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par une maille, le lournoyeur endosse un pourpoint ou corset de toile rembourrée ou feutrée de l'épaisseur de trois doigts sur ks épaules et le long des hras jusqu'au cou, les coups de masse et d'épée tombant sur ces parties.
Les bras sont garantis par[| les garde-bras, qui couvrent ces membres des épaules aux coudes, par les avant-bras et des gantelets. Ces pièces peuvent être faites de fer ou de cuir bouilli. Si elles sont faites d'acier, elles ne diffèrent pas des armures de guerre. Si de cuir bouilli, elles consistent (fig. 8) en des lanières de cuir bouilli réunies fortement par des cordelles de chanvre ; le coude est garanti par une rondelle attachée au moyen d'aiguillettes. En A, l'armure de bras est présentée extérieurement, et en B intérieurement. Les gantelets sont d'acier, D, ou de cuir bouilli, E. Les harnais de jambes sont les mêmes que pour la guerre, en évitant les grandes gardes, qui accrochent les housses, et les longs éperons, qui se tordent dans la presse.
La cotte d'armes est faite sans phs, afin qu'on voie mieux les blasons ; les manches, larges, évasées, ne doivent pas dépasser le
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS Tome 2" PL LUI.
YiolhtU-Duc âel. A Levié litfi
TOURNOYEUR
Milieu du W Siècle
coude, pour ne point gêner les mouvements, et son encolure doit être pincée sous la bavière et le couvre-nuque. Échancrée par devant, elle couvre les reins et passe sur la cuiller de la selle. La planche LUI montre un tournoyeur armé, à cheval. On voit
comme le bacinet , sous le heaume, est attaché au corselet; comment la masse de bois est suspendue à un crochet à la hauteur du sein droit; comment le cavalier passe le pouce de la main gauche dans une anse de fer attachée fortement à la hausse de l'arçon, afin de trouver un point d'appui lorsqu'il frappe de la main droite ;
comment les jambes sont complètement couvertes par le hourd. Mais nous aurons à revenir sur ces détails.
Les armes défensives du tournoyeur sont l'épée et la masse. L'épée est rabattue, c'est-à-dire sans pointe et sans tranchant: c'est une véritable barre de fer plate, avec rainure évidée au milieu de la
lame jusqu'au tiers de sa longueur et nerf saillant de cette rainure à l'extrémité. Les quillons sont recourbés en dehors et accompagnés
d'une forte garde de fer demi-cylindrique. Au pommeau est attachée une tresse de cuir qui est fixée sous le gantelet au poignet. La figure 9 donne le détail de cette arme. La longueur de la lame avec
la poignée doit être égale à celle du bras étendu, la main comprise (0",70). Cette lame doit avoir quatre doigts de largeur, afin qu'elle ne puisse passer par la vue du heaume, et un doigt d'épaisseur au tranchant, évidée au milieu pour être moins pesante.
La masse, faite de bois dur, a pans (fig. 10),^est garnie d'une petite rondelle de fer en guise de garde, et de cuir à la poignée et au pommeau, pour mieux tenir à la main. Les épées et les masses doivent être visées et poinçonnées par les juges diseurs, afin qu'elles ne
« soient point d'oultrageuse pesanteur ne longueur aussi ». Notre planche LUI montre comment le hourd est fixé à Tarçon de la selle ; comment il couvre le ventre du cavalier, donne un point d'appui à sa main gauche, garantit ses cuisses et genoux, ainsi que le poitrail du cheval. Ce hourd est une des pièces principales de l'habillement du cheval. Il est garni intérieurement de paille longue piquée entre deux toiles, et renforcé de fortes baguettes d'osier qui le maintiennent roide et l'empêchent de gauchir. Au poitrail, sous le collier, est fixé un sac de toile en forme de croissant, fortement rembourré, lequel est destiné à préserver le destrier des chocs. La figure 11
explique ce harnais. En A, il est figuré en dehors sous la housse, et en B intérieurement. On voit en G le sac de toile fixé sous le coUier avec des aiguillettes, et en G' ce sac séparé du hourd. En haut du hourd sont attachées les anses de fer D portant la traverse de 1er ou de cordelettes qui sert k appuyer la main gauche du tournoyeur. La housse de croupe est simplement faite d'étoffe avec un matelas peu épais posé du troussequin de la selle à la queue du cheval, pour le garantir des coups perdus. La tête du cheval est armée d'un chanfrein de fer couvrant le frontal et descendant jusqu'aux naseaux, avec le cimier semblable à celui qui couronne le heaume, de cuir bouilli de même, placé entre les oreilles. Sur la crinière est attachée
une crête de fer articulée, mince et descendant seulement jusqu'à la hauteur du hourd (fig. 12),
En Flandres, dans le Hainaut, le Brabant, et sur les bords du Rhin, les tournoyeurs s'armaient d'une façon beaucoup plus lourde. Ils vêtaient d'abord un pourpoint de toile en double, divisé en deux parts, l'une couvrant le dos du cou au bas des reins, l'autre la poitrine et le ventre. Sur ce pourpoint ils endossaient une bracière.
