BIBERON
BIBERON, s. m. L'invention du biberon destiné à l'allaitement n'est pas nouvelle.
Robert le Diable enfant :
« Et quant li malfès aletoit
« Sa noriche tous tans mordoit ;
« Tous tans hule, tous tans resquinge '.
(( Ja n'ert à aisse s'il ne winge ^ ;
« Les noriches cel aversier
K Redoutent tant à alaitier 3
« C'un cornet li afaitièrent
« Conques puis ne l'alaitièrent »
On donnait aussi le nom de biberons à certains petits vases de terre que l'on suspendait au cou des enfants, et qui contenaient du lait on
quelque liqueur sucrée. Voici (fig. 1 et 2) des formes variées de ces vases ^ qui datent de la fm du xw*" siècle. L'un (fig. 1) est fait en fa-
' « Tant il crie, tant il se révolte ». — ^ « Il n'est en peine que de mal faire ». — 3 « Les nourrices craignent si fort d'allaiter ce mauvais » .
* Li romans de Robert le Diable (xiii'' siècle), publ. d'après le mss. de la Biblioth. impér. par la Société des antiquaires de Normandie, 1836, p. 130.
■'' Musée des fouilles du château impérial de Pierrefonds.
[ lUDON I 08 —
çon de barillet à pieds, avec un goulot et deux anses pour passer un cordon; il est cmaillé. L'autre (lig. 2) rappelle la forme de ces bouteilles de grès que les laboureurs portent en bandoulière. Les
orifices de ces vases sont très-étroits; il fallait nécessairement humer la liqueur qu'ils contenaient. Pleins, ils ne peuvent être vidés que si on les secoue fortement.
Le nom de biberons était donné aussi aux goulots dont certains bassins à laver étaient munis. (Voyez Bassin.)
BIDON, s. m. {canter). Grande bouteille en forme de disque, avec goulot et oreilles pour la porter. Les bidons étaient employés en campagne et étaient fabriqués en fer. On les suspendait aux chariots au moyen d'une chaîne, et ils contenaient l'eau à boire; c'est pour cela qu'on les fabriquait en fer. Le musée de Cluny conserve un bidon du xv*" siècle aussi remarquable par sa forme que par sa fabrication (fig. 1). Ce bidon est de fer battu, façonné en deux coquilles soudées à l'étain. Deux bandes A, également de fer battu avec renforts B, enveloppent de chaque côté une partie de la circonférence, et se terminent par les oreilles C, qui reçoivent la chaîne avec poignée qui sert à porter le vase. Ces bandes sont rivées et soudées; elles répartissent le tirage sur une partie notable du bord de la panse. Le goulot D est soudé à la panse au moyen d'une plaque carrée de fer battu. Trois pieds courts permettent de poser ce bidon sur une surface plane. Un écu chargé d'un globe surmonté d'une croix décore seul ce vase de campagne, qui contient environ vingt-cinq litres. En F, on voit comment les deux coquilles de fer battu sont emboîtées et soudées.
— '^^^ — [ nOUSSOLE I
Quand les bidons étaient de petites dimensions et qu'ils pouvaient
ainsi faire partie de l'équipement d'un homme, on les appelait des biberons (voyez ce mot),
BOITE, s. f. {hoiste, lietté). Petit coiTret (voyez Coffret, Dict. du mobilier^ t. I"). On fabriquait des boîtes d'orfèvrerie (voyez Orfèvrerie).
« Pour 1 boiste de cristal, garnie d'argent, à mettre pain à « chanter ' »
BOUGETTE, s. f. Petite valise.
BOUSSOLE, s. f. {marinière, marinctte). La propriété de l'aiguille aimantée de diriger l'un de ses pôles vers le nord était connue dès la
* Invent, de r argent, des rois de Frnnee, 1353,
[ BROCHE ] — hO —
fin du xif siècle, ainsi que le prouve le texte de Guyot de Provins*. Ces premières boussoles consistaient en une aiguille aimantée couchée en un fétu de paille que l'on laissait flotter sur l'eau remplissant un bassin.
