‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 138 sur 168 · CHARRUE · texte numérisé non relu

CHARRUE

passée à droite dans la courroie, et la besaiguë à gauche, derrière l'escarcelle. Les pans postérieurs de sa cotte sont ramenés par devant, entre les cuisses, et retenus dans la ceinture. Il porte la cognée sur l'épaule et un fil de manœuvre autour du cou. Des chausses couvrent ses jambes. Si ce n'est la doloire, qui a changé de forme, cet outillage est encore, ainsi que nous l'avons dit, celui de nos ouvriers charpentiers. (Voyez Doloire.)

BIGORNE, s. f. {bigourne). — Voy. Enclume.

BURIN, s. m. {grafière^ grafe^grefé). Style, tige d'acier aiguisée servant à la gravure des armes, des objets faits de plaques de métal; coffrets, selles, harnais, etc. Les ouvriers du moyen âge étaient habiles burineurs; et quand on voit avec quelle sûreté de main sont faites les délicates gravures qui décorent quantité d'objets de métal qui nous restent des xii% xiif xiV et xv' siècles, on s'étonne que l'idée de reproduire ces gravures par l'apposition d'une matière colorée et ductile dans les sillons du burin ne soit pas venue plus tôt, d'autant que les nielles ne sont autre chose que de la gravure remplie d'une matière noire, (Voyez la partie de I'Orfévrerie.)

CHARRUE {araire, areau , ayreau, areyre , tantée , chérue). Varatrum antique se composait d'un contre emmanché à l'extrémité d'une branche fourchue à laquelle s'attachait un timon. Point de roues, point de soc et versoir. La charrue égyptienne (fig. 1) * se composait d'une fourche recourbée munie du coutre. Les branches de la fourche sont réunies par des échelons entre lesquels passe la flèche de la charrue. Le coutre est attaché à la flèche par un lien. Celle-ci, au moyen des échelons, peut être plus ou moins inclinée, de manière à permettre au laboureur d'enfoncer plus ou moins le coutre en terre. Ces sortes de charrues ne pouvaient que faire une trace peu profonde dans des terrains

1 Du tombeau de Chamhati, intendant des domaines, xviii* dynastie. (Voy. HisL de l'art égyptien, par M. Prisse d'Avenues.)

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légers et faciles comme tous ceux qui forment le bas bassin du Nil.

leuses, il fallait des instruments plus puissants et beaucoup plus

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lourds par conséquent. Dès le xi' siècle on voit apparaître la charrue à roues sur nos monuments figurés. Au xiif siècle, l'araire est relativement perfectionné. L'âge ou Yagiau est horizontal, posé sur l'essieu, auquel est fixé un timon avec palonnier ou une double paire de cordes. La figure 2 présente deux charrues de cette époque*. La première a son contre emmanché à une flèche passant sur l'essieu; la position du contre est maintenue par deux étais. A l'essieu est attaché un timon avec palonnier, auquel sont attelés deux bœufs tirant, non sur un joug, mais à l'aide de colliers.

Un cheval est en outre attelé en tlèche. La seconde paraît posséder un soc avec versoir derrière le coutre. La paire de bœufs est attelée avec des cordes et tire sur des colliers. La figure 3 ^ présente une charrue de la fin du xiii' siècle. Elle possède le coutre et le soc avec versoir. C'est un instrument qui ne diffère guère de ceux dont on se servait dans nos campagnes au commencement du siècle. Au moyen de la traverse supérieure, percée de plusieurs trous, le coutre peut être incliné plus ou moins; le soc peut s'allonger. La flèche est arrêtée au timon, qui passe sur l'essieu par un crochet et une cordelle qui empêche le crochet de sortir de son piton dans les cahots. La figure h montre une charrue de la fin du xv*" siècle ^ Le coutre est fixé plus ou moins incliné à Taide de cales, le soc .et son

• L'exemple A est copié sur une vignette du manuscrit de la Biblioth, nationale, la Naissance des choses, français (1250 environ) ; l'exemple B, sur une vignette du manuscr. de la Biblioth. nationale, Psalmiste, latin, ancien fonds Saint-Germain (même époque).

