement pour dégager l'archet (lig. 5'). Cette vièle n'a pas de cordier, mais possède un chevalet ; son cheviller est renversé comme celui de la rubèbe, et les trois cordes dont elle est montée paraissent être doubles.
C'est au XV' siècle qu'on voit apparaître les grandes violes, basses de viole ou violes de gajnbe, qu'on ne pouvait jouer qu'en plaçant le corps sonore entre les jambes. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale, intitulé les Echecs amoureux"^ , nous montre une femme jouant de la basse de viole à quatre cordes; mais, vers la fm de ce siècle, cet instrument prit sept cordes. Il a été remplacé par
' Manuscr. de la Biblioth. impér., n° 7378 A (xiv<> siècle), iv^ siècle.
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le violoncelle, qui en possède qnalre, dont deux de boyau et deux de soie recouvertes d'un fil de mêlai.
M.ledocleurFau possède, dans la curieuse collection souvent citée nar nous, une très-belle basse de viole de la fin du xv'' siècle ou des premières années duxvf (plancbe LU), montée de sept cordes, avec cheviller de bois dur, sillet d'ivoire, cordier libre attaché par un boulon et chevalet très-élevé. La forme do ce bel instrument est des
plus éléganles. Les touches sont mobiles , c'est-à-dire qu'elles ne consistent qu'en des frottes de corde à boyau qui peuvent être déplacées sur le manche. En A, est tracé le chevalet, et en Bune des cbevilles. Les éclisses sont sculptées délicatement d'enroulements plats dans le style du xv' siècle, avec filets incrustés de bois noir. Le dos (fig. i') est également sculpl,é et incrusté. On observera, dans la face latérale (voy. la planche LU), comme le manche est heureusement attaché au corps sonore, et comme le cheviller est gracieusèment recourbé * .
» Voyez aussi, dans la collection du Conservatoire de musique, des instruments analo£;ues, mais d'une époque un peu plus récente.
Pl. 52
BASSE DE VIOLE fin du XV^' Siècle
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Bien que le clicvalct présente un bord courbé pour asseoir les cordes, et que la laide d'barmonic soit, écbancrée, il était difficile à l'exécutant de ne frotter à la fois qu'une seule des cordes intermédiaires; aussi l'archet en faisait il vibrer plusieurs à la fois. « Il y <( eut évidemment, dit M. Fétis', une grande variété dans la construc- « tion des violes au moment où la musique véritable commença « à se former et lorsque l'harmonie s'épura. (iCtte transformation « s'opéra, vers la tin du xiV^^^ siècle, par les etlorls heureux de trois « musiciens supérieurs à leur tcnqjs, qui furent Dufay, Binchois et c( Dunstable. Alors l'art tout entier fut considéré dans rharmonie « que formaient les voix d'espèces diflèrentes par leur réunion. Ce « qui avait lieu pour les voix, on voulut le faire pour les instru- « ments, et, comme il y a des voix aiguës appelées soprano; moins « élevées, qu'on désigne sous le nom de contralto; moyennes, qui « sont les ténors; et graves, appelées basses, on imagina de faire (( dans chaque genre d'instruments des familles complètes quirepré- « sentaient ces quatre espèces de voix. Les violes, les hautbois, les (( ilûtes, les cornets, etc., eurent leur soprano, leur alto, leur ténor « et leur basse, quelquefois même leur contre basse. Cette division, (( qui s'établit au xv' siècle, se maintint pendant les xvf et xvii% ou (( plutôt n'a pas cessé jusqu'à ce jour, au moins pour les instru- (( ments à archet. » l^mr nos instruments de musique comme pour bien d'autres choses, il faut donc signaler les prenuères tentatives de perfectionnements auxquels nous avons atteint, dans ce moyen Age chercheur, industrieux et actif, qui peu à peu, par une suite d'efforts que notre temps ferait sagement d'imiter, sut se dégager de la barbarie ^
' Orùji/ie et transf. c/c.y iiislra)ii(j)tts à nrchct, 185G.
