CHAUFFERETTE
Les inventaires des trésors mentionnent la chaufferette à mains *. Yillard de Honnecourt la décrit de la manière suivante : « Si vous « voulez faire un chaufferette à mains, vous iérez comme une pomme « de cuivre de deux moitiés qui s'emboîtent. Par dedans la pomme « de cuivre il doit y avoir une petite poêle suspendue par deux tou- (( rillons. Les tourillons doivent être contrariés de telle façon que « la petite poêle à feu reste toujours horizontale, car chaque cercle (( porte les tourillons de l'autre » En effet, une sphère creuse
garnie de deux cercles à l'intérieur, mobiles sur tourillons contrariés, permet à un vase de conserver l'horizontalité. C'est le principe adopté pour la suspension des boussoles marines. Yillard de Honnecourt, dans le croquis qu'il donne, multiplie les cercles jusqu'au nombre de six, plus le noyau, la poêle dans laquelle on pouvait mettre des charbons allumés ; mais deux cercles suffisent.
M. Carrand possède, dans sa précieuse collection, une de ces chaufferettes à mains, d'un beau travail, et qui date du xiif siècle. Bien entendu, cette sphère s'ouvre en deux coquilles, et celles-ci sont ajourées pour permetlre aux charbons de rester allumés. Ces
1 Du Gange, Gloss., Calefactortum.
2 Album de Yillard de Honnecourt, arch. du xiii*^ siècle, publ. par J. B. Lassus et A. Darcel, 1858, pl. XVI.
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chaufferettes à mains étaient posées sur un trépied, ou suspendues par une chaînette. Le prêtre, en hiver, en avait une sur l'autel pour dégourdir ses doigts. Voici une de ces escauf ailes à mains, qui provient du musée de Cluny (fig. 1). Elle est de laiton repoussé et ne conserve qu'un de ses cercles intérieurs; une chaîne permettait de la suspendre. Cet objet, d'un travail grossier, est d'une fabrication assez récente (xvf siècle), mais il est identique comme forme avec les chaufferettes si fréquemment employées pendant les xiii' et
XIV' siècles. Voici (tig. 2) une coquille appartenant à une chaufferette à mains du xif siècle, dont la convexité est richement décorée de rinceaux à jour d'un très-beau style *.
Souvent aussi on se contentait de suspendre dans ces sphères une boule de fer rougie au feu.
Los plus anciennes chaufferettes à pieds que nous connaissions sont de date assez récente (xv" siècle) ; elles sont de terre, de forme cylindrique, munies de deux boutons avec une anse de fer, et étaient placées dans des placets (tabourets) de bois. On se servait aussi de chauffe-pieds de métal, dans lesquels on versait de l'eau bouillante, et qui avaient la forme d'un carreau. Ces chauffe-pieds entraient dans un sac de fourrure ou d'étoffe.
Collection des dessins de l'auteur.
CIBOIRE, s. m. Vase de métal, or ou argent, destiné à renfermer les hosties consacrées. On fabriquait aussi, pendant le moyen âge, des ciboires de cuivre doré et émaillé, le plus souvent en forme de colombe. Dans la partie touchant I'Orfévrerie, nous nous occupons de quelques-uns de ces objets'.
CISEAUX (Paire de), s. m. (cisiax). Les anciens connaissaient cet outil, et le moyen âge l'a de tout temps employé. Les ciseaux sont à pivot ou à ressorts :
« Et uns cisiax et un bacin n
On en fabriquait en métaux précieux.
« Uns ciseaux d'or pesans une once ix esterhns. » {Invent, de Charles V.)
(Voyez la partie des Outils.)
CLOCHETTE, s. f. {cloqueite). Sonnette maniable, en usage, pendant le moyen âge, pour le service religieux principalement, poui* accompagner le prêtre portant le viatique. Ces clochettes étaient parfois ajourées et d'un joli travail. Tout le monde connaît la clochette du XII' siècle, ajourée, dont on a fait un grand nombre de surmoulés.
CORNET, s. m. (e'critoire) . — Voyez le Dictionnaire du mobilier, à l'article Scriptionale.
COUPE, s.f. (cupe). Vase à boire. On fabriquait pendant le moyen âge, comme pendant l'antiquité, des coupes d'or, d'argent, de pierres dures, d'étain et de bois :
« Itant (aussitôt) out ii Quens un présent « D'une cupe chiere d'argent. 3 »
(( Bernars regarde le Lohérenc Garin « Qui sert le roi de la coupe d'or fin ^. »
Les vases à boire pendant les banquets étaient de formes diverses.
