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envoler jes oiseaux de marais, qui prennent de l'air en troupes. Sui eux fondent les faucons comme la foudre, ils les précipitent à terre, puis semblent rebondir pour s'élever de nouveau et retomber sur d'autres : les uns gisent dans les prés, d'autres sont noyés. Ainsi fait-on belle cbasse en peu de temps. Vous parlerai-je de l'épervier? Est-il une plus jolie chasse, quand dames, chevaliers et damoiselles s'en vont chevauchant, chacune l'épervier sur le poing? Ces oiseaux volent menu et souvent, chassent, manquent le gibier, volent après, se reprennent, saisissent alouettes et perdreaux; et chacun de s'écrier, de les suivre. Non, il n'est pas de chasse plus attrayante que celle de l'épervier, quand il est bon. Voyez cet épervier qui poursuit une alouette; elle s'élève, s'élève toujours, mais lui abandonne sa chasse. On laisse aller un autre épervier ; celui-kà part tout droit, monte à l'essor, fond sur l'oiselet, et tous deux tombent à terre comme deux pierres, entre les chevaux des cliasseurs. Et quand l'épervier prend bien l'alouette de randon et l'apporte sur le poing de sa maîtresse, n'est-ce point chose plaisante? Il y a be;mcoup d'autres oiseaux dont je ne parlerai pas, m'en tenant au faucon et à l'épervier. Ma conclusion est que le plaisir de la chasse au vol l'emporte de beaucoup sur celui de la chasse aux chiens courants; car le vrai plaisir de la chasse est de voir, non d'entendre. Avec les oiseaux, la vue est toujours satisfaite; avec la chasse à courre, on n'entend que des aboiements, et quand on arrive à la prise, on est rendu. Et qu'a-t-on vu pendant cette course effrénée? Rien. »
A cette argumentation, la dame au cerf répond : « Vous vantez avec raison les qualités des oiseaux, mais les chiens en possèdent qui les valent. Vous dites que les oiseaux sont courtois; mais les lévriers sont chiens, et, sans parler du lévrier qui combattit pour son maître contre Macaire, vous observerez que des lévriers couchent sur le ht du roi de France, lequel les aime, les chérit. Qui voudrait énumérer toutes les qualités des chiens aurait fort à faire. Vos oiseaux vous quittent assez légèrement, et souvent on a grand'peine à les ravoir, tandis que mes lévriers viennent à moi ; je n'ai pas besoin de m'en inquiéter, et s'ils me perdent, ils savent bien retrouver le logis. Il ne s'agit pas de savoir quels sont les plus beaux des chiens ou des oiseaux, mais quels sont ceux de ces animaux qui méritent le plus notre affection. Or, ce point n'est pas discutable, je craindrais de vous ennuyer par de longs détails; mais écoutez seulement ceci. Voici un joli temps d'été. De grand matin les veneurs ont été en quête du cerf; quand ils ont fait leur rapport, nous voilà tranquilles : on rit, on joue, on s'amuse; chevaliers et dames sont
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en joie; puis on fait la coUalion sur l'herbe ; qui sait un bon conte le dit. On se met en selle. Celui qui a fait le rapport passe devant avec son lévrier et trouve sa brisée; puis le lévrier suit la trace, et les chasseurs vont après, courant, crianl. C'est grand plaisir dans les bois pour ceux qui aiment ce déduit. Quand le lévrier a le cert trouvé, le veneur sonne un long mot, et on laisse aller les chiens. Oh! alors, vous entendez les cors sonner. Si la forêt est belle et facile, si la meute est nombreuse, au milieu des grands bois, ces voix, ces aboiements, remplissent le cœur d'allégresse. Les dames passent devant, voient le cerf fuyant; il est grand, il a belle tête. On le suit, on crie, on corne : les aboiements redoublent si bien, qu'on n'entendrait pas Dieu tonner. Qu'est-ce qu'un petit oiseau sur le poing, comparé à cette fête? 11 n'est pas de cœur si triste qui ne bondisse. Gens et chevaux s'animent à qui mieux mieux, sonnent, hennissent, huent. Tous sont entraînés après la bête qui fuit. La voilà à l'eau, et les cliiens après elle. Ce spectacle ne vaut-il pas le vol aux canards? Parlerai-je delà chasse au sanglier, des retours de l'animal, de sa lutte contre les chiens...? » Ainsi ces deux dames défendent chacune leur cause, répliquent jusqu'au moment où l'on convient de mettre les plaidoiries par écrit, et de les envoyer au comte de Tancarville qui jugera. « Mais, dit l'époux de la dame au cerf à son hôte, mari de la dame aux oiseaux :
« Laquelle a le mieux argué ?
i( Or me dictes vostre pensé.
