‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 126 sur 168 · II · texte numérisé non relu

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DIVERTISSEMENTS, DANSE, MOMERIES, MASCARADES, JEUX DE COMBINAISON ET DE HASARD, JEUX D'ENFANTS

On sait le goût des Romains pour les pantomimes pendant les repas. A la suite des représentations publiques du célèbre mime Pylade, qui seul, sur la scène antique, représentait tout un drame, les riches Romains voulurent avoir chez eux des représentations mimiques. Tibère tenta vainement d'interdire cette coutume, qui ne fit que se développer pendant les derniers siècles de l'empire. A la suite des repas, les jeunes gens, chez les Germains, exécutaient des danses simulant des combats. Les Mérovingiens conservèrent cette mode, contre laquelle s'élevèrent sans succès les évêques des premiers siècles chrétiens. Sous l'empire, un seul pantomime exécutait, pendant les festins, plusieurs actes d'un drame; il changeait de masque et de costume suivant les scènes qu'il devait traduire. A ce propos, Lucian rapporte une anecdote curieuse : « Un barbare, dit-il, ayant vu cinq masques préparés pour un acteur pantomime, car la pièce était divisée en cinq parties, et n'apercevant qu'un danseur, demanda oii étaient ceux qui devaient représenter les autres personnages. Quand il eut appris que le même acteur les remplirait tous : — Vraiment, s'écria-t-il, je ne savais pas que dans ce seul corps vous eussiez plusieurs âmes^ » Il ne paraît pas que dans les premiers siècles du moyen âge les pantomimes eussent conservé le masque antique ; mais, d'ailleurs, ils exécutaient au son de la musique, et quelquefois avec accompagnement de chants {caniica), des danses et des scènes dramatiques. Loin d'avoir détruit cet usage, le christianisme le vit se répandre partout et même parmi les clercs dans l'enceinte des éghses. Vers la fin du vf siècle,

' Lucian. De sa/lat. , cap. Voyez les Oriyiues du théâtre antique et du théâtre moderne^ par C. Magniii.

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Aunacaire ou Aunaire, évêque d'Auxerre % dans un synode tenu sous sa présidence, défend dans le premier canon, « aux calendes de janvier, certaines pratiques venues du paganisme » Or, ces

pratiques consistaient à banqueter et à danser dans les églises au son des instruments *. Le peuple était attiré ainsi dans les temples, non-seulement par les exercices religieux, mais pour ses affaires et ses plaisirs. L'église était le temple, le forum ou l'hôlel de ville et le théâtre''. Ces souvenirs des usages antiques et des agapes des premiers chrétiens disparurent peu à peu des églises et n'eurent plus de place que dans la vie civile ; souvent alors les danses antiques firent place aux exercices les plus grossiers d'histrions et de funambules.

2 Mém. concernant l'hist, civ. et ecclésiast. d'Auxerre, par l'abbé Lebœuf, t. I, p. 129.

^ Concil. Autissiod., ann. 585; dans Labbe, ConciL, t.V, p. 956. •* Voyez la préface du Cartulaire de Véglhe Notre-Dame de Paris, publiée par M. Guérard.

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(tétaient des poses lascives, des tours d'adresse et de souplesse exécutés avec accompagnement d'instruments.

Nous voyons ces sortes de jeux représentés dans les vignettes d'une Bible du siècle ^ (fig. 1). Au son des flûtes doubles, des

psaltérions, harpes, lyres et clochettes, deux histrions exécutent des danses et tours avec des épées. C'était une tradition de la danse pyrrhique des Germains.

Les monuments des xf et xif siècles représentent souvent des repas pendant lesquels des hommes et femmes exécutent des danses, font des tours d'équilibristes (fig. 2), sautent sur les mains',

' BibJioth. nation., manuscr. latin, 6-3.

2 Manuscr. du commencement du xti" siècle; anc. collect. Garneray.

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loujonrs n\ec, acrompaonement d'instruments de musique. Ces représentations sont fréquentes jusqu'au xiv^ siècle. Alors les jeux d'histrions sont remplacés par ce qu'on appelait fies entretiiels,

c'est-à-dire des scènes récitées ou chantées pendant les intervalles qui séparaient les services des festins.

Le goût pour les pas exécutés pendant les banquets, par une seule danseuse, paraît avoir été fort en vogue pendant le xif siècle. Peut-être cet usage était- il une importation orientale.