1 Voyez le Dict. du mobilier, Suspension.
2 Roman du Renart, vers 2264.
3 Le Roman de Rou, vers 7567, xii* siècle.
* Li Romans de Garin te Loherain, t. 11^ p. 16, édition publ. par M. P. Paris. Techener, 1835.
11 y avait des coupes ou cratères à pied. Pour les personnages de distinction, les coupes étaient couvertes :
(( Une coupe couverte, dorée et esmaillée, et ou fonds de ladite « coupe a une ymage de saint Martin »
On se servait aussi de coupes sans pied pendant le xv" siècle. Dans I'Orfévrerie, nous parlons des coupes faites de matières précieuses.
Voici (tig. 1) une coupe d'étain datant du xiv' siècle ^
Villard de Honriecourt donne une coupe, un cratère à pied ' , qu'il appelle hanap : « Vesci une cantepleure con peut faire en .1. « lienap... » Ce nom de lianap ne fut donné beaucoup plus tard qu'aux gobelets allongés, à pied, couverts et fermés, dans lesquels on présentait à boire aux seigneurs. L'essai se faisait dans la coupelle qui formait couvercle.
Habituellement, à table, on se servait de coupes sans pied, de cratères de métal assez semblables, comme forme, à une tasse très-
' Inmnt. du duc de Normandie, 1363. (Voy. Gloss. et Répert, de la Notice des émaux, bijoux, etc., du musée du Louvre, par M. le comte de Laborde.) - Musée des fouilles du château de Pieri efonds. 3 Album, pl. XVI.
large et basse, sans anse. Souvent la coupe était accompagnée d'un gobelet cylindrique ; alors l'essai se faisait dans le gobelet. Voici (fig. 2) une de ces coupes avec son gobelet, qui fait partie
du musée de Cluny. Ces objets sont de mauvais argent et, d'une forme très-simple (xv" siècle).
Voici une autre coupe, d'un joli travail, de bel argent, avec dorures, appartenant au même musée, et datant du commencement du xv" siècle (iig. 3). Le gobelet manque, s'il a jamais existé.
Au fond de la coupe est lixée une plaque d'émail dont le détail est présenté en A, grandeur d'exécution. Les émaux sont rouge foncé, rouge clair et jaune mordoré pour le fond de l'oiseau, qui est très-délicatement gravé. En B, est tracé le profd de la coupe, moitié d'exécution. Cet objet porte un poinçon de fabrique donné en P.
Dans les célèbres tapisseries de Nancy, qui datent de la fm du XV' siècle, on voit des personnages à table, buvant tous dans ces coupes sans pied et fort plates
» Cet usage explique comment, dans les banquets, on semait des feuilles de roses sur le liquide qui remplissait ces cratères larges et plats.
Dans les monastères, les religieux buvaient dans des tasses de bois ressemblant à de petites écuelles. C'était une marque de déférence de boire dans des coupes découvertes en présence d'un per-
sonnage buvant dans une coupe couverte, après qu'on avait foit l'essai.
« Quand madame la Duchesse (de Bourgogne) mangeoit là où ^( monsieur le Dauphin estoit, l'on ne la servoit point à couvert, et « ne faisoit-on pas d'essay devant elle, mais bevoit en sa couppe « sans couvrir. » (Aliénor de Poictiers.)
[ COUTEAU ] — 7/l —
COUTEAU, s. m. [cuteal, mteU coutel^ cotel, coulteaulx, kenivet, Imivet (petit couteau)].
Nous ne nous occupons ici que des couteaux de table ou de poche ; il est question des couteaux de combat ou de chasse dans la partie des Armes.
Il y avait diverses sortes de couteaux destinés à la table, pendant le moyen âge. Les couteaux à trancher les viandes; les couteaux parepains^ destinés à chapeler le pain et à couper les tranches de mie sur lesquelles on servait les pièces de viandes rôties aux convives. Il y avait des couteaux pour le maigre et des couteaux pour le gras; des couteaux à imagerie, c'est-à-dire dont les manches étaient ornés de figures ; les couteaux de queux pour la cuisine ; des kenivets, petits couteaux de poche avec étui, d'où l'on a fait le mot canif; des couteaux pour ouvrir les huîtres.
Savoir dépecer les viandes était un talent qu'un gentilhomme ne devait pas négliger.