« Sire (reprend Tautre), je me tiens à ma femme,
« Affin que je n'en soye infâme.
« Il est escript ès bons hoslieux :
« Ce que la femme veult et Dieux.
« Je veut ce que ma femme veult. »
« Bien, réplique le premier, je vois que vous n'oseriez contredire votre femme : mais si vous émettez un avis contraire au sien, je vous donne le meilleur de mes chiens chassant cerf et sanglier ; seulement n'en dites rien. » L'autre « pense un petit », car il eût bien désiré posséder ce bon chien ; mais, à tout prendre, il préfère ne point contredire sa moitié, et répond : « Ami, perdrais-je le paradis pour un chien... Ma femme a été à Balette...
« Et scet tous les arts de tolette.
« Véez-vous comment elle argue ?
« Tousjours n'a pas esté en mue.
« Je n'oseroye à luy plaidier. »
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Gardez votre chien, je me tais. » Et le premier : « Je savais bien que vous n'auriez pas mon chien :
« Nous sommes tous parrocliiens « De la grant paroisse aux cliiens. »
Et chacun de rire.
Nous avons donné cette analyse à peu près complète, parce qu'elle représente assez fidèlement les mœurs et la vie de ces gentilshommes terriens, et qu'elle donne, sur les chasses, des renseignements curieux.
La dame aux oiseaux dit vrai : les personnes nobles avaient pour les oiseaux une telle affection, qu'elles en portaient en toute circonstance avec elles. La tapisserie de Baveux nous montre Harold débarquant à l'embouchure de la Somme, sur la terre de Gui, comte de Ponthieu ; il chevauche au milieu de ses compagnons, un oiseau sur le poing. Guillaume, qui arrive pour le tirer des mains du comte,
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est représenté de même (lig. 17). Le duc est vétu des braies normandes ' , avec la cotte courte et le petit manteau attaché sur l'épaule droite. Les jambes sont couvertes de chausses maintenues par des bandelettes croisées. Il est nu-tête, les cheveux coupés, suivant la mode normande de cette époque ^. Un très-curieux couvercle d'un sarcophage du milieu du xii' siècle, déposé dans le
musée de Niort, représente des chasses. Sur l'une des laces de ce couvercle on voit une dame qui a laissé aller le faucon. Cette dame est en selle, assise du côté droit de la monture. Vêtue du bliaut, les cheveux nattés en longues tresses, elle fouette son cheval pour suivre le vol du faucon qui abat une pièce de gibier (fig. 48). Un chien l'accompagne; car, pour ce genre de chasse, on avait des chiens dressés à ramasser le gibier que prenait ou qu'abattait le faucon. Sur l'autre face est un noble également à cheval, son faucon sur le poing (fig. 19).
Sans entrer dans de trop longs détails sur la chasse au vol, cependant il faut dire quelques mots des oiseaux propres à ce passe-temps
1 Vojez, dans la partie des Vêtements, le mot Braies, fig. 2 et 3, - En 1065.
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et (les usages de l'auconnerie *. L'auteur du livre intitulé Le ruij Modus ^ dit qu'il y a huit espèces d'oiseaux a de quoy homme se « peut déduire. Ce sont quatre de quoy ou vole, qui volent à tour, « et quatre qui volent de poing, et prennent de randon \ Ceux qui « volent à tour hault sont le faucon, le lasnier, le sacre et le hobe ; c( et ceux qui volent de poing et prennent de randon sont : l'otoir « le gerfaut, l'espervier et l'esmerillon, »
Le faucon est niais au passager, c'est-à-dire pris au nid ou au filet lorsqu'il est mué. Le fauconnier doit aimer ses oiseaux et s'en faire aimer; il doit être sobre, se lever au jour, ne manger ni ail, ni oignons crus. 11 faut qu'il coure bien, qu'il monte à cheval adroitement et légèrement d'un côté ou de l'autre. Il ne doit jamais rentrer sans avoir retrouvé son oiseau, s'il fait de grandes fuites.
1 Voyez la Fauconnerie ancienne et moderne, par MM. Chcau et des Muis (l'aris^ 1862).
2 Écrit au commencement du xiV^ siècle, mais sur des documents d'une date antérieure.
