‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 131 sur 168 · JEUX I · texte numérisé non relu

JEUX I

Cette explication parait vraisemblable. Le fait est que les cartes, du jour qu'elles purent être fabriquées à l'aide de la gravure sur bois, et devinrent par conséquent très -communes, remplacèrent peu à peu le jeu des dés, et même ceux des tables et des échecs. Les cartes se prêtaient à des combinaisons variées à l'infini, et permettaient à un plus ou moins grand nombre de personnes de participer au jeu, tandis que l'on ne pouvait jouer aux tables ou aux échecs qu'à deux. La société élevée, aussi bien que les classes inférieures, s'en tinrent donc aux cartes ; le jeu des dés et du trémerel, qui passionnaient si fort nos aïeux', tombèrent en discrédit. A peine si à la lin du xvi" siècle on voyait quelques soudards recourir aux dés pendant les heures perdues et dans les mauvais lieux, oii les jeux de hasard persistèrent fort tard.

Pendant les loisirs du jour, lorsque les dames, chevaliers et écuyers s'en allaient aux vergers, les hommes jouaient parfois aux boules et au hillart. Ce jeu cousistait à chasser au ras du sol des boules au moyen de crosses de bois. Il persista en Angleterre, en Écosse, et paraît avoir été remplacé en France, vers le xvf siècle, par le mail :

« Item, et je adjoinctz à la grosse -

« Celle de la rue Saint-Anthoine^

« Et un billart de quoy on crosse ^. »

Des groupes aimant les plaisirs plus tranquilles causaient pendant que les dames tressaient des chapels (couronnes) de fleurs qu'elles olïraient à leurs amis (lig. 2'). Ces sujets sont répétés trèsfréquemment sur les ivoires, sur les coffrets, sur les menus objets

1 Le trémerel, jeu de hasard à trois dés, ainsi que nous l'avons dit plus haut, fut l'objet de défenses spéciales, et paraît avoir été en vogue particulièrement dans les tavernes et les lieux de débauche :

0 Volentiers alez au bordul; 0 Et où l'en jeu an trémerel, (( Et gaigniez iiiult à eavis ; Il Por ce estes-vou3 trop chétis. i'

Les Gens d'aventures. (A. Jubinal, Jongleurs et trouvères des xiii*' et xiv* siècles, 1 vol., Paris, 1835.)

2 « Au contrat n .

3 Petit Testament de Villon, st. XXlx.

* Boîte à miroir à deux faces, du commencement du xiv'' siècle, au musée du Louvre.

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