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Et plus loin :
(( l-i très * as damoiselles lu cii . i pré tendus ;
« Plus eu i a de ,xxx. qui ont bliaus vestus,
« La karole commenchent desor le pin ramus -. »
Ces rondes étaient accompagnées de chansons.
11 est dans le Roman de Méraugis de Portlesgiiez un joli épisode. C'est quand le héros arrive au château des damoiselles qui carolent. S'arrêtant devant la porte du manoir, il voit sous un pin verdoyant des pucelles qui chantent en carolant, et parmi elles un seul chevalier chantant et carolant de son mieux, l'ccu au cou, Tép.ce au côté, le hacinet en tête. Or, ce chevalier est son ennemi mortel. Plein de courroux, Méraugis va vers lui et lui crie :
« Fui. chevalier! ne chaule mie.
<( Je te deffi, lu mourras ja ! »
Mais aussitôt il oublie sa vengeance, le chevalier qui là élait, sa mie; et l'écu au cou, l'épée au côté, il se met à chanter et à caroler à son tour avec les pucelles pendant que son ennemi quitte la partie. Sitôt dehors, celui-ci reconnaît à son tour Méraugis, et se met aux aguets pour l'attendre ; il y renonce bientôt, car Méraugis carole et chante ainsi pendant dix semaines. Délivré à son tour par un survenant :
« Trop ai loue temps
« Quarolé, »
dit-il, car le printemps est venu, le rossignol chante. Dans le château fée il était entré en plein hiver ' .
Le roman en vers de la Charrette < décrit les passe-temps, de damoiselles et de chevaliers sur un pré. Quelques-uns de ces jeumes gens tiennent de gais propos, d'autres jouent aux tables (trictii\ac) et aux échecs, au dé, à la courte-paille. Plusieurs rappellent les souvenirs de leur enfance :
' « La tente » .
■«i Vers 2667 et suiv.
3 Voyez le Roman de Méruuyià- de Purtlesyuez, \in^ siècle, par Kaoul de Houdieuc, publ. par M. H, Michelanl.
* Attribué à Chrestiens de Troyes et Godefroy de Leigni, manuscr. de la Bihliiulh. nation., fonds de Cangé, ii'' 73.
[ DANSE
« Baules et queroles et dances « Et chantent et tubent et saillent, (( Kt au Initier se retravaillent ' . »
La chronique de D. Pedro Nino ^ dans la partie si curieuse qui traite de son voyage en France, rapporte comment il est reçu chez le seigneur de Sérifonlaine, Renaud de Trie, capitaine du château de Rouen, amiral de France. « Pendant le repas, dit-il, il y avait « des jongleurs qui jouaient agréablement de divers instruments. « Les grâces dites et les tables enlevées, venaient les ménestrels, et « madame dansait avec Pero Nino, et chacun des siens avec sa de- « moiselle. Cette danse durait une heure. Quand elle était finie, « madame donnait la paix au capitaine *, et chacun à celle avec qui « il avait dansé. Ensuite on apportait les épices, on servait le vin, « et l'on allait faire la sieste. » Ceci se passait à l'heure du dîner, c'est-cà-dire de midi à deux heures. « A la nuit, on soupait, si c'était « l'hiver; si c'était l'été, on mangeait plus tôt, et après cela madame « allait s'ébattre à pied par la campagne, et l'on jouait aux boules « jusqu'à la nuit, après quoi on se rendait dans la salle avec des <( torches; alors venaient les ménestrels. On dansait bien avant « dans la nuit »
On a vu comme, pendant la durée des joutes et tournois, chaque soir, après le souper, on dansait jusqu'à une heure avancée. Il était d'usage de mener à la danse la dame ou damoiselle auprès de laquelle on était placé à table, et de ne point changer de danseuse pendant la soirée : ainsi s'établissaient des relations sociales qui donnaient à ces assemblées un intérêt très-vif, intérêt qu'elles ont perdu de nos jours.
Les salles de danse étaient jonchées d'herbes odoriférantes et de Heurs :
« Oultre plus en lieu d'herbe verd « Qu'on ha accoustumé d'espendre, « Tout le parquet estoit couvert « De rosmarin et de lavande ^. »
On dansait au chapellet, trois à trois, la ronde.
