‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 79 sur 168 · II · texte numérisé non relu

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composition. L'école rhénane semble avoir fabriqué un grand nombre d'objets d'orfèvrerie niellée. Nous citerons, entre autres, le socle du chef de Saint-Oswald faisant partie du trésor de la cathédrale de Ilildesheim (Hanovre) *. Ce socle contient huit plaques d'argent niellé représentant huit images de rois ; alternativement, les champs ou les figures sont dorés, une bordure et des accessoires sont également niellés, La figure 2/i donne un de ces rois et une partie de la bordure inférieure. Le champ du roi est doré ; la ligure, le trône, son "marchepied, les deux bordures latérales, sont niellés. Cette œuvre date du xiii" siècle. Mais, parmi les pièces d'orfèvrerie nieUée qui peuvent passer pour appartenir à l'école française du xif siècle, il faut citer la croix de Clairmarais, aujourd'hui déposée

dans l'église Notre-Dame do Saint-Omer, et dont la partie postérieure est ornée d'intailles niellées. Une description très-fidéle de cette croix est donnée par M. Deschamps de Pas, dans le tome XIV des Annales archéologiques ^ ; elle est accompagnée d'une bonne gravure (grandeur de l'original). Les ornements, les personnages, sont d'un excellent style appartenant à la moitié du xiii' siècle. Notre ligure 25 donne un fragment de cette ornementation. Le nielle n'est

» Voyez le Dictionnaire du mobilier, partie des Meubles^ à l'article Reliquaire (pl. VII), dessins dus à l'obligeance de M. King, de Bruges. - Page 285.

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plus guère employé dans l'orfèvrerie, à dater du xiv' siècle, jusqu'au moment de la renaissance, où l'on en fit un grand usage, principalement en Italie. Benvenuto Cellini prétend avoir retrouvé ce genre d'ornementation, et les procédés qu'il indique sont conformes à ceux donnés par le moine Théophile.

Les orfèvres rhénans des xiif et xiv' siècles avaient adopté un genre de décoration qui semble leur appartenu' presque exclusivement, et qui consiste à obtenir un dessin brun sur la dorure. Voici comment on procédait : On couvrait la partie de cuivre qu'on voulait décorer d'un dessin, à l'aide d'une substance réfractaire détrempée dans de l'eau, comme on le ferait sur du papier avec une encre et un pinceau; puis on dorait au mercure. L'or ne s'attachait au cuivre que là où la substance réfractaire n'avait pas été posée. Alors on enlevait celle-ci par un lavage, et l'on oxydait le cuivre en brun au moyen delafumée de corne ou d'un acide tempéré. Cette oxydation laissait l'or intact; on nettoyait cet or à l'aide d'un alcool, et on le brunissait au besoin. C'est par ce moyen ou par un procédé analogue qu'ont été dessinés les ornements et figures qui décorent la couronne de lumières d'Aix-la-ChapeUe K Lorsque la dorure est épaisse, ce genre d'ornementation est très-durable et peut être facilement ravivé par un lavage à l'esprit-de-vin ; il est d'ailleurs très-économique et exceUent pour décorer des fonds, pour faire des bordures, pour tracer des inscriptions.

On ne saurait méconnaître l'importance de la fabrication d'orfèvrerie pendant le moyen âge, et le goût général des diverses classes des populations pour ce genre de luxe. Appliquée en grand dans les églises, pour les châsses, les autels, les retables, les lampes et couronnes de lumières, les sièges, les pupitres, les fonts, les crédences, tabernacles et dais portatifs, flambeaux et lanternes, l'orfèvrerie plus délicate trouvait place dans les trésors sous forme de reliquaires, de monstrances, de paix, de fioles, de vases, de calices, ciboires, burettes, encensoirs et navettes, custodes, bénitiers, crosses, etc. Dans les châteaux, les seigneurs aimaient à amasser une vaisselle nombreuse, et les jours de gala les buffets se couvraient de plats, d'aiguières, de nefs et hanaps, de gobelets, de coffrets, barillets, drageoirs. L'orfèvrerie prenait encore une large part dans l'habillement civil : c'étaient des ceintures, des fermaux, des colliers, des patenôtres, des bulles, des chaînes et coUiers, des chapelets, couronnes et garnitures de coiffures; des bagues, des

