II
mailliée, pesant 6 mars 5 onces 10 esterlins » — « Pour une
aiguière d'une seraine filant, dorée et esmailliée, pesant li mars
6 onces » — « Pour une aiguière d'un homme assis sur un
griffon » — « Pour 2 aiguières, l'une d'un coq, l'autre d'une
géline, dont le ventre est de coquille de perles, pesant l'un li mars
5 onces, l'autre 3 mars 3 onces 10 esterlins » — « Pour une
aiguière nervée et esmailliée » — « Pour une aiguière semée
d'esmaux » — « Pour une aiguière cisellée » — « Pour une
aiguière venue du Temple (provenant du trésor du Temple), etc. » On compte dans cet inventaire seulement quarante-quatre de ces
aiguières d'argent, de vermeil avec pierres ou émaux. Pendant les XII" et xiii° siècles, on fabriquait beaucoup de ces vases en façon d'animaux, de monstres avec figures d'hommes. On retrouve ce même goût chez tous les peuples à une certaine époque de leurs arts, depuis les Égyptiens jusqu'au moyen âge. Il est à croire que les aiguières qui sont mentionnées dans l'inventaire royal de 1353, et qui affectent des formes qui semblent se prêtei' si peu à Fusage auquel ces objets sont destinés, étaient d'une époque relativement ancienne. De ces objets il ne reste rien ou presque rien dans les collections particulières ou publiques. Voici cependant un de ces pots à eau dont la matière (laiton) et le travail sont grossiers, quoique d'un
assez bon style, qui ne paraît pas être postérieur à 1250 (%. et qui rappelle quelques-uns des vases cités dans l'inventaire de 1353. On fabriquait encore des pots de ce genre, mais en terre cuite, dans les Flandres et en Champagne, il y a quelques années. Ces vases étaient aussi désignés sous le nom à' aqiiamanille (eau à la main), lorsqu'ils étaient pourvus d'anses, munis d'un goulot et d'une ouverture supérieure pour les remplir. Dans l'exemple donné (fig. h), l'eau était introduite dans l'aiguiére en soulevant le dessus de la tête de l'homme, et était versée par le bec du griffon. Ce vase semblait avoir été fait pour être posé au milieu d'un plateau, les pattes du griffon étant fixées sur un disque circulaire possédant deux encoches latérales, réservées probablement pour le maintenir. Mais aussi ces vases étaient-ils simplement posés sur leur pied, et, lorsqu'on donnait à laver, on prenait un bassin.
Le musée de Cluny possède une belle aiguière de cuivre fondu ciselé et doré (fig. k bis), qui représente une tête de jeune garçon. Un ornement placé sur son front, en guise de bijou, sert de goulot, et ce vase seremphtpar un orifice, avec couvercle à charnière placé en A sur le sommet de la tête. Une anse dont nous donnons le détail en B, et qui figure un petit dragon, permet d'incHner l'aiguière lorsqu'on veut verser l'eau qu'elle Contient. En C est tracé le détail, moitié d'exécution, de la broderie gravée sur le collet. Une tïeur de lis, en plein, sur un écu, est placée au centre du collet. La fonte de cette aiguière est d'une légèreté remarquable et d'une seule pièce sans soudures ; les broderies, les cheveux, les yeux et les détails du dragon ailé sont retouchés au burin avec une sûreté de main merveilleuse. La hauteur totale du vase est de 0'",25. Il porte sur trois pieds
Le musée de Vienne (Autriche) renferme une de ces aiguières en forme de cheval qui devaient être assez communes pendant les xii% xiif et XIV' siècles, car on en rencontre dans plusieurs collections qui datent de ces époques, et entre autres dans celle de Fhôtel de Cluny, laquelle possède deux de ces vases de cuivre fondu. Nous reproduisons (fig. h ter) l'un d'eux, qui ne manque pas de style. Un dragon posé sur le cheval forme l'anse ; on introduisait l'eau par l'orifice A muni d'un couvercle à charnière, et le biberon B est garni d'un robinet, de telle sorte que cette aiguière pouvait servir de fontaine pour laver les mains avant les repas. Jusqu'à la fin du dernier siècle, il y avait à l'entrée de toutes les salles à manger de ces fontaines de