* Vers 1647 et suiv.
2 h' Vidorial, chron. de D. Pedro Nino (1379-1449), traduit de l'espagnol d'après le manuscrit, par le comte Albert de Circourt et le comte de Puymaigre (1867). ^ Embrassait son danseur. Usage conservé dans quelques provinces françaises.
* Voyez la traduction de tout ce passage dans le tome F^" du Did. du mobiliei'.
* Martial d'Auvergne, les Arrêts d'amour, prologue (fin du xv^ siècle).
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Quelques-unes de nos danses, conservées dans les campagnes éloignées de nos grands centres, ne sont que des traditions de ces danses du moyen âge.
Les mascarades étaient aussi fort du goût de nos aïeux. C'était, un des divertissements habituels lors des grandes réunions, banquets et bals. Souvent elles n'étaient qu'une satire des mœurs du temps, une occasion de se moquer des ridicules ou des travers de certains personnages. Les mascarades avaient même pris dans certaines villes les proportions d'une institution. En face de la féodalité, le travail, aussi bien que la manifestation de l'opinion, n'avaient d'autre recours que l'association. Il y avait donc des corporations de fous, qui, à certaines époques de l'année, usaient du privilège de se moquer de .tout le monde , des grands aussi bien que des petits. A Paris, ce sont les Badins, les Tiir lupins, les Enfants sans souci; à Poitiers, la bande joyeuse de l'abbé de Maugoiwerne ; k Dijon, la Mère folle; à Rouen, ce sont les Couards, qui, masqués, chevauchaient par la ville, ayant à leur tête un abbé mitré, crossé, monté sur un char et jetant aux passants des rébus, des satyres et des pasquils. Ces Conards, à l'approche des jours gras, se présentaient un matin à la grande chambre du parlement de Rouen, apportant une requête le plus souvent en vers. Les magistrats, toute affaire cessante, répondaient à la requête bouffonne en octroyant la mascarade, c'est-à-dire le droit aux Conards de se promener par la ville en masques, de dire ce que bon leur semblait, et d'accorder aux habitants, moyennant finance, la permission de se masquer. Ces Conards, en effet, sous le masque, se permettaient de jeter le ridicule sur tout et sur tous, suivant leur bon plaisir, parodiant les faits et gestes du clergé, de la noblesse, et n'épargnant pas la bourgeoisie. Ils avaient parmi eux des enquêteurs chargés de s'informer de toutes les histoires scandaleuses de la cité, de tous les abus, de toutes les sottises. Ces enquêteurs faisaient leur rapport à Vahbé des Conards, aux cardinaux et patriarches réunis en conclave. Et l'on décidait ainsi quelles étaient les affaires dignes de figurer aux rôles. Alors se tenaient les audiences en plein air, où toutes les affaires étaient évoquées. « Trois jours durant, ce tri- « bunal siégeait par les rues. Tambours, flûtes, trompettes, annon - « çaient de loin le cortège. Les Conards cheminaient ainsi à travers « la foule, partagés en bandes, dont chacune avait pour mission de
c( ridiculiser une sottise, de flétrir un vice, de censurer un abus.
« Les marchands de mauvaise foi, les juges suspects, les prêtres
« simoniaques, les enfants prodigues, les pères avares, les gentils-
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« liomiïies glorieux, les parvenus qui s'oubliaient, trop, les prati- « ciens qui ne s'oubliaient pas assez, étaient tous malmenés en « ces rencontres au delà de ce qu'on ne saurait croire. Les sots « mariages, les folles entreprises, les intrigues de toutes sortes, (( étaient encore un texte fécond, toujours exploité sans qu'on pût « l'épuiser jamais. Les édits fiscaux n'avaient pas meilleure fortune, « non plus que les hommes inventifs qui les avaient imaginés ; et « la misère du peuple y fut décrite maintes fois avec plus de har-
« diesse que dans les cahiers des états de la province* » Celte
confrérie, née, paraîtrait-il, vers le commencement du \r siècle, persista jusqu'au xvif. La fête finissait par un grand banquet donné aux halles de la Vieille-Tour, transformées en palais de l'abbé des Conards ; après le banquet, danses, mascarades ; puis le prix à décerner au bourgeois de la ville qui, au dire des prud'hommes, se trouverait avoir fait la plus folle chose de l'année !
