‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 80 sur 168 · INSTRUMENTS DE MUSIQUE · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS DE MUSIQUE

ANACAIRE, s. f. [nacaire). Sorte de tympanon, d'après ccrlains auteurs; de triangle sonore, suivant d'autres. C'était à coup sûr un instrument bruyant usité dans les armées et qui pouvait être joué à cheval. C'est aussi l'opinion de l'Académie ddla Crusca. Les troupes d'Orient, d'après les chroniqueurs et les trouvères, usaient fort des nacaires ou anacaires, qui semblent être des sortes de timbales qu'on frappait avec des baguettes. (Voy. du Cange, Gloss., Nâcara).

ARAINE, s. f. Trompette de guerre.

« Les araines fit haut sonner »

(Voy. BusiNE, Trompe.)

BUSINE s. f. {bidsine). Grande trompe d'un mètre et plus de longueur, légèrement courbée, étroite à l'embouchure et s'élargis-

1 Vie de Philippe-Auguste.

[ BUSINE ] 2A/i —

sanl à son extrémité ; quelquefois percée d'un trou vers son milieu. Les busines étaient fabriquées en bois, en cuir bouilli, mais le plus souvent en laiton.

' La ligure 1 montre en A ^ des ouvriers qui façonnent des busines au repoussé, et en B un jeune homme qui sonne de cet instrument ^ La busine avait un son éclatant qui s'entendait de loin ; aussi les sculpteurs mettent-ils des busines aux mains des anges qui annoncent le jugement dernier. On l'employait, dans les camps, pour donner des signaux et pour réveiller les troupes :

« Si coin li jors au malin parut cler « Oint de l'ost les busines soner.

(( Charles Martiaus a fait sa gent armer « Et ses batailles renger et deviser 3, »

« Li Sarrasin firent lor gent armer, « Cor et busine hastivement sonner « Contre nos gens que il volent grever *. n

« Là veissiez les buisines tentir,

« Sommier trosser et le charroi garnir s. »

1 Manuscr. Bibliolh. du Corps législatif (129/i).

2 Manuscr. Bibliolh. impér. (xiii^ siècle).

3 Li Romans de Garin le Loherain, 1" chant, chap. iv. Ibid., chap. xii.

^ /6ïV/., chant 2, chap. vin.

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Alors le son des busines annonçait la levée du camp,, le momenl du départ. C'était encore au son des busines que l'on conduisait les troupes à la charge ou à l'assaut :

« Sire, dist Sortinbrans, laissiés vostre tenchon, !< Faites sonner vos cors, cele tor assalonz ; « N'i dueront François, li encriemé félon. » « Et respont l'amirans : « Je l'otroi, par Mahom. » « Lors oïssiés buisines et ces cors de laiton, « Et Sarrazins venir à si très grant fuison, (( Couvert en sont li pré une liue environ »

« Lors oïssies buisines et cors d'arain sonner, « Et Turs et Sarrazins et glatir et uler 2. »

On se servait aussi des busines sur les navires en partant, en arrivant et pendant les combats :

« Entrent en la mer, s'ont lor voie acueillie. « Lors oïsiez tant cor, tante buisine ^. »

On disait biismer, baccmer, et plus tard baciner, pour sonner de la busine. Quand le roi Charles VI rentra à Paris lel3 octobre ikih :

« Soudainement, environ huit heures de nuyt, commencèrent les « bonnes gens de Paris, sans commandement , à faire feus et à « baciner le plus grandement que on eust veu passé cent ans devant,

' Fierabras, vers 3728 et suiv. (xm" siècle).

2 Ibid., vers 3796 et suiv.

3 La Prise d'Orengc, chanson de geste, vers 1312 (xui^ siècle).

[ CTIAUIMEAT' | — ^AO —

« et les tables en my les niës drecées à tous venans par toutes le.^ (( rues de Paris qui point ayent de renom ^ » De cette manière de se réjouir nous sont restés les cornets à bouquin'' du carnaval, lesquels cornets ne sont que des busines de petite dimension.

Il y avait dans les armées des biisineors à cheval, chargés de rallier les hommes d'armes, de sonner certaines fanhires (fig. 2 d'annoncer l'attaque, de précéder les cortèges, de donner le signal (le l'ouverture et de la fermeture de la lice dans les joutes et tournois. Ces busines droites sont plutôt de grandes trompettes.

CEMBEL, s. m. — Voy. Tymbre.

CHALUMEAU, s. m. {cJialemiau) . Instrument à vent remontant à une haute antiquité; primitivement composé d'un roseau ou d'une écorce de branche d'arbre fraîche dont le bois a été extrait, garni d'une anche très-simple et percé de trous permettant d'ob tenir plusieurs notes. Le chalumeau donne les sons graves de la clarinette.

« Tiibars et elialeiîiiaux el esliumcns soini.'r '. )/

Ce n'était pas seulement pendant les fêtes et réjouissances qu'on se servait du chalumeau; on jouait encore de cet instrument dans les marches militaires :

(( Et l'ost s'est arotée (mise en route) et deriere et devant,

« Là oïsics soner plus de .M. olifans,

« Grelles et clialemiaus et buisines biuiaiis,

(( Plorer et lermoier maint damoisel vaillant ;

« Mais n'osent à Guion desdire son connnant ^. »

« Cors et buisines et chalemeaus soner ^. »

* Journal d'un bourgeois de Paris, sous le règne de Charles VI, coll. Michaud, t. II, p. 643.