Après la consécration de l'église abbatiale de Longpont, en 1227, le roi Louis IX assista avec sa mère à un banquet somptueux, pendant lequel Raoul, comte de Soissons, fit les fonctions de sénéchal et de grand maître. Il servit le roi, et découpa les viandes présentées au jeune prince avec deux « grands couteaux d'une figure extraor- (( dinaire et dont les manches étaient couverts de lames d'or cise- « lées, et les lames damasquinées en plusieurs endroits. Ces lames, « longues de onze pouces et larges de dix-huit lignes, étaient ter- « minées en forme de croissant » . Ces couteaux étaient encore conservés dans l'abbaye de Longpont en 177/i *. Joinville raconte comment il servait d'écuyer tranchant à la table du roi saint Louis : « Et à une autre table devant le Roy, à l'endroit du conte de Dreux,
« mangeoitle Roy de Navarre, devant lequel je tranchoie » Et
ailleurs il dit comment le roi servait les pauvres : « En quaresmc « et ès auvens croissoit le nombre des poures et pluseurs foiz avint « que le Roy les servoit et leur mettoit la viande devant eulz et leur « tranchoit la viande devant eulz » Ces lames de couteaux à découper, terminées en forme de croissant, se retrouvent figurées dans des vignettes de manuscrits et dans des bas-reliefs. Et, en effet, la pointe extrême du croissant, dont la concavité était tournée du côté du dos, servait à piquer les morceaux de viande, dépecées, pour les placer sur les plats ou les tranchoirs, comme il convenait (fîg. 1). Ces couteaux sont toujours mentionnés par paires, et une paire de couteaux
' G. Carlier, Hi.st. du duché de Valoi'i, t. U, p. 119.
s'entend comme une trousse de couteaux, à savoir : « Pour une c( paire de couteaux à manche de madré ' et à grève ^, à viroles (( d'argent dorez, armoiez et esmaillez au armes du Roy et de la « Royne, garnie de trois cousteaux et un parepain. » Une paire de couteaux à trancher comprenait deux couteaux à dépecer, un couteau parepain, pour faire les tranchoirs sur lesquels on déposait les mor-
ceaux de viande, et plusieurs petits couteaux pour découper le menu gibier ou la volaille. Mais il y avait de ces couteaux à trancher pour le carême, à manches d'ébène, d'autres pour les temps ordinaires, à manches d'ivoire, et d'autres enfin à manches mi-partis d'ébène et d'ivoire, pour la fête de la Pentecôte. « Pour une paire, à « manches d'ybenus, pour la saison du Karesme, et l'autre paire, « à manches d'yvoire, pour la feste de Pasques... Pour une paire de
* Peut-être une pierte dure de diverses nuances, comme l'agate. 2 Garniture longitudinale de métal sur les faces étroites du manche.
« couteaux à trancher, livrée en ce terme par devers le Roy, à tout « le parepain, à manches escartelez d'yoire et d'ybenus, garniz de
« viroles et de cingiètes ' d'argent, dorées et esraaillées aux dictes « armes, pour la feste de la Penthecouste... ^ »
On distinguait encore par g?'os coutel, une gaîne ou trousse contenant un grand couteau, une fourchette, un ou plusieurs petits
• Anneaux.
2 Comptes de l'argent, des rois de Frcmce d'Étienne de la Fontaine, xiv^ siècle, publ. par M. Douët d'Arcq, 1851,
couteaux, un poinçon, une lime ou fusil propre à aiguiser les lames, <( Un gros coustel d'Alemaigne, garni de VI cousteaulx, une lyrae et « un poinsson et d'une forsetes, pendans à une courroye de fil blanc, « à clous de leton. » Ces gaines de batteries de couteaux étaient habituellement fabriquées en cuir gaufré.
Nous ne connaissons pas de grands couteaux de service de table antérieurs au xiv" siècle, quoique ces objets soient représentés sou-
vent dans des vignettes de manuscrits et dans des bas-reliefs antérieurs à cette époque (fig. 2) Les lames de ces couteaux à trancher sont larges et terminées de diverses façons, tantôt arrondies, ou en forme de lame de cimeterre, ou en pointe, ou carrément. La forme A est celle qu'on trouve adoptée dans les documents les plus anciens. M. le comte de Nieuwerkerke possède dans sa collection un beau couteau à trancher du commencement du wy" siècle,
^ 1 Manuscr. ancien fonds Saint-Germain, 37, Biblioth. impér., xiii' siècle.
dont le manche est d'ivoire (voy. fig. 2 bis). La lame de ce couteau est large, très-mince et d'excellent acier. Une virole (d'argent probablement) était placée en A; elle a été enlevée, et l'on n'en aperçoit plus que les attaches (voy. le détail du manche en B). La soie de la lame s'engage à force dans le manche d'ivoire. Celui-ci est terminé par un lion tenant un petit animal entre ses pattes.