Beaucoup de grandes villes du royaume de France avaient ainsi, au moins une fois l'an, le moyen de manifester leur opinion sur les abus et les ridicules du temps, sur les misères du peuple et la tyrannie des seigneurs. Ces Conards, ces Badins, ces Turlupins, avaient grand soin, sous le masque, de ménager la personne du roi ; aussi le suzerain était-il le premier à rire des jugements portés par ces cours bouffonnes, et maintenait-il leurs privilèges malgré les réclamations du clergé, de la noblesse et des magistrats municipaux.
Pendant les banquets, aux cours des riches seigneurs, les entremets n'étaient souvent que des entrées de masques exécutant quelque scène ou pantomime. On sait la mascarade qui faillit être si funeste au malheureux Charles VI, et que décrit Froissart d'une manière saisissante dans le chapitre xxxii du livre IV : « L'aventure (f une danse faite en semblance de hommes sauvages, là où le roi fut en péril. » C'était à l'occasion du mariage d'un jeune chevaUer de Vermandois et d'une des damoiselles de la reine. Sur les six jeunes gens qui se revêtirent d'un vêtement juste de toile et de lin "recouvert de poil, et dont était le roi, quatre périrent brûlés, le feu ayant pris à leur déguisement par l'imprudence du duc d'Orléans. Cette funeste issue d'une fête au milieu d'une cour jeune et brillante s'il en fut, fit une profonde sensation à Paris et dans tout le royaume; mais, dit Froissart: « Si se passa et oubha cette chose
« Voyez l'Histoire des Conards de Rouen, par M. A. Floquet, auquel nous empruntons ce passage {Bihliofh. de V École des chartes^ tome V\ p. 105).
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(( petit, à petit, et fit-nn obsèques, prières et niimosnes pour les « morts ! »
Ces divertissements nous amènent à pnrler des jeux de société.
« Item, et si ne jouerez
« Au sù'on, ne à clïgnettes;
« Au jeu de mon amour aurez,
« A la queuJeuleu, aux billeites,
(( Au tiers, au perier^ aux hichettes ;
« A getter au sain et au dos rtierbe ;
« Au propos, pour dire sornettes ;
« Ne que paist-on, ne qui paisf herbe? ' n
Il y avait le jeu au roi qui ne ment, lequel fait le sujet d'un bon conte 2. On nommait un roi ou une reine qui, faisant le tour de l'assemblée, adressait à chacun une question à laquelle on devait répondre sans rien celer.
A son tour, la reine ou le roi se présentait devant chaque personne et répondait sans mentir à chaque question qui lui était adressée.
On trouvait de ces sortes de jeux tous les jours, et dans le Lai cVïcjnaurès des damoiselles inventent le jeu du confesseur. Elles désignent l'une d'elles pour remplir cette fonction, et toutes, à tour de rôle, doivent lui dire le nom de leur amant. Or, les pénitentes (elles sont douze) nomment à la dame-confesseur Ignaurés, qui est aussi son amant. Il y avait aussi le jeu de saint Coisne. Un des personnages fait le saint, chacun se met à genoux devant lui et lui présente un don. Si le saint, par ses gestes et grimaces, parvient à faire rire l'agenouillé, celui-ci donne un gage.
Parmi les jeux de combinaison, le jeu d'échecs paraît être un des plus anciens. On jouait aux échecs à la cour de Charlemagne, et le cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale conserve un jeu d'échecs d'ivoire sculpté, provenant du trésor de Saint-Denis, qui passe pour avoir appartenu à ce prince. Les pièces de ce jeu d'échecs sont de très-grande dimension ^
Les tables et pièces d'échiquier étaient fabriquées avec un grand luxe :
• L' Amant rendu cordelier {îin s,iè.c\e] .
- Poésies de Baudoin et Jehan de Condeit (xiii'" siècle) (voyez Contes ancien^, Barbazan).
' Voyez, dans la partie des Armes, quelques pièces de ce jeu.