2 Du manuscr. de la Biblioth. du séminaire de Boissons, intitulé les Miracles de la Vierge (commencement du xiv^ siècle).

2 Manuscr. Biblioth. nationale, Tite-Live, français (1480 environ),

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versoir sont arrêtés par des chevilles passant dans des douilles. La flèche et l'âge sont à genouil, pour pouvoir tourner facilement, et le tirage sur le palonnier D se fait au point B par la chaîne passant sous l'essieu. Ce tirage agit donc juste au-dessus du point de résistance, qui est le coutre; ainsi n'y a-t-il point de force perdue. La flèche G étant mobile dans l'alvéole D, le corps de la charrue ne subit

aucune des influences produites sur le train par les cahots ou un tirage inégal des bêtes. Au midi de la Loire, les charrues sont de toute ancienneté tirées par des bœufs sous le joug; mais dans les provinces du Nord on voit, dès les premiers siècles du moyen âge, des chevaux attelés aux charrues aussi bien que des bœufs, et ces derniers animaux ne sont pas placés sous le joug; ils tirent, comme les chevaux, sur des colliers. Le joug remonte cependant assez haut dans les provinces du littoral occidental. On pourrait en conclure que le joug est une importation romaine, et que le lourd collier que l'on voit encore posé sur le cou de nos chevaux de rouhers, dans les provinces septentrionales, est une tradition gauloise. (Voy. Harnais de charrois.)

CISEAUX, s. m. {cisiax, chisel, cisailles, cisel, escherpie, force, forcesces, forceties, forghes, forsselle, /îsel, tézoires). Les ciseaux à deux branches tranchantes réunies par un axe, et terminées par deux anneaux dans lesquels on passe les doigts, sont représentés dans des vignettes du x' siècle (fîg. 1*) . Cependant la forme la plus ordinaire donnée à cet outil d'un usage si fréquent, est, pendant le

i Manuscr, Bibli«th. nationale, Bible, latin, 6-3.

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moyen âge, celle que reproduit la figure 2. Ce sont les forces. Deux lames tranchantes comme deux couteaux passent l'une sur l'autre et sont rendues solidaires par une double tige formant ressort A. En appuyant les doigts et la paume de la main sur ces deux tiges, on fait glisser les deux tranchants l'un sur l'autre. Ces ciseaux sont encore en usage dans l'extrême Orient, et sont employés chez nous pour

tondre les draps, pour couper le poil des chevaux. Des ciseaux de ce genre, plus petits (fig. 3), sont fréquemment représentés sur des miniatures des xiii" et xiv'' siècles. Nous en avons trouvé plusieurs fragments dans les fouilles du château de Pierrefonds, lesquels n'ont que 12 centimètres de longueur. Les ciseaux /orces ou à deux branches, servant aux dames, étaient renfermés dans des étuis de fer OU de cuir gaufré. Les barbiers se servaient de ciseaux et de rasoirs, ainsi que le démontre ce passage du Roman du renart :

« Cisiaux bien tranchans et bacin,

« Et un rasoir et bon et fin

« Ne nos faut qu'eve solement »

Ciseau (au singulier) était et est encore un outil long, tranchant à son extrémité aplatie, et muni d'un manche de bois. Les menuisiers se servaient de cet outil dont les tranchants sont plus ou moins

» Vers 3273.

[ CLIQUETTE ] — h^k —

larges, pour évider les mortaises, entailler le bois, etc. La figure h représente un menuisier travaillant, sur son établi, un morceau de bois retenu par le valet. Il se sert d'une longue gouge à manche en

béquille pour préparer une mortaise. En A, sont suspendus des ciseaux de diverses formes ; en B, est une tarière ; en G, une cognée ou hache pour équarrir le bois. On voit que l'outillage de ces ouvriers ne s'est guère modifié * .

