SAINT CIBOIRE
— 223 — [ OUFÉVKEHIE J
dont la planche XLV donne l'ensemble, et qui présente tous les procédés de la iabrication d'orlevrerie employés à la fin du xii' siècle. Cet objet, de cuivre doré, se compose de deux valves à peu près identiques de forme : l'une, celle inférieure, reposant sur un pied ajouré; l'autre, celle supérieure, terminée par un riche bouton. Chacune des deux valves est frettée de seize bandes légèrement concaves regravées longitudinalement de filets. Dans le canal des bandes apparaissent des touches rectangulaires et linéaments d'un bel émail rouge. A leur intersection sont sertis des turquoises, des émeraudes et des grenats. Entre les frettes se détachent seize losanges, huit grands et huit petits, et seize triangles; ces losanges et triangles sont émaillés de bleu avec épargnes figurant des anges et des personnages drapés à mi-corps : les têtes de ces personnages sont ronde bosse, tandis que les corps et les ailes sont simplement gravés; procédé souvent employé à la fin du xif siècle et au commencement du xiif. Même disposition pour la valve inférieure, dont les fonds d'émail sont d'un bleu plus clair. Sur ces fonds sont réservés des rinceaux s'épanouissant en fleurettes avec touches d'émail rouge. Les nuages d'où sortent les personnages sont émaillés de rouge, de bleu foncé, de bleu clair, de blanc ou de rouge, de bleu foncé, de vert et de jaune alternativement, sans séparations métalliques ; seuls les triangles supérieurs et inférieurs ne sont pas remplis par des figures, mais par un rinceau d'épargne. La décoration principale du bouton consiste en quatre anges ronde bosse, à mi-corps, issant de quatre arcades plein cintre. Le rinceau ajouré du pied représente trois hommes vêtus de tuniques courtes, poursuivant des dragons dont les yeux sont émaillés de noir.
Au fond de la coupe, dans un cercle qui inscrit un ange tenant un livre et bénissant, on lit cette inscription gravée :
— : MAGITER : G. : ALPAIS : ME FECIT ; LEMOVICARVM :
Ici, pas de doute, l'artiste est Limousin ' ; l'œuvre date au plus tôt des premières années du xiii" siècle, et elle est exécutée dans toutes ses parties avec une perfection rare ; l'émail est posé, non sur des parties planes ou sur des pièces rapportées, mais sur un vase. La plupart des procédés d'ornementation de l'orfèvrerie se trouvent réunis sur ce précieux ciboire : fonte, gravure, ciselure, sertissage de pierres fines, dorure, émaux, et l'elfet obtenu est mer-
1 Voyez, dans les Annules arc/téologiquca, la descriptioa fort détaillée que donne M. A. Darcel de ce ciboire (t. XIV, p. 5).
[ ORFEVRERIE ] — 22Z| —
veilleux. On peut en conclure que les artistes qui produisaient des œuvres de cette valeur n'en étaient pas à leur coup d'essai, et qu'une fabrication aussi parfaite avait dû, avant d'en arriver là, exister depuis un temps assez long. Mais ces artistes ne se conteaiaient pas d'cniailler des vases, ils cmaillaient aussi des statuettes. Il existait dans l'église de Saint-Maurice d'Angers un tombeau sur lequel était appliquée une table d'émail de Zi8 centimètres de haut sur 30 de large. Ce tombeau était celui de l'évéqueUlger ouEulger, mort en 11^9. Recouvert entièrement d'orfèvrerie, ce monument mesurait environ 1"',80 de long sur (3Zi centimètres de hauteur et autant de profondeur. La figure 23 en donne l'ensemble. Des pierres décoraient les bandes
séparant les arcatures du dessus, et ces arcatures étaient remplies par des plaques d'émaux. Le tableau cmaillé représentant l'évèque était placé au milieu du parement; notre planche XLVI en donne la représentation d'après Gaignères. Le personnage demi-relief émaillé sur toute sa surlace, indique le degré d'habileté des artisans de cette époque. Ici plus de cloisons ou d'épargnes pour maintenir la substance fusible, qui ne recouvrait le métal que d'une pellicule très-mince et opaque. Il fallait que cet émail, posé à froid, au pinceau, pût entrer en fusion sans couler. Ce procédé, souvent employé
1 Gaigriôrcs, qui a copie le lombeuu et la plaque représentant l'cvôquc, avec un soin minutieux, met en note au-dessous de son dessin : «Ce tombeau est d'Ulger, cvêqiic «d'Angers, qui mourut en ll^iO. Il était autrefois couvert d'ouvrages de cuivre doré « émaillé, mais il n'en reste que la figure suivante (celle que donne la planche XLVl). — « A Saint-Maurice d'Angers, lomljéau dans la nef, contre la muraille, à droite, auprès de « la porte du cloistrc. » (Gaignères, CoUcct. de la bibliotli. Bodlciennc d'O.xford.)
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS Tome 2 OrfçvFPne PL XLVi
Csrresss dej VioM LeDw; direx'- Ricard îi th.