USTENSILES
ACÉROFAIRE, s. m. {ïicérofère). Du Gange dit que Yacerra est le vase sacré dans lequel les églises conservent l'encens il l'entend comme navme. M. de Laborde, dans son Glossaire \ considère l'acérofaire comme l'encensoir ou le trépied sur lequel on le pose. Cette dernière définition conviendrait mieux à l'étymologie du mot. En effet, les encensoirs les plus anciens ne sont pas munis d'un pied, ce sont des cassolettes sphériques (voyez Encensoir). Lorsque ces encensoirs n'étaient pas suspendus au râtelier', qu'il fallait, ainsi que la liturgie l'exigeait, dans certains cas, les déposer sur l'autel ou sur les marches de l'autel, un trépied devait être prêt à les recevoir. Nous pensons donc qu'il faut entendre par acérofaires ces petits trépieds ou coupelles destinés à porter l'encensoir. Nous n'avons pas trouvé d'ailleurs d'exemples existants de ces petits meubles, et n'en avons point vu de figurés dans des peintures ou bas-reliefs anciens.
1 Du Gange, Gloss., Aceris pro Acerra.
2 Gloss. et Rijperf., notice des émaux, bijoux, etc., expos, dans les galeries du Louvre, par M. le comte de Laborde, Paris, 1853.
3 Voyez à l'art. Herse, Meul-Mes, 1" partie.
AIGUIÈRE, s. f. {aiguier) \ Vase, ainsi que son nom l'indique, à contenir de l'eau, garni d'une anse et d'un pied, habituellement reposant sur un plateau ou cuvette destinée à laver. L'aiguière, pendant le moyen âge, est faite de métal ou de matières précieuses garnies de métal. L'argent, l'or, les émaux, contribuaient à la décoration de ces vases destinés à divers usages. L'Eglise se servait et se sert encore d'aiguières pendant certaines cérémonies. Dans la vie
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civile, c'était avec l'aiguière qu'on donnait à laver avant et après le repas. On appelait aussi aiguière un plateau contenant tout ce qui était nécessaire au service d'une collation, flacons, tasses, salières, etc. M. Blavignac^ donne une gravure de la célèbre aiguière décorée d'émaux cloisonnés, qui fut envoyée, dit la tradition, par un kalife à Charlemagne, et qui se trouve aujourd'hui déposée dans le trésor de l'abbaye de Saint-Maurice. Il est certain que ce vase d'or, enrichi non-seulement d'émaux, mais de saphirs, est de fabrication orientale, et qu'il peut remonter au viii' siècle. Sa hauteur est de 30 cen-
1 {( Pintes, pos, aiguiers, chopines. » (Eust. Deschamps, le Miroir de mariage).
2 Hist. de Varchit. sacrée dans les une, dioc. de Genève, Lausanne et Sion, 1853.
Limètres ; sa panse est en forme de disque surmonté d'un goulot prismatique à huit pans, terminé par un orifice à trois lobes; il est muni d'une anse et d'un pied. Nous voyons des aiguières figurées dans des vignettes de manuscrits occidentaux du ix'' siècle qui rappellent encore les formes antiques (tig. 1)*. Les aiguières représentées dans quelques bas-reliefs du commencement du xu' siècle sont souvent munies de couvercles (lig. Parfois, mais rarement,
ces aiguières sont dépourvues d'anses (fig. 3) \ Les trésors des princes renfermaient beaucoup de ces vases de luxe, qui décoraient les dressoirs et buffets pendant les fêtes et les banquets. On leur donnait les formes les plus variées et les plus propres à exciter l'attention. L'inventaire de l'argenterie du roi dressé en 1353, au moment où Étienne de la Fontaine quittâtes fonctions d'argentier', relate une assez grande quantité de ces aiguières, curieusement composées.
Il va sans dire que tous ces objets étaient de fabrication antérieure à cette époque. Voici quelques-uns de ces vases : « Pour une aiguière quarrée, assise sur un entablement à 3 lionceaux, pesant /i mars
0 onces 5 esterlins » — « Pour une aiguière d'un homme
assis sur un coq esmaillée, pesant 6 mars 2 onces » — « Pour
une aiguière d'un homme assis sur un serpert à elles dorée et es-
' Biblioth. impér., mss. des Constellations.
2 D'un chapiteau de la nef de l'église abbatiale de Vézelay.
3 Manuscr. de Herrade de Landsberg, biblioth. de Strasbourg.
* Invent, du garde-meuble de Vurgenterie en 1353, Archives de l'emp. rég., k 8, fos 174 à 182. Voy. Comptes de V argenterie des rois de France au xiv^ siècle, publ. par M. Douët d'Arcq, 1851.