CLIQUETTE, s. f. Les lépreux, pendant le moyen âge, lorsqu'ils sortaient, étaient tenus d'avoir à la main un petit instrument fait de trois lames de bois réunies à leur extrémité inférieure, et qui, par le mouvement qu'on leur imprimait, produisaient un son sec en frappant les unes sur les autres. La figure 1, copiée sur une vignette du XV' siècle, montre un de ces lépreux^ tenant sa cliquette. La

» Des stalles de l'église de Montréale (Yonne), fin du xv« siècle.

- Manuscr. Bihlioth. nationale, /e Miroir his for ta l, français (1440 en^^iron).

— l\9b — [ COGNÉE ]

lèpre étant considérée comme contagieuse par le simple attouchement, les malheureux atteints de cette maladie devaient, au moyen de cet instrument, prévenir les passants de leur présence, afin qu'on pût éviter de les^ approcher. Ce lépreux est habillé de chausses

brunes avec bottines noires, d'une première cotte à manches longues gris foncé, et d'une surcotte à manches courtes brune. Le col de lu cotte est rabattu par-dessus la surcotte. La cliquette, produisant un son particulier, ne pouvait être remplacée par aucun autre instrument du même genre, comme la crécelle, par exemple, dont se servaient certains marchands ambulants pour attirer les acheteurs. Il y a une trentaine d'années, nous avons vu encore dans une petite chapelle de Bretagne, parmi un grand nombre d'ex-voto, des cliquettes déposées là depuis quelques cents ans, et dont la forme se rapportait exactement à celle donnée dans notre figure.

COGNÉE, s. f. {cugîiiée) . Outil composé d'un fer de hache épais, à dos large et carré, emmanché fortement. La cognée était l'outil des bûcherons, des charpentiers ; les paysans l'employaient, comme ils l'emploient encore aujourd'hui, à toutes sortes d'usages. On retrouve la cognée figurée sur les monuments de l'antiquité romaine; sa forme n'a guère varié.

La cognée est aussi, pendant le moyen âge, ce qu'on appelle

[ COGNÉE ] — ll9<Ô —

aujourd'hui vulgairement un merlin, c'est-à-dire une hache trèsépaisse, à tranchant court, à dos large et carré :

« Cascuns prist pic d'acier ou grant mail, ou qaignie ; « La porte Saint-Étienne ont par force trenchie ' . »

Pendant les xif , xiif et xiv" siècles, on voit très-fréquemment figurés dans les bas-reliefs ou peintures qui représentent les tra-

vaux de l'année, des bûcherons qui se servent de la cognée à lame assez large. Le dos de cet outil, dans les mêmes monuments, s»ert à assommer les porcs, que l'on ne saignait pas vivants, ainsi qu' on le fait aujourd'hui (fig. i *). Les cognées des charpentiers sont, ou

• La Conquête de Jérusalem, vers

' Ms. Biblioth. nation., le Bréviaire d'amour, en vers patois de Béziers (xin* siècile).

— ll^y — [ COMPAS ]'

à dos carré plat ou à douille, alors la cognée est une véritable hache et sert à équarrir les bois. La cognée du charpentier à dos carré est à deux fins : avec le tranchant l'ouvrier taille et fend le bois; avec le dos il enfonce les chevilles et cales. La cognée de charpentier à dos carré est emmanchée assez court; la cognée-hache, usitée pour l'équarrissage en grand, possède au contraire un long manche, et par conséquent un puissant abatage. Ces outils et la manière de s'en servir ne changent pas depuis des siècles.

COMPAS, s. m. Cet outil, qui n'a pas besoin d'être décrit, re-

monte aux origines de l'humanité. Pendant le moyen âge, les maîtres

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