2 A ce propos, dans un ouvrage récommciil publié sur la Magique, les Musiciens el. les instnu/KHis de musique, à la suite de l'Exposition universelle de 1867, par M. Oicar ConicUaat, on lit ce passage inspiré par les travaux de M. Félix Clément sur le pluinehanl et lu musique ivli'jieuse au moyen ùije : a On ne se refait pas, et je suis né avec « l'horreur des massacres, de l'intolérance, du despotisme, de l'ignorance, du fanatisnic, (( des oubliettes, de la justice rendue par les épreuves du duel, de l'eau bouillante, (( du fer et de la croix, des enlèvements à main armée, de l'inégalité devant la loi, <( des privilèges immoraux, du brigandage, des momeries et de la malpropreté, qui ea- « ractérisent à un si haut degré cette période assez longue qu'on appelle le moyen u âge. n Parbleu ! qui de nous n'est point né avec l'horreur de ces passe-temps que, d'ailleurs, le moyen âge seul ne s'est pas donnés? La question est de savoir si tout cet attirail de mélodrame, attirail un peu défraîchi, caractérise la période qu'on appelle le moyen âge, et si à côté des oubliettes, de Yépreiwe de l'eau bouillante, du fer et de la croix, il y a ou il n'y a pas un art qui suit sa voie et nous pave péniblement celle que
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Les bons viéleurs étaient fort estimés pendant le moyen âge : les seigneurs en tenaient toujours auprès d'eux pour faire danser, pour les accompagner pendant les promenades et fêtes.
« A une feste del baioa Saint-Riquier, (( La gentis dame esloit en son vergier « 0 mainte dame por son cors déporter; « Si se fesoit devant soi vieler, « Une chançon et dire et chanter '. »
Et plus loin :
« La roine ert desor un suen solier - (( 0 d'autres dames por son cors déporter, « Si se fesoit devant soi vieler « Kt se fesoit baler et caroler ^. »
Dans le poëme de Gilles de Cliin, Gérard Mallîlastre se rend à un tournoi avec six compagnons :
« Et s'ot o lui II vieleurs
« 1 son d'amors cantent enlre'eurs,
« I diemence par matin,
« Cevançoient tôt lor cemin
nous parcourons aujourd'hui dans de bons véhicules. 11 n"est malheureusement pas certain que les arts marchent de pair avec les bonnes institutions politiques. On voit tous les jours des gens se prétendant très-ntlachés aux principes libéraux, qui n'ont sur les choses d'art que des idées étroites, et qui peuvent passer pour des barbares. Cependant Néron était artiste et amateur éclairé des benux-arts. Ne mêlons donc pas les arts à la polilique, à l'esprit de parli ; sachons les voir où ils se développent , fût-ce à l'abri des monastères, ou sous la protection d'un tyran. Nous pouvons apprécier ce qu'il y a de bon et de beau dans les arts du moyen âge, sans pour cela faire notre cour aux inquisiteurs et aux seigneurs féodaux, d'autant qu'ils ne sont plus là pour nous prendre au mot. A l'horreur pour les abus des temps passés, pour les niassacres et les oubliettf;.-^, il serait bon d'ajouter l'aversion pour les préjugés, les partis pris, l'injustice et les banalités. Puisque M. Oscar Comettant publiait un livre, d'ailleurs plein d'intérêt et de renseignements précieux sur la nmsique, à propos de l'Exposition universelle, nous eussions désiré trouver, dans ia partie qui traite des anciens instruments, des renseignements plus précis et plus étendus, renseignements dont nous aurions été très-heureux de profiter.
L'occasion était bonne pour se livrer à une pareille étude, pendant l'exposition rétrospective, oîi l'on n'avait à craindre d'ailleurs ni massacres, ni oubliettes, ni enlèvements à main armée, et où les commissaires eux-mêmes ne cherchaient pas à exercer, que nous sachions, àes privilér/es immoraux.
> Macaire, chanson de geste du xm" siècle, vers 57 et suiv. (voy. Ane. poêles franc., publ. par M. Guessardj.
2 Chambre, appartement.
^ Vers ihk et suiv.
« Tout droit le premier jor de niay, « Qu'herbe est vers et florissent glay, « Que lote riens trait en verdour, « Li vieleur I son d'amour « A haute vois, moult clerc cantoient, « Et 0 lez vielez s'acordoient »
Dans un autre passage, pendant que les seigneurs devisent en se reposant :
« Cil vieleur vielent lais,
« Cançonnetez et estampiez 2. »
Dans quelques campagnes est encore conservé l'usage de faire précéder les noces par un ménétrier.
[ VlÈLE ]
1 Vers liàd et suiv.
Vers 1147.