1 Voyez le lome III des Mélanges archéol. des RR. PP. Martin et Cahier,

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aumônières et des reliquaires. Mais les ortévres avaient plus à faire encore s'il s'agissait des armes, de Yatournement. Les heaumes se couvraient de pierreries, ainsi que les ceintures et baudriers. Les harnais des chevaux étaient garnis de plaques émaillées, de gemmes, de bossettes finement travaillées. Les selles montées en argent ciselé et doré ou en cuivre émaillé, les mors, les chanfreins Richement ciselés et garnis de pierres précieuses, appartenaient à l'industrie de l'orfèvre plus encore qu'à celles de l'armurier et du bourrelier. A Paris, au xiii'' siècle, d'après les Règlements d'Etienne Boileau, les orfèvres devaient travailler l'or au titre des estelins ' . Quant au cuivre, au laiton, à l'ètain, ces métaux pouvaient être travaillés par tous les corps d'états se rapprochant plus ou moins de l'orfèvrerie, tels que les boîtiers, les boucliers, les fermailleurs, les bourreliers, les couteliers, les brodeurs et feseresses de chapiaux d'orfrois, les patenôtriers, etc. Aucun document n'indique d'ailleurs qu1l fût interdit à ces corps de métiers de travailler l'or et l'argent.

Il n'est point question, dans lesBèglements d'Etienne Boileau, qui datent de 1258, 1269, des émailleurs ; ce qui ferait supposer qu'au moment où ces règlements furent rédigés, cette industrie ne s'était pas encore établie à Paris, ou qu'elle se confondait avec l'orfèvrerie et ses diverses branches ; et en effet, quand on songe à la quantité de pièces émaillées qui appartiennent à cette époque, il est difficile de croire qu'elles aient toutes été commandées à Limoges. Les Règlements ne mentionnent pas non plus les faiseurs de vitraux, et cependant on ne peut mettre en doute qu'il n'existât des ateliers de peintres sur verre à Paris. Le premier article du règlement des orfèvres est ainsi rédigé : « Il est à Paris orfèvres qui veut, et qui « faire le set, pour qu'il œvre ad us et as coustumes du mestier, qui « tex sunt. » L'émaillage du métal pouvait être compris dans l'œuvre de l'orfèvre; il n'était pas nécessaire que le règlement en fît une mention spéciale. Il y avait cependant un règlement spécial pour les cristalliers et pierriers de pierres natureus, c'est-à-dire de pierres fines. Ces cristalliers n'étaient autres que des monteurs en pierres fines. Il leur était défendu de « joindre des pierres fausses (verres colorés) aux cristaux naturels » , sous peine de voir dépecer et briser leur travail. Mais il ne semble pas qu'il leur ait été interdit d'em-

» La monnaie anglaise d'argent était considérée alors comme la plus pure et prise pour étalon. Relativement à l'or, voici l'article des Règlements : « Nus orfèvre ne puet « ouvrer d'or à Paris qu'il ne soit à la touche de Paris ou mieudres (meilleure), laquelle (( touche passe tous les ors de quoi on œvre en nule teri'e. »

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ployer des verres colorés seuls, car beaucoup de pièces d'oifévrerie et de bijouterie du moyen âge en sont garnies. Il est à observer toutefois que, bien rarement, les verres colorés se trouvent mêlés sur un objet à des pierres naturelles, même les plus communes, telles que le grenat, l'améthyste, la turquoise, la topaze, les quartz blancs transparents ou colorés.

Si la bijouterie reprend, au moment de la renaissance, un nouvel éclat, il n'en est pas de même de la grande orfèvrerie, qui, admirable comme exécution cependant, perd une grande partie du style et de l'aspect décoratif qu'elle avait pendant les xiir et xiV siècles. Les objets d'or, argent ou cuivre repoussés du xvi' siècle sont souvent des œuvres d'une haute valeur comme art, et nos orfèvres atteignirent, à cette époque, une habileté qui ne le cède pas à celle des artisans italiens ; mais ce qu'on peut reprocher à ces compositions, c'est d'abandonner trop fréquemment la bonne tradition des œuvres du moyen âge, qui voulait que l'objet d'orfèvrerie possédât son mode de composition et d'exécution spécial, en raison de la nature de la matière et de la manière de l'employer. La renaissance laisse tomber en oubli l'émaillage opaque en tailles d'épargne, qui cependant fournissait tant de ressources dans la décoration des meidjles ou grands objets d'orfèvrerie d'église, de vaisselle, de harnais et même de toilette. A Limoges, on ne fabrique plus alors que les émaux en plein sur métal, peints, opaques, ou translucides avec paillon. Si précieux que soient ces objets, qui aujourd'hui ont acquis une grande valeur, si délicats que soient les sujets qui les couvrent, leur aspect est généralement froid et est bien éloigné de l'effet décoratif des beaux émaux champlevés.

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