A partir du règne de Charles V, nos collections renferment un assez grand nombre de ces couteaux à trancher d'une belle fabrication. Un des plus remarquables appartient également à M. le comte de Nieuwerkerke. Nous en donnons la copie (fig. 2 ter). La lame est large, mince et d'un beau galbe; le manche est de bois
dur, garni d'une virole, d'un pommeau et de deux bandes d'argent doré et émaillé. Sur les bandes, on lit la devise : « Autre norai », qui fut adoptée par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, quand il épousa, en l/i29, Isabelle de ! V)rtugal. Les armes émaillées sur les deux faces du pommeau et de la virole sont bien celles de ce prince. En effet, l'écu est écarlelé au premier et quatrième de Bourgogne
moderne, et au deuxième et troisième, parti de Bourgogne ancien et de Brabant, de Bourgogne ancien et de Limbourg, et brochant sur le tout de Flandre. Sous l'écu et sur les rives se voit, au milieu de fleurettes émaillées, le briquet de Bourgogne. En A, est figurée une des faces du pommeau. Cet objet, d'une merveilleuse conservation, est fabriqué avec un soin extrême. La virole est fixée à la base de la lame et au manche par une main habile, car on n'aperçoit sur ce point délicat aucune trace d'ébranlement. Les musées de Dijon et du iMans possèdent des couteaux à trancher qui ont évidemment appartenu au même prince, et qui peut-être faisaient partie de la vaisselle de Charles le Téméraire. Cette vaisselle fut, comme on sait, pillée à Granson et à Morat. Les couteaux de Dijon possèdent leur gaine de cuir gaufré avec le briquet bourguignon et deux C, ce qui indiquerait que ces couteaux ont appartenu à Charles de Bourgogne, qui épousa, étant alors comte de Charolais, Catherine de France en lZi39. Le couteau du musée du Mans est également d'une merveilleuse fabrication ; son manche est d'ébène, et sur la virole se voient les deux C * .
Pour les couteaux de petite dimension, leur forme se rapproche sensiblement de celles aujourd'hui en usage.
Voici (fîg. 3) deux de ces couteaux. L'un, celui A, paraît dater du XTif siècle; son manche est d'ivoire et présente la section a\ il a 21 centimètres de longueur; la soie de la lame est rivée à l'extrémité inférieure du manche ; une virole du cuivre est placée en b. Le couteau B est d'une date plus récente,
1 Voyez la Notice de M. Hucher sur le couteau du Mans, dans le Bulletin de la Société d'agric, sciences et arts du Mans, 1859.
fin du xiV^ siècle ; sa longueur n'est que de '1 5 centimètres, et le manche est de cuivre repoussé et soudé Cette forme donnée aux couteaux de table remonte à la plus haute
antiquité, car on voit clans le musée \ /. égyptien du Louvre un couteau à ■ lame de fer et à manche de bois (fig. 3 bis), dont la forme ne diiïèrc pas de celles encore usitées aujourd'hui. Le manche de bois présente la section A. La soie B de la lame, entrée à force dans le manche, est en outre maintenue serrée par deux petites cales de cuivre G, qui remplacent ainsi la virole.
Pour les petits couteaux de poche, à gaine ou fermants, on en retrouve qui datent d'une époque très-reculée. Le musée particulier du château de Gompiègne possède un couteau fermant, à manche d'os, qui est certainement gaulois. Voici un de ces couteaux (non fermants) dont la lame et le manche sont de bronze, coulés d'une seule pièce, et qui, par son style, peut appartenir au xf siècle (fig. Get objet est reproduit grandeur d'exécution; il devait être suspendu à la ceinture par l'anneau A : la lame, trèsusée par un long service et des repassages successifs, entrait dans une gaîne ^.
Les couteaux à huîtres sont éga-
^^^^/'^ , lement une invention très-ancienne.
^ Nos aïeux , les Gaulois , étaient
grands mangeurs d'huîtres, car on retrouve des écailles de ce coquillage en grande quantité dans les
» Musée des fouilles du château de Pierreforids. La lame, de fer, est presque entièrement rongée.
2 Musée du château de Pierrefonds.