c'est-à-dire une sorte de gilet à manches rembourré de coton, de quatre doigts d'épaisseur ; les garde-bras et avant-bras faits de cuir bouilli, avec baguettes de bois collées par-dessus et feutrées en dessous; des spallières et cubitières très-lourdes, de même de cuir bouilli, garantissaient les membres antérieurs. Le torse était couvert d'une brigandine pertuisée sous la cotte comme celle des tournoyeurs français. L'habillement de tête se composait d'un bacinet à camail de peau avec baviêre, mais sans visière, attaché à la brigandine par ce camail, tout autour, avec force aiguillettes (fig. 13). Sur ce
bacinet on posait le heaume fait d'une pièce, ordinairement de cuir bouilli et ventilé par le haut, avec vue barrée de trois en trois doigts. Ce heaume était seulement attaché par devant avec une boucle au corselet, afin de le pouvoir jeter sur l'arçon de la selle quand le tournoyeur voulait se rafraîchir et reprendre haleine. Pendant ce temps on devait cesser de l'attaquer. Sur la brigandine on posait la cotte d'armes comme sur l'armure française. « Et quant « tout cela est sur l'ome, il semble estre plus gros que long. » Quant aux selles, elles étaient de la hauteur de celles qu'on portait jadis en France pour jouter; les pissières et le chanfrein étaient de cuir. L'auteur fait remarquer que lorsque ces cavahers étaient ainsi équipés, ils ne pouvaient se mouvoir ni faire tourner leurs chevaux, « tellement ils étaient goins * » .
Le jour du tournoi, une demi-heure avant le moment fixé pour l'ouverture des lices, les dames se rendront aux tribunes, et le chevalier d'honneur portant le couvre-chef, « la mercy des dames», accompagnera les juges diseurs et le roi d'armes à cheval, précédés des trompettes. Après qu'ils auront, toujours étant à cheval, examiné si les cordes sont bien placées, si les coupeurs des cordes sont à leur poste, et si tout est convenablement disposé, le chevalier d'honneur, monté sur son destrier, se tiendra entre les cordes. Là les juges diseurs enlèveront son heaume de dessus sa tête, le remettront au roi d'armes, qui le portera à la tribune des dames, en leur adressant ces paroles :
« Mes très redoublées et honorées dames et damoiselles, véez là « vostre humble serviteur et chevalier (ou escuier) d'honneur qui (( s'est rendu sur les rangs prest pour faire ce que lui avez com- « mandé, duquel véez cy le tymbre que vous ferez garder dedans « vostre chaflault, s'il vous plaist. »
Ce heaume sera en effet tenu sur un tronçon de lance par un gentilhomme ou « honneste varlet », dans la tribune des dames, tout le temps que durera le tournoi.
Les juges diseurs, avec le roi d'armes, montent alors dans leur tribune.
Cependant, dès la dixième heure, les tournoyeurs ont dû prendre leur repas et s'être préparés. Deux heures sont nécessaires pour disposer les harnais et habillements de tournoi. Dès onze heures, les hérauts et poursuivants vont devant les hôtelleries des tour-
• Goin, encombré, emprunté^ lourd. Notre figure 13 rend compte de cet équipement Lfi tournoyeur a rejeté son heaume devant lui pour respirer.