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Le vêtement de ces danseuses était léger, long, mais dessinant les formes du corps. Les vignettes des manuscrits, les monuments sculptés, nous ont conservé beaucoup de ces danseuses qui s'accompagnaient habituellement de clochettes (fig. 3) Cette femme est vêtue d'une robe sans bliaut, collante sur la poitrine et les hanches,

et formant des plis très-fins, suivant la mode orientale. Le col du vêtement est bordé d'une passementerie très-riche, terminée au bas de la fente par un petit crochet long qui retient le corsage et forme un pli transversal accusant la taille. Des plis en spirale entourent les seins. Les manches sont justes, plissées transversalement et terminées aux poignets par une riche passementerie. La jupe est flottante, à plis lins et répétés; les cheveux, retenus autour des tempes par un cercle, tombent sur les épaules. Ce vêtement paraît être taillé dans une étoffe de soie crêpelée, suivant la mode adoptée

' D'un chapiteau déposé dans le musée de Toulouse, représentant Hérodc à table et Salomé dansant devant lui.

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alors par les dames nobles pour les robes portées sous le bliaut. Cette danseuse ne porte pas de ceinture. On voit fréquemment, dans les bas-reliefs de cette époque et du xiii' siècle, des histrions qui pendant les repas se livrent à des exercices funambulesques et de bateleurs (fig. h)*. Les seigneurs, après ces divertissements, s'ils

étaient satisfaits, faisaient de riches présents à ces bateleurs, consistant en habits et joyaux, ce qui était de la part du clergé l'occasion d'amères remontrances. Mais le goût pour ces spectacles ne persistait pas moins parmi la noblesse. Les trouvères, poètes

' Voyez, entre aulres sculptures, le linteau de la porte septentrionale de l'église de Seinur en AiixoiSj représentant le repas du roi Godol'orus. (Légende de saint Thomas, apôtre.)

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ambulants, s'élevaient dans leurs vers contre cette concurrence qui faisait tort à l'art de la poésie, considéré par eux comme étant d'une nature autrement noble et digne d'être spécialement encouragé. Ni leurs satires, ni les exhortations du clergé, n'empêchaient les bate-

leurs d'être regus dans les châteaux et d'être bienvenus dans les fêtes populaires. Cependant, vers la fin du xiif siècle, le goût de la noblesse des châteaux pour ces divertissements semble s'être beaucoup ailaibli. Il reparaît vers le miheu du xv*" siècle, mais alors les danseurs et danseuses de profession ne portent plus, comme précédenunent, les habits en usage dans la société élevée ; ils sont

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vctus d'une manière bizarre, élégante ou grolesque, ainsi que nos saltimbanques.

Dans un joli manuscrit de la Bibliothèque nationale, datant de ihliO environ une miniature délicate nous montre un danseur et une danseuse dont les vêtements et les postures indiquent l'abandon des traditions qui s'étaient conservées dans les siècles précédents. Le danseur (fig. 5) est vêtu d'un corset bleu clair brodé de blanc, ayant une seule manche longue taillée en barbes d'écrevisse et doublée de violet. Sa tête est couverte d'un turban jaune surmonté d'un cône pourpre et or. Un caleçon blanc très-court laisse voir ses jambes nues ornées d'anneaux avec grelots; des bracelets de même entourent ses poignets. Une écharpe tordue entoure ses hanches ; elle est accompagnée d'une sorte de lambrequin avec grelots. La danseuse (fig. 6) est vêtue d'un corset lilas, dont la jupe, taillée en barbes d'écrevisse, est doublée de blanc, et dont les longues manches ouvertes et taillées de même sont doublées d'orange. Un collier d'or couvre sa gorge; une courte jupe verte paraît sous le corset; les jambes ainsi que les bras sont nus, avec bracelets à grelots. Les souliers sont pourpre. Le turban est rouge avec broderies et joyau d'or; il est terminé par un cône hlas et or, avec voile blanc léger. L'écharpe est verte avec grelots or. Ce sont là des costumes de ftmtaisie, comme ceux que nos saltimbanques revêtent aujourd'hui.

Il ne faudrait pas croire que la danse fût réservée exclusivement, pendant le moyen âge, à des danseurs et danseuses de profession. Il n'y avait pas de fête chez les nobles, les bourgeois ou les paysans, qui ne fût terminée par des danses. C'était un des divertissements favoris de toutes les classes auquel les femmes se livraient avec passion. On dansait le jour sur les prés, et le soir dans la grande salle des châteaux, pourvu que la compagnie fût assez nombreuse. Les caroles ou karoles, sorte de rondes, étaient fréquemment dansées par les damoiselles seules. Dans le roman de Gui de Nanteuii, les damoiselles font dresser une tente entre les partis ennemis et avant le combat :

« Plus en i ot de .xxx. as bliaus entailliés

« Es ombres surit aléez dessous les oliviers,

« La karole commenchent, que les corps sont legiers.

« Li amirans du Coine les ot moult volontiers^. »

' Français, le Miroir historial.

Guide Nanteuii, vers 2440 et suiv. (xiu« siècle).

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