‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 75 sur 168 · DU TONVBEAU DU P"JEAN-, FILS DE LCUIS · texte numérisé non relu

DU TONVBEAU DU P"JEAN-, FILS DE LCUIS

AMord Edxeur h,Ume«irP.r,s

rCfémailleur pour les bien remplir'. Au xii' siècle, l'artisan aurait é\îwidé tout l'espace compris entre les fleurs de lis, et l'émail aurait ddfessiné celles-ci ; de là un travail beaucoup plus long pour le cbampleeweur, beaucoup plus délicat pour l'émailleur.

Dans l'exemple A, on aperçoit certaines fleurs dont les émaux rrouge, vert et jaune, rouge bleu et blanc, ne sont pas séparés par d(l€3s réserves métalliques. Ces émaux, de couleurs diverses, sont jijmxtaposés dans une même intaille et fondus près l'un de l'autre soams se mélanger autrement que par une sorte de pénétration de l'un ddans l'autre. Ce procédé fut fort employé par les émailleurs occiddentaux pendant la durée du xiif siècle, mais plus particulièrement poendant la première moitié de ce siècle. Un des beaux exemples de cceitte fabrication est fourni par les plaques émaillées des tombeaux d'ies enfants de saint Louis, déposées autrefois dans le chœur de l'i'aibbaye de Royaumont, aujourd'hui dans l'église abbatiale de Saint- D)enis. L'un de ces enfants mourut en iU7 ; nous donnons en facsumile un morceau de l'émail sur lequel est attachée la statuette de bnronze doré du jeune prince (pl. XLIII). Ce fond est fait de plusieurs inn-orceaux ^ entouré d'une inscription en émail rouge et d'une bordilinre émaillée dont la planche XLIV donne une partie, moitié d'exé- (M:uition. De distance en distance des écus armoyés aux armes de F<^rance et de Castille, soit écartelés, soit en plein, alternent avec d<le!s cercles sur lesquels étaient gravés des anges à mi-corps. Une b.iande gravée sur cuivre doré garnissait le devant de la plaque. C'iette bande est figurée moitié d'exécution en A, sur la planche XLIV. S^iar la plaque principale, outre la figure du jeune prince, l'artiste await fixé des figures d'anges thuriféraires à mi-corps, sortant d'un niuage, et des rehgieux récitant des prières. Ces figures étaient demi r(onde bosse.

Si l'on examine ces émaux, on observera que le dessin est encore cterné ici par la pâte fusible, et que la gravure ne fait que donner de lai finesse à l'ornementation, soit en redessinant des feuilles, soit en C( oulant un trait régulier au milieu des tigelles. Les fleurs sont richennent émaillées de pâtes blanches, bleues, vertes, jaunes et rouges, qmi sont fondues juxtaposées, sans cloisons de métal et sans se mêler auitrement que par une teinte de transition obtenue par la fusion d"une couleur dans l'autre. Ces sortes d'émaux présentent des diffi-

^ ^ D'un chandelier faisant partie de la collection de M. le comte de Nieuwerkerke, 1^70 environ (voy. rarticle Chandelier, partie des Ustensiles).

- Voyez l'ensemble de ce monument dans Willemin, et dans la Monorir. de Saint- Otcnis, de M. le baron de Guilhermy.

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cultés, car il faut que l'artiste pose ses pâtes ou ses poudres colorées avec beaucoup de précautions dans les intailles, pour qu'elles ne se mêlent point avant ou pendant la cuisson. Mais les émailleurs des xii" et xiif siècles, en Occident, avaient surmonté des difficultés bien autrement sérieuses.

Nous avons dit comment on pose l'émail en poudre ou en pâte entre les cloisons ou dans les intailles, avant de mettre au four la pièce à émailler. Si la plaque à émailler est plate, ce travail préparatoire ne demande que du soin ; mais s'il s'agit d'émailler un vase, un objet' ronde bosse, il est évident qu'on doit remplir les cases de la substance fusible non en poudre, mais en pâte qui puisse être maintenue à froid dans ces cases et qui ne coule pas en dehors de leurs séparations, lorsque la pièce est soumise au feu. Or les émadleurs des xif et xiif siècles ont émaillé un grand nombre de ces pièces ronde bosse, vases, statuettes, crosses, tubes, boules, etc.

Nous ne savons pas exactement la date des émaux chinois, bmdous et japonais ; nous savons cependant que la plupart des belles pièces sorties de ces fabriques orientales sont d'une époque déjà ancienne, des xiif et xiV siècles de notre ère. Cette industrie devait (si l'on en juge par les produits que nous connaissons) être arrivée à une grande perfection bien avant ces époques, car on n'atteint des résultats aussi beaux qu'à la suite de longs tâtonnements. Les Orientaux fabriquaient des vases d'une grande dimension, couverts d' émaux cloisonnés, alors qu'en Occident on se bornait à émailler des pièces d'un médiocre volume. Encore aujourd'hui, malgré les perfectionnements donnés par la science, nous ne croyons pas que nos émail leurs pourraient couvrir d'émaux des vases d'un mètre de hauteur; or ces pièces ne sont pas rares en Chine et au Japon. Il faui dire 'que ces émaux de l'extrême Orient ne sont pas très-durs — bien qu'ils ne se rayent pas sous la pointe d'un canif — et qu'ils entrent en fusion à une température relativement peu élevée ; aussi sont-ils souvent craquelés. Nos émaux rhénans, aussi bien que ceux dits de Limoges, sont moins fusibles, ainsi que nous en avons fait l'épreuve au chalumeau, surtout s'ils sont opaques, et avec ces émaux opaques occidentaux il n'aurait pas été possible d'émailler des pièces cloisonnées soudées au laiton ; ce qui a été souvent pratiqué par les artistes chinois, dont les émaux n'ont jamais une opacité absolue.

Parmi les vases émaillés qui nous sont restés et qui appartiennent à la fabrication de Limoges, il faut citer le ciboire d'Alpais* ,

1 Musée (lu Louvre. I,a coupe a 15 centimètres de diamètre.

Orfèvrerie 1

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