' Coll. des dessins de l'auteur; copié sur l'original, de cuivre fondu, en vente à Bordeaux. 1843,
cuivre ou de faïence qui étaient la dernière tradition de l'aiguière. On en rencontre encore dans les campagnes ou les hôtels de petites
villes. Il semblerait, d'après ce qui précède, que les aiguières affectaient fréquemment des formes empruntées au règne animal, aux bes-
— 13 -— f AIGUIÈRE ]
tiaires. Cependant le trésor de l'église abbatiale de Saint-Denis possédait deux jolies aiguières données par Suger, et qui étaient façonnées
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en forme de vases. L'une d'elles est conservée dans la galerie de l'orfèvrerie et des bijoux au Louvre. Sa panse est de cristal de roche. Elle est dépourvue d'anse et son couvercle est arraché. Mais cet objet est plutôt une burette qu'une aiguière ; il est fort bien reproduit dans l'ouvrage de M. Labarte'. Lorsque la panse de ces vases était faite de pierre dure, jaspe, cristal de roche, onyx, calcédoine, les montures hautes et basses, de métal, étaient souvent réunies par des filets, car il n'était pas toujours possible de les attacher solidement à ces pierres dures (fig. 5). Il n'est guère besoin d'ajouter que ces sortes de vases n'étaient que pour la montre ^. Les aiguières dont on se
1 Hîst. des arts industriels.
« Le comte Thibaut ordonna d'apporter, au milieu de ceux qui l'entouraient, deux « vases d'or d'un poids considérable et d'un admirable travail, sur lesquels étaient (( incrustées des pierres précieuses de la plus grande valeur, que son oncle Henri, roi
servait à table, comme nous l'avons dit, étaient de cuivre ou d'argent fondu ou repoussé, avec semis d'émaux, aux armes du seigneur, et d'une assez grande dimension pour contenir au moins une pinte
d'eau. D'une main celui qui donnait à laver tenait le plateau, de l'autre il versait de l'eau sur les doigts de la personne qui quittait la table.
Ces vases ' se conformaient aux modes de chaque époque ; et au commencement du xv' siècle, alors que le luxe s'était développé avec une sorte de fureur, ils étaient d'une richesse excessive. « Une (( esguière d'or poinçonnée à oizcaulx, à trois biberons (goulots) et « le pié de dessoubz à coulombes et à fenestres, pesant ii marcs « V onces m esterlins-. » Il n'est pas besoin de rappeler ici les belles aiguières que l'on fabriquait pour les riches personnages pendant le xvf siècle, soit en émaux, soit en métaux précieux repoussés et ornés de pierreries. Nos musées renferment d'assez beaux exemples de ces objets dont il est facile de se procurer des copies. A cette époque, on fabriqua aussi beaucoup d'aiguières de terre cuite. Elles ont, de notre temps, atteint des prix exorbitants. Limoges produisit une quantité prodigieuse de ces vases émaillés sur métal (cuivre rouge).
« des Anglais, avait, lors de la solennité de son couronnement, fait placer à table devant « lui pour étaler sa gloire et ses richesses... » (Arnaud de Bonneval, Vie de saint Bernard, liv. Il, Coll. des mémoires relat. à l'hist. de France.) ^ Voyez Orfèvrerie.
2 Comptes de la duchesse d'Orléans, Valentine de Milan (voy. Louis et Charles d'Orléans..., par .4. ChampoUion-Figeac^ Paris, 18i4).
— 15 — [ AIGUILLIER ]
AIGUILLIER, s. m. {aguiller). Étui à mettre des aiguilles.
« Lors trais une aiguille d'argent « D'un aguiler mignol et gent, « Si pris l'aguille à enfiler »
Ces étuis étaient d'os, d'ivoire ou de métal ciselé ou émaillé.
Voici (fig. 1) un de ces objets d'os qui nous fparaît être ;de fabrication française et appartenir au commencement du xiv' siècle ^.
1 Le Roman de la Rose, édit. Méon, vers 90.
- Dessin de la collect. Garneray, provenant, dit une note, de l'ancien trésor de la cathédrale d'Arras.