^ Ou plutôt « bouquetin, c'est-à-dire faits avec les cornes de cet animal. 3 Des vignettes d'entourage du Ro7nnn de Tristan, Biblioth. impér., fonds français (1260 environ).

* Aye d'Avignon, vers /il37 (xiii'' siècle).

5 «Refuser d'obéir aux ordres de Guion. » {Gui de Bourgogne, vers 1374 et suiv. xiii'' siècle).

^ Guillaume d'Orange {wn" siècle).

— '2[l7 — \ CHIFOINIE I

11 était plusieurs sortes de chalumeaux, ainsi que l'indique ce vers :

« Puis clialcmiaus et chalemele '. »

CHEVRETTE, s. f. {chicuvrcte , chaplecho). Instrument à vent composé d'une peau de chevreau et d'un chalumeau. Guillaume de Machaut, trouvère du xiv= siècle, distingue cependant la chevrette de la cornemuse :

« Cornemuses, flajos et c'nevrettes. »

Peut-être la chevrette était-elle d'un plus petit volume que la cornemuse. Quelques vignettes de manuscrits donnent, en effet, de petites cornemuses garnies seulement d'une pipe pour souffler, et d'un seul chalumeau très-long, percé d'un assez grand nombre

de trous (%. 1) ' (voy. Cornemuse). La musette dont on se servait, il y a peu d'années, dans la Bourgogne et le Limousin, pourrait bien n'être autre que la chevrette du moyen âge. On lui donnait aussi les noms de bedon et de lotire.

CHIFONIE, s. f. (syphonie). Quelques auteurs pensent que la chifonie n'est autre chose que le tympanon, c'est-à-dire un instrument composé d'un morceau de bois étroit et long, creusé, garni d'une peau, ou d'une tablette de bois sec très-mince, devant laquelle sont tendues une ou plusieurs cordes qu'on racle avec une petite

1 Ihmmn de la rose, partie de J. tic Meung, vers 21299. llist. du mint Graal, Bibliolh. impér. (fin du xiii« siècle).

[ CHIFONIE ] — 2/i8

verge de bois ; d'autres voient dans la cliifonie * un instrument analogue à celui que nous nommons vielle aujourd'hui. Il est bien possible, en effet, que les deux instruments n'en fassent qu'un, par la substitution d'une roue à la vergette de bois et de touches appuyant sur les cordes, au doigté.

En considérant la chifonie comme un instrument à cordes frottées par une roue et garni de touches, nous en trouvons la reproduction, datant du xii"^ siècle, sur le célèbre chapiteau de Boscherville. Cette chifonie (fig. 1) est jouée par deux personnages :

Tun tourne la manivelle et l'auti'e a les mains posées sur un petit clavier composé de sept touches, placé à l'extrémité de l'instrument. La roue frotte trois cordes qui semblent entrer dans la cavité munie de touches. Nous n'essayerons pas, d'ailleurs, d'expliquer comment ces touches, placées sur l'extrémité du coffre, pouvaient agir sur les cordes de manière à produire un certain nombre de notes. La chifonie, pendant les xir et xiif siècles, passait pour un instrument très- doux et harmonieux ; mais au xtv^' siècle elle était complètement tombée en discrédit.

Lorsque Mathieu de Gournai est envoyé par Henri de Transtamare et du Guesclin à la cour du roi de Portugal, pour s'informer auprès de ce prince si don Pedro est réfugié dans ses domaines, l'ambas-

Symphoniu.

[ CHIFONIE ]

sadeur trouve auprès du roi deux serviteurs portant chacun une cliilbnie pendue au cou :

« Et H .II. mcnestrez se vont appareillant;

« Devant le roy s'envont ambdui chinfoniant,

« Quand Mahieu de Gournay les va apercevant

« Et les chinfonieurs a oy prisier tant,

« A son cuer s'en aloit moult durement gabant.

« El li rois li a dit après le gieu laissant :

« — Que vous semble? dit-il; sont-il bien souffisant? »

« Dit Mahieu de Gournay : « Ne vous irai celant :

« Elis ou pais de France et ou païs normant

« Ne vont telz inslrumens for? qu'uvugles portant.

« Ainsi font li avugle el li poure truant. »

« Et quant li rois l'oy, s'en ot le cuer dolant :

« Il jura Jhésu-Crist, le père tout poissant,

(( Qui ne le serviront jamais en lor vivant »

Si bien que les deux pauvres chifonieurs sont renvoyés par le roi, durement courroucé d'avoir à sa cour, et pour l'accompagner, des joueurs d'instruments considérés en France comme truands. Et

cependant il ne semblerait pas que la chifonie, appelée vielle aujourd'hui, fût tellement déprisée en France, puisque dans le roman de Girart de Nevers et de la belle Euriant ^ on voit une des vignettes représentant Girart déguisé en ménestrel et ayant une chifonie

• La Vie vaillant du Guesclin, par le trouvère Cuvelier, vers 10050 et suiv. - Biblioth. impér,, 1440 environ.

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