3 C'est-à-dire, quatre qui volent en tournoyant, et quatre qui, du poing du chasseur, se jettent sur la proie avec impétuosité.
* L'autour.
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Los quatre oiseaux de liaul vol sont oiseaux de leurre, c'est-à-dire qu'ils sont rédamés on rappelés k l'aide du leurre; les quatre autres, qui sont oiseaux de poing ou de basse volcrie, sont dressés à revenir sur le poing du fauconnier. Le leurre était, jusqu'cà la fin du xiv^ siècle, une lanière de cuir rouge garnie de deux ailes à Tune
de ses extrémités ; depuis cette époque jusqu'au xvi' siècle, le leurre avait une souche de cuir rouge qui servait d'attache aux ailes. Pour rappeler l'oiseau, le fauconnier faisait tourner le leurre autour de sa main et haut. La figure 20 montre un fauconnier dressant un oiseau de haut vol à venir au rappel du leurre Ce fauconnier est
> Maiiuscr. Bibliolh. nationale, le Livre du roy ModuH, français, milieu du xw" siècle: « Cij devise comment l'on doit loirrer un faucon nouvel affaitié. »
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vêtu de braies rouges, d'un surcot blanc rayé de jaune, d'un chaperon vert avec chapel de feutre rouge. Quand le fauconnier a fait manger deux ou trois fois le faucon neuf sur le leurre, il s'en va de bon matin en un pré avec un compagnon, l'oiseau chaperonné sur le poing, le leurre encharné ^wv les deux faces ^ Là il laisse l'oiseau manger deux ou trois becquées sur le leurre, puis le décharné et le chaperonne % ajoute une cordelle à sa laisse, et le donne à tenir au compagnon, qui s'éloigne de la longueur de la cordelle. Alors le
fauconnier fait tourner le leurre ; le compagnon ôte doucement le chaperon au faucon. Si le faucon vole droit au leurre, il faut lui laisser manger deux ou trois becquées sur le leurre à terre ; puis le chaperonner de nouveau, le porter plus loin que la première fois, le faire manger sur le leurre à terre, en criant : « Hae, hae! » Et recommencer en éloignant toujours l'oiseau du leurre.
Quand il est habitué ainsi à venir au leurre, il faut le faire manger au milieu de plusieurs personnes, puis des chevaux, puis le fauconnier étant à cheval; puis le faucon nouveau est amené avec d'autres faucons ' .
A la fin du xv' siècle, le leurre était fait ainsi que l'indique la
' C'est-à-dire, garni de viande fraîcliement tuée.
- C'est-à-dire, l'enlève de dessus la pâture et lui remet le chaperon.
3 Voyez le chapitre cité plus haut du Livre du roy Modus.
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figure 21. Les ailes étaient pincées dans une enveloppe plate de cuir rouge, et c'était sur cette enveloppe qu'on attachait les morceaux de viande chaude pour acharner le faucon nouveau.
Quand on était en chasse et qu'on voulait rappeler l'oiseau, le fauconnier faisait tourner le leurre au-dessus de sa tête.
« Pour un nouveau faucon il faut gant neuf de cuir de cerf bien blanc, laisse neuve de bon cuir, laquelle doit être attachée au gant; cordelette avec bâtonnet pour caresser l'oiseau, car il faut le toucher
souvent, mais non avec la main. Il faut deux sonnettes attachées à ses pattes, afin qu'on l'entende remuer et gratter, puis un chaperon de cuir, bien fait et bien enfourmé, dont la forme soit élevée et saillante au droit des yeuî^, profonde et assez étroite par le bas pour tenir à la tête. »
La forme des chaperons n'est pas constamment restée la même. Pendant les xif et xiif siècles, les chaperons sont garnis postérieurement d'une longue queue (fig.-22), qui est la tiroire, c'est-à-dire la prise qui sert au fauconnier à enlever le chaperon. Cette tiroire est ainsi très-longue pour que le fauconnier tienne son extrémité dans la main gantée, afin d'empêcher l'oiseau de se déchaperonner.
Notre figure montre en A le chaperon de face, en B de profil, et en C par derrière. Plus tard, et jusqu'au xvf siècle, les chaperons ont la forme présentée figure 23. Ils sont taillés droit par le bas, avec fente par derrière, et courroie pour serrer le cou de l'oiseau et l'empêcher de se déchaperonner. L'extrémité a de la courroie sert de tiroire. On chaperonnait l'oiseau par le bec d'abord, puis de la main droite on fixait la courroie au bouton.
Le fauconnier est habituellement ganté de la main gauche, et de