BOUTEILLE, s. f. On ne se servait point de bouteilles de verre pendant le moyen âge pour conserver le vin. Cette liqueur était enfermée dans des fûts ou dans des vases de terre appelés boutiaux, boutilles, bouties: Les Anglais fabriquaient des bouteilles de cuir qui étaient fort estimées :
« Pour 2 boteilles de cuir achetées à Londres pour monseigneur « Philippe, 9 s. 8 d. ^ »
Les bouteilles de verre étaient plutôt des flacons destinés à contenir des liqueurs précieuses :
« Pour 2 petites boteilles de voirre grineUé garnies d'argent, à tout « les tissuz de soye senz ferrure ' »
Cependant des vignettes de manuscrits des ix' etx'^ siècles figurent des repas pendant lesquels des convives boivent à même des bouteilles en forme de ballons ' . Nous ne saurions dire si ces bouteilles étaient de terre cuite ou de verre.
BROCHE, s. f. (hastier). L'usage des broches pour faire cuire les viandes remonte à la plus haute antiquité. Les héros de V Iliade rôtissaient les viandes à l'aide de broches de bois ou de métal. Les peuples venus du nord-est dans les Gaules, au v^ siècle, étaient grands mangeurs de viandes rôties, comme le sont tous les descendants des races aryennes. Eginhard ^ rapporte que le repas de Charlemagne se composait de quatre mets, sans compter le rôti, qui lui était ordinairement apporté en broche par les chasseurs, et dont il mangeait avec plus de plaisir que de toute autre chose.
La tapisserie de Bayeux nous montre l'armée de Guillaume le Bâtard festinant aussitôt qu'elle a mis le pied sur le sol anglo-saxon. Des serviteurs apportent quantité de viandes embrochées aux chevaliers, qui mangent devant leurs boucliers disposés en guise de tables. Dans le camp, les chevaliers prennent ces viandes à même
> Bible. Noyez Fabliaux ou contes du xii"= et du xuf siècle. Legrand d'Aussy, édit. 1779, t. II, p. 27 (note), î Journal de dépense du roi Jean en Angleterre. 3 Invent, de l'argent, des rois de France dressé en 1353. * Voyez le Dict. du mobilier, t. I", à Tart. Table. 5 Vifa Karoli imperatoris, XXIV.
— ài — [ BROUETTE ]
les broches. A table, on les présentait devant chaque convive sur des tranches de pain. Nos aïeux tenaient fort à manger chaud, et les pièces rôties étaient désembrochées juste au moment d'être portées sur table. Les broches étaient tournées par des garçons devant le brasier, et l'usage des tournebroches mécaniques à poids ne remonte pas au delà de la fin du xiv'= siècle. Elles étaient posées sur des crochets tenant aux landiers * .
BROUETTE, s. f. Petit véhicule à une roue, muni de deux bras qui servent à maintenir en équilibre et à pousser le fardeau placé sur un plateau garni de rebords. Nous ne savons qui le premier a dit que la brouette avait été inventée par un sieur Dupin, en J669^ Beaucoup de manuscrits des xiii% xir et xV^ siècles mentionnent cepen-
dant des brouettes. On pourrait croire peut-être que ce mot ne signifiait pas exactement ce que nous entendons aujourd'hui par une brouette. Or voici (fig. 1) la copie d'une vignette d'un manuscrit de la fin du xuf siècle', qui donne une brouette absolument semblable à celles que l'on emploie aujourd'hui, et cet exemple n'est pas le seul; ce qui n'empêchera certainement pas de répéter longtemps encore que la brouette, ce petit véhicule, est une de ces découvertes aussi simples qu'utiles, due au grand siècle. C'est une question d'ordre public dans un certain monde, que tout, depuis l'art de penser jus-
' Voyez le Dict. du mobilier, t. I", art. Landier,
2 Dans son excellent Dictionnaire de la langue fra?içaise, M. Lîitré reproduit cette erreur. Cela peut paraître d'autant plus étrange, qu'il cite des documents des xm" et xiv« siècles, dans lesquels la brouette est mentionnée.
^ Hixf, du y^iihtt Gmlil, Bibliotli. inipér., n" 6769.